Cette catégorie « Armée de l’Air » regroupe des histoires, récits, anecdotes, documents,… qui ne sont pas directement issus de la 11EC, mais qui ont un rapport direct avec la vie en escadron.
On y retrouve des articles variés mais allez les visiter, vous ne serez pas déçus.
C’est par hasard que j’ai retrouvé le livre qu’Henry BORDEAUX de l’Académie Française a consacré à Guynemer. Le centenaire de la bataille de Verdun m’a amené à relire cet ouvrage et à en proposer un extrait ; on sort des histoires de la 11EC, mais c’est là que tout a commencé.
En Mars 1916 Guynemer a été blessé en vol et le passage qui retrace la période de sa convalescence et de son retour au combat a de quoi surprendre.
Guynemer
Georges Guynemer a donc été blessé le 15 mars (1916), à Verdun. Le 26 avril, il débarque au front, le bras mal remis et les plaies à peine cicatrisées. Il a échappé aux médecins et aux gardes-malades. Entre temps, il a été promu sous-lieutenant. Mais il faut renvoyer à ses bandages et à ses massages ce convalescent tout penaud.
Il retourne à Compiègne. Le marché conclu avec sa sœur Yvonne n’est pas rompu et, quand le temps est clair, il s’en va à Vauciennes où l’attend son appareil. La première fois qu’il rencontre, depuis sa blessure et sa chute, un avion ennemi, il connaît une sensation toute naturelle et très pénible. Va-t-il hésiter? N’est-il plus l’intraitable Guynemer? Le Boche tire, il ne répond pas. Le Boche épuise sa bande de mitrailleuse et le combat est rompu. Est-ce croyable ? Que s’est-il passé ?
Georges Guynemer est rentré à la maison paternelle. Au printemps, le jour se lève de bonne heure. Il est parti si tôt qu’il est encore grand matin. Sa sœur Yvonne est-elle éveillée ? Il ouvre la porte de sa chambre, passe la tête : elle dort. Il attend, mais il n’est pas l’homme de l’attente. De nouveau il tourne le loquet, de nouveau il montre sa figure d’enfant dans la coulée de lumière que laisse filtrer la porte entrebâillée. La dormeuse, cette fois, l’a vu :
Déjà de retour ! Va te recoucher. Il est trop tôt.
Est-il vraiment si tôt ?
Avec la finesse de sa tendresse fraternelle, elle devine qu’il a quelque chose à raconter, quelque chose d’important, mais qu’il faut lui en faciliter le récit.
Entre tout à fait, dit-elle.
Il pousse les persiennes, il s’assied au pied du lit.
Quelle reconnaissance as-tu menée ce matin ?
Cependant il suit sa propre idée :
Les camarades m’avaient bien prévenu qu’on éprouve dans ce cas-là une impression très désagréable.
Dans quel cas ?
Lorsqu’on remonte après avoir été blessé et qu’on rencontre un Boche. Tant qu’on n’a pas été blessé, on n’imagine pas qu’il puisse vous rien arriver. Quand j’ai vu ce Boche ce matin, j’ai connu quelque chose de nouveau. Alors…
Il s’arrête et il rit, comme s’il avait joué un bon tour d’écolier.
Alors, qu’as-tu fait ?
Eh bien ! J’ai résolu de me soumettre à son tir. Froidement.
Sans riposter ?
Bien sûr : je me suis donné l’ordre de ne pas tirer. C’est comme ça qu’on dompte ses nerfs, petite sœur. Les miens sont bien domptés : j’en suis maintenant le maître absolu. Le Boche m’a sonné de cinq cents coups pendant que j’évoluais. Il fallait ça : je suis content.
Elle le regarde, assis au bas du lit, la tête appuyée au montant. Elle a les yeux mouillés, et elle se tait. Ce silence va-t-il se prolonger ?
– C’est bien, Georges, murmure-t-elle enfin. Mais voilà qu’il s’est endormi.
Plus tard, faisant allusion à cette rencontre où il s’offrit au feu de l’ennemi, il dira plus gravement :
– Ma vie s’est décidée ce matin-là. Sans cette mise au point, j’étais dégonflé…
Le vol en patrouille est en général une affaire de professionnels ; tout le monde n’est pas de cet avis, et c’est le cas de Jean Marie Saget dont je vous ai présenté le livre qui lui est consacré, il y environ deux semaines. Au hasard de mes lectures, je suis tombé sur un article paru dans la revue des anciens de l’École de l’Air, écrit par Denis Turina (l’auteur de plusieurs articles dans ce blog racontant notamment ses 3 éjections) et racontant un vol effectué en patrouille sous le lead de JMS. Lorsque j’ai contacté Denis pour lui demander si je pouvais le publier il m’a précisé qu’il avait voulu passer un coup d’oeil à JMS « un monument de notre aéronautique ».
C’est aussi dans cet esprit que je vous propose l’article de Denis et en complément un extrait du livre de François BESSE « Du Vampire au Mirage 4000 » dans lequel Jean Marie Saget nous parle de formation.
Argentan-sur-Creuse, été 1980. Stage de voltige avec des membres de l’aéroclub Dassault basés à Chavenay, à Nangis et même à Istres. Les riverains supportent tous les jours le bruit de nos moteurs. La plupart des pilotes de la « patrouille de Nangis » sont présents et, un jour, pour améliorer l’ordinaire, Jean-Marie Saget. JMS himself, le chef pilote d’essais de la « Grande Maison », décide de faire une formation en croix de Lorraine avec tous les avions disponibles.
