Bonnes vacances
Comme chaque année à cette période, le site va faire relâche pour cause de congé estival.
Profitez bien et passez de bonnes vacances.
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Défiler en avion constitue un exercice de style qui ne m’a jamais trop passionné ; opérationnellement, ça n’amène rien, lorsqu’il se passe bien c’est normal, mais par contre quand ce n’est pas le cas on entend « causer du pays ».
A ce propos, je me souviens d’un défilé du 14 Juillet à Metz ; il était prévu de passer dans la soirée vers 20H00 ou 21H00. Le temps était brumeux, le soleil commençait à être bas sur l’horizon et bien évidemment l’axe du défilé était face à l’ouest. La population nous a entendu passer mais ne nous a jamais vu malgré nos trois passages ; pas très grave en soi, sauf qu’en bas notre « Grand YAKA » accompagnait « Biffin chef » qui ne s’est pas gêné pour le féliciter de l’excellente prestation de ses seuls représentant de l’Armée de l’Air. Dès notre atterrissage, le leader du défilé était demandé au téléphone par qui vous vous doutez ; je crois qu’il en a encore les tympans qui vibrent.

Les 2 gros problèmes à gérer sont la météo et le nombre d’avions. Pour ce dernier, actuellement c’est beaucoup plus facile qu’avant car les avions d’aujourd’hui sont très bien équipés en matière d’aide à la navigation ce qui permet de respecter facilement le trajet prévu et les horaires associés. En plus, ils sont surveillés par des radars qui retransmettent la situation aérienne en temps réel à un centre d’opérations qui n’hésite pas à sortir une patrouille qui ne serait pas sur son trajet prévu ou qui serait en retard sur le timing prévu. « Avant », il en était tout autrement car pour ce qui concernait la navigation, il n’y avait que la carte et le chrono ; dit autrement, le pilote assurait la navigation à vue en regardant en bas et en faisant correspondre le trait tracé sur la carte avec les repères sols, et se retrouver à 1 ou 2 km de l’endroit prévu avec 30 secondes d’avance ou de retard était vite fait, mais pas tolérable quand il y a une trentaine d’avions ou plus qui défilent. Si une patrouille ne respecte pas le timing il se passe la même chose que sur la route c’est à dire un phénomène de circulation en accordéon. La différence est qu’un avion ne peut pas s’arrêter en attendant que ça reparte.
Pour ce qui est des conditions météorologiques quand il fait franchement beau ou mauvais l’affaire est assez simple ; dans le premier cas les conditions sont optimales et dans le second le défilé est annulé. Le problème se situe entre les deux. Pourtant les consignes sont très strictes, mais le jour J, allez faire comprendre au plus haut sommet de l’état que les avions ne passeront pas parce qu’au sud de Paris il manque 100 feet de plafond, alors qu’il fait un temps splendide en bas des Champs Élysées. Dans ces cas là, on « force » le talent et parfois ça devient un peu le salaire de la peur ; je devrais plutôt dire ça devenait car à l’heure actuelle, comme je le précisais plus haut les choses ont beaucoup changé.
Que ceci ne vous empêche pas d’aller sur les Champs et de contempler ce spectacle toujours aussi beau qu’est celui d’un défilé d’une centaine d’aéronefs.



Des articles précédents avaient relaté l’attaque de la piste de Ouadi-Doum par les 11 Jaguar du 1/11, mais ce sont les troupes Tchadiennes qui ont mis fin à cet épisode du conflit avec le Libye du Colonel Kadhafi par une attaque terrestre.
Aujourd’hui, je vous propose un article d’un journal local Tchadien qui évoque la prise de la base et qui rend compte de ce que les FANT ont trouvé sur le site.

Notre objectif stratégique est la libération totale du Tchad. Aouzou a toujours fait partie intégrante de notre pays, sa population est toubou, et les frontières coloniales en ont fait un territoire Tchadien. Les prétentions libyennes à ce sujet sont donc dénuées de tout fondement. Cela dit nous ne sommes pas opposés à un règlement pacifique du conflit dans son ensemble. Nous sommes prêts à entamer immédiatement un processus de négociation. Vous savez, la paix est pour nous une valeur suprême; et lorsque le spectre de la guerre sera éloigné, j’espère que nous pourrons enfin entretenir des relations de bon voisinage, de coopération et d’amitié avec la Libye.
La gigantesque base libyenne de Ouadi Doum, la plus forte et la plus meurtrière de bases ennemies en terre tchadienne est contrôlée depuis cette date par les incomparables et irréductibles Forces Armées Nationales Tchadiennes. Voici le bilan provisoire de ce combat :
COTÉ ENNEMI
MATÉRIELS RÉCUPÉRÉS :
LA PISTE DE L’AEROPORT :
4000 mètres de piste de durs remblais revêtus par des plaques d’acier de 1 m sur 50 cm environ. Sur cette piste stationnés des avions de combats L 39 (made in Tchécoslovaquie) Les puissants hélicoptères soviétiques MI 24, des Marchetti (made in Italie), des caisses contenant des bombes, des cuves de kérosène pour le ravitaillement et des carcasses d’autres avions détruits. Tout cela abandonné par les Libyens.
