Séquences “Nostalgie”

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Séquences “Nostalgie”

Il y a 40 ans, le 2 Novembre 1976, le 2/11 VOSGES effectuait son premier vol officiel sur Jaguar. Et alors ? Pourquoi en parler ? D’abord c’est une date anniversaire et ensuite parce que “j’en étais” de cette manip. La preuve ? Le vol ne s’est pas fait le 2, mais le 3 Novembre ; l’escadron a un peu triché car ça présentait mieux de dire que ça s’était passé le 2 Novembre (le 2/11 pour ceux qui ont du mal à suivre) à l’EC le 2/11 VOSGES.

En fait le 2, l’escadron finissait d’aménager ses locaux qui venaient d’être refaits pour l’arrivée de ce nouvel avion, et si j’en garde un souvenir, c’est que c’est aussi la date de mon arrivée à l’escadre. La veille j’avais eu un peu de mal à trouver la base et quand j’avais demandé mon chemin, on m’avait répondu que si je cherchais la base la plus proche de la ville de Toul, il fallait aller à Nancy Ochey et non à Toul Rosières.

Le lendemain au petit déjeuner en tenue “buck” je me suis fait tout petit au milieu des autres pilotes et ce n’est pas les propos d’un copain d’une promo avant moi qui m’avaient rassuré. “Tu es muté sur la base ? Ça va être dur pour toi aujourd’hui”. Effectivement ce fut dur…

Après un passage rapide chez le LCL Richalet, commandant l’escadre, je fus reçu plus que fraichement par le commandant du 2/11 qui commença à m’en passer une au sujet de ma tenue que j’avais pourtant bien soignée pour l’occasion. “Vous n’êtes pas au club MED, ici !”. Tout y passa ; mes chaussures pas cirées (pas assez brillantes), le pli de mon pantalon (pas assez marqué), mes cheveux longs (mais étrangement moins longs que les siens),…. En fait en guise de commandant d’escadron, j’avais à faire à un adjudant-chef  qui traditionnellement avait emprunté les gallons de son chef et qui s’en donnait à cœur joie de pouvoir  engueuler un officier pilote. Pas rancunier, après un rapide en salle d’OPS, il me confia aux mains de l’officier mécano pour faire le tour des services. Accueil très chaleureux et content de voir un nouveau pilote, on va arroser ça ! Il est à peine 10H00 et j’en suis déjà à l’apéro. “J’aurais préféré un café les gars”. Ici vous êtes dans un escadron de Chasse mon Lieutenant !

J’avoue que c’est un peu le dernier souvenir très net qui me reste. Je ne me rappelle le déroulement de la journée que par épisode ; le repas de midi au mess officier pendant lequel j’ai insulté les autres escadrons, le café sur lequel je me suis jeté en étant persuadé qu’il allait un peu me requinquer mais qui avait un drôle de gout (en fait ils avaient ajouté deux doses de mirabelle), le vol que j’ai failli faire en Fouga (histoire de voir ce que je valais),… Ayant le vin plutôt gai, j’avais amusé un peu tout le monde y compris le commandant de base le colonel BOICHOT, grand Monsieur qui en avait vu d’autres.

Tout ça pour me réveiller dans mon lit le soir vers 19H00 avec un plâtre au bras droit, signe que j’avais aussi fait un détour par l’infirmerie.

Le lendemain, je suis revenu à l’escadron, pas très fier et le premier pilote que je vis fut le capitaine Amarger un des deux commandants d’escadrille ; “vous êtes là vous ? et vous êtes en forme ?” Euh oui. “Vous allez chercher un casque et un pantalon anti-G et dans une heure on décolle, vous montez en place arrière derrière moi pour le premier vol officiel du 2/11 sur Jaguar.

Début en fanfare pour une carrière sur Jaguar qui s’achèvera 11 ans plus tard de l’autre coté de la piste au 1/11 quand je laisserai le commandement de l’escadron.

L'artiste en plein show face au colonel BOICHOT
L’artiste en plein show face au colonel BOICHOT

Pour cette séquence nostalgie, je vous propose aussi un texte paru dans la plaquette éditée à l’occasion es 20 ans du Jaguar à Saint Dizier.

LE JAGUAR ET LES MECANOS

Par l’Adjudant-chef Millet mécano et président des sous-officiers de la BA 113; et le major Lemaguet, mécano sur Jaguar depuis… le début !

A l’aube du vingtième anniversaire de ce “félin” d’avion, même si l’accent sera mis essentiellement sur l’opérationnalité, celle-ci aura été obtenue avec le concours de la “cheville ouvrière” composée de mécanos qui ont contribué plus que largement à la réussite et au prestige de ce rapace technologique.