Classiquement, le briefing commence par l’appel des pilotes et la répartition des avions. En découvrant que je dois piloter le RF-41, je lève immédiatement la main : « Chef, je ne suis pas lâché dessus.
-Ne m’embête pas avec les détails. Cet avion n’a pas de radio et c’est toi qui le prendras. Fais-toi briefer, nous ne décollons que dans deux heures. » Fin du briefing patrouille.
Sportavia Fournier RF-4 D
Je trouve un volontaire, pilote à Nangis et que je connais à peine, pour me briefer sur le RF-4. Comme j’ai l’intention de faire un petit vol de prise en main, je compte aussi sur lui pour lancer l’hélice, car l’avion n’a pas de circuit électrique non plus. Briefing pendant lequel je pose beaucoup de questions, jusqu’à ce que mon mentor me dise:
« Il va falloir libérer l’avion, car il vole dans la patrouille.
– Je sais, c’est moi qui dois le piloter et je voudrais quand même faire un vol avant de décoller en patrouille à quatre avions. Peux-tu lancer l’hélice s’il te plaît? »
Après demande de confirmation auprès d’un équipier de la patrouille qui nous connaît tous les deux, le mentor me lance un drôle de regard et s’exécute. C’est parti!
Roulage sans trop de problème, actions vitales, alignement: plein gaz. Gros problème de contrôle latéral de la trajectoire, je tiens toute la piste pendant la course de décollage. Une fois en l’air, train rentré, j’arrive à bien stabiliser l’avion et je mets ce manque de contrôle latéral sur les nouveautés que sont pour moi le train monotrace et les balancines. Il me faudra maîtriser ça avant de pouvoir décoller en patrouille. Virages serrés, grands angles et décrochages, prise de terrain pour un touch and go. Atterrissage sans problème, remise de gaz, et c’est reparti pour un gymkhana sur la piste. Tour de piste court. Ce n’est qu’à la remise de gaz suivante que je découvre que le sens de rotation de l’hélice est inversé par rapport à celui des avions que j’ai l’habitude de piloter. En essayant d’anticiper au pied les effets du souffle hélicoïdal pendant le décollage, je ne faisais que perturber la trajectoire de l’avion. Rien à voir avec les balancines.
Le décollage en patrouille s’est bien passé. Le passage en croix de Lorraine a été apprécié des riverains et de tous les spectateurs. Mais je ne suis pas près d’oublier qu’il y a des hélices dextrogyres et d’autres lévogyres. ■
Pilotage en formation par Jean Marie SAGET
Roulage : évidemment dans l’ordre de décollage.
Alignement : le leader se positionne d’un côté de la piste, le n°2 de l’autre, etc. Il faut garder un certain écartement pour éviter au mieux le souffle, mais un retrait minimum pour laisser la place à tout le monde.
Décollage : par paires, espacement de 10 à 20 s en principe, ou individuel 5 à 10 s.
– Rassemblement : à l’intérieur de chaque patrouille simple, les équipiers essaient de rassembler au plus vite sur leur leader dans la ligne droite qui suit le décollage ou au plus tard pendant le virage destiné à rassembler les patrouilles. Les équipiers doivent garder la vue de tous les avions qui les précèdent.
– Tenue de place : dès qu’on est en place, la seule référence de pilotage est le leader : les ailes de l’équipier doivent rester parallèles aux siennes. Les corrections d’écartement se font au pied, en conservant les ailes parallèles (sinon on « pompe », les corrections sont trop amples). Jeter un look à la bille de temps à autre pour vérifier qu’on n’est pas incliné (en général, vers le leader = bille décalée du côté du leader). En profondeur, les corrections se font par « escalier » : sollicitation de manche dans un sens suivie Aux gaz, il convient de repérer le régime moyen qui permet de tenir la place et on corrige par petits coups autour de cette valeur (+/- 100 tr/mn). De grandes corrections sont l’indice que l’on n’a pas su détecter à temps la tendance : il faut piloter à l’accélération et non au déplacement. Exemple : après avoir détecté un trop grand retrait, on augmente le régime. Un peu avant d’atteindre la place visée, on réduit aux environs du régime moyen. Dès que le mouvement relatif s’annule, il convient d’effectuer une correction inverse (faible) avant que l’avion ne commence à « reculer » à nouveau. En virage, il faut a priori diminuer le régime si on est à l’intérieur, l’augmenter en position extérieure en veillant à ne pas laisser augmenter l’écartement, faute de quoi on ne peut plus rattraper (le chemin à parcourir est beaucoup plus grand). On doit garder l’œil rivé à l’avion leader. C’est la condition numéro un de sécurité. Avec l’habitude, un coup d’œil suffit à surveiller le reste (bille, régime, jaugeurs). Ne jamais laisser s’installer un écart important : c’est plus difficile à corriger, et, au milieu d’une formation, cela sème la perturbation. Se tenir près du leader facilite la détection des écarts, donc la bonne tenue de patrouille.
Quand on est n°3 ou n°4 d’un échelon par exemple, on a grand intérêt à ne pas suivre fidèlement les écarts des avions précédents, mais à moyenner en se référant au leader.
Changement de place : attendre le top du leader. Ils s’effectuent en principe très lentement de façon à contrôler parfaitement la trajectoire et laisser le temps à un équipier qui a mal compris la manœuvre, de s’écarter ou de corriger. En principe, ces changements se font un avion après l’autre, en conservant en vue le reste de la patrouille.
