Touche pas à mon avion !

F 100 décollage PS

 

Avec le F 100, la 11EC a toujours été fière d’afficher sa particularité ; c’était un avion US, capable de l’arme nucléaire, ravitaillable en vol (le seul avec le Mirage IV), 4 canons de 20 mm, un passage PGS (plein gaz sec) direct à pleine charge PC,…. Les pilotes n’insistaient pas trop sur le fait que parfois la mission commençait au « break » et qu’en piste 22 à Toul (celle qui descend), panne parachute et piste mouillée, ça se finissait en général dans la barrière.

Donc, il ne fallait pas trop chatouiller les gens de la 11EC sur le F 100 ; « un avion d’homme », qu’ils disaient.
Pour le montrer, 2 anecdotes ;

– la première, d’un mécano, Christian OLIER dit « Brennick »

Toul Rosières durant l’été 1973 sur le parking du GERMAS, nous étions une poignée de mécanos assis sous la plume d’un F 100 à l’abri du torride soleil lorrain, attendant d’effectuer un point fixe.

Mécanos F100
Mécanos F100
Les mécanos (bis)
Les mécanos (bis)

Comme souvent à cette période, l’exposition statique d’un Super Sabre était programmée et des plates-formes hydrauliques installées de part et d’autres du cockpit. Surgit alors un fils d’archevêque (1) cornaquant un groupe de visiteurs. En ces années-là, les visites des clubs du troisième âge, d’élus, d’enseignants, de centre aéré etc.… étaient courantes sur la base. Notre futur officier de réserve, après avoir brillamment présenté l’avion à sa vingtaine d’auditeurs en précisant où se trouvait l’avant et l’arrière, les ailes droite et gauche dans le sens du vol, déclama que le F 100 était « un vieil avion».

L’un de nous bondi alors s’adressant à l’aspirant, lui déclara que si cet avion n’était pas de première jeunesse, il reste cependant l’un des plus virils de notre armée de l’air. Surpris, le cornac lui demanda ce qui lui permettait d’affirmer une telle chose. La réponse fut brève : « ben c’est clair il est toujours en couilles ! ». Explosion d’hilarité chez les mécanos, demi-tour du guide occasionnel parti du côté de la SALE admirer un avion moderne (Broussard, T33, Fougua ou Flamand), avant d’aller saluer les chiens de guerre.

Ceci dit ou plutôt écrit, un avion en panne usuellement est déclarée en couilles, mais savez-vous pourquoi ? Après de nombreuses recherches qui m’ont mené de bibliothèques techniques en point d’eau officiel ou clandé, l’hypothèse la plus vraisemblable : il y a quelques décennies, les liquides indispensables au fonctionnement d’un aéronef (huile et hydraulique) étaient conditionnés dans des fûts de grande contenance. Pour avitailler un avion, des « réservoirs à roulettes » d’une quarantaine de litres servaient de relais, étaient aisément transportables et surnommés « couilles ». Le fait de voir de loin un avion accompagné de ses nourrices, préjugeait immédiatement de son inaptitude au vol. De là, tout avion immobilisé par une (doux euphémisme) panne était déclarée en couilles.

Si vous connaissez l’étymologie (aussi véridique celle-ci) d’un terme utilisé en aéronautique n’hésitez pas nous en faire profiter

A bientôt, techniquement vôtre !

  • (1) Fils d’archevêque : qualifiait les appelés EOR dès qu’ils portaient la tenue de sortie, c’est-à-dire bien souvent de la toilette matinale aux ablutions nocturnes.

– la seconde par Jeanjean lors de la visite du ministre de la défense à Mont de Marsan .

