Souvenir d’un sergent pilote du Groupe III/6

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Andre CONTANT
Andre CONTANT

Dimanche 7 mai 1950.

Aujourd’hui j’ai 24 ans est-ce possible, je ne me sens pas du tout cet âge-là. A midi les camarades de la table m’offrent un bouquet quelconque, je comprends tout de suite ce que ça veut dire et je paye une bouteille.

Lundi 22 mai 1950.

LA FROUSSE DE MA VIE ! En plein midi, je fais une évacuation sanitaire à Phan Ri avec le Morane, j’emmène le lieutenant Lebars, l’adjoint technique, patron des mécaniciens. Au bout d’1h10 nous arrivons à Phan Ri et me pose tangent car le terrain est très petit (350 mètres) et il n’y a pas un souffle de vent. Je me demande comment je vais décoller, car nous sommes trois avec le blessé couché, c’est un caporal Sénégalais qui a reçu une balle dans le bras. Enfin je vais à l’extrême limite du terrain, la queue de l’avion dans les broussailles. Plein gaz sur freins, puis je lâche les freins d’un seul coup. L’avion roule doucement, il prend lentement sa vitesse et enfin au tout dernier moment alors que j’arrive au bout du terrain et que l’aiguille du badin commence à peine à décoller, je baisse 20 ° de volet et arrache l’avion quel soulagement, mais ce n’est pas fini, le terrain monte légèrement et je me traîne lamentablement à 4 mètres des cailloux n’osant même pas virer, ma vitesse étant trop faible, et pourtant il y un cocotier devant que j’évite en douceur, je ne sais comment! Enfin, insensiblement je gagne sur la pente du terrain et vire timidement……

Quelle sale impression, on ne sait pas comment ça va se terminer, Heureusement ça s’est bien passé, mes jambes tremblent, je sens encore mon serrement de cœur, je me retourne vers le blessé, il est allongé inconscient du danger qu’il vient de courir.

Dans 1H30 il sera à l’hôpital, le Lt. Lebars lui fait de l’ombre avec son chapeau. En arrivant à Nha Trang l’ambulance l’attendait.

Vendredi 26 Mai 1950

L’après-midi je fais une mission de bombardement et mitraillage avec le Lt. N….. comme C.P. toujours la même région Song Cau. Bombardement de la gare de la Hay. N….. me donne l’objectif à bombarder quand nous sommes au-dessus de la gare à 6000 pieds. C’est un abri. Je pars 300 mètres derrière lui et bombarde à mon tour. Dans ma ressource je me retourne et vois une explosion en plein dessus. C’est la deuxième fois que je mets un coup plein but et je ne peux m’empêcher de le dire.

  • Ici Orange 2, j’ai tapé en plein dedans
  • Non c’est moi.
  • A pardon, c’est moi
  • Ici orange leader « terminé »…

Il a peut-être raison… Je le rejoins, ses bombes sont larguées, mais il me signale qu’il en reste une sous mon plan gauche. Je recommence mon bombardement mais elle ne se détache pas davantage ; je veux utiliser la poignée de secours, mais à l’endroit où elle devrait être il n’y a qu’un trou, l’anneau est parti. Je me vois déjà rentrant au terrain avec ma bombe, va t’on me faire poser avec ou bien me faire sauter en pépin, je suis déjà heureux à l’idée de sauter en parachute, mais il y a encore une ressource pour faire partir cette bombe, je passe au-dessus du patelin et secoue mon avion dans tous les sens en appuyant sur le bouton de largage, puis finalement ne sentant rien se détacher j’enlève la sécurité des armes et tire aux canons qui s’enrayent tous les deux, mais la bombe est partie et explose dans une rizière.

Nous mitraillons la gare, un wagon et une espèce d’automotrice qui a l’air de prendre feu, quelques jonques, le P.C. d’une compagnie de viets et nous rentrons à +5 au boost …N…… est pressé. Il doit sans doute avoir rendez-vous à 6h30, car à peine posé, il saute sur son vélo sans me faire le débriefing et il me laisse ses formes à remplir.

Au moment de me poser, une lampe verte qui indique la position de sortie du train n’était pas allumée, j’ai donc remis la gomme et au deuxième essai elle s’est allumée.

Vendredi 23 juin 1950

Ce matin le Lt Meugin et Germain arrosent leur 100ème heure de monoplace. Moi j’ai encore le temps, je n’en ai que 75.