Break : individuel à 5 s (ce qui donne en finale, pour une même trajectoire, un espacement de 10 s, comme au décollage, soit 300 m à 110 km/h).
Atterrissage : de part et d’autre de la piste (un à gauche, un à droite, etc.).
Attention aux suivants avant de se rabattre vers le taxiway pour dégager.
Aujourd’hui, il est question du livre de François BESSE « Du Vampire au Mirage 4000 » qui retrace la carrière de Jean Marie Saget, pilote à la carrière exceptionnelle, riche de plus de 20 000 heures de vol. Il y évoque des avions mythiques tels que la série des Mirage (III, IV, F1, G8, 2000 et 4000) et aussi le Jaguar.
Dans un prochain article, je vous présenterai l’histoire du Jaguar Marine mal connue et racontée de manière très complète dans le livre. Je tiens à remercier François BESSE pour m’avoir autorisé à publier l’article sur le Jaguar Marine et le féliciter pour la qualité de son livre qu’il me semble être le mieux placé pour le présenter.
François BESSE :
« Jean-Marie Saget, ancien chef-pilote d’essais des avions Dassault. Si après une formation de pilote de chasse en France (MS-315, MS-230…) puis aux Etats-Unis (T6, Mustang…), il est affecté à Longvic sur Ouragan, c’est le hasard qui va l’orienter vers le monde des essais en vol, étant embauché par Marcel Dassault après avoir remporté la Coupe Saint-Exupéry entre Paris (Creil) et Cannes, aux commandes d’un Ouragan, le premier chasseur à réaction du constructeur…
Pendant plus de 35 ans, Jean-Marie Saget va participer aux essais et à la mise au point de quasiment tous les avions conçus à Saint-Cloud, se concentrant principalement sur les avions d’armes même s’il a effectué des vols d’essais sur les différents Falcon ou le Mercure. Au fil des pages de ses multiples carnets de vol, on note ainsi des vols sur Mystère IV, SMB2, Etendard IVM, Mirage III et IV, Balzac V (décollage vertical), Mirage F1, Mirage G8 (géométrie variable), Jaguar, Alpha Jet, Mirage 2000 et l’unique Mirage 4000…
Agé de 87 ans, l’ancien pilote d’essais vole toujours, pratiquant notamment la voltige sur l’un de ses avions favoris, le Cap-10B. Sa passion pour l’aviation et sa forte implication dans la transmission d’un savoir-faire l’ont amené en effet à former des pilotes privés à la voltige, de Nangis à Argenton-sur-Creuse, et aux techniques du vol en patrouille. Il a également été le chef-pilote du Cercle de Chasse de Nangis (CCN), dont la flotte est composée de De Havilland Vampire – retour aux sources !
En mai dernier, lors d’un vol en Cap-10BK, Jean-Marie Saget a passé le cap des 20.000 heures de vol… C’est cette étonnante carrière – des premiers jets français à peine supersoniques aux chasseurs actuels bénéficiant de commandes de vol électriques et de plans canards… – que retrace cet ouvrage. Il est également question des essais en vol au sein de Dassault Aviation, qu’il s’agisse de premiers vols, de vrilles ou de présentations en vol lors de salons aéronautiques.
Le texte, illustré de +900 photos, schémas, illustrations et 10 écorchés, présente ainsi la carrière de Jean-Marie Saget – des premiers sauts de puce sur un planeur de sa conception aux vols d’aujourd’hui – mais aussi les différents avions Dassault de la période 1950-1990, de l’Ouragan au Mirage 4000, avec une plongée dans le monde des essais en vol, de la méthode aux moyens mis en œuvre, en dévoilant les dessous de la mise au point de certains avions…
Cet ouvrage reprend de larges extraits d’un manuscrit de Jean-Marie Saget jamais diffusé au-delà du cercle familial. Il bénéficie également des témoignages recueillis auprès d’autres acteurs de cette aventure technique et humaine : Roland Glavany (pilote d’essais des Mirage III et IV), Claude Saget (pilote d’essais), Guy Mitaux-Maurouard (pilote d’essais), Serge Dassault (en tant que directeur des essais en vol après guerre), Jacques Desmazures (ingénieur d’essais notamment sur les Alpha Jet et Mirage 4000), René Farsy (pilote d’essais pour le compte de la Snecma)… »
Le directeur des vols avait un doute sur l’évolution météo. La première patrouille, les Condor Alpha, annonçait un « mur noir » venant du sud. La station météo prévoyait un vent de sable. Nous avons reçu un ordre souverain : attendre avant de décoller ! Un ordre du directeur des vols n’est pas négociable dans l’aviation de chasse, surtout en opération extérieure. Mais j’avais un leader qui était supérieur. Supérieur aux autres. Supérieur à tous ceux qui n’avaient pas son cursus. Plus fort que la météo, plus fort que les forces de la nature… Moi, jeune pilote, je n’avais qu’à me taire. Le travail d’un jeune pilote, c’est avant tout se taire, suivre son leader, exécuter ses ordres, assurer la protection mutuelle de la patrouille, assurer la survie de la patrouille par l’appui des feux et, s’il le faut, assurer sa survie par une fuite préparée et réussie.