« C’était à Mont de Marsan, en 1975, je crois. Yvon BOURGES, ministre de la défense était venu nous visiter à l’occasion d’un exercice de grande ampleur, dont j’ai malheureusement oublié le nom. Sur la photo, on reconnait de gauche à, droite : Hartweck (Ernest), Bourdier, Guérin, Saussier et tout au fond à droite Zurlinden. Il y avait un tas de journalistes avec des questions foireuses. L’un deux m’a demandé si le F 100 n’était pas un avion vieux et dépassé. Je lui ai répondu par une question : « Et moi, vous me trouvez vieux ?  » Surpris, il n’a pas répondu, alors j’ai enchainé : « Le F100 date de 1951 et moi je suis de 48 ! ». IL a tourné les talons en haussant les épaules »

Visite de Yvon BOURGES
Visite de Yvon BOURGES

 

Les carnets de vol de ROUMILHAC

La couverture du carnet de vol

Les carnets de vol de ROUMILHAC

Un carnet de vol représente la carrière aéronautique d’un pilote ; il se construit jour après jour et représente ainsi un historique personnel. Certains se contentent de remplir les différentes lignes, cases, rubriques,… mais pour d’autres le carnet de vol est agrémenté de commentaires, de photos, de remarques, de dessins,… et constitue en finale une véritable œuvre d’art. Par hasard, j’ai pu récupérer 2 des carnets de vol de Roumilhac qui a été commandant d’escadron du 3/11 puis commandant de l’escadre après son passage à l’école de guerre. Quelques traits marquants : plus de 5500 heures, des vols sur avions mythiques (P51, Spit, T6, Vampire,…), plus de 300 missions de guerre,… Je vous propose quelques extraits de son carnet et plus de photos sous ce lien « Carnet de vol Roumilhac » Le carnet de vol est relié en cuir.
La couverture du carnet de vol
La couverture du carnet de vol
Il a aussi volé sur Spitfire, mais le carnet de vol ne comporte pas de photo de cet autre avion de légende
Il a volé sur P51 Mustang !
Il a volé sur P51 Mustang !
 
Roumilhac, jeune pilote
Roumilhac, jeune pilote
 
La progression du début
La progression du début
Djibouti : F100 et AD4
Djibouti : F100 et AD4
Certains se reconnaitront
Certains se reconnaitront
Des noms connus
Des noms connus
5500 heures, ça fait rêver
5500 heures, ça fait rêver
Les faits de guerre
Les faits de guerre

L’Armée de l’Air en deuil

Armée de l'air en deuil

 

L’accident survenu à Albacete a profondément affecté toute l’Armée de l’Air ; 9 aviateurs ont trouvé la mort et 5 autres ont été grièvement blessés.

La photo jointe a été prise à Avord à l’initiative du commandant de la base, et exprime à mon sens la solidarité de l’ensemble des personnels de l’Armée de l’Air.

Toutes nos sincères condoléances aux familles qui ont été durement touchées et tous nos vœux de rétablissement aux blessés.

Nos pensées vont aussi à nos camarades Grecs et Italiens également concernés par ce drame.

Hommage aux victimes du crash survenu en Espagne
Hommage aux victimes du crash survenu en Espagne

Raymond GABARD, notre grand ancien honoré

Raymond Gabard sur P47

 

Raymond GABARD, notre grand ancien a été honoré samedi 10 Janvier en recevant officiellement la légion d’honneur. La cérémonie s’est déroulée chez lui à Perpignan en présence de sa famille, de ses amis et de différentes délégations dont celle de l’Amicale des anciens de la 11 ème Escadre de Chasse.

Raymond durant la cérémonie
Raymond durant la cérémonie
Raymond avec son macaron de pilote et l'insigne de la Comédie
Raymond avec son macaron de pilote et l’insigne de la Comédie

Cérémonie des plus classiques avec éloge du médaillé, remise de la médaille et discours. Elle a été suivie d’un rafraîchissement au cours duquel un toast a été porté en son honneur ; ce fut un « pot chasse », dans la plus pure tradition, conclu bien évidemment par un « et à la chasse… bordel » qui a quelque peu troublé la tranquillité de la résidence.

Le pot Chasse !
Le pot Chasse !

Raymond à 95 ans a quelques problèmes « mécaniques » (cartilages de rotule qui l’obligent à se déplacer en fauteuil roulant), mais a conservé toute sa vivacité d’esprit ; la mémoire fonctionne parfaitement et dans ses propos il y a toujours une pointe d’humour. Ce qui nous a frappé chez lui, c’est sa gentillesse, sa disponibilité, son humilité et sa bonne humeur.