L’événement le plus sensationnel de la journée est celui du Lt. Rajau qui arrache un cocotier avec l’aile de son Spit, en faisant une passe de mitraillage. Il rentre avec un gros creux dans le bord d’attaque de l’aile, un petit morceau d’hélice en moins et des feuilles dans ses radiateurs et dans sa queue !

Mais…cerise sur le gâteau : ce creux sur le bord d’attaque, il est derrière l’hélice…Cela veut dire que le tronc du cocotier est passé entre 2 pales d’hélice…Si ce n’est pas du pot ça!!!

Ça n’a fait qu’un petit choc dit-il, moins fort que le recul des canons quand on mitraille !

Notre merveilleuse équipe de “la Mécanique” se met au travail immédiatement, découpe le bord d’attaque cabossé sur 25 cm, en prend un sur un taxi reformé et le travail est presque terminé dans la soirée.

Une belle brochette de nos merveilleux mécanos CAYRE (dit Olive), MANGIN, (La prise de pékin), CRAMPES (Alphonse) BERGONSO (la fleur que je t'avais donnée ma Carmen...)
Une belle brochette de nos merveilleux mécanos CAYRE (dit Olive), MANGIN, (La prise de pékin), CRAMPES (Alphonse) BERGONSO (la fleur que je t’avais donnée ma Carmen…)

Après un oral des EOA infructueux en France, j’étais de retour en Indochine, le 30 octobre 1950, dans mon unité: le Groupe de Chasse 1/6 CORSE.

Dès le lendemain, de mon arrivée, je faisais un vol de reprise en main sur Spitfire de 15 minutes, et le lendemain, le 1er Novembre un rodage moteur de 1H15. Et je reprenais les missions de guerre no2 sur Spit.

Puis quelques jours plus tard, le stage de transformation à SAÏGON sur nos nouveaux avions: le F 6 F HELLCAT.

J’étais lâché sur HELLCAT le 7 novembre au matin, et un deuxième vol le même jour. Pour mon sixième vol sur cet avion, je participais au défilé aérien du 11 Novembre sur SAIGON… Puis retour au bercail (NHA TRANG) où les missions de guerre se succèdent jour après jour, tantôt sur Hellcat, tantôt sur ce qui reste de Spitfire disponibles grâce aux prouesses de nos mécanos. Ma première mission de guerre sur Hellcat : le 18 Novembre, Durée 2H20…Le Hellcat a beaucoup plus d’autonomie que nos malheureux Spits. Le mois de novembre se termine avec 32H10 de vol dont 16H30 de vols de guerre no2 en 9 missions.

Mi-décembre 1950.

Ces jours derniers ont été bien remplis: A commencer par une évacuation sanitaire la semaine passée, avec le Morane 500. A midi, au moment où j’arrivais au mess pour déjeuner, le Cdt. d’escadrille me téléphone: “Il y a une évacuation sanitaire à faire d’urgence à PHAN RAN (100 km dans le Sud.) Et si le docteur de là-bas pense que c’est grave, emmenez le à SAIGON, vous reviendrez demain matin”

Je prends un casse-croûte, mes affaires de toilette. Pendant que le sergent BERGONSO, Chef

Mécanicien fait chauffer le moteur, je prépare ma carte, demande la MTO sur SAÏGON, fais envoyer un message à PHAN RAN pour leur demander de prépare 100 litres d’essence pour un ravitaillement immédiat, et éventuel. J’ai juste de quoi aller à SAIGON mais il vaut mieux être prudent et en avoir plus que pas assez. Comme il n’y a qu’un blessé, j’emmène BERGONSO avec moi, Evidemment, il ne demande pas mieux. Je décolle sans aller prendre le bout de piste, et me dirige vers PHAN RAN en faisant un petit crochet pour éviter le survol de la montagne à cause des vents rabattants dont il faut se méfier avec un avion qui n’est pas un chasseur…Nous avons un fort vent plein arrière, tant mieux. Mais à l’arrivée, il est plein travers de la minuscule bande… J’arrive donc l’aile dans le vent et me pose sans histoire.

Le docteur me demande d’emmener le blessé à SAÏGON. C’est un partisan Annamite, une balle lui a traversé la tête en faisant un petit trou du diamètre d’un crayon, juste au-dessus du nez. Il bouge, je m’étonne qu’il ne soit pas mort d’un coup pareil…Ils ont vraiment la peau dure ! Dès les pleins terminés, blessé embarqué, nous décollons, je passe à la verticale de PHAN THIET Pays du nuocmam. Je prends le cap 267 Direct sur SAÏGON, et n’en bouge pas. Au bout de 10 minutes, je suis pile sur la route, pas de dérive, le vent à varié et je l’ai plein arrière, tant mieux pour le blessé, quelques minutes gagnées peuvent être importantes.