Le soleil très bas sur l’horizon, mon leader m’annonce : on « décolle ». Je voyais dans cette décision un très mauvais présage, je me projetai deux heures plus tard en imaginant le débriefing « sanglant » entre le directeur des vols et mon leader. Je me tais. Je suis mon leader. Je décolle une minute dernière le leader Condor Bravo. Après vérification de tous les paramètres, je vois au sud de N’Djamena un mur gris anthracite sur un ciel rouge. L’image est belle et je me réjouissais de larguer mon bidon ventral pour me reposer dans la foulée avant que cette tempête n’arrive sur l’aéroport En effet, je me voyais mal revenir dans des vents tourbillonnants avec une visibilité nulle. Au moment où j’annonce à mon leader que je l’ai en visuel, le Directeur des vols nous demande : « Condor Bravo, vous avez décollé ? ». Il reçoit comme réponse un méprisant « évidemment ! ». Le directeur répond : « Vous êtes fous ! Pour info, vents de sable à 5 nautiques au sud avec préavis d’orages très violents. Posez-vous dans la foulée, les Condor Alpha sont sur le retour. La visibilité sera nulle dans quelques minutes. » Réponse déconcertante de mon leader : « On reste en vol et on attend que le grain passe. On ravitaillera sur le Transall le temps qu’il faudra. » Il avait juste sous-estimé le front intertropical, qu’il confondait avec les petits orages de la métropole. Au cap nord, en prenant de l’altitude, nous avons retrouvé le soleil, un soleil rouge magnifique. Mais dans mes rétroviseurs, je vois ce mur noir sur un fond orangé… Mon inquiétude grandissante sera justifiée quand le contrôleur nous annonce que la patrouille Condor Alpha n’a pas réussi à ravitailler à cause des turbulences. Le directeur des vols nous fait un point météo très peu réjouissant. Ce vol de nuit commence mal. La suite sera terrible. Mon leader ordonne : « cap 180 ». Nous avons en face de nous le gigantesque front intertropical. Une masse nuageuse longue de 1 000 km, large de 200 et haute de 15 km. C’est phénoménal, c’est une forteresse qu’il va falloir traverser pour se poser, nous n’avons pas le choix. La piste d’Abéché est en phase de construction. Faya-Largeau est une piste en terre sous contrôle libyen et Maroua, au Cameroun, encore plus au sud que N’Djamena. Ce sera N’Djamena et rien d’autre. Il faudra passer ou envisager de s’éjecter bien au nord, en évitant d’être retrouvés par d’autres que des Français. L’idée de ne pas revenir me traverse l’esprit. Je ne savais pas encore que mon épouse attendait notre premier enfant. Se rapprocher à 900 km/h de cette masse de nuages me donne l’impression très bizarre de rapetisser, de me sentir insignifiant.
Orage sur N’Djamena
J’attends de mon leader un ordre qui ne vient pas. Il devrait me dire ce qu’il envisage de faire : rentrer ensemble ou séparément. Il n’est pas normal qu’il ne me dise rien. Certes, en mission de guerre, le silence radio est de rigueur, mieux, une religion, mais là… Il s’agit de sauver sa vie. Je crois qu’il était dépassé par le phénomène ; il venait de se rendre compte de son erreur. Je l’appelle à la radio. Pas de réponse. Je recommence : rien… Sans me l’annoncer, il prend le cap Est pour longer cette muraille bouillonnante. Le suivant, je me retrouve derrière à 2 nautiques. A ce moment, il m’ordonne de prendre cette position. Puis plus rien ! Il ne m’a plus parlé ni répondu à la radio. Chacun pour soi, c’est ainsi que je voyais ma survie. Je me considérais comme abandonné par mon leader.
Je décide de tenter ma chance à 10 000 pieds. Harnais serrés et bloqués, poches de l’anti-G fermées, la lampe de poche coincée sous mon holster, j’affronte cette puissance avec l’insouciance du jeune pilote. À peine ai-je pénétré dans la masse que ma radio et mes instruments de navigation deviennent muets. Il me reste l’altimètre, l’indicateur sphérique, un moteur et une carcasse qui s’avérera être vraiment très solide. Mon accéléromètre passe de -4 à + 7G dans les secousses d’une violence jamais rencontrée. Je suis dans une lessiveuse. Accroché à mon manche, je suis ballotté et projeté dans ma cabine. Ma tête heurte le cockpit. Mes jambes cognent le tableau de bord qui semble vouloir se détacher de l’armature. Mon avion hurle, vibre, grince et tremble dans ce tracas de tonnerre. Noyé dans des sons de train qui déraillent, de tour Eiffel qui s’écroule, je n’étais qu’un pantin désarticulé qui tentait de survivre dans un aéronef. Les « flashs » des éclairs, m’obligent à voler la visière fumée baissée. C’est le prix à payer pour éviter de perdre le contrôle de l’avion à cause de l’éblouissement. De temps à autre, des feux de Saint Elme de couleur verte dansent le long de la carlingue. Ces feux follets qui s’agitent devant mon cockpit ne sont pas pour me rassurer ; j’y vois toutes sortes d’images inquiétantes. Je vérifie que mon radar est coupé pour ne pas qu’il serve de paratonnerre.
