La prise de Ouadi-Doum

Partagez cet article !
  • 1
  •  
  •  
  •  
    1
    Partage

La prise de Ouadi-Doum

Des articles précédents avaient relaté l’attaque de la piste de Ouadi-Doum par les 11 Jaguar du 1/11, mais ce sont les troupes Tchadiennes qui ont mis fin à cet épisode du conflit avec le Libye du Colonel Kadhafi par une attaque terrestre.

Aujourd’hui, je vous propose un article d’un journal local Tchadien qui évoque la prise de la base et qui rend compte de ce que les FANT ont trouvé sur le site.

Hissein HABRE 27 Février 1987
Hissein HABRE 27 Février 1987

Notre objectif stratégique est la libération totale du Tchad. Aouzou a toujours fait partie inté­grante de notre pays, sa population est toubou, et les frontières coloniales en ont fait un ter­ritoire Tchadien. Les prétentions libyennes à ce sujet sont donc dénuées de tout fondement. Cela dit nous ne sommes pas opposés à un règlement pacifique du conflit dans son ensemble. Nous sommes prêts à entamer immédiatement un processus de négociation. Vous savez, la paix est pour nous une valeur suprême; et lorsque le spectre de la guerre sera éloigné, j’espère que nous pourrons enfin entretenir des relations de bon voisinage, de coopération et d’amitié avec la Libye.

COMMUNIQUÉ N° 57 DU H.C. FANT

La gigantesque base libyenne de Ouadi Doum, la plus forte et la plus meurtrière de bases ennemies en terre tchadienne est contrôlée depuis cette date par les incomparables et irréductibles Forces Armées Nationales Tchadiennes. Voici le bilan provisoire de ce combat :

COTÉ ENNEMI

  • 269 libyens tués dont le colonel Gassim Ali Abou Naour, commandant adjoint du chef de la zone
  • 438 libyens faits prisonniers dont le colonel Khalifa Aboul Gassim Absar commandant de la zone

MATÉRIELS RÉCUPÉRÉS :

  • 11 avions bombardiers L. 39
  • 2 avions bombardiers Marcheti
  • 3 hélicoptères de combat MI 24
  • 66 chars BMP
  • 42 chars T 55
  • 18 orgues de Staline BM 21
  • 12 chars T 62
  • 8 blindés Cascavels
  • 12 portes SAM 6
  • 4 batteries de SAM 13
  • 4 chars SU 23
  • 6 radars complets
  • 10BTR
  • 40 canons de SAM 6
  • 16 canons de 23 mm
  • 36 canons de 14.5 mm
  • 6 blindés BRDM
  • 112 camions gros porteurs et citernes
  • 128 Toyota
  • 12 ambulances
  • Important dépôt de carburant, de munitions, de vivres et médicaments
  • 8 groupes électrogènes
  • Equipement renforcé  du génie militaire

Ce diaporama nécessite JavaScript.

LA PISTE DE L’AEROPORT :

4000 mètres de piste de durs remblais revêtus par des plaques d’acier de 1 m sur 50 cm environ. Sur cette piste stationnés des avions de com­bats L 39 (made in Tchécoslovaquie) Les puis­sants hélicoptères soviétiques MI 24, des Marchetti (made in Italie), des caisses contenant des bom­bes, des cuves de kérosène pour le ravitaillement et des carcasses d’autres avions détruits. Tout cela abandonné par les Libyens.

ÉTANG

Il n’y a pas de terres non fertiles au Tchad. Le Nord est désertique, mais ses terres sont riches. Une mer souterraine irrigue presque tout l’ensem­ble de notre territoire.

Un immense champ de blé et de thé parcouru par d’interminables tuyaux d’arrosage avec une vache hollandaise entrain de paître, aussi des chiens ber­gers.

Coquettes maisons en préfabriquée; des cam­pings car ; cuisine avec réfectoire pour les soldats ; infirmerie ultra-moderne ; salons où sont disposés de luxueux divans avec système de son incorporé ; des villas pour officiers, le tout climatisé avec eau courante, électricité fournie par des groupes élec­trogènes tous neufs. Il y a aussi un terrain de foot­ball, volley ball, un étang artificiel qui servait de piscine. Avec une telle base, la Libye est partie pour s’installer définitivement au Tchad. Au regard de son immensité, du matériel qu’on y trouve cette entreprise a pour ambition d’aller vers d’autres conquêtes.

