BA 136 : les années GOURET 1970 – 1972

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Gérard BIZE est décédé hier, samedi 3 Février.  Il est l’auteur de tous les articles concernant la BA 136 et publiés sur ce site.

                                                                

Le 19 juin 1970, le Colonel Perrotte cède sa place au Colonel Gouret, qui prend le commandement de la base aérienne 136. C’est le troisième commandant de la base aérienne et c’est donc un breton qui prend le commandement.

Colonel Gouret
Colonel Gouret

 A cette époque, il y a 1.627 militaires sur le site. On compte 101 officiers, 838 sous-officiers et 688 hommes du rang. Petite anecdote, un match de football va déchaîner les passions sur la base. Une équipe composée de “l’élite bretonne” de la BA 136 est opposée au “reste du monde”. Le 1er juillet 1970, cette rencontre “internationale” de football se termine par une victoire de la Bretagne avec sept buts à un. Les antagonistes relèvent que le Commandant Le Guen, breton également, a été désigné comme arbitre de touche. On ne sait si l’arbitrage a été impartial ou non faute de détails supplémentaires…ce qui est sûr, en cette année-là, Rosières est à l’heure bretonne…

Après cet épisode, la vie de la base reprend son rythme normal, les exercices et les cérémonies se succèdent. Nous sommes à l’ère de la guerre froide. Les plans d’action des forces aériennes sont orientés vers une riposte des troupes contre une invasion du pacte de Varsovie. La dissuasion nucléaire est à l’ordre du jour. Selon le schéma retenu par les stratèges de l’époque, en cas d’invasion, la riposte graduée de la France est engagée. Elle se termine par l’envoi des Mirage IV, équipés de la bombe nucléaire, vers les objectifs stratégiques.  Deux escadres sont impliquées dans la préparation de la zone d’attaque pour les Mirage IV. 

La 3ème escadre de chasse, avec ses Mirage 3 E, est chargée de détruire les radars ennemis à l’aide du missile antiradar MARTEL. Dans le même temps, la 11ème escadre de chasse est chargée de brouiller la zone, à l’aide des moyens de contremesures électroniques embarqués. C’est la mission de l’escadron de chasse 02.011 Vosges. Les deux autres escadrons sont chargés de la destruction des moyens de lutte antiaérienne. Cette mission est le scénario joué lors des exercices déclenchés par Le commandement de la force aérienne tactique stationné sur la base aérienne 128 de Metz. Cet exercice porte le nom de “punch”. Comme on ne met pas tous les œufs dans le même panier, deux escadrons sont déployés, seul l’escadron 02.011 reste sur la base. L’ancienne base américaine de Chambley sert de terrain de déploiement. Moins éloigné de Toul-Rosières que l’aérodrome de Mirecourt dans les Vosges, l’ancienne base américaine de Chambley a l’avantage de posséder des infrastructures en parfait état et une piste adaptée.  Cette plate-forme deviendra le terrain de déploiement de la 11ème escadre de chasse. La base de Rosières sera chargée du soutien logistique et le commandant en second de la base aura les fonctions de commandant du terrain de déploiement. Un plan, dit “plan de desserrement”, sera rédigé et toutes les unités de la base seront parties prenantes pour participer à la création d’une mini base aérienne sur le site. On imagine, aisément, l’ampleur de la chose. Un train de camions, pour emporter le matériel de maintenance et de mise en œuvre, des bus pour le transport du personnel, une antenne médicale, déployée par le service médical, et tout ce petit monde s’installe sur Chambley, qui devient une petite base aérienne avec un embryon de chaque unité de support, y compris un dépôt de munitions…

Commémoration de l'appel du 18 Juin
Commémoration de l’appel du 18 Juin

Le 13 novembre 1970,  jour de la commémoration de l’appel du Général de Gaulle, le Capitaine Jean Rannou[1] se tient devant le micro pour lire l’appel du 18 juin. C’est également le jour de l’arrivée du nouvel aumônier, le père Pei-Tronchi. 

Le 23 décembre 1970, le Colonel Gouret, commandant la base aérienne 136, se rend à l’hospice de Toul pour une distribution de colis. Ce geste, qui n’est pas sans rappeler celui des Américains de TRAB, est un geste simple mais réconfortant. Il témoigne de la générosité des aviateurs de l’époque. Il n’était pas rare, en effet, que les aviateurs se mobilisent pour donner un peu de joie et de gaieté aux démunis ou aux défavorisés. On relève dans l’histoire de Rosières des actes de solidarité ponctuels en regard des événements de la vie. Il y a aussi le parrainage de certaines institutions, comme celle de “Clairmatin”, institution pour les jeunes handicapés, installé dans la ville de Vandœuvre-lès-Nancy.