Dans 1 heure et demie nous serons arrivés. Au-dessous, c’est la forêt avec des arbres immenses, et des bandes d’oiseaux blancs qui s’envolent à notre approche. Un court instant je pense à nôtre sort si nous avions une panne de moteur…

Dans une forêt si dense, on ne nous retrouverait pas. Je me retourne de temps en temps et m’étonne de voir le blessé respirer, sa poitrine se soulève régulièrement. BERGONSO le surveille, assis entre le brancard et moi, ça ne tabasse pas trop, tout va bien. Mais je me demande intérieurement si le blessé tiendra jusqu’au bout. Je mange une partie de mon casse-croûte, et propose l’autre partie au mécano, mais il n’a pas faim, le pauvre, la vue du moribond ne doit pas le mettre en appétit. A un moment, le malheureux allongé sur son brancard se met à vomir. BERGONSO le soulage comme il peut, et balance par la petite fenêtre ce qu’il a pu soutirer de sa bouche. Mais c’est trop d’émotions pour lui, et je le vois tout blanc. Alors, pour créer une diversion, je lui dis dans l’oreille : « Demandes lui si il veut un casse-croûte », ça le déride aussitôt, et avec un large sourire, à moitié convaincu, il me répond : «  T’es dégueulasse! ». Un moment après, je retourne, il en rigole encore et a repris des couleurs.

Tout de même, le temps passe moins vite que dans un avion de chasse, il n’y a pas de flettner (compensateur) de direction, et l’avion me pousse dans la jambe droite, je pourrais le laisser faire mais cela nous ferait un peu plus de traînée et nous perdrions quelques minutes qui peuvent être vitales. Après la forêt, ce sont d’immenses plantations d’hévéas, puis des rizières.

Nous laissons BIEN HOA à nôtre droite et arrivons en vue de TAN SON NHUT. Le terrain de SAIGON. Je me pose en approche directe. Une ambulance attend, mais quand on transfert le pauvre gars, il ne semble plus respirer…

Je retrouve des copains, BERGONSO aussi. Il faut rentrer l’avion au moteur dans le hangar, Je le laisse le faire, en priant qu’il n’accroche pas un bout d’aile, mais il s’en tire comme un chef et son sourire radieux devant ses copains, indique bien la détente si nécessaire après cette pénible tension.

Je bois une limonade bien fraîche avec les pilotes du “NORMANDIE-NIEMEN” et passe la soirée avec eux. Vers 23H00 je reçois un message me demandant de prendre 2 blessés à TRAI CA en rentrant sur NHA TRANG.

Le lendemain matin, nous nous levons à l’aube, mais impossible d’avoir de l’essence avant 9H30.

Notre avion utilise de l’essence 80 octanes, et les citernes de la seule unité pouvant nous en fournir sont vides pour le moment. Avec l’essence restant je dois pouvoir aller jusqu’à BIEN. HOA où là, j’en aurai. Nous mettons 25 minutes pour y arriver car nous avons un fort vent de face. Dès le plein fait, nous décollons aussitôt pour TRAI CA.

Tout marche bien, je monte lentement à 1500 mètres ce qui me permet de couper au court en passant au-dessus du relief et nous fait gagner au moins 3/4 d’heure. Nous mangeons nos sandwichs achetés avant le départ de SAÏGON et BERGONSO s’installe allongé sur le brancard. Je navigue au cap et à la montre sans souci, puisque j’aurai la côte pour me recaler. Je me retourne de temps en temps, Bergonso a l’air de dormir, alors, comme le trajet est monotone, je pousse un grand coup sur le manche, je me tenais au siège d’une main. L’avion pique brutalement, et Bergonso réveillé en sursaut va nager au plafond, restant un moment suspendu entre le brancard et la verrière !…Grands éclats de rire évidemment…

Nous arrivons à TRAI CA à l’heure prévue, j’avais fait annoncer nôtre heure d’arrivée. On m’allume un fumigène pour m’indiquer le vent et je me pose en maniant la trapanèle comme un avion de chasse ! Les 2 blessés, des Sénégalais, sont installés, ils ont pris des balles dans épaule et cuisse, mais cela ne semble pas très grave. Je dois débarquer Bergonso, qui est accueilli à bras ouverts et Alain ira le chercher après le repas. Le lendemain, il y a 4 Spitfires à convoyer à BIEN HOA. Je suis du nombre, le chef de patrouille est le Cne LEBRAS, nous l’appelons « Bébert », un gars vraiment au poil. C’est un ancien du « Normandie-Niemen ».

