La vie quotidienne sur TRAB (Avant propos)

 

LA VIE QUOTIDIENNE SUR TRAB PENDANT LA PÉRIODE AMÉRICAINE  (Avant-propos)

Avant d’aborder directement le sujet, la vie quotidienne sur TRAB,  je pense qu’il est bon pour chacun de nous de se replonger dans le contexte de cette époque afin de comprendre ce que fut le dépaysement des soldats américains et de leurs familles appelés à venir vivre en Europe.

On dit facilement que les américains sont des “pionniers”, des “gens qui vont de l’avant”, mais comment voulez-vous qu’ils soient venus chez nous de gaieté de cœur, sans une certaine anxiété, après tout ce qu’on leur avait dit sur l’Europe ? Nous nous prenons souvent pour le nombril du monde, alors que pour un homme né outre Atlantique, les pays d’Europe ne sont que des points sur le globe terrestre… d’où bien des incompréhensions dès le départ !

Soldats US à TRAB
Soldats US à TRAB

Why we are here ?

A la question morale que se posent beaucoup d’Américains : “Que faisons-nous ici ?”, “Pourquoi sommes-nous là ?” Voici la réponse donnée

“Dans un climat de guerre froide, générateur de tensions pouvant entraîner une guerre nucléaire — la crise de Berlin et celle de Cuba l’ont démontré — notre présence est nécessaire car elle ressort tout naturellement de nos traditions et de nos responsabilités en tant que nation. En effet, nous partageons avec les pays libres du monde la foi dans la dignité et dans la liberté de l’humanité. C’est un idéal qui fait partie de notre Constitution. Nous, Américains, sommes fiers d’avoir œuvré pour que tout individu possède en propre des droits et des responsabilités qui sont l’essence même de nos lois morales. Cette philosophie est tout à fait à l’opposé de la doctrine communiste qui ne reconnaît à l’homme aucun droit inaliénable qui émane de la raison, ou de la nature, ou encore d’une loi divine, et qui démontre ainsi son mépris de la dignité humaine et de la liberté. C’est cette différence fondamentale de conception et de doctrine sur la finalité de l’homme qui constitue la raison profonde de la tension qui règne entre le monde libre et le bloc soviétique. Nous sommes donc là, dans le cadre de l’OTAN, pour donner un coup d’arrêt à l’agression soviétique dont l’objectif, à terme, est de conquérir le monde.”

Que disait-on aux pilotes ?

A ces hommes, désignés pour le départ, on disait : “Attention, ici vous êtes habitués aux grands espaces aériens, libres de toute activité humaine, là-bas vous ne cesserez de survoler des villes, des villages, des champs et des routes. La découverte pour vous de l’espace aérien ne sera pas de tout repos. Quant au climat, vous trouverez là-bas autant de brumes et de pluie qu’il y a, ici, de soleil ! Alors soyez prêts et attendez-vous au pire !”

On comprend pourquoi un certain nombre de “bleus” aient préféré prendre le bateau pour venir chez nous et laisser les plus expérimentés se charger de convoyer les avions en Europe par l’Atlantique Nord. D’autant plus que le briefing final avait été celui-ci : “Si vous devez vous éjecter en mer, vos chances de survie dépendent de deux choses : votre combinaison de survie en caoutchouc et votre canot de sauvetage. Cette combinaison est difforme et inconfortable, et tellement serrée aux poignets et au cou qu’il vous faudra du talc pour bébé !… Sans elle, vos chances ne dépassent pas trois minutes ; avec elle, quinze minutes… Le temps de grimper dans votre canot et d’attendre du secours !” Rien de convaincant !

Que disait-on aux familles ?

Ce qui suit ne doit d’ailleurs pas nous choquer : l’opinion américaine vis-à-vis de notre pays n’était pas plus évoluée que celle que nous nous faisons actuellement d’autres pays moins avancés.

Pour vous en convaincre, voici le texte d’un document remis à chaque famille expatriée en France : “Les maisons pour famille que Ilon peut trouver aux alentours des bases sont bien en dessous des standards US : pas de chauffage central, toilettes situées le plus souvent dans la cour… Certaines maisons comportent les locaux d’habitation à l’étage, le rez-de-chaussée faisant office détables pour les animaux. Les bâtisses en pierre et en brique sont très difficiles à chauffer, les meublés sont réduits au strict minimum et les meubles sont, en général, très vieux. Il est recommandé de n’acheter aucun produit laitier sur le marché, pas plus que des fruits ou des légumes : tous ces aliments ne répondent pas aux normes de consommation américaines. L’eau courante n’est pas purifiée ; aussi est-il recommandé de ne consommer que de l’eau en bouteilles, avec garantie d’origine.” “Les Français sont des quémandeurs, ils attendent un pourboire lorsqu’on leur demande un service. Quant aux femmes, elles sont “légères…” (attention danger !)

Comment voulez-vous qu’après cela les familles américaines niaient pas vécu en circuit fermé et n’aient consommé que des produits venus de chez eux ? Pour plus de sûreté, tous les hommes, épouses et enfants devaient se soumettre aux vaccins d’usage car l’hygiène en France, en ce temps-là !

Ainsi, loin de leur pays natal, ne comprenant pas toujours pourquoi ils sont chez nous, les Américains s’efforcent-ils en toute circonstance de recréer leur style de vie avec leurs loisirs et leurs habitudes culturelles et même culinaires. La Base de Toul-Rosières ressemble donc à une petite cité américaine, avec son “PX”, supermarché traditionnel, qui ne manque sur aucune base US, où I lon peut acheter des produits en provenance directe des Etats-Unis. Celui de Toul-Rosières est particulièrement important, ses rayonnages sont excellemment pourvus, il est très dynamique et attire même les habitants des bases voisines (en particulier Chambley). On trouve : un cinéma, un bowling, une maternité et une école maternelle dans l’enceinte de la base… Rien ne manque !

Hôpital et maternité de TRAB
Hôpital et maternité de TRAB

Des lignes régulières de bus sont mises en place au profit des adolescents pour les amener jusqu’aux lycées des villes avoisinantes.

Au plan sociologique, les relations entre Américains et Français ne sont pas un modèle du genre, du moins au début : difficultés de la langue, réserve traditionnelle des Lorrains, population

américaine repliée sur elle-même, mode de vie différent, bruits constants des avions, autant d’écueils pour une bonne acceptation et fusion. Ce n’est que progressivement que les relations franco-américaines se réchaufferont jusqu’à devenir amicales.

Néanmoins, l’élément positif pour les deux populations existe.

Côté américain : aspect touristique et découverte d’un nouveau mode de vie. Finalement, la plupart des Américains ayant vécu ces années-là ont avoué qu’ils avaient apprécié leur séjour en France tout en déplorant certains “travers” français assez déplaisants pour eux (la réciproque sera vraie en ce qui les concerne), par exemple

      — on n’offre pas le thé ou le café aussi spontanément que chez eux,

      — on ne pénètre dans les maisons pour les visiter qu’avec réticence,

      — on a l’impression d’être épié en permanence, à voir des gens derrière leurs rideaux.