En quelques secondes, je me retrouve à 30 000 pieds. Je tente de redescendre, mais les courants ascendants sont si violents que, même avec la postcombustion, je ne parviens pas à vaincre ces forces hors du commun. Je suis en piqué à 30°, PC allumée, et ma vitesse ne dépasse pas 300 nœuds. C’est à ne rien y comprendre. Las de me battre, je remonte le nez, et je me retrouve à 48 000 pieds dans un monde orange, puis en ciel clair face au soleil. Au-dessus des cumulonimbus, la vue est magnifique, l’air est calme et le ciel clair. Après un enfer de sons et lumières, c’est féerique et reposant. La radio est toujours muette et mes instruments de navigation m’indiquent des positions fantaisistes. Je décide de rester au-dessus, de repartir vers le nord et de trouver une voie moins encombrée par les cumulonimbus. Arrivé en bordure du front, je pique vers le sol en une spirale très serrée. Les éclairs, qui illuminent le désert comme de gigantesques néons, me permettent de le voir très nettement. A 5000 pieds, je tente un passage dans la partie la plus sombre. A peine ai-je pénétré que le cirque recommence. Je tiens mon manche à deux mains, je rectifie l’attitude de mon appareil à l’aide des palonniers. Mais tout recommence : les trains continuent de dérailler, les ponts s’écroulent…. Je ne suis plus qu’une feuille morte dans une tempête. Impossible de lutter. Il faut soulager le moteur dont le régime varie dans des amplitudes jamais observées. Les ondes de chocs provoquées par les éclairs ne permettent pas un écoulement laminaire dans les entrées d’air. L’avion souffre et mon moteur ne doit surtout pas s’éteindre. Je décide de laisser les éléments m’embarquer à leur manière. En un temps record, ma machine de 13 tonnes se retrouve en ciel clair à 50 000 pieds. Je revois le soleil pour la troisième fois. Il est à quelques secondes de disparaitre. Un coucher de soleil de cette beauté à ce niveau, ça se mérite… L’urgence est de redescendre. Je réussis à capter quelques bribes de messages radio qui ne me redonnent pas confiante. Je comprends que les contrôleurs m’ont perdu en contact radio et radar. Je leur annonce mes intentions… qu’ils ne reçoivent pas. Je décide de replonger à la limite nord du front pour passer sous la couche en basse altitude. Pour la première fois je vole a vue de nuit et par très mauvais temps, je survole le désert à une hauteur que je ne peux estimer. Mon altimètre électrique est à zéro et l’altimètre pneumatique affiche 200 pieds. Grâce aux éclairs, il m’est facile d’éviter la collision avec le sol. Je remets en marche le radar en mode air-sol pour me situer par rapport au lac Tchad. Traversant des turbulences fortes mais supportables, je me dirige vers le Nigeria puis le Cameroun. Je vole à vitesse modérée a une hauteur pour laquelle je ne suis absolument pas entraîné, coincé entre la planète et une masse nuageuse surpuissante avec cette crainte d’être aspiré à nouveau vers les sommets.
Cumulonimbus
Pendant quelques instants, j’ai un relevèrent-distance sur la base mon cap est bon. J’aperçois le Chari sur mon radar. Je demande régulièrement aux contrôleurs de me laisser la piste libre. Toujours sans réponse, je me trouve au Cameroun dans l’axe de piste. Je remonte vers 500 pieds et enfin je capte l’ILS, le Tacan m’indique que je suis à 25 nautiques de la piste. D’une manière hachée, le contrôleur m’annonce un vent de travers de 25 nœuds avec des rafales à 40. Pour tenir l’axe, j’affiche une dérive de 30° qui s’avérera insuffisante. A 35° de dérive, l’axe est tenu pour une vitesse indiquée de 185 nœuds. Le train et les volets sortis, je me laisse descendre. La radio redevient claire. On me précise que tous les avions sont posés, je suis le dernier. On m’annonce les cisaillements sévères en courte finale. Avec un bidon ventral limité à 15 nœuds de travers et une configuration dissymétrique sur l’emport ces missiles, j’ai tout pour rater mon atterrissage. Finalement, je me pose sans trop de difficultés. Je tire mon parachute de queue pour perdre rapidement en vitesse et je le largue dans la foulée. Le manche à fond dans le vent, le palonnier à fond à l’opposé, je ne peux empêcher l’avion de se déporter très dangereusement sur la gauche. L’appareil est maîtrisé en bout de piste.
Enfin posé, je suis soulagé. Je mesure la chance d’avoir pu revenir dans ces conditions météo exceptionnelles. Arrivé au parking, j’ai la surprise de voir une trentaine de mécaniciens accourir pour m’accueillir. Trois d’entre eux m’avouent, les larmes aux yeux, avoir cru que je m’étais tué. J’étais ému… C’est cette image que veux garder de l’armée de l’air ; ces mécanos grandes gueules, toujours à râler, toujours prêts à nous dire ce qu’ils pensent avec leur mauvaise humeur légendaire ; mais ce sont des professionnels si proches de nous et capables de sangloter parce que notre vie était en danger. C’était un moment fort qui m’a fait oublier l’enfer dans lequel j’étais entré. J’étais posé depuis cinq minutes à peine, quand les premières très grosses gouttes commençaient à tomber sous un vent encore plus violent. Si j’étais resté en vol, il me serait désormais impossible de me poser. En salle d’opérations, l’ambiance était bien morose. Il n’y a pas eu de débriefing avec mon leader. Le directeur des vols s’en est chargé. Mon leader a dû passer de très mauvaises heures.
J’ai obtenu ce que je souhaitais, sans le demander, c’est-à-dire de ne plus jamais revoler avec ce chef de patrouille. L’intervention du directeur des vols y a été pour beaucoup. Sur le cahier d’ordres ne figure qu’une seule phrase écrite par mon commandant d’escadron, leader de Condor Alpha : « Heureux d’être tous rentrés ».
La rouge et verte ; c’est ainsi qu’on appelait le carnet de procédures qu’on amenait en vol dans une des poches de l’anti G. Le coté rouge était dédié aux procédures secours (dit autrement, c’étaient les pannes) et la verte aux procédures normales.
