LE F-100 SOUS LES COCARDES FRANÇAISES

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Premier utilisateur “étranger” du F-100, la France a reçu quatre-vingt huit F-100D et quatorze F-100F (y compris treize achetés directement par le gouvernement français). Le premier exemplaire se posa sur la base de Luxeuil à l’hiver 1958 et le dernier vol fut effectué en décembre 1978 lors d’une mission d’appui-feu à Djibouti.

La 11ème escadre de Chasse, auparavant équipée de F-84G, fut la première à recevoir les “Huns”, certains d’entre eux étaient des anciens avions de la 48th Tactical Fighter Wing (TFW) stationnée à Chaumont. Ils arrivèrent à Luxeuil après avoir subi un “inspect and repair as necessary – IRAN” en Espagne. Quant aux premiers F-100F pour les escadrons 1/11 “Roussillon” et 2/11 “Vosges” portaient toujours les “FW” de série de l’USAF. Un groupe de pilotes de la 11ème escadre fut envoyé sur la base de Luke au début de janvier 1958 pour la transformation sur F-100 et rentrèrent au mois de mai. Ils furent très impressionnés par la fameuse PC de la Bête, par un large cockpit et par des qualités d’intercepteur hors du commun. La transformation de l’escadre eut lieu à Luxeuil-Saint-Sauveur et prit 18 mois. Elle fut terminée à la fin de 1959.

Après la transformation de la “11”, ce fut le tour de la 3ème escadre de Reims. Cette dernière, tout comme la “11” avait participé, depuis la base d’Akrotiri, sur l’île de Chypre, à la crise de Suez avec ses F-84F. Ses premiers F-100 arrivèrent à Reims-Champagne en janvier 1959 afin de commencer l’équipement du 1/3 “Navarre” et ensuite du 2/3 “Champagne” avec 24 avions dans chaque escadron. Ils furent livrés en vol par des pilotes de convoyage de l’USAF et ravitaillés par des KC-97. La transformation de la “3” fut terminée à la fin du mois de janvier 1960 et le 1/3 (couleur de l’escadron, le jaune) effectuèrent des missions d’appui-feu en Algérie à la fin de 1959. Les avions décollaient de Reims pour attaquer des objectifs à l’est de l’Algérie et rentraient à Reims après une escale technique à Istres.

Les escadrons nouvellement équipés de F-100 effectuèrent une campagne de tir à Cazaux avec 11 avions du 2/3 (couleur de l’escadron, le rouge) et 13 appareils du 1/11. Ils s’entraînèrent au tir air-air et air-sol, au canon, au napalm, à la roquette et à la bombe Mk 25 lors de 937 sorties.

F-100D RVT
F-100D RVT

La 3ème escadre fit mouvement sur la base de Lahr le 10 juin 1961 pendant que la 11ème escadre faisait de même sur la base aérienne 136 de Bremgarten. Les deux bases étaient situées dans la vallée du Rhin. Ce changement de garnison coïncida avec la prise de l’alerte nucléaire avec la bombe atomique américaine Mk 43 dans le cadre des missions de la 4ème ATAF. Les avions étaient dans les mêmes configurations d’armement et de bidons que les avions de l’alerte “Victor” de l’USAF à l’exception que les pilotes français ne volèrent pas officiellement avec la bombe réelle et que les vols avec la maquette d’exercice étaient très rares. La plupart du temps, les vols d’entraînement s’effectuaient sans bombe mais seulement avec la poutre d’emport pour des bombardements en “low-altitude bombing system-LABS” ou en bombardement rasant sur une zone de tir d’exercice située sur le lac de Constance. Le grand 2/11 “Vosges” fut le premier escadron à prendre l’alerte nucléaire le 20 mai 1963. Deux avions étaient en alerte armée dans la QRA gardés par des sentinelles américaines.