ÉTANG
Il n’y a pas de terres non fertiles au Tchad. Le Nord est désertique, mais ses terres sont riches. Une mer souterraine irrigue presque tout l’ensemble de notre territoire.
Un immense champ de blé et de thé parcouru par d’interminables tuyaux d’arrosage avec une vache hollandaise entrain de paître, aussi des chiens bergers.
Coquettes maisons en préfabriquée; des campings car ; cuisine avec réfectoire pour les soldats ; infirmerie ultra-moderne ; salons où sont disposés de luxueux divans avec système de son incorporé ; des villas pour officiers, le tout climatisé avec eau courante, électricité fournie par des groupes électrogènes tous neufs. Il y a aussi un terrain de football, volley ball, un étang artificiel qui servait de piscine. Avec une telle base, la Libye est partie pour s’installer définitivement au Tchad. Au regard de son immensité, du matériel qu’on y trouve cette entreprise a pour ambition d’aller vers d’autres conquêtes.

Ouadi-Doum aux mains des FANT (Forces Armées Nationales Tchadiennes) depuis le 22 Mars 87. Victoire historique que celle que vient d’enregistrer le Tchad sur les troupes de Kadhafi. Cette localité était la plus importante base stratégique libyenne sur laquelle Kadhafi fondait tous ses espoirs dans son aventurisme Tchadien.

Je suis le colonel Khaiifa Aboulgassim Haftar (7° en partant de la gauche sur la photo), 43 ans, né à Ijdabia, marié et père d’un nombre d’enfants ; études suivies : Etat-Major général ; j’opérais dans la zone Est ; j’ai été fait prisonnier à Ouadi-Doum après avoir longuement résisté devant les forces tchadiennes, mais en vérité c’était une force capable d’exécuter la mission qui est la défense de sa terre; elle combattait seule sans aucune force étrangère à ses côtés : telles que les forces françaises. J’ai été fait prisonnier ce jour même, 23 mars 1987 avec le reste de mes officiers et soldats après avoir épuisé toutes nos munitions et nous avons été grièvement blessés.
La mission qui nous a été assignée était de combattre les forces françaises, comme on nous a fait comprendre que les Français se trouveraient en terre tchadienne formant une coalition avec les forces américaines pour menacer la Jamahiriya ; mais en vérité, dans tous les combats que nous avons menés, nous n’avons pas rencontré un seul Français qui ait pris part, aux combats. Tous ceux qui nous font face sont des Tchadiens avec une peau noire ; aucune peau blanche n’a participé durant tous les combats que nous avons menés contre les Tchadiens.
Je pense que la mission qui a été confiée aux forces armées libyennes, n’est pas claire et par conséquent c’est une mission très confuse ; c’est pourquoi, je me permets de lancer un appel au Haut Commandement libyen et au peuple libyen de réviser avec toute sagesse, les actes des forces libyennes au Tchad ; s’ils croient encore qu’il y a des forces françaises qui peuvent menacer la Jamahiriya par le sud du Pays, je puis affirmer ici que durant tous les combats que j’ai dirigés contre les frères tchadiens en leur larguant des bombes, je n’ai jamais eu à constater une quelconque présence étrangère.
Grande encore était ma désolation lorsque j’ai constaté qu’ils étaient tous des musulmans, Ils nous traitaient avec humanité.
Je réitère une fois de plus mon appel aux forces armées libyennes se trouvant sur le Territoire tchadien, de se retirer immédiatement à l’intérieur de la Libye et de porter leurs coups à l’ennemi commun et de mettre fin à ce régime qui a tant nui aux relations historiques entre les deux peuples libyen et tchadien.
Ce peuple frère qui a beaucoup souffert de la pauvreté, de l’ignorance et bien d’autres calamités.
Je demande au peuple libyen et à l’armée libyenne de renverser ce régime pourri que dirige le colonel Khadafi qui a été la cause même de la détérioration des relations entre le Tchad et la Libye.
Je pense que ce sera la plus noble des missions que vous devrez accomplir au lieu d’agresser un peuple et, enfin, je transmets mes salutations à tous mes parents en général ; je me trouve ici prisonnier à N’Djaména et ma santé est très bonne.
Je souhaite que ce problème trouve une solution rapide pour empêcher le sang tchadien et libyen de couler et pour qu’enfin les deux peuples retrouvent leur prospérité.
J’ai constaté qu’ils tiennent beaucoup à leur terre que nous avons injustement spoliée ; et ceci s’est démontré au cours des combats contre nos frères Tchadiens. Nous croyons tous à l’Islam qui unit les deux peuples libyen et tchadien et bien d’autres relations : sociale, économique et politique.