Beaucoup de souvenirs dans cette photo
Beaucoup de souvenirs dans cette photo

Après le repas, nous nous sommes retrouvés entre aviateurs et il bien voulu répondre à toutes nos questions. C’est ainsi qu’il nous a parlé de son parcours aéronautique (ah ! le P47, quel avion !), de la bataille de France sur MS 406 (avion très manœuvrant), du « Grand Sachem », de ses affrontements avec les bombardiers Heinkel 111 (plus rapide que nos MS 406), avec les Messerschmitt (plus nombreux ; il y avait des croix noires partout), de ses camarades (Albert du Neuneu, véritable titi parisien, Le Gloan et de ses 5 victoires acquises en une journée, Steunou aux grandes qualités humaines,… ) de son passé de résistant et de sa carrière dans la police sur hélicoptère (le Bell, au large de Ouessant dans la tempête, l’Alouette III,…). Discussion un peu irréelle dans la mesure où il nous parlait de choses que personnellement je n’avais découvert que par lecture et qui racontées par lui, nous semblaient s’être déroulées hier. Malheureusement il a fallu se quitter un peu trop vite, encore sous le charme, car c’est incroyable ce que Raymond a pu vivre !

Avec les anciens de la 11EC
Avec les anciens de la 11EC

Ce fut une grande une journée pour Raymond qui lors de la remise de la médaille m’a confié certainement sous le coup de l’émotion que c’était la plus belle journée de sa vie. Pour nous ce fut aussi un grand moment pendant lequel on a eu l’impression que l’histoire côtoyait le présent.

Merci Raymond de nous avoir fait vivre cette journée qui restera dans bien des mémoires et encore une fois toutes nos félicitations pour cette médaille plus que méritée.

Le matin, nous avons aussi l’opportunité de discuter et Raymond m’a permis d’enregistrer la conversation. Je vous mets en pièce jointe deux extraits de 2 minutes environ.
– Le premier est relatif à sa première mission de guerre le 7 septembre 1939, et on ne peut s’empêcher de penser à la justesse de ses propos concernant l’inexpérience et par conséquence la vulnérabilité des jeunes pilotes pendant les opérations réelles.

-Le deuxième raconte un engagement contre des Messerschmitt

17 janvier 1991 ; attaque du terrain d’Al Jaber

Au dessus du désert (f.Schwebel)

 

Il est 11 heures du soir ce 16 janvier 1991 ; il m’est difficile de trouver le sommeil et je ne crois pas que le ronronnement des groupes électrogène qui tourne H 24 soit responsable de cet état de fait.

Cela fait 24 heures que l’ultimatum posé par la coalition à Saddam Hussein a expiré et la tension est perceptible pour chacun. De plus, le fait que j’ai été désigné depuis trois jours seulement comme membre de la première patrouille « taskée» n’est pas fait pour me rendre ma sérénité.

Je ne connais pas trop les 12 pilotes qui composent patrouille ni leur manière de travailler ; enfin, on s’adaptera, mais pour une première mission de guerre, ce n’est vraiment pas le moment.

Le but de la mission est d’attaquer le terrain koweïtien D’Al Jaber ou les Irakiens auraient placé des SCUD.

La patrouille est divisée en deux box de six, l’armement constitué de bombes Bélugas et de 250 kg freinées.

Pour l’heure, il est plutôt question de dormir, enfin d’essayer, et la température glaciale qui règne dans le mobile home n’est pas faite pour arranger les choses ; eh oui, il y a bien la clim, mais on a oublié le chauffage.

À une heure forte tardive je finis par plonger dans les bras de Morphée pour en être chassé presque aussitôt par le hululement lugubre de la sirène d’alerte ; fin des soucis de sommeil, de chauffage aussi puisque l’enfilage en quatrième vitesse de la tenue T3P a vite fait de nous réchauffer. Le message d’attaque de missiles qui accompagne la sirène dissipe nos derniers doutes quant à la véracité de l’attaque.

Le sentiment étrange de voir soudain un ennemi palpable est curieux et rappelle certaine angoisse d’enfance en revivant l’image d’un voisin bourru et antipathique… curieux.

