Opération TACAUD ; 2 ème partie

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Opération TACAUD ; 2 ème partie

Le 22 mai, un message du CEMAT, adressé à toutes les unités de l’Armée de terre, leur demande de rendre hommage aux formations engagées au Liban, au Tchad et au Zaïre par la lecture d’un ordre du jour, suivi d’une minute de silence, lors du lever des couleurs du 24 mai ; le texte dit notamment la confiance, la fierté, et même l’affection du CEMAT. Je n’en attends pas autant de l’Armée de l’air, avec raison, car c’est le silence radio de ce côté…

Tôt le 23 mai, j’ai programmé une RAV de l’Atlantic sur l’axe de Koro-Toro à Salal, puis autour de Djedaa : à 7h25 Z, l’Atlantic se fait tirer au nord de Salal par un SAM 7 qui monte jusqu’à 13000 pieds (il s’agirait donc d’un nouveau modèle), et décèle des véhicules, ce qui confirme le renforcement des rebelles dans cette région ; mais à 8h00 Z, un renseignement de la gendarmerie tchadienne signale une forte bande à l’ouest de Djedaa, ce qui est bien plus intéressant : je donne l’ordre à Aspic Charlie (l’Atlantic) d’abandonner Salal et de faire une investigation minutieuse sur cette zone. Arrivé sur les lieux à 10 h 00, il repère, un quart d’heure plus tard, deux véhicules à l’arrêt, puis cinq ou six en mouvement ; les troupes amies étant trop loin pour pouvoir se rendre sur les lieux, je décide d’envoyer des hélicoptères pour identifier de façon sûre les objectifs éventuels, et guider les Jaguar, lesquels assureraient en même temps leur protection au cas où la bande disposerait de missiles (elle n’en avait pas le 19). Pour des causes techniques, l’HSO doit être repoussée à 13h15.

À 12 h 25, Aspic Charlie est (enfin) tiré par un SAM 7 : un rebelle a perdu patience et a dévoilé la présence de la bande, car Charlie a localisé précisément l’endroit d’où le coup est parti ; l’intervention des hélicoptères est annulée du fait des SAM, sauf pour un Puma cargo mis en place à Ati par précaution. Je fais décoller une patrouille de quatre Jaguar (il est 13h00 Z), les deux autres Jaguar devant suivre trente minutes après. Aspic Charlie effectue un guidage remarquable, notamment de la part du lieutenant de vaisseau Le Carpentier («un modèle du genre») rapporteront les pilotes) ; dix objectifs sont traités, dont un camion de munitions et un rempli de personnels (confirmé par photos) ; quatre jeeps se sont enfuies avant l’arrivée des Jaguar, mais l’une d’elle est rattrapée et détruite (j’apprendrai quelques jours plus tard qu’il y avait à bord l’adjoint du chef de la bande, et son docteur). Deux Jaguar ont reçu un impact par balles de petit calibre.

Le 24, radio Frolinat accuse à nouveau le coup. Un renseignement de source sûre nous apprend, le 25, que la bande avait, ce même 23 mai, reçu des renforts de Salal (d’où les SAM) et, plus inquiétant, d’Arada ; elle devait attaquer Ati le lendemain. Malgré ses pertes élevées, la bande n’a toujours pas renoncé à son dessein, et attend des renforts venant de Faya…

Le 26 mai, j’embarque à bord d’un Atlantic pour une RAV autour de Djedaa et en direction de Biltine, pour tâcher de repérer des renforts en provenance de l’est tchadien : RAS.

À Paris, on ne semble pas croire à l’existence d’une menace importante en direction d’Ati, et on met notre appréciation de la situation sur le compte de la fatigue ; d’ailleurs il y a prochainement une réunion des chefs d’États africains qui ramènera le calme… Le général Bredèche voit rouge, il échange des messages aigres doux avec Paris, qui ordonne que nous restions sur la défensive, par crainte des bavures. Mais comme Paris demande en même temps qu’Abéché soit renforcé, le général saisit cette occasion pour faire partir de Moussoro un gros convoi qui n’arrive à Ati que le 29 au soir. Compte tenu de nos renseignements alarmants sur Djedaa, qu’il confirme dans son TO du 30 au soir, le général rend compte que «sauf ordre contraire de votre part», le convoi est arrêté provisoirement à Ati, et que l’escadron du REC, maintenu à Ati depuis l’affaire du 23 mai, sera poussé en reconnaissance vers Djedaa. Nous sommes persuadés d’avoir raison et qu’une grosse bagarre peut avoir lieu le lendemain matin ; les Jaguar sont en alerte, et l’Atlantic prévu sur zone aux aurores. Si rien ne se passe, Paris rigolera bien, à nos dépens !