Le charme de la 11 ième Escadre, au début des années 70, était dû bien sûr au F-100 mais aussi à la diversité des missions qui lui étaient assignées :
– Tenue de la PO de jour, on disait aussi QRA à Toul (quick reaction alert) : deux avions armés canons et Sidewinder (800 obus et 1 Sidewinder par avion) ; le missile était monté sur pylône interne en Y inversé comportant 2 points d’emport missile chacun.
– Participation aux exercices OTAN en missions d’attaque au sol ou à la mer (sans combinaison étanche). Lors des attaques sur la 6 ième Flotte américaine en Méditerranée, l’armement simulé était la roquette Zuni de 5 pouces.
– CAFI : composante air des forces d’intervention en Afrique
– Participation à la mission Live Oak (défense de l’ accès libre à Berlin) avec nos camarades anglais et américains exclusivement : cet accès , hors avions d’ arme, était assuré par 3 couloirs aériens et terrestres, la régulation étant prise en charge par une cellule de coordination située dans un coin du Ministère de la justice du Reich, à Berlin . Ce lugubre bâtiment abandonné était resté en l’état depuis le 8 Mai 1945. C’est là que les auteurs de l’attentat contre Hitler en 1944 ont été jugés puis immédiatement pendus dans l’arrière salle simplement séparée par un rideau… sordide !

La salle de coordination était armée par des officiers russes, français, américains et anglais : voir photos en 1990.


Arrivé en Juillet 70 à l’escadron 2/11 que j’avais déjà rencontré en campagne de tir à Cazaux et qui venait de remporter le Tactical Weapon Meet, je fus rapidement lâché sur F-100D après 4 vols sur le biplace. Quelques mois plus tard les biplaces furent regroupés au 3/11qui devint l’escadron de transformation. En septembre, départ du 2/11 vers Gütersloh pour l’exercice annuel Live Oak. Mais pour moi ce fut un départ avec 3 jours d’avance en Renault 4L militaire avec un Sergent-Chef, ancien fusiller commando en Algérie, et un jerrican d’essence dans le coffre pour assurer l’autonomie… Quel spectacle de puissance que la traversée de la Ruhr, la densité et la hauteur des cheminées de ces usines neuves, de ses autoroutes larges et gratuites de ses villes neuves et propres. La Lorraine fumait aussi, mais c’était une fumée orange qui remplissait les vallées, de vieilles usines couleur de rouille et le plateau lorrain quasi désertique, bien vert de ses forêts autour de villages archaïques (le tas de fumier dans la cour de la ferme)… Le vendredi après-midi nous prenons nos quartiers sur cette base RAF équipée de Lightning de Défense aérienne. C’était en effet la base RAF la plus proche de la frontière interallemande. L’endroit était en effervescence, préparant la journée » portes ouvertes » et la présentation aérienne. Le lendemain nous assistes aux répétitions au cours desquelles l’un des avions d’une patrouille de 4 Lightning eut des ennuis de positionnement du train principal : il éparpilla sur la piste une quantité de débris et s’arrêta sans plus de dommage ; le commandant de base mit tout son personnel sur la piste qui fut rapidement opérationnelle… belle démonstration !
Le lendemain, la foule allemande était nombreuse à assister au spectacle :
– au sol, intervention des hommes du Air Regiment (les fusiliers commandos que nous rétablirons quelques années plus tard dans leurs missions)
– en vol, patrouille acrobatique, simulation d’attaque de la base et enfin une démonstration des gros hélicoptères de la RAF. L’un d’eux décolla, avec sous élingues une Renault 4L bleu marine exactement semblable à la nôtre. Il fit un petit tour sur la zone en prenant de l’altitude et vers 1000′ … largua la 4L ! Silence incrédule de la foule puis cri de panique lorsque la voiture explosa dans l’herbe. J’étais figé sur place par la hardiesse de la manip et la question : qu’en est-il de notre 4L ? J’avais correctement garé la voiture … pourquoi s’en prendre aux 2 français ? En effet, on voyait peu de 4L en Allemagne, elles étaient plus nombreuses en Afrique ! et en plus bleu marine. Je constatai plus tard que bien évidemment, notre voiture était toujours garée devant le mess …. hasard et humour anglais !
Le lundi, j’accueillais avec plaisir les avions du 2/11 par un temps maussade, la météo fut très mauvaise cette semaine-là, les vols rares ; je n’ai pu participer qu’à une seule mission, avec le seul souci d’un pilote à l’instruction : ne pas perdre de vue son leader.