Partie vie de la base
Partie vie de la base

Ouadi-Doum aux mains des FANT (Forces Armées Nationales Tchadiennes) depuis le 22 Mars 87. Victoire historique que celle que vient d’enregistrer le Tchad sur les troupes de Kadhafi. Cette localité était la plus importante base stratégique libyenne sur laquelle Kadhafi fondait tous ses espoirs dans son aventurisme Tchadien.

Prisonniers
Prisonniers

Je suis le colonel Khaiifa Aboulgassim Haftar (7° en partant de la gauche sur la photo),  43 ans, né à Ijdabia, marié et père d’un nombre d’enfants ; études suivies : Etat-Major général ; j’opérais dans la zone Est ; j’ai été fait prisonnier à Ouadi-Doum après avoir longuement résisté devant les forces tchadiennes, mais en vérité c’était une force capa­ble d’exécuter la mission qui est la défense de sa terre; elle combattait seule sans aucune force étrangère à ses côtés : telles que les forces fran­çaises. J’ai été fait prisonnier ce jour même, 23 mars 1987 avec le reste de mes officiers et soldats après avoir épuisé toutes nos munitions et nous avons été grièvement blessés.

La mission qui nous a été assignée était de com­battre les forces françaises, comme on nous a fait comprendre que les Français se trouveraient en terre tchadienne formant une coalition avec les forces américaines pour menacer la Jamahiriya ; mais en vérité, dans tous les combats que nous avons menés, nous n’avons pas rencontré un seul Français qui ait pris part, aux combats. Tous ceux qui nous font face sont des Tchadiens avec une peau noire ; aucune peau blanche n’a participé durant tous les combats que nous avons menés contre les Tchadiens.

Je pense que la mission qui a été confiée aux for­ces armées libyennes, n’est pas claire et par con­séquent c’est une mission très confuse ; c’est pourquoi, je me permets de lancer un appel au Haut Commandement libyen et au peuple libyen de réviser avec toute sagesse, les actes des forces libyennes au Tchad ; s’ils croient encore qu’il y a des forces françaises qui peuvent menacer la Jamahiriya par le sud du Pays, je puis affirmer ici que durant tous les combats que j’ai dirigés contre les frères tchadiens en leur larguant des bombes, je n’ai jamais eu à constater une quelconque présence étrangère.

Grande encore était ma désolation lorsque j’ai constaté qu’ils étaient tous des musulmans, Ils nous traitaient avec humanité.

Je réitère une fois de plus mon appel aux forces armées libyennes se trouvant sur le Territoire tchadien, de se retirer immédiatement à l’intérieur de la Libye et de porter leurs coups à l’ennemi commun et de mettre fin à ce régime qui a tant nui aux relations historiques entre les deux peuples libyen et tchadien.

Ce peuple frère qui a beaucoup souffert de la pauvreté, de l’ignorance et bien d’autres calamités.

Je demande au peuple libyen et à l’armée libyenne de renverser ce régime pourri que dirige le colonel Khadafi qui a été la cause même de la détérioration des relations entre le Tchad et la Libye.

Je pense que ce sera la plus noble des missions que vous devrez accomplir au lieu d’agresser un peuple et, enfin, je transmets mes salutations à tous mes parents en général ; je me trouve ici prisonnier à N’Djaména et ma santé est très bonne.

Je souhaite que ce problème trouve une solution rapide pour empêcher le sang tchadien et libyen de couler et pour qu’enfin les deux peuples retrouvent leur prospérité.

J’ai constaté qu’ils tiennent beaucoup à leur terre que nous avons injustement spoliée ; et ceci s’est démontré au cours des combats contre nos frères Tchadiens. Nous croyons tous à l’Islam qui unit les deux peuples libyen et tchadien et bien d’autres relations : sociale, économique et politique.


Partagez cet article !
  • 1
  •  
  •  
  •  
    1
    Partage
  •  
    1
    Partage
  • 1

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.