Dernier vol F100 à Toul, par le Colonel BOICHOT

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Quand je suis arrivé à Toul en Novembre 1976, le colonel BOICHOT était commandant de la base, autant dire que pour moi c’était “Dieu le père”. Nous avons volé quelques fois ensemble ;  c’était un grand Monsieur qui nous a quitté trop tôt aux commandes d’un JAGUAR et qui a donné son nom à la promotion 1987 de l’École de l’Air. Il a été le premier pilote Français à voler sur F100 en 1958 à NELLYS Air Force Base et il était tout à fait naturel que ce soit lui qui effectue le dernier vol F100 sur la base de Toul.

Dernier vol F100 à Toul par le Colonel BOICHOT

25 juin 1977 copie
Le colonel BOICHOT inaugure la stèle sur laquelle repose le F100 n° 131 dont il a effectué le dernier vol quelques jours plus tôt.

Souvenir de RIGAIL Francis ” dernier” Officier mécanicien F100.      

Dans le rappel historique ” le F100 sous les cocardes françaises” Mr. Antoine évoque le dernier vol F100 du Col.Boichot. Pour la petite histoire, revenons à la “Onze” en Mai 1977 :

Les escadrons 1/11 & 3/11 volent sur Jaguar ainsi que la 1ère escadrille du 2/11. Seule la 2ème escadrille de ce dernier résiste avec ses vieux F100. Pilotes et mécanos sont logés dans des remorques  “Deplirex” sur le parking commun à la “SALE” et au Germas 15/11.

Étant  à la Division Avions-moteur, je suis à quelques enjambées de leur zone d’activité. Quand c’est possible, je trouve  un moment pour rendre visite au Ltt GARCIA,  l’Officier  mécanicien,  et me replonger dans l’ambiance de la “Bête”. D’ailleurs, pour beaucoup d’entre nous, c’est toujours un ravissement de  pouvoir encore entendre le bruit du J57 , et celui de la post-combustion enclenchée au décollage.

Le 11 Mai, Garcia m’avertit que son dernier vol F100 aura lieu en fin de matinée et que c’est au Colonel Boichot que revient l’honneur de l’accomplir. Je suis invité à assister à cet évènement et, bien entendu, au “pot d’adieu”.

Vers 11 heures, dans la deplirex “Piste” , sur le comptoir, une seule forme11 est ouverte, assortie des signatures des mécaniciens, c’est celle du  131. Nous attendons, avec le Cdt d’escadron et quelques privilégiés. Le ‘Voilà’, annonce calmement le Chef de piste. Le Colonel , casque à la main , gravit les marches, souriant, manifestement content d’être là. Il plaisante, serre la main à tous et prend connaissance de la F11. Signature et le voilà parti accompagné du mécano de  piste. Un petit quart d’heure plus tard un “wooum” retentit suivi du feulement caractéristique qui vire à l’aigu à mesure que l’avion avale la piste feeeuuuiiittt…il arrive à notre hauteur, s’arrache du sol en rentrant son train, tube pitot pointé haut vers le ciel et grimpe résolument dans un bruit de tonnerre. Puis, coupure de la pc, légère fumée dans son sillage , il ne devient plus qu’un point  et il disparait de notre vue.

Maintenant, il est seul et nul doute que ses pensées le ramènent 20 ans en arrière. Au temps du jeune pilote de combat, fier d’être des premiers à apprendre à dompter le magnifique F100 Super sabre. L’orgueil de sentir les regards admiratifs des pilotes des autres escadres à l’occasion d’une escale ou d’un meeting aérien. Quelle belle époque…..A présent il fait à nouveau corps avec,  il prend encore de l’altitude pour être très haut dans le ciel et savourer cette chance. Grand virage , il casse la manette  sur ” pc” tout en guettant, à l’ouverture des paupières, le battement de l’aiguille de l’indicateur de pression; secousse dans le creux des reins : le J57 libère tout ce qu’il a dans le ventre. 30000 pieds et çà pousse fort!! Passage sur le dos, coupure de la pc, et retour ailes horizontales. Puis, et puis plus rien ??… Master caution allumé, le compte tours qui dévisse, la  température T7 qui chute…pincement au cœur, bon sang extinction réacteur!!!. Le court instant de surprise passé, l’expérience du “vieux” pilote et son sang froid prennent le dessus. Pas de panique, à cette altitude il y a assez de marge pour faire un rallumage normal . Manette sur “off”, en piqué pour reprendre des tours. “Airstart switch sur on” . Vers 55% manette sur “idle”. Ça cafouille un peu, 2 ou 3 petits “stalls” pas bien méchants, puis l’avion qui tressaille et survient la tonalité du réacteur qui redémarre, confirmé par la T7 qui augmente et on reprend des tours.   Manette doucement en avant et le J57 monte en  puissance, airstart sur off.

89% , 20000 pieds, tous les voyants se sont éteints, contrôle des paramètres : ok.

Bien, est ce un avertissement du destin ? Mieux vaut rentrer maintenant, sans brusquer la machine, cap sur Toul-Rosières.

Midi passé, le 131  se présente , atterrissage, parachute frein et retour au parking puis au Bureau de piste : notre Colonel l’air satisfait s’approche de la F11, il  saisit le ‘bic’ noir qui pend au bout d’une ficelle et il écrit. Le ltt Garcia est à côté de  lui et je lis sur son visage un grand étonnement, c’est une blague mon colonel ? Pas du tout Garcia, c’est vrai….Alors à notre tour nous  pouvons lire :

Extinction réacteur , rallumage ras  Boichot.

Les questions fusent et lui de nous expliquer qu’il ne sait pas exactement ce qui s’est passé, peut -être s’est’il mit ‘hors domaine’ ? Le rallumage ? pas de problèmes,  comme écrit dans le dash-one…

“Alors là, vite,  le champagne”,  déclare le Cdt d’escadron.

C’est ainsi, dans l’euphorie générale de quelques pilotes et mécaniciens, que s’est achevé  le parcours des  F100  en Métropole, ponctué par un dernier vol ou l’on voit la “Bête” faire comme un pied de nez à un de ses pilotes des plus prestigieux. Mais, elle le ramène sain et sauf, comme pour embellir son histoire et marquer les esprits , à tout jamais, des hommes qui ont partagé tout ou partie de son aventure.


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3 réponses sur “Dernier vol F100 à Toul, par le Colonel BOICHOT”

  1. j’etais la ce jour la ! dingue non ?
    Bon , comme “graisseux” pistard …mais sans nous que font les cochers ?
    Cpt Baudry , Cpt Mennessier , S/chef Francois … et tous les autres : Nedelecc , Hort , Leccia ..etc Amities
    et … LA CHASSE BORDEL

  2. Mécano au 2/11 à Luxeuil, puis à l’atelier réacteur à Brem et Toul, ai bien connu et côtoyé le lieutenant, puis capitaine Boichot. Je l’ai retrouvé colonel commandant la base de Luxeuil en 1972 (sur Mirage IIIE à la 4). Nous étions quelques anciens de la 11 à qui il ne manquait jamais de venir serrer la main et rapppeler quelques bons souvenirs. Je suis fier d’avoir connu un tel chef.

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