Cet instant de réflexion philosophique est interrompu par le rappel des membres de la première mission en salle de briefing, une petite boule naît au creux de l’estomac…

Les pilotes arrivent un à un, pas vraiment frais ni franchement joyeux car on le serait à moins je crois. Comme le travail ne manque pas, le professionnel reprend rapidement le dessus et chacun s’attelle à sa tâche ; la « SITAC » et le plan de fréquences ont été entièrement modifiés, il faut tout remettre à jour.

Ce travail terminé, le leader enchaîne par le briefing de la mission en insistant sur les derniers changements ; il est régulièrement interrompu par une nouvelle alerte qui précipite tout le monde sous l’escalier du seul bâtiment en dur du coin,… montée régulière de l’angoisse.

On dirait aujourd’hui que les conditions CRM n’étaient pas réellement réunies. Enfin nous partons aux avions et les mécanos en tenue T3P avec le masque sur le visage finissent de planter le décor ; la mise en scène est pas mal pour une première…

Une fois brêlé, je retrouve mon environnement familier, l’angoisse commence à disparaître… La mise en route se déroule presque sans accroc, un seul pilote doit changer d’avion, pas mal pour le JAGUAR.

Je décolle en numéro 4 et une fois « airborn », commence le début des ennuis car je perds mon leader de vue ; je cherche un autre avion, je ne vois personne car la visibilité est diminuée par la fumée des raffineries toutes proches.

Montée d’adrénaline, P… ça commence bien, à ma première mission de guerre je perds ma patrouille, bien joué…

Enfin après quelques secondes qui paraissent bien longues, je retrouve un avion puis le reste de la patrouille… ouf « Let’s go ».

La montée vers le ravitailleur est digne du Jaguar ; heureusement que l’aiguille du vario est fine pour montrer que l’on monte encore ; les avions en Bélugas, dont le mien, rament encore plus.

Les ravitailleurs sont en vue, en avance mais bon, rien de critique car tout le monde trouve sa nounou et parvient, accroché à la PC à faire le plein.

Pour la plupart d’entre nous, le spectacle d’un box de ravitailleurs est nouveau, tout comme à l’époque le fait de ravitailler en virage ; encore une fois le metteur en scène se démène.

Il récidive peu de temps après, puisque une fois séparés des tankers, nous plongeons vers le désert et 10 minutes plus tard nous larguons simultanément nos bidons ; ils rebondissent sur le sable en vaporisant le pétrole restant, là c’est vraiment plus comme dab…

Et il n’a pas fini, puisque le décor qui fait face à nous en abordant le Koweït est étonnant, la fumée des tranchées de pétrole en feu dessine un gigantesque tunnel noir ponctué de lueurs rouges, c’est dantesque.

Nous fonçons dans la pénombre à quelques pieds du sol et à la vitesse max possible soit un petit 480 KT. Les obstacles antichars défilent sous nos ailes, les rares repères attendus ne sont guère visibles, le leader prend le cap du target et là, rien… Coup d’œil au calculo, il me dit que le terrain est à droite et j’en informe le leader. Le n°5 confirme, virage Cap Nord et là, les hangarettes apparaissent enfin.

A la hauteur où nous volons, elles apparaissent immenses, le virage supplémentaire a modifier la formation et l’arrivée sur nos objectifs n’est pas des plus orthodoxes, mais ça marche.

À cet instant je vois l’overun de la piste devant moi se soulever, projeté en l’air par l’explosion d’une bombe de 2000 livres larguée par les F16 nous précédant sur le terrain, «well done !», ils sont restés à l’heure de New York ou quoi ?

Ma réflexion philosophique est assez courte puisque voilà la zone de dispersion, quatre clongs confirment que mes Bélugas commencent à déverser leur changement de grenades à retardement.

Aussitôt je replonge vers le sol, j’ai la vision fugitive du pylône d’éclairage du parking au-dessus de mon avion, à ma gauche un servant de ZPU me regarde médusé, ses canons tournés dans une autre direction…, tant mieux…

Nous filons vers la frontière, le bel agencement de la patrouille a quelque peu souffert du passage sur le terrain et c’est un peu du chacun pour soi.