Il compte 5 victoires personnelles en Russie, Il a 4 ans d’Indochine, et connaît toutes les ficelles, C’est un plaisir de voler avec lui. Nous laissons DALAT à nos 3 heures, la ville a l’air très agréable, dans la montagne et la verdure, autour de 2 lacs. Les 300 et quelques Km de ligne droite sont vite avalés et nous livrons nos Spits. C’est un JU 52 qui va nous déposer à TAN SON HUT le terrain de SAIGON. Nous sommes 4 chasseurs à bord. Le pilote de ce lourd transport, profitant aussi que l’avion n’était pas chargé, nous fait un décollage spectaculaire avec un virage en chandelle, en bout de piste. Nous n’étions pas des plus rassurés, peu habitués à ces fantaisies sur un avion de transport.

Jeudi 2 décembre 1950,

Avant-hier, j’ai fait une mission de 2 h 40 sur Hellcat, avec NEVEUX comme CP. (Attaque aux rockets sur abri locomotive Tam Quan), puis l’après-midi 1/2 heure de voltige sur Spit et 2 combats tournoyants avec MEUGIN ; il gagne le premier, et moi le second. Hier, pas de vol. Tir au pigeon, cela consiste à tirer au fusil de chasse sur une soucoupe lancée inopinément par un appareil spécial. Je réussis le meilleur score avec 9/10

Ce matin, mission de 2h20 sur Hellcat, avec Bébert : reconnaissance armée fluviale, nous mitraillons une douzaine de sampans chargés. Ce Bébert a vraiment l’expérience du Pays. Bien qu’ayant moi-même 16/10 ème à chaque œil, je me demande comment peut-il bien faire pour dénicher ses objectifs. A un moment il me signale, « J’attaque un emplacement de DCA ». J’attaque derrière lui, mais ne vois plus personne. Nous ne sommes pas les seuls en l’air, derrière nous, deux autres patrouilles ont décollé. Une de Tourane, et Neveux et Germain de Nha Trang. Nous les entendons tirer leurs rockets, la voix de Neveux dans les écouteurs, et plus lointaine, la voix calme et grave de “Bleu Leader” venant de Tourane. Il me semble comprendre que leurs tirs sont trop longs…

J’ai un réservoir vide, l’aiguille est à zéro, mais j’attends d’avoir le « plouf » pour changer de réservoir.

Je passe mentalement en revue la séquence des manœuvres à faire dès que mon moteur s’arrêtera :

Réduire, changer de réservoir, brancher la fuel pompe, et remettre la gomme tout doucement.

A peine ai-je terminé que mon moteur s’arrête net. En une seconde j’enchaîne ces opérations, et il repart d’un bruit bien sympathique.

Vendredi 22 Décembre 1950.

Quelle journée! J’ai bien cru que je cassais un avion en petits morceaux et moi avec…Nous avions décollé à quatre Hellcats pour bombarder un objectif en zone Viet, la patrouille conduite par le Cne de Chavagnac, Cdt. le Groupe. Mais le mauvais temps et plafond trop bas nous obligent à faire demi-tour. Bien sûr, nous aurions pu larguer nos bombes en mer avant d’atterrir…

Mais nous nous posons avec nos 2 bombes de 500 livres sous les ailes. Je suis No 4, donc le dernier à atterrir. Tout se passait normalement lorsqu’au moment où j’allais toucher des roues pour l’atterrissage, je me suis senti brutalement pris dans le souffle de l’avion précédent. Je contrais immédiatement pied et manche, mais rien à faire, le bout de l’aile droite effleure la piste. J’avais déjà remis les gaz… Une seconde je me suis dit “ça y est, on y va, heureusement que je suis bien attaché”, puis j’ai pensé à la bille, un accident similaire étant arrivé à un copain sur Dewoitine 520, et il était passé sur le dos. Enfin, avec le maximum de douceur, j’arrachais l’avion, m’attendant à décrocher …Et soulagement, il ne décrocha pas. Je rentrais mon train, passais vent arrière, et me posais sans encombre. Une fois posé, je me rendais seulement compte que le bout de l’aile et de l’aileron étaient tordus, Toute la mécanique sortie pour nous voir atterrir avec nos bombes avait eue bien peur, et quelques-uns s’étaient jetés à plat ventre, s’attendant à l’explosion de mes bombes.