Visite aux personnes agées
Visite aux personnes agées

Le 24 décembre 1970, le célèbre cabaret “El- Rancho”, situé devant l’entrée de la base et fréquenté, à l’époque, par les Américains, est le siège d’un incendie. Sa propriétaire, partie en ville pour des achats, ne peut que constater les dégâts à son retour. A noter que des militaires de la base prêtent assistance à la “patronne” pour sauver ce qui peut encore l’être.

Le Rancho
Le Rancho

L’année 1970 sera également celle des bilans. L’ancienne prison américaine est transformée en atelier missiles (Side-Winder) qui équipe le F 100. Pour assurer les 11.200 heures de vol de l’escadre et les 2.000 heures de vol sur avions de complément, les “Nouat” ont effectué 10.000 préparations pour le vol (PPV) sur F 100, et 2.000 PPV sur T33, Fouga, Broussard et Flamand. L’ERT a exploité 50.000 postes dont 30.000 pour le F 100. 

Un groupe a été créé au sein de la SSIS, le groupe engins[2]. Il est chargé de la mise en œuvre des différents moyens permettant de maintenir la plate-forme opérationnelle. Il s’agit : de la thermo soufflante, qui permet de déneiger la piste et le taxiway ; de la turbo aspiratrice, qui permet d’aspirer les corps étrangers sur la piste, les parcs de stationnement, et le taxiway ; des grues de relevage avion et du matériel de plate-forme…Du côté de la STB, ce n’est pas moins de 25 kilomètres de câbles qui ont été posés avec le concours de l’unité des transmissions d’Orléans. On relève 170 interventions sur le Tacan et la balise “MF” du mont-St- Michel[3]

Le GERMaS 15.011 a régénéré 8.500 heures de potentiel en assurant 35 visites périodiques (VP) de 200 heures et 42 visites de 100 heures. Pour assurer une disponibilité proche de 75% sur le réacteur J57 du F 100, les mécaniciens ont débordé d’ingéniosité. Au cours des 27 visites périodiques (16 à 200 heures et 11 à 100 heures) et des 29 dépannages, ils n’ont pas chômé. Cela représente un passage de 109 réacteurs au banc d’essais. Six mille six cents parachutes frein ont été traités et 80.000 litres d’oxygène liquide ont été produits.

Le NOUAT, est un spécimen de la base aérienne de ToulRosières, dénommé ainsi à cause de son obstination  à ne pas se détacher intellectuellement de la base, même en cas de mutation sur une autre plateforme aérienne… En effet, opérant sur une autre base, le NOUAT ne tarde pas à critiquer les “us et coutumes” de sa nouvelle affectation  en répétant, sans-cesse ” Nous à Toul on faisait pas comme ça !” Agacés, à force d’entendre cet individu critiquer la manière de faire, les aviateurs des autres bases l’on surnommé le NOUAT. Et ce surnom entré dans le langage courant des  aviateurs, si bien qu’en parlant d’un ancien de la base de Toul Rosières, il était coutume de dire “c’est un NOUAT !” 

NOUAT
                                 

Au cours de l’année 1971, Rosières se met sur les ondes par le biais de son club radioamateur. L’inauguration du club se déroule le 23 novembre 1971 en présence du Lieutenant-colonel Despax, du Commandant Henry et du Capitaine Lotti.

Club radio-amateur
Club radio-amateur

Le Caporal Freidinger Michel, animateur du club, lance le premier appel en quatre langues. (Français, anglais, allemand et italien). Un radioamateur de Raon-l’Etape dans les Vosges lui répond. Cette première liaison marque le début de bien d’autres émissions passionnantes.

Le 25 janvier 1972, le bâtiment de type “fillod”[4]   de l’EVSVL (escadron d’entraînement au vol sans visibilité et de liaisons) est inaugurée officiellement. Les fondations étaient sorties de terre au cours du mois de septembre 1971 et au fil des derniers mois une activité intense était observée sur les lieux. C’est un escadron miniature, composé d’un officier, d’une vingtaine de sous-officiers et d’une dizaine d’hommes du rang, qui vient de prendre place dans ce bâtiment. 