Nous avons eu le temps de sympathiser avec les pilotes de Lightning, un gros chasseur, le dernier de conception anglaise ; les ingénieurs s’étaient surpassés en matière d’originalité. En QRA, les avions en alerte, étaient » équipés » de tronçons de manche à balai de 50cm qui maintenaient la verrière en position ouverte ! En l’absence de cale, la verrière s’abaissait, l’équipe d’alerte ne pouvait alors plus tenir les délais. Un coup d’œil dans la cabine (étroite) pour constater qu’un mécano avait dû renverser un sac d’instruments et les boulonner là où ils étaient tombés ! L’altimètre de secours avait la taille d’une grosse montre ; c’est impressionnant pour un avion aux performances spectaculaires. Nous étions loin de l’ergonomie des avions US, en particulier du F-100. Ces Lightning ne participaient qu’à la partie Défense Aérienne de l’exercice avec un escadron de la 13 EC, je crois. Ils veillaient à tout franchissement de l’ADIZ (zone tampon le long du rideau de fer d’une cinquantaine de kilomètres en territoire ouest allemand), dans un sens ou dans l’ autre, ce qui les a conduits, en 1972, à abattre un Harrier de la RAF en route vers la DDR , sans son pilote puisqu’il s’ était éjecté après une panne moteur (exercice connu à la 13 EC). Il s’agit d’ ailleurs de la seule victoire aérienne d’un Lightning !
Les missions d’attaques au sol se déroulaient selon la procédure OTAN qui va beaucoup s’améliorer dans les années qui suivent et en particulier, chez nous, avec la création d’une école de formation des FAC (Forward Air Controler). Les objectifs militaires, PC de division, chars de combat … étaient intéressants, situés sur le camp de manœuvre de Sennelager et aussi en terrain libre. La Météo compliquait souvent l’acquisition visuelle et rendait les attaquants vulnérables au AAA (artillerie anti-aérienne), ZSU 23-4 et 14,5, sans parler des missiles. L’armement (fictif) le plus adapté était celui délivré en Skip (M-117-R et Napalm que nous tirions régulièrement à Suippes et à Cazaux) et avec léger cabré pour les Roquettes de 2,75 et le canon. Bien sûr, notre faible niveau en anglais n’aidait pas ce qui nous a conduits à intégrer un pilote de l’escadron à l’équipe de FAC.
J’ai eu l’occasion, au cours de ces exercices d’effectuer 2 vols en Back Seat sur Harrier, décollages courts et atterrissage verticaux. La réponse au moindre déplacement de la manette était remarquable ; le moteur » enroulait » extrêmement vite, l’accélération était importante, du type F -104 ! Le circuit d’atterrissage était classique jusque au début du dernier virage puis la vitesse décroissait, le pilote braquant les tuyères vers le bas, augmentait simultanément la puissance vers le maximum et stabilisait l’avion à quelques mètres du sol. Mais cela provoquait l’allumage de la lampe rouge (ingestion de gaz chaud), ce qui nécessitait par conséquence une réduction de la puissance. On descend d’1 ou 2m, on réajuste la puissance etc… c’est sur le fil du rasoir. Nous avons fait plusieurs présentations d’atterrissage, pétrole restant à moins de 200 lbs, puis ATR final. Un petit incident : le Harrier se pose verticalement, aérofrein partiellement sorti pour stabiliser l’avion. Dans ce cas précis l’AF étaient entièrement ouvert et nous nous sommes donc posés dessus ! Mon deuxième vol sur Harrier a été perturbé par une panne sérieuse amenant le pilote à ne plus toucher aux tuyères et à nous poser très vite, comme un F-104, vers 200 kt ! Le Harrier demandait beaucoup de maintenance : pour changer un réacteur, ce qui arrivait souvent, les mécanos commençaient par démonter les ailes ; sur F-100, il fallait sortir la partie arrière du fuselage avec l’empennage. C’était plus simple et plus rapide sur Jaguar. A ce propos, je regrette que le changement d’un moteur gauche, à Eglin lors de Red-Flag 81-3, n’ ait pas été filmé : les mécanos en tenue de sortie (veste, chemise blanche) en train de travailler sur l’avion et notre Col Pissochet, telle la mouche du coche ( avec mes respects mon Général ) sautant sur place pour accélérer la dépose et le remontage, puis procédant aux essais du moteur . Nos excellents mécanos ont battu tous les records, en assurant la sécurité !
Pour en revenir à nos F-100 et à Gütersloh, notre Cdt de base, le Colonel Gouret, est venu nous rendre visite un après-midi : il arrivait au bon moment car l’un de nos avions avait subi une collision avec un gros volatile, un bec de bord d’attaque était déchiré. Nos mécanos ont fait un échange standard avec l’avion de notre Colonel qui repartait à Toul en fin d’après-midi avec l’avion endommagé. Peu après son départ, un groupe d’officiers anglais est passé devant nos F-100 que nous avions tous déclarés disponibles. Or, ils savaient que l’un d’eux s’était posé en Emergency après la collision. Ils avaient donc un doute sur notre disponibilité ….