Je ne suis pas tranquille ; bien que l’emploi des hélicoptères soit interdit en présence d’une menace missile, j’ai envoyé un Puma en alerte à Ati, juste pour le cas où. Intervenir aux canons sur une bande importante, retranchée peut-être, et disposant de SAM 7 d’un modèle nouveau de surcroît, n’est pas recommandé : il serait plus indiqué d’employer des bombes. J’en suis très conscient depuis le début et le P-47 abattu à Salal. Mais voilà, en avril 1978, le Jaguar n’était pas qualifié bombardement. C’est d’autant plus regrettable qu’il existe, chez les Tchadiens, un stock de bombes de 250 lbs sans emploi depuis la perte de leur dernier P-47…

Début mai, d’accord avec le chef du premier détachement Jaguar, j’avais pris sur moi de faire procéder à un essai de bombardement au champ de tir de Massaguet, réactivé pour l’occasion. Naturellement, j’ai rendu compte à Paris, assez tard la veille au soir, sous la forme d’un TO «sauf ordre contraire de votre part, demain matin…». Paris a répondu dans la matinée en interdisant cet essai, mais en ajoutant qu’au cas où il serait déjà effectué (c’est fait, et bien),  un certain nombre de restrictions techniques sont à respecter, et qu’un emploi opérationnel ne saurait être envisagé, sauf cas de force majeure. Beauté du langage des états-majors ! Demain, aux aurores, nous ne savons pas ce qui va se passer ; si un accrochage sérieux se produit au cours de la journée, la décision d’employer les bombes sera justifiée, mais sinon, à priori?

Le 31 mai, l’Atlantic Aspic Charlie décolle à 6h00 pour Djedaa ; il ne rentrera que neuf heures trente plus tard… En effet, à peine est-il arrivé sur zone qu’un accrochage se produit à l’ouest de cette localité, tandis qu’il signale une forte concentration rebelle à l’est. Une première patrouille légère de Jaguar a décollé, suivie d’une deuxième une trentaine de minutes après ; à 8h19, à l’issue de sa première passe canon, lors de son dégagement, en virage à gauche en montant, Cresson Oscar leader ressent un choc alors qu’il est à 4000 pieds, vitesse supérieure à 400 kts ; au même moment, son équipier signale au moins deux tirs de missiles dans sa propre direction. En phase de rassemblement sur son leader, il confirme que le moteur droit est en feu ; Oscar leader a pris la direction du petit terrain d’Ati, ses commandes deviennent inopérantes et il doit s’éjecter à 8h23. Tandis que l’équipier assure sa protection, le Puma d’Ati a déjà décollé et peut récupérer le pilote dès 8h45 ; il est indemne, et sera ramené à N’Djamena en début d’après-midi. L’appareil a explosé avant de percuter le sol, ses débris sont très dispersés.

Je rends compte à Paris par message flash, disant que le Jaguar a été probablement abattu par SA 7, « mais ceci reste à confirmer », le ramassage des débris étant programmé pour le lendemain, dans la mesure du possible. Je suis très surpris d’entendre très vite les chaînes de radios françaises annoncer qu’un Jaguar a été abattu au Tchad par un missile !

Pour en terminer avec cette affaire, l’essentiel des débris fut récupéré le lendemain, et les jours suivants, ramené à N’Djamena, où nous les avons examinés très soigneusement, sans trouver le moindre indice d’un impact important ; par ailleurs, nos écoutes montrent que les rebelles s’interrogent eux-mêmes pour savoir qui aurait réussi ce tir ! Il reste selon moi deux possibilités : le moteur a pris feu à la suite d’un tir « heureux » d’un petit calibre touchant un endroit sensible, ou bien il s’est produit une crique en raison d’une utilisation soutenue du réacteur poussé à ses limites dans des conditions climatiques extrêmes. La question reste ouverte.