Côté français

— création d’emplois qui constituent une bouffée d’oxygène pour les populations locales. Et quelle découverte, alors que nous portons encore des tenues traditionnelles, de voir des Américains vêtus de jeans et de chemises à carreaux ; alors que nous roulons en 4 CV, de les voir circuler silencieusement en Buick, Chevrolet, Pontiac ou Cadillac sur nos routes trop étroites. Mais l’émerveillement le plus complet est donné à ceux qui ont la chance de pénétrer sur la base. Là, ils découvrent le “hamburger, le “Coca-cola”, le “congélateur”, le “self-service”, etc… Alors qu’eux-mêmes en sont encore aux légumes du jardin. Que dire des salles de bain américaines, comparées à notre “grande toilette du samedi soir… sans douche ni baignoire…

Cuisine du snack bar
Cuisine du snack bar

— autre élément positif : l’évolution des mentalités à la campagne. Au départ, les paysans expropriés de leurs terres, et qui vivent de cultures céréalières (blé, orge, seigle, pommes de terre) voient d’un mauvais œil l’arrivée de “ces Américains” qui les privent de leur gagne-pain. Quinze ans plus tard, grâce à la fuite du temps et aux indemnisations, tout le monde se félicite. De céréaliers, ils sont devenus éleveurs, ce qui n’est pas plus mal.

Des griefs existent cependant, concernant les manières de vivre américaines :

–  quand on les accueille chez soi, ils se croient immédiatement chez eux : ils touchent à tout, visitent les chambres, se servent dans le frigo, allument la TV…

–  ne préviennent pas quand ils sortent ou quand ils rentrent.

Autre exemple : un propriétaire français ayant loué un appartement à une famille américaine a été fort surpris de voir, quelque temps après, un tas de sable fin versé par un camion devant cet appartement. Mais quelle ne fut pas sa stupéfaction quelques jours plus tard de constater que le tas de sable avait pris place dans une des pièces du rez-de-chaussée, transformée pour la circonstance en petit désert d’Arabie, afin que les enfants puissent jouer comme sur les plages californiennes ! Autre pays, autres mœurs… Mais tout de même, il faut s’y faire !

— Les épouses américaines sont très difficiles à sortir de leur environnement : il faut insister, presque leur forcer la main pour qu’elles consentent à sortir le dimanche visiter les alentours. Les femmes américaines invoquent la peur de conduire en voiture ou d’être conduites, car nos routes sont dangereuses. Elles achètent très peu dans nos magasins par crainte d’être mal conseillées par les commerçants : autant de réticences qui sont la conséquence des mises en garde faites à leur départ pour l’Europe.

Dans l’ensemble, les contacts restent superficiels. Sauf exception, les Américains ont des amis partout où ils passent, mais sans lendemain. C’est l’attrait du moment. Toujours est-il que, dès cette époque, les Européens prennent conscience du décalage existant entre leur mode de vie et celui des États-Unis. Toutes ces différences n’empêcheront pas les Américains de la base de se faire des amis français et d’apprécier notre cuisine nationale.

Il va sans dire que tous ces braves guerriers, qu’on a tant mis en garde contre les produits européens, ont bien vite pris goût, en particulier, à notre pain, et à nos bons vins. C’est si vrai qu’un avion (C 124 Globmaster), qui vient chaque jour de Wiesbaden à 5 h 15 du matin, ravitailler en pain américain les quatre bases du secteur — Rosières, Chambley, Étain et Chaumont— repart avec une douzaine de baguettes de pain frais français (fait par le boulanger de Saizerais) pour le mess de Wiesbaden. Quant au “pinard”… Top secret !

Les premières difficultés rencontrées sur la base sont dues à l’infrastructure, les gros travaux étant confiés à des entreprises françaises sur des spécifications américaines, ce qui entraîne des lenteurs étonnantes dans les décisions administratives ; de plus, il y a urgence dans les délais d’achèvement, le temps presse, il faut faire vite.

La piste
La piste

Or, chacun sait que tout ce que l’on entreprend trop vite est rarement satisfaisant. De plus, la commission de réception des bâtiments est extrêmement sévère, d’où les doléances sans nombre de la part des responsables de la base : fissures dans les murs, sols qui s’affaissent, soubassement étanches qui prennent l’eau, portes qui ne ferment pas, réseau routier lamentable, “océan de boue” et trous sans nombre que les entreprises françaises refusent de remblayer ; coupures d’eau froide ou chaude dues aux pompes d’alimentation défectueuses ou aux conduites brisées ou bouchées, coupures de courant dues aux travaux non terminés aux dates fixées.

Les années 1953, 1954, 1955 sont les plus fertiles en incidents de ce genre car c’est durant ces années-là que sont mis en chantier la piste, la tour de contrôle, l’ERT (Escadron de Ravitaillement Technique), la voie ferrée, les chaufferies, la salle de cinéma, la chapelle, et les logements des différents services nécessaires au bon fonctionnement de la base. L’aménagement de la zone-vie pour les familles n’a lieu que durant les années 1956 / 1957 : canalisations de chauffage, gymnase, blanchisserie, écoles, hôpital, grand magasin…

L’aménagement de la base se poursuivra sans relâche jusqu’au 1 er avril 1967, date de la fermeture de “TRAB”.

Le padre G.DERULE

Le commandement Base
Le commandement Base

La 50 -ème Escadre US

Insigne de la 50 ème escadre

        Dans les numéros de “Reflets” que m’a fait parvenir le général Ratié, j’ai découvert que le père Derule aumonier pendant 17 ans sur la BA 136 s’était intéressé à la période au cours de laquelle les Américains ont occupé la base qui s’appelait TRAB. D’autres articles à suivre….

Une escadre de chasse a particulièrement marqué la base de Toul-Rosières durant les années 1956-1958. C’est la 50ème, « l’Escadre des champions », ainsi surnommée parce qu’elle fut l’une des plus courageuses de la Deuxième Guerre mondiale.

Créée au début de la guerre, elle est, dans un premier temps, groupe de « poursuite » transformé en groupe « de chasse », puis « de bombardement ». De OMAHA BEACH aux objectifs stratégiques de la vallée du Rhin, la 50ème est intervenue pour supporter les troupes au sol par des bombardements importants ou mitraillages contre les voies de chemin de fer ou les routes de l’ennemi.

A la fin des hostilités, rentrée aux Etats-Unis, elle est dissoute le 7 décembre 1945. Pour son offensive aérienne en Normandie, dans le Nord de la France et en Centre Europe, elle a reçu de nombreuses décorations, incluant la « Distinguished Unit Citation » pour son action valeureuse en Allemagne du 13 au 20 mars 1945 et le 25 avril 1945, autorisant ses personnels à porter la fourragère correspondante.

Le 1 er janvier 1953, la 50ème est réactivée à Clovis AFB (Nouveau Mexique) puis, en juillet 1953, elle rejoint la base de HAHN en Allemagne. Elle est la première unité US en Europe à être équipée de chasseurs à réaction « Sabre ». En novembre 1955, elle prend le contrôle opérationnel de la base aérienne de TOUL-ROSIERES et commence son transfert le 19 juin 1956, lequel s’achèvera le 1er août 1956.

Désormais, « TRAB » devient « l’Escadre des champions ». Pendant son séjour à TOULROSIÈRES, elle poursuit son rayonnement, hérité des « Champions », en devenant célèbre par son efficacité au combat, sa sécurité des vols, son ambiance et ses activités sportives. Le refus du Gouvernement français d’accorder des droits de stockage d’armes nucléaires sur son territoire provoque son retour à la base de HAHN à partir de décembre 1959. Une stèle a été érigée, dans l’axe de la piste, au-dessus du village de ROSIERES, tout près de la statue de la Vierge qui surplombe le pays, pour rappeler l’accident survenu, au décollage, à l’un des pilotes de la 50e.

Stèle en souvenir du Ltt AUREL de la 50 ème

Pendant la « guerre froide », la 50e escadre est successivement équipée de P 4 Thunderbolt, de F 86 H « Sabre » puis de F 100 D, premier chasseur supersonique en vol horizontal, et, enfin, de F 100 F « Super Sabre ».