Il y a quelques jours, le Cne De Saxe s’était lui aussi fait prendre dans le souffle du précédent, mais étant plus haut que moi, il avait eu le temps de redresser. Cela fait vraiment une sale impression quand, bien qu’ayant une vitesse suffisante, on sent l’avion s’incliner brutalement, et qu’avec le manche et pédale à fond de l’autre côté l’avion n’obéit plus et ça ne dure qu’une seconde ou deux, mais elles paraissent durer un siècle !

De Somow, un camarade de promo, s’est fait prendre dans le souffle sur Vampire, L’avion était en morceaux et lui indemne.

Il y a quelques jours, à TOUMNE, deux JU 52, chargés de monde: Officiers d’appui aérien, Etat-major du Groupe Bretagne, se sont rentrés dedans en vol et se sont écrasés ensemble. Une trentaine de morts, pas un seul survivant.

C’est peut-être une “série noire” qui commence, il va falloir faire attention’

Jeudi 28 décembre 1950,

Il pleut encore toute la matinée, il n’y pas une seule chaise libre aux Opérations ni à la salle d’Escadrille. Les nombreux chiens qui errent sur le terrain sont traqués. Le jeu consiste à en appeler un avec un sandwich et, tandis que l’un le caresse pendant qu’il mange, l’autre lui attache une ficelle au bout de la queue reliée à deux ou 3 boites de conserves vides. Quand le tout est solidement fixé, on lance une de ces boites par terre, l’animal se sauve mais le bruit des boites derrière lui loin de diminuer lui fiche une telle trouille qu’on ne le revoit plus, aux grands rires de toute la Mécanique. On raconte qu’un meccano qui nettoyait une pièce avec une seringue à essence, excédé par un chien, lui enfonça la pipette dans le trou de balle et lui fit un lavement à l’essence…Le chien partit à toute vitesse sur le parking, puis s’arrêta net …Il était mort?.. Non, juste en panne d’essence !!

Temps de chien
Temps de chien

Mais ça c’est une blague qui en a fait marcher plus d’un…

Tout cela n’est rien à côté de la rigolade de ce soir. Avec Alain, nous sommes allés faire quelques achats en ville et entre autre un vaporisateur à main, avec son gros réservoir en bout de pompe. Puis nous sommes allés prendre une soupe chinoise, sur la table il y avait la bouteille de Nuocmam, et l’idée nous vint d’en remplir le réservoir du pulvérisateur, habituellement destiné au Fly-tox.

De retour à la base, nous commençons à visiter les chambres, la première est celle des radios, ils sont attablés à jouer aux cartes avec quelques mécanos.

« Bonsoir messieurs…Un peu de Fly-tox, si vous avez des moustiques »

Et Toto vaporise largement à grands coups de pompe…

« Au revoir messieurs, à votre service! »

La porte à peine fermée, des cris et rugissements retentissent

« Salauds…! Qu’est-ce que c’est que cette saloperie..,! »

Et tous de sortir un mouchoir ou une serviette sur la bouche et les narines.

Le plus amusant c’est que les victimes ne se rendent pas compte tout de suite de la supercherie.

Nous « traitons » pas mal de chambres, dans certaines nous sommes bien accueillis:

« Tiens sous le lit et puis là aussi, c’est là qu’ils se tiennent… Merci, c’est sympa! »

Et Hop! Nous nous arrangeons toujours pour déguerpir avant qu’ils ne respirent cet air nauséabond. C’est le branle-bas dans tout le bâtiment, et au moment où j’écris nous nous attendons à une contre-attaque d’un moment à l’autre…Elle n’a pas tardé, c’est d’abord Agostini, le radio du Siebel : avec un sourire entendu, il vient nous demander de lui prêter le pulvérisateur pour aller en vaporiser dans la chambre de l’adjudant Wagner. Je ne me méfie pas. A peine l’a-t ‘il en mains qu’il en vaporise dans toute nôtre chambre…Heureusement, il y a un bon courant d’air, nous occupons l’angle du bâtiment, mais dans les autres chambres, c’est intenable.

Un peu plus tard nous subîmes une tentative de lancer de poudre à éternuer, mais elle devait être périmée.

Vendredi 29 décembre 1950,

Je fais une mission sur Spit ce matin, avec le Cne. Fuchs, ex commandant de groupe.