Les Cresson Papa interviennent à leur tour à 9h25, toujours aux canons, mais sans grande efficacité car, les rebelles restant immobiles, l’Aspic ne peut pas repérer leur position de manière suffisamment précise. Entre-temps, j’ai ordonné de monter les bombes pour toutes les futures missions de ce jour. Les Cresson Québec et Roméo interviennent ainsi à 12h40, avec de très bons résultats annoncés par nos troupes au sol.

La bataille est bientôt terminée ; nos forces entrent à Djedaa et, dans sa palmeraie, elles découvrent un véritable camp installé et retranché dans la partie administrative du village qui a été vidé (?) de ses habitants, où les rebelles se sont fait tuer sur place sans reculer ni se rendre (une centaine de morts y sont dénombrés). La bande, forte de 5 à 600 hommes disposait d’un armement moderne et très important, abandonné par ceux qui ont pu fuir par la palmeraie, et qui doit en grande partie être détruit sur place faute de moyens de transport suffisants. Doté d’équipements de base (uniformes…) fournis par certains pays de l’est, ce camp retranché était également un lieu de recrutement performant : après la leçon d’aujourd’hui, les rebelles ne trouveront plus beaucoup de volontaires dans la région!

Parmi le matériel ramené à N’Djamena, figurent une dizaine de missiles sol-air, dont sept sont tout neufs, restés inutilisés dans leurs caisses, avec leurs documents et les tampons de la douane de Tripoli. Il s’agit de SA 7 améliorés, d’un modèle inconnu jusqu’ici : un spécialiste de l’EMAA viendra aussitôt récupérer le tout, tandis que l’ambassade américaine, alertée je ne sais par qui, voudrait bien pouvoir y jeter un coup d’œil ; nous lui conseillons de s’adresser à Paris : un renseignement ne se donne jamais, il s’échange.

Face à ce bilan impressionnant, nous n’alignons qu’un seul blessé léger, et aucune perte dans la population civile ; c’est, dit le rapport du général Bredèche «la conséquence d’un emploi intensif des appuis de tous types».

Le CEMAT est tellement content qu’il obtient pour ses hommes, à la disposition du général Bredèche, un petit contingent de croix de la Légion d’honneur. L’EMAA est toujours en silence radio ; le général, un peu gêné, me rétrocède une croix, sans que je lui aie rien demandé. Qui vais-je proposer ? Pour faire mentir pour une fois le vieil adage qui veut que l’on soit récompensé dans la personne de ses chefs, je propose le plus jeune de nos pilotes de Jaguar, qui s’est d’ailleurs bien battu ce jour-là ; j’ignore la suite donnée à ma proposition.

Trois Jaguar sont arrivés le même jour de Dakar en renfort ; cela m’en fait huit en tout maintenant. Le 1er juin, tandis que se poursuit la fouille de la palmeraie et le ramassage des débris du Jaguar, l’Atlantic repère des véhicules en fuite au nord de Djedaa : une patrouille intervient d’après son guidage, mais sans qu’on puisse apprécier le résultat, nos troupes étant loin de l’endroit et occupées par ailleurs.

Il se passe tous les jours quelque chose d’inattendu : le 30 mai, un de nos éléments en reconnaissance dans la région de Mao, au nord du lac Tchad, a capté une communication en espagnol, donnant des indications très précises sur sa composition et ses déplacements ! Le Kanem est une province sensible car, le long de la rive nord du lac Tchad, il y a les seules exploitations agricoles modernes du Tchad, et on vient d’y trouver du pétrole… Après les Libyens et les pays de l’Est, aurait-on maintenant affaire à des Cubains ? Il ne pourrait s’agir cependant que d’une infiltration d’éléments chargés d’une mission de reconnaissance, pas d’une bande armée, mais sait-on jamais. Nous restons à l’écoute dans ce nouveau secteur.

Au fil des jours, je me persuade de plus en plus que la bande de Djedaa, ou ce qu’il en reste, attend toujours quelque part des renforts qui viendraient directement de Faya, de nuit à travers le désert, et non pas de Salal, encore moins de l’est du Tchad où Hissène Habré semble maintenant d’humeur à se rallier : mon idée suppose qu’ils feraient étape dans l’une de ces taches vertes qui le parsèment, à mi-chemin.