F 100
F 100

En 1957, TOUL-ROSIÈRES Air Base prend une extension sans précédent. Sa population locale approche les 3 500 personnes et elle devient une petite ville américaine au cœur de la Lorraine. La base vie, invisible des routes qui longent TRAB, est cachée dans un bois. Elle a tout ce qu’il faut pour la faire vivre : écoles, cinéma, baraquements pour célibataires, et tout un village pour les familles, constitué de grosses caravanes (« trailers ») dont on a supprimé les roues, et posées sur des socles en béton. Cependant, plusieurs centaines de familles logent chez l’habitant, à 30 km à la ronde.

Bientôt les premiers plans sont tracés pour la construction de villages aux pavillons standardisés, style US, ce seront : le village de « Toulaire », situé au-dessus de LIVERDUN, puis celui de « Régina Village » à TOUL, près du quartier de la Croix de Metz.

Entrée de Toulaire
Entrée de Toulaire

C’est alors que TOUL-ROSIÈRES accède à l’ère supersonique. Parmi les bases américaines en France prévues pour recevoir le F 100 « Super Sabre il y a : CHAMBLEY, CHAUMONT, ÉTAIN et bien sûr, TOUL-ROSIÈRES. Le modèle prévu est le « nec plus ultra » du Super Sabre, la version D 100 chasseur bombardier supersonique en vol horizontal à capacité nucléaire et parfaitement adapté pour les missions d’appui conventionnel.

En outre, il est équipé d’un pilote automatique et d’une perche de ravitaillement en vol, ce qui lui permet d’effectuer des missions à très long rayon d’action. L’entraînement des pilotes se déroule sur la base de Wheelus en Libye au cours de l’automne 1957 pour se terminer au printemps 1958. Avec quatre escadres de F 100 D armés d’engins nucléaires, l’USAFE maintient en France une force de frappe nucléaire sans précédent. Mais la présence du F 100 en France, et donc à TOUL-ROSIÈRES (87 appareils : 78 F 100 D monoplaces et 9 F 100 F biplaces), sera éphémère car fin 1958, le Gouvernement français prend la décision d’interdire le stockage d’armes nucléaires sur son territoire, à moins d’en avoir le contrôle.

Les F 100 D quittent donc TOUL pour plusieurs bases en RFA, en particulier, HAHN et RAMSTEIN. C’est ainsi qu’à partir du 1er septembre 1959, TOUL-ROSIÈRES devient une base de reconnaissance, son infrastructure lui permettant à n’importe quel moment d’accueillir une unité opérationnelle. Après le départ de la 50ème escadre, TRAB est utilisé comme base de déploiement. Commence alors une activité de routine dans le cadre de la « reconnaissance » au profit de l’OTAN jusqu’en 1961.

Ses avions, les RF 101 « Voodoo », effectuent des missions de reconnaissance photo tactiques à basse, moyenne et haute altitude, de jour comme de nuit. Cet avion de reconnaissance photographique est le plus rapide (1 900 km/ h) et le plus sophistiqué de l’arsenal américain en Europe et même aux Etats-Unis. C’est un bel appareil qui mesure 21 m de long et 12 m d’envergure, muni de tout un système de caméras déclenché automatiquement qui permet au pilote de prendre à 13 716 m d’altitude une photo d’une superficie de 368 km2 sur un seul négatif. N’oublions pas qu’à cette époque (début des années 1960), nous sommes à l’un des moments les plus tendus de la guerre froide : celui de la construction du « mur de Berlin ». C’est alors que TOUL-ROSIÈRES va quelque peu sortir de sa vie routinière.

Voodoo et F 84 F
Voodoo et F 84 F

A son actif, le Voodoo possède 3 records de vitesse transcontinentaux dont LOS ANGELES à NEW YORK et retour en 6 h 46 mn à la moyenne de 1 161 km/ h, le 14 novembre 1957.

En novembre 1961, pendant la crise de BERLIN, arrive à TOUL, avec son état-major, une partie de la Garde nationale du Missouri, soit une trentaine d’avions de chasse-bombardement du type F 84 F. Le bon vieux temps de la chasse est ainsi de retour. Quatre avions sont maintenus en état d’alerte opérationnelle 24 heures sur 24 avec leurs pilotes et leurs mécaniciens installés à proximité dans un petit baraquement. Leur tour d’opération terminé, ils quittent la base de TOUL en juillet 1962.

Entre le 15 juillet et le 1 er août 1962, deux escadrons équipés de RB 66 « Destroyer » font mouvement de leurs bases britanniques vers le continent jusqu’à TOUL-ROSIERES, et par voie de fait, TRAB devient la seule base de l’USAFE en France à dépendre d’un état-major situé en Grande-Bretagne.

Le RB 66 est un biréacteur d’une taille impressionnante chargé de la reconnaissance électronique et météorologique. Ce type de reconnaissance électronique se subdivise en deux catégories : active et passive.

Le RB 66 et le Mac Donnel Douglas F4
Le RB 66 et le Mac Donnel Douglas F4

Active : lorsqu’un avion brouille des émissions radio et radar par différentes méthodes, soit électroniques, soit classiques, par exemple à l’aide de petites lamelles métalliques.

Passive : lorsqu’un avion est chargé du recueil de renseignements et d’analyse des signaux radio et radar. Ces avions, équipés d’une perche de ravitaillement en vol dans le nez, peuvent donc aller loin vers l’Est et longer le « rideau de fer » pour capter et analyser tous les signaux radio et radar de « ceux d’en face » afin de les exploiter pour mieux connaître leurs moyens de défense aérienne. Opérationnellement, c’est certainement l’une des périodes les plus « chaudes » de TOUL-ROSIÈRES.

Un événement tragique se rattache à cet avion. Au cours de l’année 1965, un RB 66 dont l’équipage était composé de deux pilotes et d’un observateur, parti pour une mission de reconnaissance le long du rideau de fer, s’est aventuré au-delà de la frontière et a pénétré en Allemagne de l’Est. Abattu par les forces ennemies, les deux pilotes furent tués et l’observateur eut les deux jambes brisées. Les corps des deux aviateurs furent rendus rapidement aux Américains, mais l’observateur blessé demeura prisonnier pendant plusieurs mois en Allemagne de l’Est. Cet incident fit grand bruit dans la presse de l’époque et le responsable des RB 66 fut relevé de ses fonctions.

En septembre 1963, avec l’arrivée de la 10e escadre, TOUL-ROSIÈRES devient la 3e base de la Force Aérienne Américaine en Europe continentale. De mars à octobre 1963, les RB 66 opèrent de la base aérienne de CHAMBLEY, pendant que la piste de TOUL-ROSIERES fait l’objet d’importantes réparations. Durant les mois d’octobre et novembre 1963, elle est l’une des bases de l’USAF de France et d’Allemagne qui reçoit des avions et des troupes en relation avec l’opération « BIG LIFT » qui transporta toute la 2e division blindée en Europe.

C’est en 1964 que l’état-major américain décide d’équiper TOUL-ROSIERES d’un nouvel avion, et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit du dernier-né de l’arsenal américain en matière de reconnaissance tactique : le fameux « Phantom » RF 4 C, le plus rapide du monde, muni à l’avant d’une énorme caméra pour filmer. Le colonel BORDMAN, commandant la base, est arrivé des Etats-Unis à bord d’un PHANTOM qu’il pilotait lui-même. Il a, sans se presser, franchi 7 000 km en 4 heures avec 4 ravitaillements en vol (cf. photo MAC DONNEL-DOUGLAS F4).