Objectif: Des cantonnements viets au confluent d’une rivière. On nous avait fait un croquis au briefing, mais arrivés sur l’objectif, la configuration des lieux est différente. Mon CP bombarde, je le suis à 100 mètres, mais ne trouvant pas les paillotes, je ne largue pas mes bombes et conserve mes 3000 pieds en attendant qu’il me donne des précisions sur l’objectif. Il fait plusieurs passages et finalement me dit:

« J’ai identifié une paillote, je la mitraille et vous bombarderez »

Je vois ses obus éclater et pique pour bombarder, je largue à 1000 pieds et redresse sec.

« Au poil », j’entends dans les écouteurs, mes bombes sont tombées pile sur la paillote qui est pulvérisée…

Mardi 16 Janvier 1957.

« Ben mince alors…! Elle est morte ma souris ». Ce furent les premières paroles d’Ago ce matin au réveil. Mais il faut l’entendre le raconter avec son accent à qui veut l’entendre :

« Ce matin, je vais lui dire bonjour et je la vois pendue dans sa cage, la tête en bas…Elle était devenue toute noire…Alors, je l’ai jetée dans le fossé, sans même la toucher…Même les poils, ils étaient tout noirs… »

Tout le monde de rire sous cape, et Lafranchi de lui dire:

« Oh là ! Tu veux nous faire marcher…On a beau être du même pays, je ne te crois pas…Té, c’était pas ta souris? »

« Tout le monde la connaît ma souris, elle est blanche, avec une patte cassée et un œil au beurre noir ! »

« Té, on la retrouvera, je l’ai jetée dans le fossé, et si elle est pas noire, je paye l’apéritif à tout le monde, et si j’ai raison, c’est toi qui paye l’apéritif ».

Et pendant qu’il cherche dans le fossé avec un bâton, on lui remet sa souris blanche dans la cage…

Je l’entends encore, enfin rassuré:

« Quand je l’ai vue morte, je me suis dit : c’est parce que je lui ai enlevé sa petite roue, ça a dû lui faire du chagrin ! A moins que ce soit une indigestion, je lui ai donné trop à manger…!!! »

Ce matin, Le Bras et Meugin ont décollé pour le Tonkin, mais aujourd’hui encore, ils ont du faire ½ tour Météo.

Dimanche 28 janvier 1950,

Notre base de Tourane sert d’escale technique pour les Vampire de la RAF à destination de Hong

Kong. Ce soir, nous avons des invités Anglais, et nous liquidons les stocks du bar de l’escadrille puisque nous devons partir mercredi pour Hanoï. Il n’y aura plus de popote là-bas…

Le champagne a donc été liquidé, puis ce qu’il restait comme spiritueux et pour terminer, à la demande des Anglais, par du jus de framboise… Nous avons chanté, et ri… Jules, un armurier si sympa renommé pour la taille gigantesque de ses attributs masculins, cédant à nos injonctions s’arrangeait pour les mettre dans une assiette qu’il tenait d’une main contre sa « bringuette », prouvant ainsi sa réputation. (Les mauvaises langues disaient que lorsqu’il allait au BMC toutes les filles se sauvaient…)

Nos Anglais ont fait une démonstration de ce que peuvent faire des gars de la RAF quand ils ont bien bu et se mettent à chanter. Il ne faudra plus nous dire que les Anglais ne boivent que du thé…

Il fallait les entendre : «  Joules…Montre ta beett »

Et ils nous ont appris une chanson de chez eux : «  Roll me over…let me down and do it again… »

Prononcée à la française par toute la bande, ça valait le coup!

par André CONTANT. Pilote G.C 1/6 « CORSE ». 12/1949 – 08/1951

Les pilotes de la deux En haut MEUGIN, NEVEUX, RATEAU, LAVERGNE (Le juteux)
Les pilotes de la deux En haut MEUGIN, NEVEUX, RATEAU, LAVERGNE (Le juteux)

Les pilotes de la “deux” En haut «  MEUGIN, NEVEUX, RATEAU, LAVERGNE (Le juteux)

En bas: CONTANT, VANVYMEERSH (Vanvi), CAMPOCASSO (Campo), DE ROLLAND (Alain)

(Campo sera abattu sur Hellcat le 30 mars 51, dans le Dong Trieu, touché par un obus de gros calibre ; 1508h30 de vol dont 335h25 de vol de guerre no2 en 216 missions)


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