Soudain, l’enfer se déchaîne, le désert paraît clignoter, illuminé par le départ des coups ; devant moi des flocons gris éclatent, (pas mal Monsieur le metteur en scène), nous en profitons pour descendre encore d’un étage. A ma droite, un trait de feu passe comme un éclair, ah ça c’était un missile…

Les feux d’artifice ne durent que quelques instants, nous repassons les lignes en un éclair, et là une fois en altitude la tension retombe ; j’ai l’impression d’avoir fait la mission de ma vie, et que c’est bon, c’est fini.

Ce moment d’euphorie est de courte durée car l’idée d’y retourner me rappelle à la réalité ; la guerre ne fait que commencer.

Pour le deuxième box, elle n’est pas finie du tout puisqu’ils bénéficient de notre passage annonciateur et la réaction irakienne est plus musclée ; trois avions sont touchés, dont deux sortent des lignes en mono réacteur et se posent sur le premier terrain venu. Un seul avion de notre box est touché, une balle a touché les commandes de vol, ce qui lui voudra un atterrissage des plus scabreux.

Enfin, le n° 12 est le plus chanceux car une balle a traversé son casque en effleurant le cuir chevelu, il est soutenu à la radio par son leader afin de le garder conscient. Il parvient à se poser et deviendra la vedette de l’hôpital saoudien local.

Une fois posé, nous avons des visages étonnants, marqués au plus haut point par ces instants d’extrême tension. Les enseignements de cette mission sont rapidement mis en pratique, car la mission du lendemain comme les suivantes sera effectuée en haute altitude, et plus un avion ne sera touché…. Pour les douze pilotes cette mission restera un souvenir marquant, qui nous a soudés et qui nous permet de nous retrouver tous les ans…

F.Schwebel

Al Jaber pylône d'éclairage (11 EC)
Al Jaber pylône d’éclairage (11 EC)
Tir missile
Tir missile
Al Asha
Al Asha

MA PREMIÈRE CAMPAGNE DE TIR À CAZAUX

F84F

 

Un vrai baptême du feu pour une première.

C’était en 1957, le 15 mars. La « 11 » était commandée par le Commandant Bihet. Le chef OPS était le Capitaine Douchet (un ancien de 39-45). Le patron du « 2/11 Vosges » était le capitaine Desjobert, son second, le capitaine Xavier Dechelette et le « drille » le lieutenant Fieux.

Après un entrainement au tir caméra réussi, je fus jugé apte au tir réel (armes de bord et roquettes). Me voilà sur le tableau d’ordres.

La patrouille « Métro » se composait de trois avions. Le chef OPS leader, le sergent-chef Jourret SCP n°3, tous deux avaient le redoutable honneur d’encadrer le petit jeune « élève équipier ».

Briefing, signature des « formes 11 », mise en route sans problème.

Décollage individuel, rassemblement et mise de cap sur le champ de tir.

Entre temps le commandant d’escadron s’était rendu sur place afin d’observer les passes de tir du petit dernier.

Après contact radio avec l’officier de tir, la patrouille est autorisée à entrer dans le circuit et se présente en échelon refusé à droite Z= 4.500 pieds 350 kts puissance 70 à 75% affichée pour débuter le piqué. Cible à midi, prise de distance, après dégagement à gauche à 20°.

Je dégage « out », j’avance la manette et débute une montée vers 4.500 pieds et j’entends un « Pouf » !!! Le tachymètre, manette en avant, indique 70% et la température tuyère est bloquée sur Max. Sur la lancée je stabilise à 3.500 pieds et mets le cap sur la base. J’annonce mes ennuis et demande « instructions au leader » Pas de réponse. Le n° 3, me dit le leader doit être en panne radio, contacter l’officier de tir (c’est le commandant d’escadron). Je le contacte et il me répond : « Passez sur la tour de contrôle de KZO » !!!

Merci les copains, me voici dans de beaux draps. Je passe donc sur la fréquence de la tour. Entre temps, le leader a retrouvé sa radio et a effectué, en compagnie du n°3, ses tirs, jusqu’à épuisement des munitions. J’étais seul cap, sur la base, manette en avant à 70%, température tuyère bloquée sur max, en descente. Tout le reste était ok. Je contacte la tour et demande la priorité à l’atterrissage, face à l’est. Il n’y avait pas d’autre solution : me poser ou sauter !!!