Cet avion possède deux énormes réacteurs ainsi qu’une crosse d’appontage. A cet effet, il y a sur la piste (comme sur les porte-avions) à deux endroits, un brin d’arrêt avec freins hydrauliques souterrains. A cette fin, des travaux d’aménagement sont entrepris sur la base, en particulier au niveau de la piste, rallongée à ses extrémités, pour recevoir des « over run » (appelés aussi POR • Prolongement Over Run). Cette piste se compose de 1 920 mètres de revêtement souple, bitumineux, au centre, avec de chaque côté 240 mètres de dalles bétonnées : soit 2 400 mètres de long, de seuil à seuil. Avec un over run de 275 mètres de chaque côté, elle est donc actuellement de 2 950 mètres. Les travaux sont achevés en juillet 1965. C’est sur la base de CHAMBLEY que sont mutés les avions de TOUL pendant la durée des travaux qui s’activent en juillet 1965.

Ouvrons ici une parenthèse et parlons un peu des différents stades d’évolution de cette piste, des origines à nos jours, et nous saisirons alors combien est fausse l’idée selon laquelle la piste aurait été chauffée en hiver par des canalisations souterraines. En 1952, l’ensemble de l’ouvrage a une structure rigide en béton de ciment. Rapidement, et pour diverses raisons, un rechargement avec reprofilage est réalisé en béton bitumineux sur une épaisseur de 8 cm. Or, dans un délai assez bref, le tapis se fissure au droit des joints de la chaussée en béton, si bien qu’en 1963-1964, les Américains exécutent une nouvelle couche de roulement en enrobé de 4 à 5 cm d’épaisseur.

  

              2400m

  

POR

275m

240m

1920m

240m

POR

275m

L’Armée de l’Air française, en janvier 1967, envisage d’occuper la base aérienne de TOULROSIERES à compter du 1 er avril et de donner une activité opérationnelle à ce terrain à partir du 8 mai 1967. Les avions destinés à cette base seront des Mirage III E et des F 100. Ce sont donc les Français qui entreprennent de nouveaux travaux : colmatage des fissures… puis, en 1973, à titre expérimental, un projet de réchauffage du filet de la barrière d’arrêt est proposé par la Direction de l’Equipement. Une fois réalisé, les résultats escomptés n’étant pas probants, le système proposé est abandonné. En 1978 a lieu la remise en état des extrémités et des POR, puis la réfection de la partie centrale en enrobés par le 15 RGA (Régiment du Génie de l’Air).

Le 3 octobre 1965, les premiers « Phantom » arrivent (RF4 C). Nouvel honneur pour la Base de TOUL, le 1 er mai 1966, l’unité est déclarée opérationnelle, devenant ainsi le premier « squadronops » de toute l’USAFE avec la double mission de reconnaissance et d’appui feu. Les premiers « Phantom » qui se posent à TOUL sont impressionnants par leur taille et par l’énorme traînée de fumée noire qu’ils laissent derrière eux. Avec une vitesse de pointe approchant Mach 2,5, ces avions sont en mesure d’effectuer des reconnaissances, de jour et de nuit, et même par mauvais temps grâce à un système infra-rouge. Malheureusement, l’époque lorraine du Phantom est éphémère. Dès avril 1966, le Gouvernement français, après sa décision de se retirer du commandement intégré de l’OTAN, annonce que toutes les unités américaines en France vont être, soit soumises au contrôle français, soit obligées de quitter notre sol. On connaît le choix des Américains.

Ainsi, l’une des plus grandes bases opérationnelles de l’USAF en France commence à vivre ses derniers jours et les Phantom sont les premiers à quitter la Lorraine pour la Grande-Bretagne et la RFA. A noter que beaucoup de pilotes de l’Escadron partiront servir au Vietnam. Tout le personnel administratif et d’encadrement est muté en RFA. Les couleurs sont descendues pour la dernière fois le 21 mars 1967 et toutes les opérations étant terminées, le 21 mars 1967, la base de TOUL-ROSIERES est déclarée fermée. Le personnel de la base se replie sur la base de ZWEIBRUCKEN en Allemagne Fédérale.

Après le 1 er avril 1967, un groupe significatif de MP (Military Police) sera désigné comme gardien de la base, et un contingent de mécaniciens civils, dirigé par un chef d’équipe américain, sera conservé pour la sécurité et le maintien jusqu’à ce que les négociations avec le Gouvernement français soient terminées.

Ainsi prenait fin une période originale et glorieuse de la base aérienne de TOUL-ROSIÈRES « TRAB

Votre Padre, G.DERULE

La Sentinelle du matin

La sentinelle du matin

          La sentinelle du matin est un reportage de Pierre SCHOENDORFFER qui décrit la vie dans les escadrons de chasse 1/4 Dauphiné et 2/4 La Fayette. J’en avais entendu parlé mais je n’avais jamais eu l’occasion de le voir dans sa totalité 

        Ce n’est pas la 11EC, mais j’ai pris tellement de plaisir à le visionner que je me suis dit qu’il en serait certainement de même pour beaucoup d’entre vous. 

        Pierre SCHOENDORFFER a eu une carrière très riche (wikipédia) et faisait partie de ces grands reporters qu’on ne voit pas lors de ses réalisations préférant se concentrer sur le sujet. Il consacre bien évidemment une bonne part du reportage aux pilotes mais les mécanos ne sont pas oubliés (loin de là) tout comme les autres services support opérationnels. J’ai particulièrement aimé la séquence finale au cours de laquelle les pilotes parlent avec l’aide des mains ; un grand classique qui doit bien encore exister malgré des systèmes d’information dédiés tel que SERPAM. 

Le tournage a eu lieu en mars 1976 et les gens de cette génération retrouveront des têtes connues comme Gillet (ancien du 2/11), Gallais, Leleu de la Simone, Ponchau (promo précédente que j’ai connu en prépa à Aix) et plus furtivement Niclot qui venait de se manger la rampe d’approche et REY l’instructeur qui fera plus tard un passage à la 11EC. A titre personnel, revoir Vegas, “l’AS” VEGAS, pilote que j’ai rencontré lorsqu’il était au 2/2 et qui trainait la réputation de ne s’être jamais fait tiré en combat (justifié à ce qu’on m’a dit), m’a rappelé une campagne DACT justement contre le 2/2 au cours de laquelle on s’était ramassé une tôle mémorable contre ces gros bras qui avaient en général plus de 2000 heures de Mirage ; lors de ma première mission en 1 contre 1, je me suis retrouvé engagé en barrique, au départ à égalité avec un certain Mercier (pas certain du nom) et je me suis dit que son compte était bon car vers 20 000ft le Jaguar n’avait rien à envier au M IIIE. L’affaire n’a même pas duré un tour c’est lui qui s’est retrouvé (trop) facilement dans mes 6 heures. Cela prouve bien évidemment que l’avion ne fait pas tout mais en terme de ce qui pourrait servir de circonstances atténuantes, il faut dire que ces instruits de la FATAC n’avaient rien trouvé mieux que cette campagne DACT pour nous remettre en jambe juste après un détachement en Afrique de plus de 2 mois au cours duquel les seuls “g” endurés étaient ceux qu’on avait pris au break….

Les plus jeunes découvriront et compareront forcément ; j’espère qu’ils prendront autant de  plaisir que j’ai pu en prendre. 

REFLETS N° 101 – Colonel RATIE

CDT Base Colonel RATIE

              Ayant appris que ce site était dédié à la 11EC, et un peu par la force des choses à la BA 136, le général RATIE m’a proposé divers documents dont le N° 101 de Reflets. 

             J’ai scanné toutes les pages y compris celles qui ne comportent que des publicités car cela remémorera forcément de vieux souvenirs et aussi pour montrer que, compte tenu du nombre, la base était bien implantée dans le paysage Toulois et qu’elle constituait un acteur majeur de la vie locale. 

          D’autres suivront, peut être pas exactement sous cette forme mais témoigneront encore de la période 11EC / BA . 

