Histoire de BAP 100

BAP 100 sur Jaguar
BAP 100 sur Jaguar

                                                                                           Histoire de BAP 100

              Petit rappel 

       Le 16 Février 1986, 11 Jaguar attaquaient et neutralisaient la piste de Ouadi-Doum ; 7 étaient équipés de BAP 100 (Bombe Anti Piste) et les 4 autres en bombes classiques de 250 kg freinées. Sur les 12 X 7 BAP 100 tirées, seules 9 atteignirent leur objectif en faisant un trou dans la piste ; le mauvais déploiement de certains parachutes a provoqué des trajectoires erratiques et ont fait en sorte que certaines bombes n’atteignent pas la piste. La cause évoquée fut alors simple et de bon sens : lot de parachute défectueux. “Attaque de la piste de Ouadi-Doum”

      Quelques années plus tard, lors d’une réunion d’anciens de l’EC 1/11, Schiltz qui participa à l’attaque me dit qu’en fait la cause était une vitesse excessive et supérieure à la limitation d’emploi de la BAP 100 qui était de 450 kts. Il faut préciser qu’arrivés au point initial, nous avions accéléré à 500 kts pour être certain d’avoir au moins 450kts lors de la finale car entre le point initial et le largage nous avons effectué 3 virages au cours desquels nous aurions dû perdre un peu de badin. Ces virages étaient assimilés au « Jink » et étaient destinés à diminuer notre vulnérabilité face aux menaces sol/air en ayant des trajectoires avions moins prédictibles.

       Mais le Jaguar était un avion qui réservait parfois des surprises et contre toute attente nous avons conservé cette vitesse de 500kts, donc supérieure à cette fameuse limite des 450kts. Cette hypothèse a d’ailleurs été reprise par un « instruit » ancien du CEV qui faisait partie du comité de lecture de la revue que publie le Musée de l’Air. Un collègue de promotion était alors président et m’avait demandé l’autorisation de publier l’article dans lequel je racontais comment s’était passé l’attaque. Arguant du fait que nous étions « arrivés trop vite » et que nous avions overshooté la limite vitesse de la BAP 100, il n’était pas question qu’une revue aussi prestigieuse puisse comporter un article qui ne reflétait pas l’exacte vérité.

    Quand j’ai quitté l’Armée de l’Air, j’ai travaillé dans le groupe industriel qui possédait la société qui avait conçu et construit la BAP 100 ; j’ai retrouvé un ingénieur qui avait participé au projet et qui m’a dit que la limité haute préconisée et figurant sur la fiche technique de la société était bien de 500 kts, que les calculs avaient bien étaient fait pour 500 kts et qu’il fallait même ajouter ce fameux coefficient « k » compris entre 1,1 et 1,2 qui en fait amenait ainsi la limite à 550 kts. Ce coefficient « k » est utilisé pour tout calcul de limite structurelle ; quand un pont est limité à par exemple « 10 T », il ne va pas s’écrouler s’il y a « 10,1 T » mais commencera à présenter des signes de fatigue à 10xk T. Malheureusement, je n’arrive pas à remettre la main sur la fiche constructeur de Thomson Brandt ; j’ai dû bien la ranger pour être certain de ne pas la perdre….

    Par contre , j’ai retrouvé un numéro de la revue « TIR Information » d’avril 1989, consacrée à la BAP 100 qui est jointe ci-dessous.

Bulletin "TIR Information" d'avril 1989
Bulletin "TIR Information" d'avril 1989
Tir BAP 100

                                                                     BOMBE ANTI-PISTE 100 Tête explosive

      CARACTERISTIQUES PHYSIQUES

      – Longueur hors tout…………………………………………………………..1786 mm

      – Calibre……………………………………………………………………………100 mm

     – Masse totale…………………………………………………………………….37 kg

     – Masse totale de matière active……………………………………………7,2kg

   CARACTERISTIQUES TECHNIQUES

      La BAP 100 « Bonne de Guerre » est constituée de :

 La tête active contenant :

             – 3,5 kg d’explosif (HEXAL)

            – Un générateur piezzo-électrique à l’ogive relié à la fusée située à l’arrière de la tête.

           – La fusée équipée des sécurités et du retard d’initialisation (0,025 s).

           – Le tronçon central comprenant :

          – Le double système d’accrochage (sous adaptateur / sous bombe supérieure).

          – Le vérin pyrotechnique éjecteur (vitesse d’éjection 2,5 m/s).

        – Un séquenceur électronique fournissant les ordres nécessaires au fonctionnement. Il existe deux types de séquenceur en fonction de l’altitude de largage (65 m ou 80 m).

 Le propulseur comprenant :

        – L’enveloppe métallique (masse 8,6 kg).

        – L’allumeur électrique BICKFORD PPN/CA fixé sur le fond avant du bloc de poudre.

        – La poudre propulsive (3,5 kg de SD 1152) qui produit une poussée moyenne de 2300 daN pendant 0,3 s.

       – L’ensemble empennage fixé à l’arrière du propulseur. Il comprend :

       – Quatre ailettes déployables et verrouillables.

      – Un conteneur pour le parachute cruciforme (0,85 m2)

     – Un vérin pyrotechnique assurant l’ouverture des ailettes et le verrouillage du parachute.

 Les sécurités

    – Les courts-circuits de tous les allumeurs pyrotechniques ne sont levés qu’après éjection effective de la bombe (sécurité électrique.

    – Chaîne pyrotechnique non alignée avant l’éjection.

     – Interdiction de la séquence de mise à feu si le freinage est insuffisant.

     – Les caractéristiques de stockage sont :

     – Classe : 1 ,1 E

    – Températures limites : -20° C < T < 40° C

CARACTERISTIQUES TACTIQUES

    Les BAP 100 sont larguées à partir d’adaptateurs spécifiques (30.6.M2), convenant aux pylônes équipés d’éjecteurs à entraxe de 14″, sur avions d’armes. Elles sont utilisées en chapelet de 1, 6, 12 ou 18 bombes. Elles permettent la neutralisation de pistes d’aérodromes, d’autoroutes, ponts ou autres infrastructures à carapace bétonnée.

Conditions nominales de tir.

     – Altitude > 65 m pour le séquenceur 65

    – Altitude > 80 m pour le séquenceur 80

    – Vitesse comprise entre 350 kts et 550 kts

   – Distance Avion-Bombe à l’armement de la fusée :

   – 190 m pour V = 350 kts

   – 340 m pour V = 550 kts

Efficacité

    – Le pouvoir de pénétration est de 30 cm de béton pour les objectifs bétonnés (pistes aérodromes, autoroutes, etc …).

    – La surface à réparer est de 50 m2.

    – Le diamètre du cratère est de 4 m.

    – La profondeur du cratère est comprise entre 0,8m et 1,2m.

    – L’explosion retardée se produit entre 0,3 m et 0,5 m

   – Températures d’utilisation : -40° C < T < 70° C

                                                          Il est bien stipulé dans cette fiche que la vitesse de tir est comprise entre 350 et 550 kts.

     A bientôt 40 ans après l’attaque, ce point qui ne relève pas du simple détail, n’est pas élucidé. Ce qui m’étonne, est que « l’institution » n’ait pas pris le problème à son compte ou si elle l’a fait, elle est restée très discrète à ce sujet.

     Je lance un peu une bouteille à la mer … si quelqu’un a des informations autres que celles avancées dans cet article, je suis preneur.

 

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