Mon arrivée à la 11EC
A la sortie du stage à Cazaux, je choisis d’aller à la 11ème Escadre, choix dicté par deux raisons ; je voulais faire de la BA plutôt que la DA et le Jaguar avion nouvellement mis en service dans l’Armée de l’Air finissait de remplacer le F 100 à Toul.
Je suis arrivé à la 11EC le 2 Novembre 1976 et la veille j’avais eu un peu de mal à trouver la base car lorsque j’avais demandé mon chemin, on m’avait répondu que si je cherchais la base la plus proche de la ville de Toul, il fallait aller à Nancy Ochey et non à Toul Rosières !
Le lendemain au petit déjeuner en tenue “buck” je me suis fait tout petit au milieu des autres pilotes et je me suis installé (après avoir demandé la permission) à coté de 2 aspirants ORSA nouvellement nommés (Rufus et Jeanjean). Après leur avoir dit que c’était mon premier jour à l’escadre, ils m’ont demandé :
– “Et tu es muté dans quel escadron ?
– Je ne sais pas je viens juste d’arriver.
– Ecoutes petit, on va te briefer ; le 1/11, il est de l’autre côté de la piste, c’est un escadron de voyous. Le 2/11 c’est l’entreprise familiale et à chaque fois qu’un âne est muté à la 11EC il va au 3/11”.
Cela m’a marqué et je peux dire que pendant les 9 ans que j’ai passés à Toul il y a eu un gros fond de vérité en ce qui concerne le 2/11 et le 1/11 que j’ai eu la chance de commander.
Et puis il y a eu les propos d’un copain d’une promo avant moi qui ne m’avaient pas trop rassuré. “Tu es muté sur la base ? Ça va être dur pour toi aujourd’hui”. Effectivement ce fut dur…
Après un passage rapide chez le LCL Richalet, commandant l’escadre, qui m’apprit que j’étais muté à l’entreprise familiale, dernier escadron à être transformé sur Jaguar qui finissait d’aménager ses locaux tout juste refaits pour l’arrivée de ce nouvel avion.
Je fus reçu plus que fraichement par le commandant du 2/11 qui commença à m’en passer une au sujet de ma tenue que j’avais pourtant bien soignée pour l’occasion. “Vous n’êtes pas au club MED, ici !” Tout y passa : mes chaussures pas cirées (pas assez brillantes), le pli de mon pantalon (pas assez marqué), mes cheveux longs (mais étrangement moins longs que les siens),…. En fait, en guise de commandant d’escadron, j’avais à faire à un adjudant-chef qui traditionnellement à chaque arrivée d’un nouveau pilote, empruntait les gallons de son chef et s’en donnait à cœur joie de pouvoir engueuler un officier. Après un rapide passage en salle d’OPS, il me confia aux mains de l’officier mécano pour faire le tour des services. Accueil très chaleureux de la part des mécanos contents de voir un nouveau pilote.
– « On va arroser ça ! » Il est à peine 10H00 et j’en suis déjà à l’apéro.
– J’aurais préféré un café les gars.
– Ici vous êtes dans un escadron de Chasse mon Lieutenant ! «
J’avoue que c’est un peu le dernier souvenir très net qui me reste. Je ne me rappelle le déroulement de la journée que par épisode ; le repas de midi au mess officier pendant lequel j’ai insulté les autres escadrons, le café sur lequel je me suis jeté en étant persuadé qu’il allait un peu me requinquer mais qui avait un drôle de gout (en fait ils avaient ajouté deux doses de mirabelle), le vol que j’ai failli faire en Fouga (histoire de voir ce que je valais),… Ayant le vin plutôt gai, j’avais amusé un peu tout le monde y compris le commandant de base le colonel BOICHOT, grand Monsieur qui en avait vu d’autres.

Tout ça pour me réveiller dans mon lit le soir vers 19H00 avec un plâtre au bras droit, signe que j’avais aussi fait un détour par l’infirmerie.
Le lendemain, je suis revenu à l’escadron, pas très fier et le premier pilote que je vis fut le capitaine Amarger un des deux commandants d’escadrille :
– “Vous êtes là vous ? et vous êtes en forme ?
– Euh oui.
– Vous allez chercher un casque et un pantalon anti-G et dans une heure on décolle, vous montez en place arrière derrière moi »
En fait c’était pour un vol de 4 avions, premier vol officiel du 2/11 sur Jaguar qui fut effectué le 3 Novembre 1976 et non pas le 2, comme l’escadron l’a déclaré sur son JMO. (Pour ceux qui ont du mal à suivre : 1er vol le 2/11 à l’escadron 2/11 VOSGES !)
Début en fanfare pour une carrière sur Jaguar qui s’achèvera 11 ans plus tard de l’autre côté de la piste au 1/11 quand je laisserai le commandement de l’escadron.


