Collision dans le ciel de Solenzara !

La dérive du n°4

« Par un beau matin de printemps… ». Soyons précis : le matin du 28 avril 1967 le 3/11 « Corse » est en campagne de tir à Solenzara. C’est sa 2ème campagne de tir depuis la création de l’escadron sur F-100 le 1er avril 1966. Les missions alternent comme d’habitude : Air/Air dans les zones en mer et Air/Sol au champ de tir de « Diane », 50km au nord de « Zara » en bordure de mer, sans oublier les remorquages de cibles Panneau ou Soulé.

Ce matin-là, le « drille » de service (Cne Bongiraud ou Cne Hirt ?) programme la mission « Vanoire XX » pour une noria Air/Sol. La patrouille est composée de :

  •  Cne Romary, second de l’escadron, leader,
  • Cne Boitier, jeune PO (4 avril 1967 !), N°2 F-100 D n°739
  • Ltt Nouaille, CP moustachu, n°3
  • Ltt Nicolau, plus jeune PIM, n°4, F-100 D n°194 

Pour aller à Diane, la procédure exigeait après décollage un virage de 270° gauche ou droite selon le QFU pour repasser verticale base à 3000 pieds cap 270 en formation serrée « finger ».

Le vent au sol est, comme d’habitude à Zara, plein travers ! Comme c’est le matin : vent de terre oblige. Nous décollerons, décide le leader, en PS à droite QFU 36 par patrouilles légères à 20 ‘’ d’intervalles. Le rassemblement en « finger » main gauche se fera au cours du virage de 270°.

Décollage : normal ; coupure PC probablement à 250kts pour permettre à la seconde patrouille de rassembler plus vite. Le leader dégauchit au cap 270, je reste en PS comme prévu pour le survol de la base. Subitement je ressens une secousse et surtout j’entends un grand boum, comme un décrochage compresseur, pas inhabituel sur F-100 en combat, mais jamais vu dans ces circonstances ! Je vois apparaître le n°3 derrière mon leader et je m’écarte un peu pour consulter mes instruments sur ordre du leader. Les indications  moteur sont stables et normales pour les conditions de vol, par contre l’anémométrie à disparu : plus de badin, plus d’altimètre ni de vario.

Après quelques explications sur les ondes, je comprends que j’ai été percuté par dessous par le n°4 que je n’ai jamais vu ; le leader décide de me présenter à l’atterrissage en PS ce qui m’inquiète un peu vu la masse de « la bête » : je crains encore de me faire un patin de queue : j’ai déjà donné ! (et donnerai encore !…). Du cockpit je ne peux pas voir les dégâts de mon avion et je suis donc moins inquiet pour ça que pour mon patin de queue !!!

Collision Zara : résumé
Collision de Zara : résumé de la collision

Donc allons-y : 3 vertes, volets, tout va bien ; bien au centre de la piste, tout réduit, roulette au sol et parachute : ça baigne, ouf ! Merci leader !

Je n’ai pas coupé le réacteur : (pas d’ordre !), et il faut dégager la piste pour les suivants, le n°4 en particulier qui n’émet plus, même en secours et je ne tiens pas à me mettre sur sa trajectoire au cas où il sortirait de la piste.

Je rentre donc « tranquillement » au parking devant une assemblée générale de l’escadron dont je constate les mines horrifiées… Je coupe enfin le moteur et je constate à mon tour les dégâts (voir photo) : l’entrée d’air a vraiment une salle gueule et le tube Pitot (ingénieur français 1695/1771), pourtant massif sur F100, a disparu. Je n’ose penser qu’il aurait pu être avalé par le réacteur. Pourtant aucun pécheur ne l’a jamais ramené…

Entrée air sans le pitot
L’entrée d’air rectifiée sans le pitot

Autre « détail », la dérive du n°4, qui a emporté une partie de l’entrée d’air et le Pitot, a commencé par s’écraser sous mon aile droite et y a laissé quelques traces juste au niveau, particulièrement solide, du cadre de voilure qui supporte les attaches du pylône principal et du bidon de 275 ou 335 GUS.

Peur rétrospective, enquête, mais c’est quand même un cas rare de collision où les 2 pilotes concernés ont posé leur avion et sont toujours vivants, 48 ans après ! La célérité et la compétence des mécanos ont même permis de rabouter les avions. Queue et réacteur de l’un, reste de la cellule de l’autre, et de refaire un avion bon de vol qui a pu revenir sur le continent par ses propres moyens et son propre pilote ; l’autre a pris le bateau et la route vers Châteauroux.

Capitaine BOITIER