En 1973 une osmose très forte existait entre tous les serviteurs de cet “oiseau de feu”, qui curieux et inquiets se demandaient à quelle sauce ils allaient être mangés. Quand on parle d’un avion celui-ci est toujours porteur d’histoires, de joies, de peines, toutes les ressources humaines mises à son service dépassent de beaucoup la réussite technologique et opérationnelle.

Quand ce 24 mai 1973, la première patrouille de six JAGUAR fut parquée, les anciens mécanos MYSTERE IV de la 7ème Escadre de chasse étaient émerveillés, étonnés, par d’abord une remise en œuvre plus facile. En effet, le remplissage carburant se faisait automatiquement et s’avérait beaucoup plus aisé, qu’avec ce bon vieux pistolet et ses conséquences. Nous rentrions dans l’ère du pistard moderne, plus propre. De même au lieu de tirer, ou de pousser, la bonne vieille remorque d’oxygène gazeux, encore une nouveauté, il s’agissait tout simplement de changer le convertisseur d’oxygène liquide. Moins dangereux, plus facile, l’opération plus délicate de remplissage du convertisseur s’effectuant dans une station “étudiée pour”.

Ces vieux briscards de mécaniciens constataient aussi une révolution au niveau du moteur, de conception modulaire, changement et entretien, plus pratique, plus rapide. Pour une fois, le constructeur avait pensé au travail des “écuyers”. Avancée aussi très significative de l’électronique, et l’on parlait non plus d’un avion armé, mais d’un avion avec système d’armes. C’était pour beaucoup de spécialistes, le franchissement d’une étape importante par rapport aux avions de chasse d’après-guerre.

Les différents réglages ne se faisaient plus à l’oreille ou par tâtonnements et les dépannages style “coup de pied technique” étaient abolis. On utilisait désormais des valises de test, avec des notices d’utilisation très précises. L’ère du dépannage et de l’entretien à l’instinct était révolue. Comme une recette de cuisine, il fallait suivre avec précision les fiches de travail. Ces mécaniciens de l’ancienne ère, au regard buriné, artistes en leur temps, à qui nous devons le respect, ont dû s’adapter aux nouvelles méthodes de travail que leur imposait ce sacré JAGUAR.

Les plus jeunes n’ont eu quant à eux qu’à s’appliquer, tout en écoutant les histoires du MYSTERE IV et aussi des histoires de T 33 puisque le GERMaS 15/OO7 était constitué d’anciens serviteurs de cet avion, de son GERMaS précisément. Et puis il a fallu aussi se plier à la rigueur du nucléaire. L’AN 52 fit son apparition, et il ne suffisait pas de la regarder, l’étudier, une a été tirée à HAO, lors de l’opération “MAQUIS” de mai à août 1974 à MURUROA. C’était une première mission importante dans le PACIFIQUE. L’EC O1/OO7 PROVENCE, le GERMaS 15/OO7 et le DAMS 12/OO7 étaient de la partie.

C’est en 1975, que ce JAGUAR devenu célèbre dans le ciel Bragard allait mettre au boulot les mécanos de TOUL-ROSIERES au sein de la 11ème Escadre qui voyait partir le F 1OO Super-Sabre. A la 7 , les entraînements à l’appui tactique nucléaire et conventionnel modelaient la junte mécanique, et lui ouvraient de nouveaux horizons. A travers les EVALTAC, les REFOTAC et alerte du “genre ici Médor”, l’ère du mécano africain, américain, canadien était en pleine phase. C’était l’anse de la valise dans les dents, et les caisses à clous dans les mains. Que de contrées découvertes dans l’accomplissement des missions historiques, célèbres ou de prestige. Celle plus récente qui a marqué plus fortement les esprits au sein de l’OPERATION DAGUET en Arabie

Saoudite pour contribuer à la libération du KOWEÏT et du respect du droit international. Chers mécanos, que de travail accompli, que d’émotion au service de ce sacré vieux JAGUAR, et n’oublions pas de citer ce déploiement record en juillet 1983, de LIBREVILLE à BANGUI en 8 heures. Une autre étape importante reste à franchir maintenant, celle du JAGUAR au RAFALE.

Enfin la fanfare des JAGUAR qui a magnifiquement joué lors de soirées particulièrement chaudes est maintenant en veilleuse. Cette fanfare des JAGUAR, qui passent et qui repassent, calée sur cet air célèbre, a fini par user les voix qui chantaient avec fougue, 2O ans c’est long, mais le fer de lance est toujours là et ce 4 juin il doit être fêté dignement.

Vive le JAGUAR, à ses vingt ans, à l’honneur de ses mécanos, et à la chasse .! ..

Révision d’un moteur au GERMaS


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2 réponses sur “Séquences “Nostalgie””

  1. Bonjour,
    ce jour là, c’était un peu vrai….
    Concernant la photo, je ne comprends pas car je l’ai bien mise à l’endroit. J’ai essayé une manip à voir.
    Merci pour le retour.

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