Puis la base de référence fut Fassberg, base de la Luftwaffe située à moins de 7 NM de la frontière interallemande. Cette base était occupée par les escadrons anglais et français à l’occasion des manœuvres Live Oak. Les bâtiments étaient sans aucun luxe mais dans un état impeccable : la rigueur allemande parfaitement fonctionnelle. La zone vie et la zone opérationnelle étaient bien séparées ; des petits bus assuraient la navette. A l’entrée de la zone OPS, avant d’accéder à l’escadron nous subissions deux contrôles effectués par des appelés du contingent en treillis et armés qui arrêtaient le véhicule, montaient à bord et demandaient nos papiers « Ausweis Bitte ». Le divertissement était de jouer au chat et à la souris avec eux en descendant par la porte arrière, en nous cachant sous les sièges … mais nous perdions à tous les coups. Pendant une semaine 2 fois par jour, nous étions contrôlés à deux reprises sur 1,5 km ; avec le plus grand sérieux, sans un sourire : Impressionnant !
Arrivée des F-100 à Fassberg
Là encore, j’étais arrivé la veille en avion de liaison avec deux contrôleurs et un officier mécanicien. Le temps était calme, sans vent, ensoleillé mais brumeux et la visibilité oblique était faible. Le terrain sans aide à la navigation est situé au milieu d’une lande ressemblant à notre Sud-Ouest. Le 2/11 avait décidé de réaliser une mission de qualification CP (chef de patrouille) pour la dizaine d’avions du détachement. La mission était constituée d’un exercice de défilé sur la base après le décollage de Toul, puis d’une montée en PC vers 20 000 ft, d’une navigation vers Hanovre équipé d’ un VOR-DME et cap 030 vers Fassberg à 30NM. Les 10 avions descendent, passent à côté de Celle (15NM) …..et se perdent sur la lande. Le niveau de pétrole descend aussi avec le moral des pilotes : chacun pour soi. Je vois presque simultanément une patrouille de 4 avions à 5000 ft en spirale descendante vers la piste 09, puis une autre patouille en TBA (très basse altitude) sur la 09 et encore une autre sur la 27. Les contrôleurs stupéfaits ont posé leur micro : une très belle arrivée pour une première fois à Fassberg ! Les Brits se sont moqués, mais ils avaient beaucoup moins de soucis en navigation car leur Harrier était équipé d’une centrale inertie…
Les jours suivant la MTO est revenue à la normale pour la région et le mois de Septembre : perturbations et fronts pluvieux de Sud-Ouest. Lors d’une mission la patouille de 8 avions dirigée par un CP ancien, silencieux et serein, le Squadron Leader Anglais était en place arrière de l’un des leader de patrouille légère. Alors que nous approchions de la zone d’attaque, les nuages accrochaient les collines et nous sommes passés IMC (dans les nuages) sans monter. Dans quelques trous je voyais la cime des sapins très proches et on continuait à basse altitude. Puis le Leader annonça « On monte » pour repasser en VMC (conditions de vol à vue) ce qui se produisit au-dessus de 20.000’ et ce sans aucun contact radio avec le Contrôle Radar. Après 2 à 3 minutes notre patrouille légère a un contact visuel sur 2 F-100, qui ne peuvent être que des nôtres ! Nous descendons sous contrôle radar sur la fréquence 243 (fréquence de détresse). On passe alors sous l’altitude de sécurité pour retrouver les conditions de vol à vue ce qui affole le contrôleur … Nous nous posons sans dommage à Fassberg. Sauf un dommage collatéral : la colère noire du Squadron Leader Anglais qui interdit à ses pilotes de monter en place arrière de ces Frenchies ! Si on survit à ce genre de vol et de comportement, si l’on réfléchit un peu, alors on apprend beaucoup….
Je tire deux enseignements principaux professionnels de ces exercices :
– Nous avons eu beaucoup de chance de ne pas perdre de pilote ni d’avion.
– Nous nous entrainions pour une mission qui en cas de conflit réel aurait été meurtrière. Les américains au Vietnam ont perdu 186 F-100, abattus par les AAA.
Mais en Europe, il s’agissait de la Guerre Froide, donc principalement de dissuasion et personne ne voulait de confrontation, ni d’ un côté ni de l’autre. Nos ennemis potentiels se contentaient de brouiller nos Tacan qui indiquaient toujours un gisement au 090, cap à prendre pour aller directement en Allemagne de l’Est ! Nous avons tous gardé d’excellents souvenirs des contacts amicaux avec les escadrons anglais, en particulier au Mess. Leurs tables sont très longues et larges et se prêtaient bien à un jeu » aéronautique » qui était le suivant : les pilotes d’un camp propulsaient un pilote de l’autre camp qui glissait sur le ventre et criait » Barrière, Barrière « . Il devait alors accrocher avec ses pieds une corde tendue par ses collègues, pour éviter de tomber en bout de table ….

