Le JESS a failli se tromper de piste

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La 11 EC, dans le cadre des accords concernant Berlin, reçoit pour mission principale l’attaque au sol et pour mission secondaire la défense aérienne. Régulièrement seront organisés des exercices d’entraî­nement à la mise en œuvre d’opérations tactiques pour défendre les accès à Berlin.

Souvenirs de la participation de l’EC 01/011, la der­nière des F-100 de la 11 EC, évoqué par Daniel Carrasco :

1975 1 aout soirée ches le sql Brooks noms“Cette année, du 22 septembre au 1er octobre 1975, le Roussillon se met en place sur la base de RAF Wildenrath, après avoir occupé les années précéden­tes les bases RAFG Gütersloh et RAFG Fassberg. Une des particularités de cette base britannique en Allemagne est qu’elle est toute proche, à peine quel­ques kilomètres, d’une autre base britannique, Bruggen.

Outre la similitude du paysage environnant, elles ont les mêmes pistes, parallèles, de même longueur, bref, de quoi tromper n’importe quel aviateur, surtout fran­çais… D’ailleurs les Anglais eux-mêmes se plantent de temps en temps, au point que c’est devenu un peu une habitude locale, voire un jeu, de recueillir un avion de l’autre base et de lui faire payer à boire. Quoiqu’il en soit, après plus d’une semaine de vol, pas un F-100 ne s’est trompé et Dieu sait si la météo a par­fois été gênante et si nos équipements de navigation sont légers. Sans aucun doute, la qualité des pilotes fait la différence! …

En tous cas, les Anglais en sont pour leurs frais, et les chances des contrôleurs de Bruggen de savourer notre Champagne après avoir récupéré un de nôtres s’amenuisent.

Nous voilà donc arrivés au 30 septembre, dernier jour de l’exercice. Pour conclure les opérations aériennes et pour la première fois depuis longtemps, une démonstration de tir réel sur le camp de Sennelager est demandée par l’état-major allié à chacune des nations participantes. Il s’agit pour nous de tirer des roquettes de 2.75 pouces et des obus BDG, et de “car­tonner” de préférence pour le renom de la France et l’honneur du F-IOO dont ce sera la dernière appari­tion dans ces manœuvres. En effet, le 01/011 fermant momentanément ses portes le mois suivant, la mission sera confiée au 02/011 qui la poursuivra sur Jaguar. Les pilotes choisis sont pris parmi les plus anciens, à savoir dans l’ordre : Carrasco, Courteille, Baudry (le futur spationaute), et Mennessier, dit “Jess”. La mission se déroule normalement, hormis les habi­tuels sacs de tir du F-1OO qui nécessitent une ou deux passes de tirs supplémentaires pour être sûr d’avoir tout tiré. Sur le chemin du retour, comme nous sommes encore lourds car la mission a été plutôt courte, nous brûlons notre pétrole dans le secteur de Wildenrath avec l’accord de la tour.

1976 1 ca commence par une séance de tir ou tout le monde s'habille en guerrier nomsSeul Jess, qui pour une raison inconnue a bien moins de carburant que nous et qui demande à se poser. Le leader l’autorise à quitter la patrouille. Oh erreur !

Jess dégage par la droite et visiblement plonge vers un terrain bien en vue, globalement dans la bonne direction de ce qu’il croit être Wildenrath. Il s’annonce vers le point initial, mais Baudry, son n° 3 constate entre-temps qu’il se trompe et essaye de lui dire. Mais Jess, concentré sur autre chose, ne répond ni ne réagit à nos appels qui se multiplient. Ça y est « Le gag est emmanché » : on va avoir un avion à Bruggen. Pendant ce temps, la tour de Wildenrath qui ne voit personne arriver à son initial, demande des confirma­tions, ajoutant à la confusion radio, d’autant que la tour de Bruggen, qui voit débouler ce F-1OO non annoncé, comprenant qu’elle tient avec lui une tour­née de Champagne français, lui annonce sur Garde qu’il est bien volontiers autorisé à se poser chez eux ! Même la radio complètement saturée ne trouble pas Jess qui poursuit imperturbablement son chemin. Entre nous, dans le restant de la patrouille, on convient sur notre fréquence particulière que le seul moyen de rattraper le total est d’intercepter Jess avant qu’il ne se pose. Donc, plein pot PC vers Bruggen ou Jess est déjà au break. Nous déboulons en ordre dispersé dans le circuit d’atterrissage de Bruggen. Toujours sur la fréquence de Wildenrath au moment où notre F-1OO achève presque son dernier virage. Un d’entre nous breake juste devant lui, un autre se glisse dessous et cabre au ras de son nez, tous hurlant pour attirer son attention. Las! Rien n’y fait, l’appareil atteint le point clé de 300 pieds. L’affaire semble donc fichue, d’autant qu’on n’ose plus insister après le cir­que type Bataille d’Angleterre qu’on vient d’imposer à Bruggen, pratiquement en bout de sa piste… Et là, miracle! Le F-1OO semble ré accélérer, et effec­tivement, il remet les gaz. À partir de là, comme après une tornade, tout se calme et rentre dans l’ordre et nous nous posons tous à Wildenrath dans un grand silence radio.

Au débriefing les questions pleuvent sur Jess. Non, les appels en anglais et en français n’ont pas attiré son attention. Non, les F-1OO qui l’ont encadré ou lui ont coupé la route dans le dernier virage ne l’ont pas inquiété. Mais alors, pourquoi cette remise des gaz au dernier moment ?

L’explication tombe, toute simple : pratiquement sur l’over-run il a repéré en bout de piste une batterie de missiles sol-air Bloodhound qui n’existait pas à Wildenrath. D’où la réalisation immédiate de sa méprise et la remise plein pot… Comme quoi les exercices de Récognition avaient porté leurs fruits, de manière inespérée et vraiment inattendue ce coup-ci… L’aventure nous coûta cher le soir, au bar où nous avons dû régler nos comptes à coups de bière pour expliquer aux uns ce qui s’était passé, et aux autres pourquoi la tournée de Champagne leur était passée sous le nez…”

1975 1 24 10 accueil de Richalet noms


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