Réponse du contrôleur : « Métro 2 négatif pour la présentation directe. VIP en vent arrière et patrouille à l’alignement. Présentez-vous au break« . Le VIP intervient et annonce qu’il se posera après l’avion en difficulté. Le leader de la patrouille au point de manœuvre refuse de s’aligner pour me laisser la piste. Il a pris les choses en main. « Métro 2, j’ai visuel sur vous, vous sortirez le train à mon top, la présentation est bonne, ne creusez pas trop, il y a le Lac« . Une fumée blanche commence à envahir la cabine, mais je n’avais qu’une seule idée en tête : la piste et le lac. La vitesse indiquée, les instruments…. Il me revenait en tête, le conseil de mon moniteur à l’école de chasse : « Tant qu’il n’y a pas le feu, pas de problème« .

« N°2 sortez le train« , réponse : « 2 vertes« . Il faut pomper pour verrouiller la roulette de nez : « 3 vertes« . J’arrondis et me pose sur le début de l’over-run à trois mètres du début de bande. Pour rappel, Cazaux était une base de formation pour les pompiers de l’armée de l’Air et il y avait également, un escadron américain en campagne de tir. Mon taxi contrôlé, j’ai dégagé la piste. Quinze minutes de vol, presqu’une éternité sur le F-84F Uniforme. J’attendais les pompiers … Personne à l’horizon… Seul dans mon avion qui fumait par tous les orifices… Arrive enfin une jeep. C’était des mécanos américains mais à 50 mètres, voyant que c’était un taxi français qui fumait de partout, ils firent demi-tour pour se mettre en sécurité. Enfin arrivent les pétafs du « 2/11 ». Ils placent la jeep tout contre l’avion, posent les sécurités siège train, délivrent le pilote et tombent les roquettes. Les pompiers arrivent enfin !!!

Toutes les sécurités posées, contacts coupés, j’ai pu rejoindre l’escadron.

Première observation : personne pour me conseiller en vol sauf pour l’atterrissage. Le VIP était notre général accompagné du commandant d’escadre. « Félicitations, vous avez sauvé un avion cela vaut 20 points positifs« . Arrive mon commandant d’escadron : « Pourquoi ne pas avoir sauté ? Je vous mets 8 jours, ça vous apprendra« .

J’ai eu les 20 points positifs mais pas les 8 jours. Ordre du Général…

Deux heures après, le réacteur était encore chaud, la tuyère était blanche comme métallisée. En effet la turbine avait perdu 36 ailettes. J’avais eu la baraka.

Dans mon for intérieur je me suis dit qu’on ne devrait jamais laisser un jeune pilote en difficulté rentrer seul à sa base. C’est l’expérience qui forge la sécurité des vols.

Jean-Paul KELLER.

F84F
F84F

QUIZZ

F100 Bonne année 1973
QUIZZ Une carte de vœux qui date de 1973 que m’a envoyé un internaute. Qui peut dire quel est le monument survolé et si quelqu’un pouvait nous raconter l’histoire de cette photo  ; un F100 enquillé probablement sur un C135, le tout à une altitude estimée de 2 à 3000 pieds. Merci d’avance
F100 Bonne année 1973
F100 Bonne année 1973
     

EC 1/11 post 1987

1992 16 avril Fr3 s'intéresse au 1-11

EC 1/11 post 1987

Pour commencer cette année 2015, je vous propose une nouvelle galerie de photos ; cette fois il s’agit du 1/11 « post 1987 ».

Cette galerie  va de 1987 (comme indiqué) jusqu’à la fermeture du 1/11. Paradoxalement, cela correspond à la période pour laquelle je dispose de peu de photos…..

J’ai quelques doutes sur la pertinence de certaines des photos ; s’il y a des « bugs », surtout n’hésitez pas à me les signaler.

Pour ceux qui sont membres, vous pouvez la consulter en cliquant sur le lien EC 1/11 post 1987 ; vous arriverez sur la page dédiée au 1/11 puis il faudra aller sur la galerie du même nom. Pour les autres je vous ai mis quelques photos représentatives.