L’usage voulait que le coté « rouge » soit connu par cœur, ce qui était le cas pour la grande majorité des pilotes. Il faut dire que c’était le principal usage du simulateur à Ploom. En cas de panne, il fallait dans certaines situations exécuter une suite d’actions réflexes qui ne permettait pas de prendre le temps de sortir, puis de lire le carnet de procédures. C’était particulièrement vrai pour « le feu moteur » pour lequel, il y avait en général urgence. La page correspondante jointe ci-dessous décrit ce qu’il fallait faire, et rapidement….
Feu moteur
Panne hydraulique
D’autres pannes ne nécessitaient pas un degré d’urgence important, ce qui laissait le temps d’exploiter la « rouge et verte ». C’était notamment le cas de la panne hydraulique ; la fiche correspondante apparait un peu complexe, mais était sortie histoire de se rappeler qu’en cas de panne hydraulique totale du circuit 1, par exemple, il fallait sortir le train en secours et être vigilant au freinage.
Il manque en bas à droite, la consigne en cas de panne hydraulique totale : « éjection ». Avec les commandes bloquées, pas besoin de sortir la rouge et verte pour savoir ce qu’il fallait faire.
Panne hydraulique
Ce carnet de procédures avait vocation à être utilisé en vol, mais servait surtout d’aide mémoire ; imaginez la fiche suivante sortie en vol dans les conditions dans lesquelles elle le serait !
Abandon en vol
Le coté vert ou procédures normales n’étaient pas utilisées en vol mais au sol, lors d’un déroutement par exemple lorsque le pilote n’avait pas toute la documentation habituelle à disposition.
Une galerie qui donnera une idée de ce qu’on pouvait aussi trouver.
Tous ceux qui ont été pilote en escadre de chasse ont été confrontés à ce problème ; décider de la suite de la carrière d’un jeune pilote trop juste, alors que c’était normalement le rôle de la sélection initiale de ne pas l’envoyer en escadron. Le problème n’est pas si simple et Turina nous fait part de son expérience dans ce domaine.
La sélection en vol
…ou rappel sur le cas de conscience qu’ont pu avoir tant de moniteurs : éliminer ou donner une chance supplémentaire.
En septembre 1976, après un mois d’apprentissage des rudiments du métier de moniteur sur Fouga, je suis commandant d’escadron à l’École de l’air. L’année suivante, je commande la Section Méthode et Contrôle (la stand), l’escadron des testeurs.
Nous avons en charge la sélection des élèves et le contrôle de compétence des moniteurs. Pendant deux ans, sans état d’âme, j’ai fait ce que j’ai cru devoir faire et j’ai certainement eu la main lourde, très lourde, trop lourde ? Pourquoi ?
Aujourd’hui, il arrive encore que je me pose la question.
Élève pilote puis jeune breveté, je n’ai pas eu trop de soucis. Je me suis contenté d’appliquer la consigne donnée par le vieux mécanicien de locomotive à son jeune chauffeur qui lui fait remarquer qu’ils ont grillé un feu rouge : « T’occupe pas des signaux, mets du charbon ».
Au début de ma carrière en escadron de chasse, un de mes meilleurs camarades, marié et père de deux enfants, disparaît. C’était un très bon gars, sportif, fonceur et accrocheur. Il avait des difficultés en vol et il se battait pour les surmonter. Quelques jours après l’accident, deux ou trois chefs de patrouille, anciens, discutent entre eux. À tort ou à raison, l’un d’eux dit aux autres: « C’est nous qui l’avons tué. Tous, nous savions qu’il avait des problèmes, qu’il s’efforçait de les résoudre et que, malgré tous ses efforts, la situation n’allait pas en s’améliorant. Comme il tenait très bien sa place au sol où il se « défonçait » pour l’escadron, personne n’a eu le courage de l’arrêter. C’est nous qui l’avons tué ». Ces paroles sont restées gravées en moi. Huit ans plus tard, dans l’escadron de F-100 où je suis commandant en second, un problème se pose. Un jeune lieutenant, pilote à l’instruction, a de grosses difficultés dans le pilotage et dans la conduite du vol de l’avion. C’est un très bon gars, bosseur, plein d’entrain, mais il a beaucoup de mal à maîtriser la bête. Pour nous, il lui arrive de ne pas assurer sa sécurité et celle de ses camarades. Nous en discutons avec lui. Nous parlons de sa progression passée et de son avenir. Il avait été éliminé à la sélection initiale pour être sous-officier pilote. Très motivé, il avait été breveté navigateur et affecté à une escadre équipée de Noratlas. Reçu comme PN au concours de l’EMA, il avait commencé une formation de pilote. Son expérience en vol lui avait permis d’être breveté« chasse », après un parcours parfois un peu chaotique. Arrivé sur F-100 et en dépit de tous ses efforts, il semble avoir atteint ses limites. Bien intégré à l’escadron et conscient de ses difficultés, il ne comprend pas comment il nous est possible d’envisager de le « virer » alors qu’il a pu atteindre ce niveau de pilotage. Il est effondré, frappé par ce qu’il considère comme une injustice, une malhonnêteté de notre part et une attaque personnelle. Il exclut de retourner dans une escadre de transport. Il ne se sent pas non plus la « fibre » pour être moniteur et pour éliminer des élèves pilotes. Si mes informations sont bonnes, il a fait un parcours tout à fait honorable comme pilote de liaison et en état-major. Quelques semaines plus tard, c’est au tour d’un jeune capitaine d’être mis sur la sellette et muté, pour les mêmes raisons. Là aussi, un sentiment d’injustice, de malhonnêteté et de gâchis. Nous, les « leaders », ne comprenions pas pourquoi, de rattrapage en rattrapage, ces jeunes hommes avaient pu être placés dans une situation aussi difficile.