L'EVSVL
L’EVSVL

Le rôle de l’escadron est d’accueillir l’affrètement aérien, les pilotes étrangers à la BA 136. Il assure les liaisons avec les bases métropolitaines et l’entraînement des pilotes. Des avions de complément comme le T33, le Fouga-Magister, le Broussard et le MD 312 Dassault sont affectés à cet escadron. L’inauguration présidée par le Colonel Gouret, commandant la BA 136, réunissait une centaine de personnes extérieures à la base.

L'EVSVL
L’EVSVL

Le 22 février 1972, une rencontre amicale rassemble l’ASNL, équipe professionnelle de football de la ville de Nancy et l’équipe mixte de la base aérienne de Toul-Rosières. Le Colonel Gouret serre chaleureusement la main à chaque joueur avant la partie. 

Malgré un début courageux, l’équipe de la base est battue au final. La rencontre est arbitrée par l’Adjudantchef Blanchon du service des sports. Un vin d’honneur est servi à l’issue. Les joueurs de Rosières n’ont pas manqué d’offrir l’insigne de la base aux joueurs de l’ASNL. Comme toute histoire gauloise, la rencontre se terminé au mess des sousofficiers devant une table bien garnie pour l’occasion (et le barde n’était pas là)[5].

Dans les années 70, les rencontres sportives sont à la mode. De nombreuses compétitions sont organisées entre les unités de la base. Le service des sports organise des tournois inter-unités. Des matchs avec des équipes extérieures, militaires et civiles, sont également organisés. Le football est le sport le plus pratiqué sur les bases aériennes en France.

Le 22 mars 1972, le Général d’armée aérienne Madon, inspecteur Général de l’armée de l’air, se pose sur la piste aux commandes d’un Mystère XX. Accompagné du Général de division aérienne Simard, adjoint et inspecteur Général des réserves de l’armée de l’air. Ils sont accueillis par le Général de brigade aérienne  Saint Martin, représentant le Général de corps aérien Fabry, commandant la FATac 1ère RA, et le Colonel Gouret commandant la BA 136. Cette visite permet de constater l’excellente tenue et les qualités des personnels ainsi que l’efficacité opérationnelle de l’organisation existante. Le Général Madon n’a pas manqué de se pencher, le lendemain, sur les problèmes techniques et les conditions de vie du personnel de la base.

Il est fréquent que les honneurs militaires soient rendus aux personnes politiques de haut rang. En général, c’est l’unité la plus proche du lieu qui délègue une section avec le drapeau pour rendre les honneurs. La BA 136 participe aux honneurs qui sont rendus au président de la République le 13 avril 1972 dans la ville de Toul.  A son arrivée en gare de Toul, monsieur Georges Pompidou, passe les troupes en revue et salue le drapeau de la 11ème escadre de chasse.  Il prononce, par la suite, un discours sur le parvis de la cathédrale où les Touloises et Toulois se sont massés.

Visite du président Pompidou
Visite du président Pompidou

Tous les sports sont à l’honneur sur les bases aériennes, certains font l’objet de championnats, organisés par la région aérienne. Le tir est une discipline inscrite aux championnats. Chaque base aérienne engage une équipe pour participer à ces épreuves. L’année 1972 voit le couronnement de la persévérance pour l’équipe de tir de la base. En 1970, début de l’aventure, six officiers et sous-officiers de la base reviennent tout penauds de Strasbourg, où ils se sont classés 11ème sur 13 équipes. Ils mesurent alors l’ampleur de la tâche à accomplir. Il faut dire que cette année-là, ils n’ont fait que trois tirs d’entraînement et que la base n’est dotée que du pistolet Mac 50 et du fusil Mas 36, un modèle désuet par rapport aux nouveaux fusils en service. En 1971, et après un entraînement, plus que sérieux ainsi que la mise en place d’armes plus récentes, comme le revolver Smith et Wesson et le fusil Mas 49-56, le sergent-chef Maillard décroche une médaille au pistolet. En 1972, l’équipe de la BA 136 se classe troisième par équipe, meilleur total au fusil avec 1.780 points. Trois tireurs au fusil sont dans les six premiers et deux sont sélectionnés pour le national à titre individuel (Capitaine Gavriloff et sergent Garnaud).

