TU 22 abattu dans le ciel de N’DJAMENA

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A N’Djamena, le 7 septembre 1987, il est 6h50. Alors que se prépare la relève des équipes sur le site HAWK, le sillage blanc d’une patrouille de Mirage F1 en mission de protection aérienne raye le ciel azuré. Au sol, le radar Centaure vient de détecter un écho suspect. Faisant cap au sud, un aéronef non identifié, après avoir survolé le Niger en empruntant un couloir de circulation aérienne, a soudainement bifurqué au-dessus du Nigeria, et survole maintenant le Cameroun à grande vitesse. Il semble venir droit sur la capitale tchadienne. Aussitôt l’alerte générale est donnée ; les deux F1 se ruent pour intercepter l’appareil inconnu. Chaque seconde compte.

6h51.

Le chef de patrouille annonce un “contact radar” avec un avion volant à très grande vitesse et à moyenne altitude. La confusion avec un avion civil, lequel serait incapable d’atteindre cette vitesse à cette altitude, est impossible. Au même moment, après avoir reçu le compte rendu d’accrochage de l’objectif par l’unité Hawk, les contrôleurs au sol constatent la non réponse de l’inconnu aux diverses interrogations IFF habituelles. L’appareil est classé hostile. Toutefois, l’avion ne survolant pas encore l’espace aérien tchadien, l’ordre de tir n’est pas donné aux Mirages.

Aux abords du lac Tchad, à cheval sur les frontières du Niger, du Nigeria, du Cameroun et du Tchad, l’appareil muet met brusquement le cap vers N’Djamena. Estimant que les Mirages F1 ne pourront l’intercepter à temps, tous les systèmes antiaériens se tiennent prêts. Les derniers doutes sont levés lorsque les caméras de télévision du système de tir des Crotale identifient un Tupolev 22 libyen.

Quelques instants plus tard, l’avion franchit la frontière tchadienne et entre dans le volume de responsabilité des batteries de missiles Hawk. Conformément aux procédures, les F1 français reçoivent l’ordre de “dégager”.

6h59.

L’ordre de tir est donné. La cible est alors à 8 nautiques de la batterie Hawk. De son centre de contrôle, l’officier de tir, le lieutenant Aznar, commande au peloton Bravo de faire feu. Bravo tire, mais le missile ne part pas ! Aussitôt, le lieutenant Aznar commande le feu au peloton Alpha qui exécute et rend compte : “missile parti”. Quelques secondes plus tard, l’écho  “disparaît” des écrans de contrôle ; l’objectif est détruit avant d’avoir réussi son attaque. C’est la première fois depuis la seconde guerre mondiale que la France abat un avion en vol.

Atteint de plein fouet par le missile Hawk, le TU 22 libyen se brise en plusieurs parties, dont les débris enflammés s’écrasent à quelques centaines de mètres du Camp Dubut, où était cantonné le détachement Hawk. Frappé avec ses soutes ouvertes, les bombes à fragmentation qu’il emportait sont éjectées de l’appareil sans avoir été complètement armées. Une seule bombe fuse au sol, heureusement sans éclater ni causer de victime.

La reconstitution de la trajectoire du TU 22 montra, par son alignement sur une série de châteaux d’eau parfaitement visibles du ciel, qu’il s’apprêtait à bombarder les installations majeures du dispositif Epervier à N’Djamena. L’examen des débris, malgré le pillage par la population, permit de confirmer qu’il s’agissait bien d’un TU 22 dont l’origine adverse était incontestable.

Tel est le récit du tir de la batterie Hawk que vous pouvez retrouver sur le site 7 septembre et dont je remercie l’administrateur qui m’a permis de reproduire tous les documents qui s’y trouvent. Je joins aussi une vidéo, qui à travers le témoignage des principaux acteurs, retrace ce qui s’est passé ce jour ; certes, elle est un peu longue, mais elle a surtout le mérite de faire savoir ce qui s’est réellement passé car  des âneries, il s’en est raconté !

Pour ceux qui ont moins le temps, vous pouvez commencer la vidéo à 18 mn et  il y a aussi une galerie de photos après la vidéo.

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8 réponses sur “TU 22 abattu dans le ciel de N’DJAMENA”

  1. Bjr,
    il me semblait que l’officier qui commandait la batterie Hawk, avait pris sur lui l’ordre de tir, les délais de transmission étant trop longs auraient permis au TU 22 de sortir du domaine de tir des Hawk.
    Qu’en est-il ?
    Cdlt.

  2. Je ne pense pas ; il y a toujours une coordination entre les moyens “air” et ASA (pour Artillerie Sol-Air), et normalement, la batterie Hawk ne peut pas décider seule d’engager l’avion. Mais dans ce cas, ce fut vraiment juste pour que le missile abatte le TU 22

  3. D’accord avec J.L Frommer.
    J’y étais et d’après ce que je sais, c’est un sous lieutenant qui a pris l’initiative finale du tir et un sergent qui a appuyé sur le bouton de tir. J’étais ensuite avec ce dernier près de l’épave du TU et des corps cramés et salement amochés des trois membres d’équipage (D’origine roumaine ou bulgare , je ne sais plus.).
    Nous avons remis vertement à sa place un idiot qui lui demandais ” et ça te fait quel effet d’avoir tué trois mecs ?” Une des quatre bombes a explosée, j’en ai ramené quelques éclats que je garde en souvenir, et il y eu quelques blessés légers par des morceaux de vitre de nos fenêtres.

  4. ” …. des délais de transmission étant trop longs auraient permis au TU 22 de sortir du domaine de tir des Hawk.
    En fait, dès l’installation de la batterie la question des communications Air-Terre fut posée car les Hawk étaient dotés d’un moyen de communication automatique très performant (AN/TSQ) que le commandement local Air refusa de considérer bien que quelques années auparavant, l’Armée de l’Air l’utilisa avec les missiles Nike. On retourna donc aux bons vieux téléphones de campagne et toutes les ambiguïtés de désignation des objectifs inhérents aux communications vocales …
    On a eu de la chance..

  5. Ancien pompier de l’air, j’y étais et ce matin là je ne l’ai jamais oublié. Merci les HAWK, sans la réactivité des artilleurs je pense que cette journée aurait été catastrophique pour nous tous….

  6. J’étais l’officier de liaison HAWK au CETAC de l’armée l’air et j’ai transmis l’ordre de tir à la batterie.
    Je crois qu’il faut remercier en 1er lieu les services de renseignements qui ont capté des infos et des mouvements inhabituels en Libye nous mettant ainsi en alerte.

  7. Bonjour, j’y étais à cette époque avec un détachement de la CRI, pour monter des hangars avion à N’DJAMENA et ABÉCHÉ, à posteriori on a eu de la chance car rien n’était prévu, heureusement que les renseignements ont fait un bon travail

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