1992 16 avril Fr3 s'intéresse au 1-11
1992 16 avril Fr3 s’intéresse au 1-11
1991 10 mai croix de guerre 11 EC Guerre du golfe
1991 10 mai croix de guerre 11 EC Guerre du golfe
1990 juin coupe Comète
1990 juin coupe Comète
1992 5 juin Castel prend la place de Pelissier
1992 5 juin Castel prend la place de Pelissier
1990 Bangui
1990 Bangui
1994 avril Momus, Gildas, Jakouille l'étoffe des blaireaux
1994 avril Momus, Gildas, Jakouille l’étoffe des blaireaux

F100 : tir roquettes AIRCENT

F-100D_11-EE_42174 (retour USAF préservé Midland Air Museum Baginton UK)

 

En 1969, je suis désigné comme arbitre au sol à un concours de tir aérien organisé par AIRCENT à Norvenich (RFA). Bien qu’ils ne fassent plus partie de l’OTAN, les Français et leurs F-100 y sont invités et, pendant une bonne semaine, nous vivons une expérience unique avec la fine fleur des chasseurs bombardiers alliés. C’est à cette occasion que j’ai pu effectuer un vol sur F-104 biplace de la Luftwaffe. Cet avion, qui a tué une bonne centaine de ses pilotes, avait une réputation de cercueil volant. Avec un arbitre allemand en place avant, nous avons contrôlé la navigation d’un candidat et, sur le chemin du retour vers la base, j’ai pu prendre les commandes. Ce qui m’a d’abord surpris, c’est la réactivité et la puissance du moteur.

L’aiguille du badin paraissait liée à la manette des gaz par une tige métallique, à peine élastique. Puis j’ai demandé à manœuvrer l’avion. Nous sommes montés vers 2000 pieds et, à 400kt, j’ai essayé de serrer un peu un virage. Vers 4G, grosses vibrations dans le manche et hurlement du pilote place avant qui se précipite sur les commandes. Pour évoluer, même à grande vitesse, il faut mettre les volets de combat… Grâce aux bords d’attaque basculants, aux volets et à l’aile soufflée, la finale est classique.

Même de la place arrière, la visibilité est excellente.

Un soir, au bar, un senior pilote des F-100 de l’équipe de l’USAF interpelle le lieutenant français Jean-Joseph Brie :

—Tu me parais bien jeune pour concourir. Quel âge as-tu? Combien d’heures de vol?

— J’ai 27 ans et 700 heures de vol.

— Je ne te demande pas combien tu as d’heures de vol sur F-100, mais ton nombre d’heures de vol total.

— J’ai 700 heures de vol au total dont 350 sur F-100.

Sans un mot, Senior pose sa bière, fait demi-tour et quitte le bar. Quelques instants plus tard, il revient.

— Les Français, vous m’emm… Pour ce concours, on m’a fait revenir du Vietnam parce que j’ai 3500 heures sur F-100, et je me retrouve à jouer avec des gamins.

L’équipe française, invitée seulement et hors concours a, je crois, obtenu les seconds meilleurs résultats. C’est un sergent-chef de 26 ans qui, à titre individuel et au grand dam des étrangers, a remporté le concours “roquettes”. Plus impressionnante et très émouvante, la cérémonie de clôture a été pour moi un moment fort de ma vie de pilote. Dans une complicité rayonnante, deux hommes de taille à peine moyenne, deux généraux bardés de décorations, deux survivants portant sur leur corps les stigmates de la Seconde Guerre mondiale, deux monuments passaient en revue les troupes au son des différents hymnes nationaux : Sir Augustus Walker, en uniforme anglais, et Johannes Steinoff, en uniforme allemand, l’air aux anges, souriaient à chaque délégation.

Dans les rangs, le silence était quasi religieux : commandant de bord d’un Stirling, Sir Augustus Walker avait dû crasher son avion touché, au retour d’une mission de bombardement.

Il lui manquait un bras, sacrifié pour sauver un membre de son équipage pris dans les flammes.

Johannes Steinoff avait le visage torturé des grands brûlés. Ses traits avaient fondu dans l’embrasement du Messerschmitt 262 qu’il pilotait.

Denis Turina

En prime une vidéo tir air/sol sur F100

Johannes Steinhoff
Johannes Steinhoff

 

Air Cdre Gus Walker
Air Cdre Gus Walker