Le dimanche 5 mars 1972 le nouveau libre-service pour les hommes du rang est inauguré. Assiettes, bols, verres, plateaux viennent remplacer le traditionnel quart et le plateau d’aluminium modelé, bien connu par certains d’entre nous. Le réfectoire a changé d’aspect lui aussi. Il a été décoré, et refait à neuf. L’homme du rang peut désormais choisir les différents mets et se restaurer tranquillement. Il ne lui reste plus qu’à déposer son plateau à la fin du repas à la plonge…

Qui a dit que le métier des armes était une affaire d’hommes ? Et bien il se trompait ! En cette annéelà, la base aérienne est en émoi. On vient d’annoncer l’arrivée d’un contingent féminin. Certains se mettent à imaginer, d’autres à maugréer, et oui, il y a encore des misogynes sur la base. Une douzaine de filles vient d’arriver pour le premier centre d’instruction militaire du personnel féminin de l’armée de l’air (PFMAA). Par leur   ténacité,  leur endurance, elles parviennent à passer le cap difficile de l’intégration pleine et entière dans cette grande famille qu’est l’armée de l’air. Le 2 mai 1972, un deuxième contingent féminin débarque sur la base. A ceux qui s’étonnent de voir la gente féminine, précisons que Rosières a toujours été désignée comme précurseur pour les nouveautés dans l’armée de l’air.

Les filles ; premières
Les filles ; premières

Dans le cadre des relations armées nation, des journées “portes ouvertes” sont organisées par toutes les unités des armées. L’armée de l’air n’échappe pas à cette règle, et la base inscrit dans son planigramme, une journée dédiée à l’information du public. C’est le 25 mai 1972 que la seconde        “journée portes ouvertes” est organisée sur Rosières.            C’est un événement qui draine, encore une fois, une foule immense sur le site. Pour l’occasion, la base édite un numéro spécial du journal” Reflets”[6] qui, outre le programme, retrace toute l’histoire du site depuis ses débuts en 1967. Dès 9 heures du matin les premiers visiteurs pénètrent sur la base. Le coup d’envoi est donné par le service des sports avec les premières rencontres de football, de rugby et d’handball. A 10 heures 30, une messe est célébrée à la chapelle de la base. Les visiteurs sont ensuite dirigés vers les pistes afin d’assister à la présentation en vol des F 100. Vient ensuite l’heure du repas. Mess sous-officiers et ordinaire hommes du rang sont pris d’assaut par le public, quelques amoureux de la nature préfèrent déguster des sandwiches et des brochettes sur les nombreux espaces verts réservés à cet effet…

JPO
JPO

Le programme de l’après-midi est des plus intéressants. Une présentation d’aéromodélisme est organisée par le club de Liverdun, puis vient le tour des premières voltiges sur F 100. Exécutées avec brio, elles s’intercalent entre les passages en formation serrée de la patrouille de la base. Deux largages de parachutistes au-dessus de la piste font la joie des badauds. L’exposition statique sur le parc de la section accueil et liaisons (SAL) attire une foule de curieux. On peut relever la présence de T33, de Fouga Magister, de Dassault MD 312, de Mirage III RD, de Mystère IV, de Vautour, de Mirage III R, de Nord 2501 et de Transall C160. N’oublions pas les démonstrations des chiens de guerre, les visites des stands montés pour l’occasion. Enfin, le Nord 2501 qui permet aux nombreux gagnants de la tombola de survoler Pont à Mousson, Nancy et Toul.

Comme à l’accoutumée, la patrouille de France, équipée de Fouga-Magister, à cette époque, termine la journée par son ballet acrobatique dans le ciel de Rosières…

[1] Plus tard le Général Rannou sera nommé chef d’état-major de l’armée de l’air.

[2] Voir annexe 1

[3] Mont St Michel, 380 mètres d’altitude, rive gauche de la Moselle au nord de Toul.

[4] Bâtiments métalliques préfabriqués, construits par la Manufacture de tôlerie Ferdinand Fillod FSA. Ces baraques sont, comme les maisons, entièrement métalliques à base de profilés et de tôles d’acier, entièrement modulables, à montage et démontage rapide, principalement destinées à un usage temporaire dans un lieu déterminé.

[5] Référence à la bande dessinée “Astérix” du fait que le Colonel Gouret est breton… 

[6] Reflets : nom du journal de la base aérienne 136. Chaque base, à cette époque, édite son journal qui relate la vie des unités stationnées sur le site.


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