           Pour ceux qui souhaitent connaitre ce qu’il s’est passé lors du temps de commandement du Colonel RATIE, je les invite à cliquer sur le lien qui suit “Les années RATIE, 1985 – 1987”

 

           

Et l’ETIS prit la suite de l’EMI

Inauguration de l'ETIS à Toul

              L’EMI pour ensemble mobile devait bien se fixer quelque part et ce fut la base de TOUL Rosières qui fut choisi pour accueillir cet organisme qui prit le nom d’ETIS pour escadron de transformation et d’instruction spécialisé.  

              Situé dans les bâtiments de  l’ancienne école américaine et en face du stade, l’ETIS a vu passer des générations de pilotes et de mécaniciens jusqu’à la fermeture de la base en 2002 date à laquelle il déménagea à Saint Dizier pour fermer définitivement en 2005 lorsque le Jaguar fut retiré du service. 

            Le cahier de marche dont sont issues les photos s’arrête en 1986 ; on peut bien évidemment le regretter mais aussi se dire que sans Ménard, nous n’aurions gardé que de vagues souvenirs de l’ETIS. 

EMI 2ème partie

l'EMI Jaguar à Toul !

          Deuxième partie consacrée à l’EMI (ensemble mobile d’instruction) qui couvre les années 1974 et 1975. 

          1975 étant l’année au cours de laquelle l’EMI a déménagé de Mont de Marsan sur la base de Toul Rosières, emplacement qu’il occupera jusqu’au retrait du service du JAGUAR. 

          Encore et toujours des photos de cette époque tirées du cahier de marche qui m’a été fourni par MENARD que je remercie très sincèrement. Elles rappelleront bien des souvenirs ! 

        Petit extrait du journal local de Saint Dizier qui montre qu’à l’époque, les relations entre la mairie et la base aérienne était au beau fixe ! 

 

Les relations mairie - base aérienne sont au beau fixe !
Les relations mairie – base aérienne sont au beau fixe !

l’EMI : Ensemble Mobile d’Instruction

EMI Jaguar

                 Pour ce qui concerne l’histoire du Jaguar dans l’Armée de l’Air, il est difficile de remonter plus en avant, car la création de l’EMI Jaguar date de 1968 soit 4 ou 5 ans avant son arrivée à la 7EC. 

                Je voudrais remercier MENARD qui a bien voulu me transmettre les cahiers de marche de l’EMI (puis ETIS) qu’il a récupérés lors de la fermeture définitive de la base de TOUL. 

                C’est donc une galerie de photos que je vous propose et qui rappellera bien des souvenirs à ceux qui ont connu cette époque commencée il y a plus de 50 ans !

               Compte tenu du nombre de photos, l’histoire de l’EMI puis de l’ETIS fait l’objet de 3 articles et la page correspondante sera certainement un peu longue à charger. Vous pourrez constater que les débuts du Jaguar dans l’Armée de l’Air n’ont pas été des plus faciles. Je joins un dessin de CARRASCO qui a participé à l’élaboration de ces cahiers de marche (que vous retrouverez en 3ème partie) et qui traduit l’enthousiasme des pilotes du 1/11 pendant leur période de transformation. 

Un ETIS qui a fait sourire
Un ETIS qui a fait sourire

Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne sont pas de pures coïncidences ! 

Livre sur la 11EC

Livre 11 EC

       Il y a 3 ans, au début de l’année 2019, j’ai publié le livre “Histoires de la 11ème Escadre de Chasse”    , recueil d’histoires, d’anecdotes, de portraits,…. de la 11EC.

      Préfacé par Patrick BAUDRY, un ancien du 1/11, il s’est vendu à un peu plus de 500 exemplaires (auxquels il faut y ajouter une centaine envoyée gracieusement aux contributeurs) ; score tout à fait honorable pour un livre réalisé en autoédition et compte tenu des efforts effectués très limités pour le vendre, mais qui prouve surtout  l’intérêt suscité par ce qu’il s’est passé la 11EC. 

      Le dernier exemplaire  vendu, j’aurais pu en rester là, mais il m’a semblé plus intéressant de le mettre en accès libre sur Internet. Vous trouverez ci-dessous le lien pour le télécharger gratuitement ! 

      Gratuitement veut bien évidemment dire que je n’attends rien en retour ; diffusez largement cet article afin qu’un maximum de monde puisse en profiter. 

      Cette initiative donnera peut être (j’espère) des idées à ceux qui comme moi, ont pris la peine de raconter une partie de l’Armée de l’Air, à ceux qui ont écrit et publié des choses intéressantes et qui sont maintenant lettres mortes ; mettez les à disposition sur Internet, cela leur redonnera une nouvelle vie. 

       Et puis, pourquoi pas faire en sorte que l’Armée de l’Air, dans le cadre de la conservation du patrimoine, décide de créer  un portail ou un site web sur lequel il serait possible de mettre en ligne ce genre de publication. 

      J’ai déjà proposé plusieurs fois, malheureusement sans succès, ce projet au CEMAA, au commandant de l’Ecole de l’Air et à l’association des Pilotes de Chasse ; dommage car c’est simple à réaliser, la main d’œuvre existe et je suis quasiment certain du succès  que cela rencontrerait. 

NB : depuis la publication, j’ai récupéré une douzaine d’articles supplémentaires que j’ajouterai prochainement au livre existant. 

Le livre est téléchargeable avec le lien proposé ci-dessous. Bonne lecture ! 

Download (PDF, 14.13Mo)

Une partie des photos figurant dans le livre 11EC 

 

Lionel, peintre de la 11EC

Le peintre en plein travail

 

« Lio : vous êtes un peintre ! »

           Nonobstant le respect que l’on peut avoir pour les peintres en bâtiment, les Leonardo Da Vinci, les ripolineurs du dimanche ou les Salvator Dali, le qualificatif de « peintre » dans le petit milieu des pilotes de chasse ne peut pas être considéré comme un compliment, loin s’en faut…

          Néanmoins, il faut être honnête, le fait de savoir dessiner ne m’a pas toujours desservi. En effet, il apparaissait évident qu’il me revenait d’être en charge du cahier de marche qui a vocation à rapporter la vie de l’escadron sous une forme souvent imagée, parfois sarcastique mais toujours drôle.

          Cette fonction annexe m’a toujours suivi dans les escadrons auxquels j’ai appartenu, de la division des vols de Salon de Provence au commandement de l’escadrille SPA 38 du 3/7 « Languedoc » en passant par les fameux 2/11 «Vosges » et 3/11 « Corse ».

          Bref, lorsque le lieutenant-colonel Blanc m’a traité de « peintre » en voyant ma création rupestre en campagne de tir (photo 1 et 2), ce n’était pas à l’issu d’un débriefing houleux comme on aurait pu le craindre mais, heureusement, dit avec un petit sourire en coin et à prendre au premier degré.

          Seules les responsabilités arrivant avec les années ont eu raison de mes méfaits picturaux, même si j’ai eu une rechute lors de mon passage à l’Ecole de Guerre qui s’appelait encore le Collège Interarmées de Défense à l’époque. L’absence de cahier de marche en état-major y est aussi probablement pour quelque chose.

           On m’a souvent demandé comment j’avais appris à dessiner et si j’avais pris des cours. La réponse était toujours la même : « non, j’ai appris à dessiner pendant mes cours de math et j’ai eu beaucoup beaucoup de cours de math !! ».

          En fait, j’ai toujours dessiné, d’aussi loin que je me souvienne. J’ai bien acheté quelques livres pour essayer de progresser mais le dessin m’est venu un peu comme cela. Probablement en regardant ma maman dessiner.