Arrivé à Salon, je me suis promis d’éviter ces drames personnels et de ne pas envoyer à mes camarades en unité des pilotes dépassés par la conduite de leur machine. Ce choix n’a fait que se renforcer quand, au cours des premiers conseils d’instruction auxquels j’ai participé à Tours, il a été quelquefois reproché aux écoles de début de laisser passer des élèves qui n’avaient pas le niveau requis.
Autre «bug ». Parmi les élèves de l’escadron dont j’ai le commandement, un tiers est fana chasse, un tiers est fana transport, un tiers veut aller à Avord pour être sûr d’être « macaroné ». Tous les sous-lieutenants ont noté que, depuis quelque temps, il n’y a pas eu, pour eux, d’élimination sur MD 312.
Le CEAA demande aux écoles de début de motiver leurs élèves pour « la chasse » en précisant que ceux qui seront éliminés à Tours pourront être repris à Avord. Je me fais donc un devoir de pousser les plus réticents, ou les plus prudents, à tenter l’École de chasse. Certains élèves me font confiance. Quelques mois plus tard je participe, à Tours, au conseil d’instruction de l’un d’eux. Son parcours, déjà bien avancé, n’est pas satisfaisant. J’insiste pour que ce lieutenant soit orienté sur Avord. Cela n’a pas été possible. Avord « débordait », occupé à instruire tous ceux qui, par goût, ou en deuxième choix après avoir déjà été éliminés à Tours, suivaient la formation sur bimoteurs à hélices. De plus, un général venait, à juste titre mais peut-être un peu brutalement, de déclarer: «Avord n’a pas vocation à être la poubelle de la chasse ». Un des élèves, qui avait rêvé d’être pilote, qui s’était battu pour cela et qui m’avait fait confiance, allait être navigateur dans des avions où son camarade pilote avait pu avoir un parcours, en école de pilotage, nettement moins satisfaisant que le sien. Là, c’est moi qui me suis senti trahi et, surtout, profondément, traître. En fin de première année de commandant de la « stand », j’ai vu arriver un jeune lieutenant qui était passé de justesse à Salon et de justesse à Avord. Breveté, il avait été éliminé au C.I.E.T. Il venait de suivre, avec difficultés, le stage de formation des moniteurs et il arrivait à Salon où, je crois, il a donné toute satisfaction.
La formation n’est pas une science exacte.
Où placer les limites sans mettre inutilement en jeu la vie et la sécurité des hommes, pour essayer d’assurer « le succès des armes de la France »?
Ceux qui ont accès à l’espace membre ont certainement remarqué que l’appel à des galeries dans certaines pages, les amenait à une annonce leur faisant comprendre qu’il n’y avait rien. Ce bug m’a été signalé par un des membres ; de mon coté, je ne pouvais m’en rendre compte, car lorsque j’étais connecté en tant qu’administrateur tout était normal.
Sans se lancer dans des explications techniques un peu longues, cela provient d’une mise à jour du plugin que j’utilise pour gérer mes photos qui s’appelle Nextgen et qui est bien compliqué ; je le cite, car si un d’entre vous peut me fournir de la doc, je suis preneur.
Tout ça pour dire que la situation est en train de revenir normale ; si vous remarquez des anomalies de fonctionnement de ce style, surtout n’hésitez pas à m’en faire part via le formulaire de contact.
Je voulais terminer l’année sur une note positive, et c’est Denis TURINA auteur de plusieurs articles dans ce blog (notamment ses deux éjections sur F100) qui m’a apporté la solution en m’envoyant l’article que je vous propose ci-dessous.
Cet article parle d’une patrouille « d’avion en papier » constituée avec 3 pilotes qui totalisent largement les 2 siècles d’age ; Denis est n°3 de cette patrouille et j’aurais pu intituler l’article « les Papy’s ont encore la pêche ». Mais ce qui m’a frappé c’est que l’esprit chasse est encore là et surtout que l’on peut encore se faire plaisir en avion à cet age là. Ils ont reconstitué une patrouille pour une remise de médaille de l’aéronautique, mais comme le précise Denis, ils ne demandent qu’à remettre ça. Pour l’occasion, ils en ont même fait une vidéo http://www.aeroclubalpin.fr/?p=830
Bravo Messieurs et faites vous plaisir encore longtemps !
La patrouille des PAPY’S
Les PAPY’s : « PAPY» : c’est l’indicatif de la patrouille de l’Aéroclub Alpin.
Formée au début des années 2000, elle était tombée en sommeil après avoir animé le ciel de Tallard à l’occasion de fêtes aériennes.
Remise en état de vol, et améliorée parce que ses pilotes qualifiés arrivaient en bout de potentiel, elle a pu honorer la cérémonie de remise de la médaille de l’Aéronautique à Serge Boichot, le chef pilote de l’aéroclub. Regardons-la de plus près pour ce vol du 16 mai 2015.
Le leader est Alain, le Président de l’aéroclub Alpin. A ses cotés pour le conseiller, à la voix puisque le CMAC(1) lui a interdit de piloter : Vincent. Formé au Canada dans les années 50, moniteur sur T6 à Marrakech, pilote de reconnaissance sur Mirage III R puis instructeur à Dijon sur Mirage III B, il a longtemps été chef pilote de l’aéroclub et vient de fêter ses 80 ans.