Nous avons aussi découvert à Gütersloh la salle préférée du gros Hermann (Goering). Il y rencontrait les jeunes pilotes de la Luftwaffe et les assommait de ses histoires invraisemblables lors de la première guerre. Il s’écriait devant leur incrédulité : « Que cette poutre au-dessus de ma tête m’écrase si je mens ». D’habiles charpentiers avaient réalisé un mécanisme qui produisait un grand bruit lorsque cette fameuse poutre s’ouvrait en deux et tombait à quelques centimètres de la tête de l’affreux personnage. Ce dispositif déclenché par un câble tiré par un participant fonctionnait toujours dans les années 70 (Deutsche qualität) !
A Fassberg, le Cdt de base nous infligea un « Formal Dinner » au cours duquel nous avons dû quitter nos combinaisons de vol et enfiler nos plus belles tenues. Les deux commandants d’escadrons reçurent une magnifique paire de cornes montées sur bois, d’un mouflon local vivant dans la lande proche. Moment de surprise et de flottement, car une paire de cornes a la même signification chez nous que chez les Anglais, mais pas chez nos hôtes allemands. Nous avons eu droit aussi aux discours officiels des trois chefs, sans humours …. La rigueur des conditions de vie des militaires allemands nous imposa les mêmes repas, midi et soir, toute la semaine :
– à midi la grosse soupe qui a fait marcher la Wehrmacht jusqu’ à Moscou, et rien d’autre.
– le soir, charcuterie ou poissons fumés.
Le tout d’excellente qualité ; mais insupportable après trois jours. Je n’ai trouvé pire que sur les bases Néerlandaises …
Quel bilan pouvons-nous tirer de ces exercices ?
Je n’ai décrit ici que des missions qui m’ont marqué ; les missions réussies n’ont pas d’histoire ! On apprend toujours plus de nos échecs … A cette époque TLP, TAM, Red Flag n’existaient pas mais il était indispensable de :
– de maitriser le terrain ou nous serions amenés à combattre, ou du moins ses approches.
– de maitriser les procédures Otan et si possible de les améliorer
– d’améliorer le niveau en Anglais
Nos camarades anglais, situés sur la même base nous apportaient beaucoup d’informations et d’enseignements. En fait nous étions très proches par l’organisation en Escadron, par l’esprit d’initiative, par la passion du métier et par le faible niveau de rémunération.
Quels étaient les atouts de la 11 EC sur F-100 ?
– Nous pouvions nous poser partout en Europe et être remis en œuvre Sauf en France ! Je me souviens d’un déroutement sur la base de Dijon de nuit (panne de CSD). La procédure imposait de couper le réacteur au toucher des roues. Mon avion a passé la nuit sur la piste car personne n’a trouvé la barre de remorquage adéquat. Ils ont aussi essayé de pousser le F-100 à la main ! Ce n’était pas un Mystère IV …. La moitié de la 2 ème Escadre en vol de nuit également s’est donc posée à Luxeuil. Le lendemain, au Mess, les brillants chasseurs me faisaient la gueule …nous étions de simples « mud movers», des pèquenauds….
– Cet avion pouvait emporter tous types d’armements, le Dash One (manuel d’utilisation) prévoyait tout, expliquait tout.
– Nous passions notre temps à tirer et larguer armements inertes et bons de guerre.
AIR/AIR
– Le viseur GBRA-4 couplé au télémètre Radar (0 à 9.000 ft) nous permettait des « cartons » en tir Soulé ou Panneau, même à 3 g, même à plus de 35.000′ et en supersonique ( sur soulé ) . Quand j’ai pu comparer les résultats à ceux des Mirage III, F1 et Jaguar, nous étions très au-dessus pour tous les pilotes de la 11EC. Les pilotes de la 11 avaient le même niveau de qualité que toutes les escadres de chasse mais le viseur du F100 était supérieur.
– Nous avions beaucoup d’obus à tirer : notre allocation était très supérieure à celle des avions français donc nous tirions beaucoup, avec un excellent viseur !et 4 canons, 200 obus par arme …
– Nos tirs A/A prévoyaient également les Sidewinder que nous portions sous les ailes en QRA (4 points d’emport). Il est vrai que parfois le missile avait plus d’heures de vol que le pilote, donc des trajectoires et des résultats aléatoires.
AIR/SOL
Nous tirions donc tout ce qui était stocké dans les soutes. En fait nous étions presque en campagne de tir permanente. En relisant mes carnets de vol j’ai découvert plusieurs tirs de bombes ANM-64 et 65. Internet indique qu’ il s’ agit de bombes d’ usage général de 500 et 1000 lbs utilisées pendant la 2 ième guerre mondiale et retirées du service dans les années 60, mais toujours disponibles en France en 1973 . Nous décollions avec 2x500lbs en externe, 2 bidons de 275 ou 335 GUS en intermédiaire et 2x1000lbs en interne, cap sur Captieux pour un tir simultané des 500lbs, puis les 1000lbs, l’une après l’autre. Ceci en Semi piqué entre 30 et40 degré.