          Les premiers souvenirs marquants sont les bandes dessinées faites lors des études du soir au Lycée militaire de Saint Cyr et la création d’un mouvement contestataire artistique « The Art » avec mon camarade Hubert Thonet, coincé comme moi le week-end parce que nos parents habitaient loin. Je crois même que l’idée nous est venue lors d’une retenue. A confirmer avec Hubert. Notre action militante se résumait à scotcher nos œuvres format A4 signée « The Art » au stabilo de façon aléatoire dans les couloirs historiques de l’institut de madame de Maintenon. Je vous rassure, ce mouvement n’est jamais sorti de l’enceinte du Lycée, ce qui est probablement mieux pour la recherche artistique en général et nos réputations en particulier.

           L’Ecole de l’Air fut pour moi un lieu particulièrement propice à la création, probablement parce que les cours de Thermodynamique et d’astronautique me passionnaient finalement assez peu, comme en témoignent mes résultats, sans parler des intégrales triples dont je ne voyais par directement le lien avec le pilotage des avions de chasse. Bref, l’une de nos premières actions fut de nous créer une « identité visuelle » comme diraient les publicitaires de la fin du siècle dernier (je suppose que le terme a changé depuis). En clair, il nous fallait un insigne de promotion comme le voulait la tradition. Ce fut fait rapidement avec un logo présentant un poussin en son centre dont le sourcil relevé avait été emprunté à mon camarade Rémi Castellarnau, les symboles des trois spécialités de la promo : un mirage 2000 pour les pilotes, un moteur pour les mécanos et un fusil mitrailleur FAMAS pour les Basiers. Sur la partie droite on retrouvait les trois insignes des trois corps. J’avais fait apparaitre l’insigne du brevet para de base pour les mécanos car à cette époque le brevet métallique n’existait pas pour les mécaniciens. Enfin, en fond d’insigne il y avait nos trois couleurs que j’avais fait apparaitre avec des lignes penchées pour être un peu original, mais nous y reviendrons. Ce logo de la promotion « Clément ADER » 1989 de l’Ecole de l’air fut reproduit sous différentes formes : autocollants dont certains doivent toujours trôner fièrement sur les poteaux des remonte-pente d’Ancelles et bien sûr T-Shirts (photo 3).

          En parallèle, au cours de l’année, nous avions aussi décidé de créer des insignes de brigade. Aussi, en tant que représentant de la 1ère brigade, j’ai proposé le symbole du lion, à la fois poussé par le fait que c’était le roi des animaux et par le clin d’œil à mon prénom. On pouvait donc y voir un lion doré sur le modèle de celui de Peugeot portant fièrement ce qui représente le poignard d’officier de l’armée de l’air avec en fond le profil d’un Rafale et bien sûr nos 3 couleurs. Je fus rattrapé par cet insigne 30 ans plus tard quand je reçu un mail d’un brigadier de l’école de l’air me demandant des explications sur l’origine des insignes de brigade. Je cachai dans un premier temps ma fierté que l’insigne soit toujours présent à l’Ecole de l’air mais fus très heureux de pouvoir annoncer que c’était notre promotion qui avait instauré cette tradition.

           Mais revenons au drapeau en ligne écartées. En août 1990, Saddam Hussein, suivant l’avis de ses conseillers étrangers « bien intentionnés », eu le bon goût d’envahir le Koweït afin de faire revenir dans le giron irakien ce qu’il considérait comme une partie de la Mésopotamie originelle et surtout ses immenses réserves de pétrole. Mais je ne m’étendrai pas sur cette opération à laquelle la 11 EC a héroïquement participé et dont les récits sont nombreux dans les colonnes du bulletin des anciens de la 11 EC. En revanche, il est une anecdote assez drôle sur l’insigne Armée de l’air de l’opération Daguet. A cette époque, il y avait peu d’officiers arabisants dans l’armée de l’air et encore moins dans le corps des officiers renseignement, or, il s’avérait que le brigadier de la seconde brigade, le commandant Philippe Gunet[1], en faisait partie. Il fut donc réquisitionné et envoyé en Arabie saoudite auprès des autorités Air déployées à l’époque pour préparer la reconquête du petit émirat. Une fois sur place, il fut chargé de proposer des versions d’insigne pour l’opération Daguet et il s’inspira du drapeau aux lignes écartées de notre insigne promotion car il trouvait cela très original (cf photo 4 et 5). Il ne m’avoua cela que bien plus tard alors qu’il était général en charge des relations internationales à l’état-major des armées et que je passais dans son bureau pour débriefer mes deux années comme coopérant au Qatar. Le général Gunet nous a malheureusement quitté prématurément des suites d’une longue maladie en 2019. Ce fut pour moi l’occasion de faire un petit dessin en sa mémoire envoyé à sa veuve.

            Une autre aventure m’amena l’année suivante à devenir un faussaire en herbe. En effet, ayant vu à la télévision un reportage sur les timbres et en particulier ceux avec des défauts qui devenaient uniques, je suis resté amusé par certains philatélistes qui réalisaient leurs propres timbres expliquant que le fait qu’ils soient oblitérés les rendaient « reconnus » par les PTT. En voilà un challenge à ma hauteur… Je m’attelai donc immédiatement à la tâche en créant un timbre « Ecole de l’air, promotion clément ADER » où l’on voyait le Bâtiment des études, l’Eole et Ader, de couleur bleu-gris avec au-dessus les Alphajets de la patrouille de France (photo 6).

          Je découvris un peu plus tard qu’il existait déjà un timbre Ecole de l’Air et que celui-ci ressemblait de façon assez surprenante à celui que j’avais commis et fait oblitérer par la poste (photo 7). Je fis également un timbre 1ère brigade et un timbre promo 1989, jusqu’au jour où je fus convoqué par les brigadiers de la 1ère et deuxième Brigade, les commandants Laurent et Gunet. Ils étaient tombés par hasard sur un de mes timbres lors de la distribution du courrier aux élèves. En effet, pour savoir si les timbres étaient validés par les PTT, je me les adressais avec à chaque fois ce petit pincement au cœur de la crainte de me faire prendre. « Vous ne vous rendez pas compte ! faire des faux est passible de 300 000 francs d’amende, bien plus que ce que ma solde me permettait d’économiser, et de 10 ans de prison, ce qui me faisait abandonner tout espoir d’être pilote de chasse ! vous êtes inconscient. Et la réputation de l’école ? ». Ayant pris conscience du crime que je commettais, je décidai d’inscrire République « Françoise » avec une faute d’orthographe pour éviter de longues années dans les bagnes français dont je me voyais déjà risquer la peine (photo 8). Finalement, ce fut donc le coup d’arrêt à mon aventure philatélique dont je ne garde que quelques souvenirs et deux ou trois timbres.

        Arrivant à la division des vols, je découvris l’existence des cahiers de marche qui avaient vocation à garder en mémoire les faits marquants de l’Unité. Je me suis d’ailleurs rendu compte plus tard lors des dissolutions des escadrons de la 11ème escadre, en consultant tous les cahiers de marche que nous avions rapatriés pour l’occasion, que ces gros livres étaient à la fois les témoins de la vie de l’unité mais aussi d’une époque avec son humour, sa calligraphie et son style de dessin. : Me voilà donc arrivant au 3ème Escadron d’instruction en Vol prêt à attaquer mes premiers vols sur Fouga Magister. Cette arrivée fut l’occasion de marquer le coup en caricaturant l’ensemble des moniteurs. La complexité de l’exercice fut de réaliser un montage en relief qui se déployait lorsque l’on ouvrait le cahier de marche. L’exercice n’était pas simple et je dû y consacrer pas mal de temps au détriment de la révision de mes procédures. Mais ce ne fut pas du temps perdu car ce fut un succès immédiat qui me propulsa responsable du cahier. Je suppose qu’il doit être encore à la DV ou archivé au Service Historique des armées.