Les rebelles sont bavards ; nous dénichons un interprète, qui comprend leur dialecte, et peut le traduire en bon arabe ; je le fais embarquer sur l’Atlantic au cours des RAV, et nous avons son rapport traduit en français le lendemain : les rebelles disent entre autres : «Je viens d’être survolé par un avion». En notant l’heure de l’émission et en restituant le profil de la RAV, on devrait trouver leur repaire. Hélas ! il me faut vite déchanter pour plusieurs raisons : quand ils disent «survolé», cela veut dire qu’ils ont en réalité aperçu un avion, et «je viens», cela veut dire parfois «il y a une heure ou deux» ; et puis, dans ce désert où les cartes sont joliment fantaisistes, et avec l’imprécision des moyens de navigation de l’Atlantic, la position de l’avion à un instant T n’est connue parfois qu’à 50 km près! Néanmoins, je ne renonce pas et, de fait, tous les jours qui passent me permettent, par déduction, en variant les horaires et les itinéraires des RAV, de réduire un peu plus la zone de mes recherches…

Parallèlement, les émissions en espagnol continuent, mais là les auteurs se font discrets et émettent à intervalles très irréguliers, et de façon brève ; il faut faire preuve de patience pour tâcher de prédire avec une probabilité suffisante un créneau pendant lequel ils émettraient. Je pense, quand ce moment arrivera, monter une manip de repérage par triangulation avec trois ou quatre hélicoptères et un Atlantic exploitant le tout en direct, avec nos Jaguar en alerte renforcée en vue d’un traitement immédiat : c’est assez vaseux, j’en conviens, mais pourquoi ne pas tenter le coup?

Ma relève est arrivée, mon retour en France est programmé par voie aérienne civile, décollage prévu dans la nuit du 13 au 14 juin pour une arrivée à Roissy au petit matin. Je vais quitter le Tchad avec quelques regrets, bien que je sois content de retrouver mes pénates après cet intermède africain de deux mois ; j’ai un sentiment d’inachevé. Le 12 juin, je décide de tenter le coup du repérage des « Espagnols » dans la matinée du 13, mon dernier jour ici.

Dans la soirée, je termine le briefing de ma manip dans la salle d’Ops du détachement Jaguar, lorsque fait irruption un des pilotes, qui vient de rentrer de nuit de sa mission : il a été tiré par une arme automatique, au retour de sa RAV, à la tombée de la nuit, à partir d’une «tache verte» dont il a bien repéré la forme particulière, et relevé la position en coordonnées polaires à partir d’un de ces points «plaquettes» dont a parlé Féron (à paraitre prochainement) dans son article. Reportée sur la carte, la position tombe au milieu de la grande zone blanche du désert, et correspond à l’idée que je m’en étais faite.

J’annule aussitôt mon opération, et je fais monter les bombes sur les Jaguar ; je serai à bord de l’Atlantic qui décollera 1h30 avant le jour, de manière à arriver sur les lieux (avec une approximation de quelques kilomètres…) peu après le lever du soleil ; j’emmène avec moi le pilote du Jaguar, pour qu’il identifie formellement la «tache» en question. Dès que nous aurons identifié formellement l’objectif, je donnerai l’ordre de décollage à une patrouille de quatre Jaguar en alerte.

Arrivés sur la zone approximative, plusieurs taches vertes, de formes et de dimensions variées paraissent correspondre à la position relevée la veille, mais une seule a l’aspect voulu, qui est tout frais dans la mémoire du pilote de Jaguar, une forme en losange allongé de cent à deux cents mètres dans sa longueur, avec un gros bouquet d’arbres près du centre. Nous l’observons longuement et minutieusement depuis nos 15 000 pieds, sans voir âme qui vive, mais de nombreuses traces de passages rayonnent depuis cette verdure. Nous ne sommes toujours pas tirés, ce qui matérialiserait une présence hostile. D’un autre côté, il semble très peu probable que l’endroit, à l’écart de tout puits, soit fréquenté par des nomades, et les traces relevées ne ressemblent en rien au piétinement habituel des troupeaux (j’ai effectué assez de RAV depuis mon arrivée pour faire la différence).

Je fais donc décoller les Jaguar, qui arrivent sur les lieux une bonne heure plus tard ; dès qu’ils ont le visuel sur l’Atlantic, j’ai largement le temps de leur décrire l’objectif, et de leur donner toutes les instructions voulues pour leur attaque, si bien que l’identification est tout de suite faite. Je demande alors au leader de placer une seule bombe, juste pour voir, sur le gros arbre, pensant que c’est là que les rebelles auraient de préférence mis à l’abri leur matériel. La bombe du leader fait mouche et déclenche une explosion qui se traduit par un épais panache de fumée noire qui s’élève majestueusement dans les airs !