Le tir des roquettes de 2.75 et de 5 pouces
Le tir Napalm
Le tir des M-117-R bombes freinées de 750 lbs
Le tir canons
Nos grands chefs – dont le CEMAA, le Général Gauthier- qui avaient vécu 1940 et tiré leurs premières munitions en combat savaient quelles étaient les priorités d’un entraînement du temps de paix …

Merci à eux
Quelques chiffres concernant le F-100 :
– 2294 exemplaires furent produits.
– 889 furent perdus par accidents.
-186 abattus par AAA au Vietnam + 7 détruits au sol par les Viets.
– Construit pour 3.000 H de vol, puis porté à 7.000 H après un renfort de voilure suite à rupture lors d’une présentation en vol des Thunderbirds.
Pierre AMARGER
NDLR : je serai peut être amené à revenir sur « Fassberg » que j’ai eu la chance de faire une fois. Il se passait beaucoup de choses au cours de ces manœuvres, que ce soit en vol ou au sol ; histoire d’en donner un aperçu, je vous propose deux photos qui rappelleront certainement beaucoup de souvenirs à ceux qui ont participé.


C’est par hasard que j’ai retrouvé le livre qu’Henry BORDEAUX de l’Académie Française a consacré à Guynemer. Le centenaire de la bataille de Verdun m’a amené à relire cet ouvrage et à en proposer un extrait ; on sort des histoires de la 11EC, mais c’est là que tout a commencé.
En Mars 1916 Guynemer a été blessé en vol et le passage qui retrace la période de sa convalescence et de son retour au combat a de quoi surprendre.

Georges Guynemer a donc été blessé le 15 mars (1916), à Verdun. Le 26 avril, il débarque au front, le bras mal remis et les plaies à peine cicatrisées. Il a échappé aux médecins et aux gardes-malades. Entre temps, il a été promu sous-lieutenant. Mais il faut renvoyer à ses bandages et à ses massages ce convalescent tout penaud.
Il retourne à Compiègne. Le marché conclu avec sa sœur Yvonne n’est pas rompu et, quand le temps est clair, il s’en va à Vauciennes où l’attend son appareil. La première fois qu’il rencontre, depuis sa blessure et sa chute, un avion ennemi, il connaît une sensation toute naturelle et très pénible. Va-t-il hésiter? N’est-il plus l’intraitable Guynemer? Le Boche tire, il ne répond pas. Le Boche épuise sa bande de mitrailleuse et le combat est rompu. Est-ce croyable ? Que s’est-il passé ?
Georges Guynemer est rentré à la maison paternelle. Au printemps, le jour se lève de bonne heure. Il est parti si tôt qu’il est encore grand matin. Sa sœur Yvonne est-elle éveillée ? Il ouvre la porte de sa chambre, passe la tête : elle dort. Il attend, mais il n’est pas l’homme de l’attente. De nouveau il tourne le loquet, de nouveau il montre sa figure d’enfant dans la coulée de lumière que laisse filtrer la porte entrebâillée. La dormeuse, cette fois, l’a vu :
Avec la finesse de sa tendresse fraternelle, elle devine qu’il a quelque chose à raconter, quelque chose d’important, mais qu’il faut lui en faciliter le récit.
Il pousse les persiennes, il s’assied au pied du lit.
Cependant il suit sa propre idée :
Il s’arrête et il rit, comme s’il avait joué un bon tour d’écolier.
Elle le regarde, assis au bas du lit, la tête appuyée au montant. Elle a les yeux mouillés, et elle se tait. Ce silence va-t-il se prolonger ?
– C’est bien, Georges, murmure-t-elle enfin. Mais voilà qu’il s’est endormi.
Plus tard, faisant allusion à cette rencontre où il s’offrit au feu de l’ennemi, il dira plus gravement :
– Ma vie s’est décidée ce matin-là. Sans cette mise au point, j’étais dégonflé…
Nous sommes arrivés ensemble au 1/11 en 1984 ; lui comme adjoint à l’OAT (officier adjoint technique) et moi comme second d’escadron. Nénesse avait commencé sa carrière dans l’Armée de l’Air comme « Arpète », appartenait au corps des sous-officiers et était passé officier récemment. Il venait de Colmar où il avait été pistard (mécanicien de piste) puis avait assuré les fonctions de chef de service.