      Tout s’étant bien passé à Salon, je poursuivis vers l’Ecole de chasse de Tours. Là encore, notre esprit tribal nous poussait à avoir des signes d’appartenance et le T-Shirt d’escadron en faisait partie. La confection de T-Shirt est d’ailleurs devenue quasiment une tradition pour moi dans toutes les unités où je suis passé : 3èmeEscadron d’Instruction en Vol, école de chasse, 2/11 « Vosges » etc…, détachements opérationnels et même lors de mon retour à la Division des vols de Salon comme commandant d’escadrille (cf photos 9, 10 et 11).

        A l’issue de l’amphithéâtre de Cazaux, je sortis 1er de mon groupe et pu choisir mon affectation. Alors que j’aurai pu aller su M2000 à Dijon ou Orange, je choisi d’aller à la 11 sur Jaguar. Mais avant de rejoindre l’escadron, il fallait à l’époque passer par Saint-Dizier pour la transformation sur Jaguar. L’arrivée au 2/7 fut l’occasion de changer d’échelle après les cahiers de marche et les T-Shirts car l’unité allait bientôt fêter ses 20 ans et ses escadrilles leurs 80 ans. Je participai à la proposition de projets de peinture d’un Jaguar B et ce fut le mien qui fut retenu. Le design était assez classique et symétrique, voire presque stalinien comparé aux décorations actuelles, mais nos moyens étaient assez limités (cf Photo 12 et 13). Si l’enthousiasme au lancement du projet était indéniable, nous nous rendîmes vite compte que la réalisation ne serait pas si simple, compte tenu de la taille importante de l’avion. Jouant de ruse avec le rétroprojecteur et d’habileté dans la découpe du scotch de peintre, nous finirent à temps la livrée de l’avion pour la cérémonie, après quelques journées et soirées à peindre l’avion.

        Enfin, je pu rejoindre Toul-Rozières et le 2/11 où le cahier de marche fut une de mes taches annexe. Outre la présentation des pilotes de l’escadron (qu’à priori je n’eus pas le temps de finir), mon rôle consista donc à faire état des différents événements de l’escadron : Ejection du lieutenant Bresse (photo 14), sortie du taxyway de Razafimaro (photo 15), ou reprise d’une anecdote d’Incirlik où des Jaguars avaient rassemblé des F111 américains que ces derniers avaient pris pour des avions syriens…(photos 16, 17, 18 et 19)  Cela pouvait être sur mon initiative ou sur commande quand certains avaient les idées mais pas forcément le coup de crayon (photo 20 et 21). Un des sujets était bien sûr de se moquer des autres escadrons de Jaguar mais également des pilotes de défense aérienne, sujet inépuisable…  Malheureusement, l’escadron fut endeuillé à deux reprises en trois mois début 1995 et cela plomba un peu l’ambiance pour être honnête. Néanmoins, l’occasion de ma première campagne de tir fut l’occasion de découvrir l’escadron de passage de la base de Cazaux et ses peintures rupestres laissées par les Michel-Ange des escadrons. Le 2/11 ne pouvait donc pas décemment passer sans laisser sa trace. Je fus donc désigné pour marquer notre passage comme en témoigne les photos du cahier de marche. Le style de la peinture était assez « corps de garde » il faut être honnête mais le dessin fut apprécié et décliné en T-Shirt un peu plus tard (cf Photo 1). J’eu l’occasion de refaire d’autres peintures à Cazaux voire même à Solenzara lors d’un détachement sur Tucano (photo 22).

       Bien plus tard, après avoir réussi le concours d’entrée au Collège Interarmées de Défense, je rejoignis Paris et les bancs de l’Ecole Militaire pour y profiter d’un enseignement de qualité. J’y retrouvai l’ambiance promotion connue 15 ans plus tôt à Salon même si cette fois nous étions 320 stagiaires de toutes les armées et de 70 nationalités différentes. Les conférences quoique souvent très intéressantes, me donnaient l’occasion de faire des dessins humoristiques. Je ne pus pas résister à la tentation et réalisa quelques « crobards » dès les premiers jours de la rentrée. Je les partageai avec mon bi-groupe et des copies numériques ne tardèrent pas à se retrouver sur le réseau informatique de l’Ecole où mon cadre professeur les intercepta très vite. J’avoue qu’en signant mes dessins « Lio », je prenais le risque d’être rapidement identifié. Mon cadre, par ailleurs très sympathique, se sentit obligé de me sermonner et cela mis fin à ma production de caricatures et autres dessins humoristiques. Mais quelques jours plus tard, toute la promotion reçu un mail s’inquiétant de ne pas voir de « crobard » suite aux dernières conférences… ce dernier était signe général Flichy, directeur du collège interarmées de défense ! Nous prîmes donc cela comme une autorisation et je découvris rapidement deux acolytes, un terrien et un gendarme. Notre production fut si importante que l’on put confectionner un recueil en fin d’année que l’ensemble des stagiaires eut la possibilité de remporter chez soi (photo 23 et 24).

       Cette année à Paris, fut également l’occasion pour moi de gagner un pari. En partant de Salon-de-Provence où j’étais instructeur, je fis le pari que je mettrai ma tête sur la plaquette de l’association des anciens de l’Ecole de l’Air vendue chaque année lors du Gala de charité de l’association. Mon plan était simple. Je savais que c’était un groupe de stagiaires du CID qui devaient se charger chaque année de la conception de cette plaquette… il ne me restait plus qu’à me porter volontaire, sachant que les prétendants ne se bousculeraient pas. Une fois au sein du comité, je fis un peu de lobbying pour proposer un thème qui me tenait à cœur : « les peintres et les écrivains de l’Air ». L’idée était de faire une plaquette un peu originale qui ne soit pas qu’historique ou trop technique. Avec un peu de chance, notre sujet fut accepté pas le comité du Gala et nous pûmes nous mettre à la tâche. Je me suis alors proposé de faire un tableau pour la couverture illustrant les Clostermann, Saint-Exupery et autre Leonardo da Vinci (vision large des peintres de l’air !). M’inspirant du triple auto-portrait de Norman Rockwell (photo 28), je fis une composition représentant un peintre se peignant lui-même avec quelques détails aéronautiques (cf photo 25). La peinture fut acceptée pour la couverture et le pari réussi…

          Les années faisant et les responsabilités aidant… je fus moins productif. Quelques toiles lors de mon passage au Qatar, mais l’ambiance en état-major opérationnel ou en Ambassade n’est pas celle en escadron … à fortiori ceux de la 11 EC !

          Je ne désespère pas de reprendre les crayons et les pinceaux un jour, il y a en effet plein de projets qui attendent dans mes cartons mais je n’ai pas vraiment le temps pour l’instant.

L . E

Création de l’Amicale des anciens de la 11EC

Le bureau de l'Amicale avec Richalet lors de l'AG 97

Naissance de l’Amicale         

      1997 : la 11ème Escadre de Chasse vient de fermer son dernier escadron. Pour marquer l’évènement, un grand rassemblement du personnel ayant appartenu à l’escadron 3/11 est organisé et la cérémonie militaire sera suivie d’une soirée cabaret qui se tiendra sous un grand chapiteau monté devant le mess officier. Ayant passé environ 18 années dans cette unité et bien que l’ayant quitté depuis 8 ans (muté au grade de major), je fus convié à cette journée historique.