Les personnels français étaient donc complètement intégrés dans le dispositif nucléaire de l’OTAN sans avoir à manipuler des bombes nucléaires depuis le sol français. Après 1967, les F-100 du 3/11 furent équipés de la nouvelle perche de ravitaillement coudée afin de pouvoir se ravitailler en vol sur les C-135F français. Les F-100 français prirent part aux exercices de l’OTAN comme le AFCENT Tactical Air Meet en 1963 à Hopsten et en 1964 à Chaumont. Cet exercice consistait en des missions de tir, d’appui-feu et de navigations basse altitude.

Lorsque le général de Gaulle fit sortir la France de l’organisation militaire intégrée de l’OTAN, les F-100 quittèrent les bases de Lahr et de Bremgarten pendant que les unités américaines étaient obligées de libérer leurs bases en France. La 3ème escadre vint s’installer sur la base de Nancy-Ochey en septembre 1967 après qu’elle fut transformée à Lahr sur Mirage III E. La 11ème escadre, elle, déménagea sur l’ancienne base américaine de Toul-Rosières entre juillet et septembre 1967. Vingt F-100D et quatre F-100F, anciens de la 3ème escadre formèrent un nouvel escadron, le 3/11 “Corse” sur la base de Colmar. A l’issue de ces déménagements, la mission principale des unités changea au sein de la FATac pour devenir l’appui conventionnel et l’attaque au sol. La mission secondaire de défense aérienne incluait la défense des couloirs de Berlin.

Patrouille de F-100D
Patrouille de F-100D

L’escadron 3/11 “Corse” deviendra l’Operational Conversion Unit – OCU sur F-100 et après 1967, reçu la mission de s’entraîner au ravitaillement en vol dans le cadre des missions de souveraineté dans les territoires d’outre-mer y compris à Djibouti depuis avril 1970. C’est ainsi que l’escadron prit part à l’exercice Lafayette en Méditerranée en attaquant le porte-avions USS Saratoga avec huit avions en décembre 1969. Il obtint également d’excellents scores lors des compétitions de tir d’AFCENT en 1969. En novembre 1971, trois avions du 3/11 prirent part à une évaluation dans les conditions climatiques de Djibouti préfigurant une future installation dans ce protectorat français situé sur les bords du Golfe d’Aden.

En 1973, la société North American Aviation (NAA), constructeur du F-100, proposa un programme de renforcement de structure pour les trente plus vieux avions de l’escadre. Ce programme de rajeunissement comprenait des travaux de renfort des caissons de voilures et de cadres principaux de fuselage ainsi que le changement de peau. Les travaux furent effectués par la SNIAS dans ses ateliers de Châteauroux. Les travaux s’échelonnèrent jusqu’en 1975.

Dans le même temps, un camouflage trois tons proche du camouflage de l’USAF (brun, vert sur le dessus et gris-bleu pour les parties basses) fut appliqué à la flotte entre 1972 et 1976. Toul reçut son premier F-100 camouflé le 23 juin 1974. Il s’agissait du F-100D 54-2160 – 11-ET.

L’escadron 4/11 “Jura” fut formé à Djibouti le 1er juin 1973 avec des pilotes de chaque escadron de F-100 de métropole ainsi que deux avions de chaque unité renforcés par une paire de F-100D et un F-100F du 3/11. Cette unité reprit le nom et les traditions du 3/11 “Jura”. Sa mission était la défense aérienne et la reconnaissance dans le territoire de la Corne d’Afrique, mission déjà entamée dès décembre 1972.

F-100D Gueule de Requin
F-100D Gueule de Requin

Le 3/11 entama sa transformation sur Jaguar en février 1975 après avoir effectué 36704 heures de vol sur F-100. Le 1/11 passa aussi sur Jaguar après un dernier vol sur F-100, le 10 octobre 1975. Quant au 2/11, il vola sur F-100 jusqu’au 25 juin 1977, date à laquelle il fut entièrement équipé de Jaguar. A cette date, la “11” avait effectué 205000 heures de vol sur F-10O. Le colonel Boichot, commandant de la base de Toul-Rosières et un des premiers pilotes transformé sur F-100 sur la base de Nellis, effectua le dernier vol de F-100 sur la base de Toul le 11 mai 1977 aux commandes du F-100D 54-2131 – 11-MJ.