Alain pilote l’Ecoflyer : F-HCPL.
Le N°2 est Robert. Instructeur montagne de l’aéroclub, c’est un ancien de la Royale. Lâché sur Hellcat à Kouribga dans les années 50, il a continué sur Vampire, Aquilon, Etendard et Crusader, avant de pouvoir, enfin et tout en gardant son uniforme à deux rangées de boutons, quitter le porte-avions et piloter des avions de l’Armée de l’Air. Il a formé plusieurs lots de pilotes, à Tours sur T 33 et sur Mystère IV, puis à Salon sur Fouga. A ses cotés, depuis que le CMAC lui a interdit de voler seul : Béatrix.
Robert pilote le DR 400 120cv : F-BTZP
Le N° 3 est Denis, votre serviteur. Gamin qui peut revoler en solo depuis que le CMAC lui en a redonné l’autorisation. Lâché sur Mirage III en 1968 par Vincent, il n’a pas encore 75 ans.
Il pilote le DR 400 160cv « armé » d’une go pro F-GEIU.
Caractéristiques cumulées :
– 420 CV, dont 135 « à mazout » sur l’Ecoflyer, pour la puissance des avions.
– un peu plus de deux siècles en âge et moins de trois quintaux en masse, pour les trois pilotes qualifiés patrouille.
Le programme :
Décollage en patrouille serrée à trois,
virage de présentation et passage en flèche,
virage en vent arrière, formation en colonne et nouveau passage,
dégagement vers le nord, mise en échelon refusé à droite,
présentation au « peel-off » 100 pieds 200 km/h,
peel-off à trois secondes, atterrissage du leader et remise de gaz en très courte finale pour 2 et 3,
patrouille serrée à droite, tour de piste et atterrissage en patrouille serrée pour 2 et 3,
retour au parking des trois avions, en colonne. Arrêt des moteurs au top du leader.
Si les circonstances s’y prêtent et le permettent, cette patrouille sera peut-être encore réactivée. Son indicatif pourrait être alors : « Les Criqués » ?
1 – Conseil Médical de l’Aviation Civile.
Autorité toute puissante qui décide si un individu est physiquement et mentalement apte à piloter un avion.
Le rapport de la commission d’enquête est sorti fin Juillet dans une certaine indifférence, compte tenu de la période des vacances. Il m’a semblé important de le publier, ne serait ce que pour mettre fin à toutes les autres hypothèses qui auraient pu circuler. Pour ce faire, j’ai repris un article paru dans le « Piège » (la revue des anciens de l’École de l’Air) écrit par l’ancien rédacteur en chef d’Air et Cosmos, Jean Pierre Casamayou (avec son aimable autorisation).
Le rapport officiel sur l’accident survenu le 26 janvier sur la base aérienne d’Albacete en Espagne a été rendu public à la fin du mois de juillet. Sept secondes après son décollage, un F-16D grec biplace qui participait à l’exercice interallié TLP (Tactical Leadership Programme) s’écrasait sur un parking où stationnaient plusieurs appareils français, italiens et américains avec leurs équipages et mécaniciens.
Cet accident, qui a fortement touché l’Armée de l’air, avait entraîné de décès de neuf aviateurs, de très graves blessures à sept autres et des blessures plus légères à quatorze autres. On déplorait également la destruction d’un Mirage 2000D et d’un AlphaJet, de graves dommages sur un autre Mirage 2000D et un AlphaJet (hors service), avec des dommages plus légers sur un Rafale. Outre les pertes françaises, on déplorait la mort des deux pilotes du F-16D, de graves blessures pour douze Italiens, deux AMX italiens touchés (dont un détruit) et un F-15E américain endommagé.
Selon le rapport d’enquête international, la cause principale de l’accident est un décollage avec le compensateur de lacet braqué à fond « par inadvertance » vers la droite (12°). De ce fait le pilote n’a pu remettre en ligne de vol son F-16 parti en brusque dérapage avec un fort roulis induit vers la droite dès le décollage. « Le comportement du pilote fut celui que l’on pouvait attendre de la part d’un pilote moyen, en tenant compte de la faible altitude, de la masse élevée, du taux de roulis important et du temps de réaction très limité », notent les enquêteurs qui estiment en outre que la raison la plus probable de ce braquage intempestif est « le déplacement d’un objet entre le bouton de commande du trim et son arceau de sécurité »
Comme le veut la procédure, l’équipage a bien effectué la check-list “avant décollage” au cours de laquelle les commandes des compensateurs situées à l’arrière de la console gauche du F-16 (mais hors du champ visuel du pilote) et protégées par des arceaux de sécurité, sont vérifiées. Une minute après la fin de cette vérification, alors que l’avion attend avant le roulage vers le point de manœuvre (il s’écoule 20 minutes entre cette vérification et le décollage), l’enregistreur de vol note une légère rotation du compensateur de roulis et une très forte rotation (maximum vers la droite) du compensateur de lacet. Il est probable que cette double rotation a été causée par le mouvement d’une carte ou d’une des check-lists (le pilote était en possession de trois carnets de procédures pour cet exercice) posée sur cette console (voir photos).
Trim du F16Les molettes des compensateurs
Probable explication du braquage “par inadvertance” des compensateurs par une check-list qui entraîne la rotation des deux molettes des compensateurs.
Jean Pierre CASAMAYOU
Pour ceux qui veulent lire le rapport complet, le document PdF ci-joint