       Au cours de la soirée le Général Richalet, que j’ai eu comme Commandant d’escadron, vint m’aborder. Pour la petite histoire, il faut rappeler, qu’à l’époque des F-100, chaque pistard avait en charge un avion qui lui était attribué, et comme il y avait plus d’avions que de pistards, certains mécanos se voyaient attribuer un mono et un biplace ! (il y avait 3 bi à l’escadron). Ce fut mon cas avec le 937 et le 122 RV. Et c’est ainsi que j’ai participé au lâché sur F-100 du Capitaine Richalet… Fréquemment il volait sur ce 937 ; pourquoi ? Je pense qu’il appréciait ma prestation (… ??), tout en me rappelant que pour les cheveux, les pattes ne doivent pas dépasser le milieu du lobe de l’oreille. Au fils du temps, j’effectuais des dépannages sur cet avion dont j’avais acquis une bonne connaissance qui était reconnue au sein de l’escadron. Lors de cette soirée, arrivé au buffet, le Général Richalet qui était en train de saluer ses connaissances, me vit et me posa cette question qui est toujours présente dans mon esprit :

               – « PI,(mon surnom qu’il faut prononcer P-I) vous êtes à la retraite …!! Qu’est-ce que vous allez faire maintenant ? ». Surpris par cette question ma réponse :

               – « euh, euh » …

                – « Eh bien je vais vous donner du boulot : Vous allez fonder une amicale du personnel de l’escadre car les gens ont un désir de rencontre ».

                – « Mon Général je n’y connais rien dans l’organisation d’une amicale…. »

                 – « Vous apprendrez et ferez des choses simples pour que les personnes continuent à se retrouver. »

                  – « …. et avec qui ?? »

    C’est alors qu’il me désigne une personne que je ne connaissais pas. « Il s’occupe d’une amicale et il vous orientera. ». Un peu plus tard, Richalet m’indique que je dois aller voir le Colonel ROBERT Commandant de la BA136 et qu’il m’apportera toute l’aide dont j’aurais besoin. La soirée se terminant, j’échange avec quelques connaissances et rendez-vous est pris pour le mercredi suivant 9h devant le PC guerre. Ce mercredi à 9 h sur le parking, arrive aussi ETIENNE, et LE MILBEAU (PLUMM) ; on se concerte et on décide rapidement que la première chose à faire, est d’aller voir le Commandant de base. L’accueil de ROBERT est très cordial et il nous fait alors part de sa décision de mettre à disposition de la future association une pièce située au PC guerre. Sans perdre de temps, on s’installe pour se mettre au travail afin de définir les grands axes de travail.

Trouver des adhérents    

      Pour les adhérents, Etienne avait une liste de quelques personnes de l’escadre, liste qui avait été constituée au 3/11 peu avant la dissolution. (Je suppose que RICHALET avait eu vent de cette liste). De son côté, Graff a quelques connaissances d’anciens du F84, et personnellement je fais appel à mes souvenirs pour répertorier les personnes que j’ai côtoyées à l’escadre. J’ai aussi souvenir que FRANÇOIS (le barbu) avait organisé une journée de rassemblement des pilotes de F100 à REIMS. Je le contacte.

Organiser le bureau

     Pour ce qui est de la composition du bureau, Etienne et Plumm se virent confier la trésorerie, Graff le secrétariat et moi-même pour toutes les autres démarches. Le mercredi suivant, Geneviève BARBESANT, une secrétaire de l’Escadre rejoignit l’équipe.

      A ce stade, je possède une liste d’environ 250 noms qu’il faut joindre par courrier pour leur annoncer la création de “l’Amicale des anciens de la 11EC”. Nous avons le support de la base pour la fourniture du papier et des “photocops” ; reste à fixer le montant de l’adhésion car on s’est aperçu qu’il y aurait des achats à faire. Richalet contacté veut que cela soit le plus bas possible !! Après quelques échanges et en tenant compte de nos ambitions, Etienne fixe le tarif à 10 francs ! Dans le courant de la semaine je me rends dans la Meuse chez FRANÇOIS qui nous a proposé ses services pour faire un mailing car il possède le matériel nécessaire. Au retour, nous nous retrouvons avec 250 enveloppes à envoyer, et ce sans argent. Le Colonel Robert fera faire l’affranchissement sur le compte de la BA. La semaine suivante est consacrée à l’élaboration des statuts et à les déposer à la sous-préfecture. Plumm possède une “bible” sur le sujet. Rédaction faite, ceux-ci seront déposés à la sous-préfecture de TOUL le 09 SEPTEMBRE1997, avec la composition suivante : Président : François / Vice-président : Platini / Trésoriers : Etienne et LEMILBEAU / Secrétaire : Graff et  Barbesan. (La volonté de Richalet était d’avoir comme président un pilote et comme vice-président : un mécano)

      Les semaines suivantes, après ouverture d’un compte en banque, les adhésions réalisées sur la base nous procurent quelques fonds. Le travail continue mais il faut se faire connaitre : envoi sur toutes les bases d’un avis de création à afficher dans les mess, et d’un encart dans les revues comme Air et Cosmos, ainsi que dans les revues d’organismes paramilitaires tels que AGPM/GMPA. Avec l’argent des premières adhésions et celui de généreux donateurs, on procède à l’achat d’un téléphone-fax et on ouvre une ligne de téléphone civil, ce qui me permet de faire des comptes rendus oraux à Richalet à l’issue des réunions de bureau. Il faut également préparer notre première AG : elle se fera en Décembre et on intronisera RICHALET comme président. Pendant ce temps, le bureau s’étoffe avec l’arrivé de NALLE Christian. On décide alors de créer un bulletin de liaison de façon à maintenir un contact avec les plus éloignés ; ce sera la naissance de RNV (Res Non Verba). Les premiers seront réalisés de façon artisanale : photocopie, pliage et agrafage manuel puis envoi. On remarque que les adhérents sont dispersés sur l’ensemble du territoire et suite à cette constatation, la décision est prise de créer des régions avec un animateur. Il y en aura 5 : NORD-EST/PARIS/NORD-OUES/CENTRE/SUD-OUEST et SUD-EST. L’ébauche d’un annuaire est également lancée ; les adhésions affluent. Le bureau de “l’Amicale” maintient un contact fréquent avec les présidents de région, et l’on s’aperçoit des difficultés que ceux-ci rencontrent pour organiser une réunion de leurs adhérents. Pour leur faciliter la tâche, il est décidé qu’il leur suffirait de contacter le bureau, de donner les infos de prestation (date, lieu, programme) et le bureau se chargerait de contacter par courrier les membres de la région concernée. Le trésorier Etienne dont j’ai pu apprécier la rigueur, propose pour chaque rassemblement, une certaine somme pour agrémenter la prestation. Les finances sont correctes, et une prévision de dépense est faite pour l’année suivante ; le but du trésorier étant d’avoir suffisamment de liquidité pour absorber les charges d’un trimestre. Tout le bureau participe au travail de photocopies, d’écriture, d’adresses, de reliure d’annuaires,… etc.”

      On s’aperçoit que la machine est lancée : les régions s’activent, Lardy dans le sud, Mioche au centre, Barthel dans le sud-ouest, Adnet et Olivé dans la région parisienne. Le bureau organise une visite à Bremgarten, François nous fait découvrir un site de la guerre 14/18 : la butte de VAUQUOIS avec la guerre des mines, etc… Et à chaque fois, la manifestation se termine autour d’une table comme l’avait demandé le président. De mémoire il y eut aussi l’organisation de la soirée dansante pour le réveillon de l’an 2000 (année de la tempête !), la 2ème AG à Luxeuil et la suivante au musée de l’air à PARIS.

     Le président Richalet étant atteint par la maladie, le Général LONGUET se proposa pour prendre sa succession au cours de l’AG suivante. Et puis il fallut résoudre le problème de la fermeture du DA136 obligeant à déménager au QUARTIER REYMOND à METZ …  L’amicale avait alors plus de 900 adhérents, lorsque je quitte mes fonctions…

      D’autres ont pris le relais et c’est grâce à eux que cette année l’Amicale peut fêter ses 25 ans.

Gérard PLATINI 

Quelques photos de l’Amicale