Je lâche alors le reste de la patrouille, qui va s’en donner à cœur joie : les incendies succèdent aux explosions, toute la tache verte s’embrase ; les bombes ayant été larguées, je leur demande d’achever le nettoyage aux canons ; quand ils se présentent à basse altitude, les pilotes annoncent que les rebelles s’enfuient «comme des fourmis», mais leur tirent quand même dessus avec des armes de petit calibre… Tandis que les tirs des Jaguar se poursuivent, nous apercevons un gros éclair qui part de la tache dans notre direction; étant au poste de premier pilote pour disposer des moyens radios essentiels, je «break» instinctivement, tandis que j’entends simultanément l’ordre de «breaker» du commandant de bord; ce n’est pas un tir de SAM 7, et nous ne saurons jamais de quoi il s’agissait…

La mission est terminée, elle aura duré 6h30 pour l’Atlantic ; la base arrière des rebelles est entièrement détruite, Djedaa ne recevra pas de renforts de longtemps, et je vais pouvoir prendre l’avion la nuit prochaine sans ce sentiment d’inachevé.

Quand je débarque du DC 8 à Roissy le 14 au petit matin, une voiture officielle m’attend pour me conduire directement dans le bureau du CEMAA ; je suis en petite tenue civile, car je n’ai pas eu le temps d’emporter au Tchad autre chose que ma combinaison légère de vol en guise d’uniforme, et j’ai tout juste le temps de me raser dans le bureau du chef de cabinet, un copain de promo ; le CEMAA «m’interviewe » longuement et, quand je conclus, je le surprends en lui demandant une croix de la Légion d’honneur pour le capitaine mécanicien «mercenaire» au service des P-47 tchadiens ; «Je vais voir», me dit-il ; il trouve suffisamment d’intérêt à ce que je lui raconte pour m’obtenir un rendez-vous sur le champ avec le CEMA. Je dois dire que, rue SaintDominique, l’huissier de service devant le salon de réception du général Méry regarde d’un drôle d’œil ce civil à l’aspect rustique!

Que conclure de cette opération qui, par certains aspects, ressemble à ce que nous faisions en Algérie vingt ans auparavant mais qui, par d’autres, annonce les conflits plus modernes de ces dernières années : implication de nations voisines, rôle de la diplomatie, emploi de moyens et de techniques avancés (ravitaillement en vol, moyens de renseignements variés, comme les Mirage IV photo et le DC 8 Sarigue – dont je n’ai pas parlé), certaines opérations étroitement conçues en interarmées, et d’autres « purement aériennes» mais intégrées dans l’idée de manœuvre d’ensemble?

Pour moi, j’en retirerai le sentiment d’une extraordinaire fraternité d’armes, avec nos aviateurs bien sûr, mais tout autant avec mes camarades des autres armées, pilotes de l’aéronavale ou de l’ALAT, officiers et cadres de la Légion comme de la Coloniale, qui ont démontré leur intelligence, leur vaillance et leur professionnalisme, depuis le général jusqu’au simple soldat, souvent très jeune, qui s’est comporté magnifiquement. Et puis, chez les civils, j’ai rencontré aussi des hommes et des femmes d’une qualité hors du commun, depuis notre ambassadeur, M. Dupuis (Légion d’honneur à titre militaire), un homme remarquable qui a joué un rôle déterminant dans cette affaire, jusqu’aux secrétaires de l’ambassade, en passant par le personnel de l’aéroport, les représentants des sociétés pétrolières, et les pilotes d’Air France réquisitionnés ; je ne saurais trop les saluer et les remercier tous.

Enfin, je dois remercier l’Armée de l’air du fond du cœur pour m’avoir offert, alors que les bruits de guerre parcouraient allègrement la ville, ce spectacle inoubliable, qu’on ne voit qu’en Afrique, du lever du jour au-dessus du Chari et, dans ce court instant de silence, du pêcheur debout sur sa pirogue, qui lance sereinement son filet, d’un geste ample et lent venu du fond des âges… ❑

MARC Jean (EA 51)


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