Jacques DELTRIEU

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Lorsqu’on parle de Jacques Deltrieu, un mot vient immédiatement à l’esprit, c’est celui de « manip » ; c’est vrai que c’était le roi de la manip. Je vous en ai déjà proposé une : « manip en vol de nuit ». C’était pratiquement toujours pour le bien de la communauté ; c’est ainsi qu’un jour, il est arrivé sans prévenir avec le babyfoot qui sera installé dans le bar du 2/11 (certainement échangé contre une photo OM 40 de la maison du gérant du mess sous/off). La sono du bar provenait du BX de Ramstein, ramenée avec le Broussard de l’Escadre. Il n’y a pas grand-chose qui lui résistait ; il y a par exemple des pilotes de la 11EC, placés sur la liste complémentaire du concours des ORSA qui lui doivent très certainement leur réussite, suite à une de ses interventions qui cette s’avéra être limite. Je me souviens d’un jour où il décide d’aller tirer sur le champ de tir de Captieux « Bonjour, c’est le lieutenant Deltrieu, je voudrais un créneau de 14H00 à 14H30 pour un tir roquettes, bombes et canons ». Au bout de 5 minutes, il raccroche le téléphone contrarié, car l’officier de tir venait de lui dire qu’il n’y avait plus de disponibilité à l’horaire demandé. S’en est suivi un moment de flottement pendant lequel, les coudes de part et d’autre du téléphone, il le regarde avec un air qui n’avait rien d’amical. Il reprend le combiné, compose le même numéro et avec son accent très caractéristique du sud-ouest annonce « Ici le colonel Gueguen » (alors commandant de base) et redemande le même créneau pour faire exactement la même chose à Captieux. Il raccroche et sans triomphalisme aucun me dit « OK c’est bon on y va ».

 

L'ADJ Deltrieu avec le Cne Schneider
L’ADJ Deltrieu avec le Cne Schneider

 

Bon, c’est vrai que quelques fois il y avait des manips qui foiraient et à cet effet, Carrasco, alors commandant d’escadron disait « Deltrieu, c’est comme un Jaguar mal trimé, dès qu’on le lâche, il s’échappe ». Je pense qu’on pourrait pratiquement en écrire un bouquin.

 

Deltrieu - Carrasco
Deltrieu – Carrasco

 

Mais « Trieu » c’est avant tout un pilote qui appartient au club très fermé des +3000 heures de Jaguar. Lorsque l’article « club des + 3000 » a été publié, il m’a écrit pour me faire remarquer que je l’avais oublié dans la liste ; c’était d’autant plus navrant, qu’à la 11EC, ils ne sont que 3 à avoir passé les 3000 heures de Jaguar.

 

+ de 3000h00 de vol
+ de 3000h00 de vol

 

Je lui ai demandé de raconter brièvement sa carrière et de mettre les évènements qui l’avaient le plus marqués, ce qu’il fit et que je vous propose ci-dessous.

Pour suivre le fil conducteur de mes 3000 heures de vol sur Jaguar, il faut commencer par mon arrivée sur la base de Toul en Janvier 1973 à l’escadron 3/11. J’ai volé pendant 2 ans sur F100 super Sabre et en 1975 je suis passé sur Jaguar par une transformation classique à Saint Dizier. Ensuite je suis resté au 2/11 jusqu‘en 1983, date à laquelle je suis parti 2 ans sur Alphajet au Maroc. Au retour, direction le 4/11 à Mérignac où j’ai exercé les fonctions de commandant d’escadrille puis chef des opérations ; ma carrière militaire s’arrête en 1991. A l’issue j’ai continué à voler dans une compagnie aérienne jusqu’en 2014, ce qui m’a amené à un total de 22 000 heures de vol au total.

Mon rôle de commandant d’escadrille et de chef OPS au 4/11 m’a permis d’organiser de nombreuses campagnes de transformation de ravitaillement en vol, me permettant ainsi d’arriver au total de 3028H40 de vol sur Jaguar et d’intégrer le club très fermé des + 3000.

Durant ma carrière il s’est passé beaucoup de choses, mais il y a eu 2 vols qui m’ont particulièrement marqué :

Le premier fait marquant fut l’éjection du lieutenant-colonel Pachebat lors de l’opération TACAUD au Tchad. Nous venions d’arriver à N’Djamena après une première mise en place importante à Dakar. Quelques jours après notre arrivée, nous avons décollé pour une mission d’appui feu réelle dans la palmeraie d’Abéché ; nos troupes au sol étaient accrochées par un ennemi déterminé, bien entrainé et aussi bien équipé en matériel. Le lieutenant-colonel Pachebat était leader et j’étais son équipier pour intervenir au canon de 30 mm avec des obus traçants, incendiaires et explosifs. La légion était au contact et il a fallu faire une première passe pour repérer l’ennemi.

Puis on a enchainé sur une passe avec tir réel aux canons ; étant derrière lui, lors du dégagement j’ai vu très distinctement 2 missiles sol/air SA7 monter sur son avion. J’ai alors effectué un virage de 360° aussi bas que possible tout en mettant la post combustion. Lorsque je me suis rapproché de son avion j’ai pu constater qu’il avait été touché et que tout l’arrière du Jaguar était en feu. Il n’y avait pas d’alternative et je lui ai aussitôt ordonné à la radio de s’éjecter ; il s’exécuta immédiatement et juste après être sorti de l’avion, celui-ci a explosé.

Pachebat est tombé juste à côté des légionnaires qui comptaient dans leurs rangs un tué et un blessé grave. Afin d’aider à la récupération de mon leader j’ai enchainé pour effectuer des passes canons ; me trouvant à court de carburant, j’ai dû reprendre la direction de N’Djamena où je me suis posé.

Le deuxième se passa lors d’un de mes vols en qualification chef de patrouille ; le colonel Phelut commandant la base de Toul était mon n°2 et a été victime d’une panne qui a provoqué la coupure des 2 moteurs. Il ne s’est pas éjecté et j’ai pu voir son avion percuter le sol.

Jacques DELTRIEU


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