Le 4/11 continua à voler à Djibouti sur les F-100 restants, remplaçant les Skyraider de l’escadron1/21 en janvier 1973. La base aérienne 188 partage la piste avec l’aéroport international de la jeune république de Djibouti. La dotation initiale du 4/11 est de sept F-100D et un F-100F, formant une escadrille, la SPA 158. La dotation finale de quinze appareils permettra de former une seconde escadrille, la SPA 161. Entre mars et juin 1978, les avions de l’escadron se voient parés d’une magnifique “gueule de requin” et un ou deux bidons de reconnaissance emportés sous voilure furent décorés d’une tête d’aigle du plus bel effet inspiré de la décoration de nez des B-25J du 498th Bomb Squadron de la Deuxième Guerre Mondiale.

F-100 Défilé Djibouti
F-100 Défilé Djibouti

Le 24 mai 1978, le lieutenant–colonel Salmon emmène une formation de onze F-100 au-dessus de Djibouti pour célébrer les 10000 heures de vol sur F-100 de l’escadron. Le dernier vol sur F-100 eut lieu le 12 décembre 1978 et l’escadron 4/11 “Jura” fut désactivé à la fin de l’année pour revivre sur Jaguar au début de 1979 depuis la base aérienne de Bordeaux. Ce dernier vol était la conclusion de vingt années de F-100 dans l’armée de l’air. Selon les termes du programme MAP (Military Aid Program), les quarante F-100 survivants furent rendus à l’USAF sur la base de Sculthorpe, au nord-est de Londres où ils furent démantelés ou cédés à différents musées de la région. Certains F-100 faisant partie des avions propriété de la France servirent de leurres sur la base de Djibouti.

Un avion, le 54-2165 – 11-ML du 2/11 “Vosges” ayant précédemment servi au sein du 493th Fighter-Bomber Squadron (FBS) de la 48th Fighter- Bomber Wing (FBW) de Chaumont de 1957 à 1959 avant qu’il ne soit transféré à l’escadron 1/3 “Navarre” à Reims sous l’immatriculation 3-IG fut préservé. Après environ deux ans de stockage à Sculthorpe, il fut donné au Duxford American Air Museum. Il y est présenté comme un avion du 352nd TFS, 35th TFW pendant la guerre du Vietnam.

Texte de P.A. ANTOINE présenté lors de l’assemblée générale de l’Amicale des anciens de la 11 ème Escadre de Chasse du 10 octobre 2009.

D’après North American F-100 Super Sabre

Peter Davies et David Menard

PA Antoine
PA Antoine

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3 réponses sur “LE F-100 SOUS LES COCARDES FRANÇAISES”

  1. Les F 100 n’étant pas ravitaillables en vol, à l’époque, pourrais-tu me donner des précisions sur : “la transformation de la “3” fut terminée à la fin du mois de janvier 1960 et le 1/3 (couleur de l’escadron, le jaune) effectuèrent des missions d’appui-feu en Algérie à la fin de 1959. Les avions décollaient de Reims pour attaquer des objectifs à l’est de l’Algérie et rentraient à Reims après une escale technique à Istres.” cité au début de l’article ?

    Mise à part une mission du 1/11 au départ de Bremgarten pour Bou Sfer , en 66/67, et je ne savais pas que les F 100 étaient allés en Algérie.

    Bravo et merci pour ce blog, qui m’a permis de rajeunir.

  2. bonjour,
    mon père BRAUN jean marie était l’un de ces pilotes me semble t’il…pourrais je avoir accès aux photos afin de lui faire une surprise..
    cdt

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