Son arrivée à Toul lui avait un peu piqué les yeux, car il faut reconnaitre que la 11EC à Toul, c’était spécial ; au bout d’un an il m’avait dit « tu vois, en 1 an j’en ai plus vu ici, qu’en 17 ans de piste à Colmar ». C’était un peu marche ou crève. Nénesse était l’archétype de l’officier mécano tel qu’on l’imagine ; animé d’une grande conscience professionnelle, dur au mal mais qui savait faire preuve de souplesse quand il le fallait. C’est vrai qu’il fallait faire preuve de rigueur quand on a la responsabilité de le mise en œuvre d’une quinzaine avions de combat, mais aussi savoir lâcher du lest quand on a en charge plus d’une centaine de mécanos prêts à aller au bout du monde pour peu qu’on leur fasse preuve d’un minimum de considération. Pendant mon année de commandement (et aussi dans les deux précédentes) je n’ai pas souvenir qu’on ait eu un mot plus haut que l’autre ; je lui faisais entièrement confiance et il me le rendait bien car « la mécanique » ne m’a jamais posé de problème. Il fait aussi reconnaitre qu’il était secondé par des chefs de service bien au-dessus de la moyenne qui étaient entièrement acquis à sa cause.
A ce sujet, il me revient en mémoire une anecdote; à l’issue d’un détachement à N’Djamena plutôt éprouvant qui avait été marqué par un montage d’armement réel tous les quatre ou cinq jours, nous avions eu droit à quelques jours de récupération pour enchainer aussitôt sur l’EVALTAC (évaluation tactique) de la base qui bien évidemment ne pouvait pas se dérouler sans un de ses escadrons. Après un ramassage matinal du personnel (4 heures du matin) la FATAC avait lancé son traditionnel montage d’armement destiné à vérifier l’aptitude opérationnelle d’un escadron à armer des avions en temps de guerre. Pour le 1/11, ce montage fut plus de la routine qu’autre chose et se déroula normalement pour se terminer en fin d’après-midi comme demandé. Vers 20H, je vois le commandant de l’escadre accompagné du général responsable de l’évaluation arriver en salle d’OPS avec l’air assez grave ; à l’évidence ce n’était pas bon signe et par habitude, je me mets en configuration « prêt à en prendre une » (remontée de bretelles). C’est alors qu’ils m’expliquent qu’il y a eu erreur dans les ordres, qu’il faut faire retomber l’armement et passer les avions en AGL (armement guidé laser) pour un décollage le lendemain matin de bonne heure, ce qui signifiait de travailler une grande partie de la nuit. Je me souviens que le général me demanda si cela n’allait pas créer une révolution chez les mécanos ? J’ai alors regardé Nénesse qui visiblement ne comprenait pas la question et qui n’attendait qu’une chose, qu’ils partent afin d’organiser au plus vite son affaire. Il n’y eu pas une réflexion, un grognement et je ne sais même pas si un mécano se souvient de cette histoire.

Nous avons fait 3 DETAM ensemble et il faut reconnaitre que ça créé des liens car au-delà des anecdotes qu’on aime bien se raconter après, il y a eu aussi des moments pénibles à vivre, mais qui finalement restent comme de bons souvenirs. Je pourrais parler du « boulanger du désert », d’une relève mécano à Bangui, des négociations avec le chef des pygmées, des premiers jours de l’opération Épervier à N’Djamena,…. Christian Nalle son chef pétaf (armurier) qui m’a annoncé son décès me rappelait aussi une anecdote vécue à N’Djamena ; tous les jours avec Nénesse, nous faisions un footing d’une petite heure, tranquilles et un jour Christian demanda de nous accompagner. Il faut dire que Christian était le champion de la base, de la région, mettait des tôles aux biffins,.. Nous n’avions pas osé refuser mais on se voyait mal courir avec lui. « OK, on part à fond, on accélère et on le sème » ; ce qui fut dit, fut fait et je me souviens d’avoir entendu Christian râler et crier « de tout façon, je vous rattraperai ! ». Ce qui fut aussi fait quelques centaines de mètres plus loin, où essoufflés nous étions morts de rire devant sa réaction. Une gaminerie certes, mais qui reflète la complicité qu’il y avait entre nous deux.



Nénesse était surtout, ce qu’on appelle « un mec bien » que j’ai particulièrement apprécié. J’aimais son honnêteté intellectuelle (« en escadron, il n’y a pas de place pour les faisans » me disait-il), son comportement, sa bonne humeur, ses bons mots (« je ne m’attendais pas à recevoir une poignée de main, mais de là à prendre une baffe dans la gueule » phrase qui traduisait chez lui un grand sentiment d’injustice), bref tout. Il s’était retiré en Alsace, s’occupait de ses petits-enfants, faisait toujours son footing et était toujours aussi passionné de sport. Nénesse tu nous as quitté trop tôt.
Il y a tout juste 50 ans, le 13 septembre 1966, deux avions de chasse F-100 « Super Sabre » immatriculés 42210-11 MR et 42236-11 MC, appartenant à la 11ème Escadre de Chasse de la base aérienne 136 de Bremgarten (RFA)1, décollent pour une mission de routine dans le ciel alsacien. Aux commandes, on trouve deux pilotes expérimentés sur ce type d’appareil, le sergent-chef Claude Simonetti et le lieutenant Bernard Robert.
Mais à peine ont-ils franchi la frontière franco-allemande, qu’au-dessus de la forêt de la Hardt, dans un ciel brumeux, vers 16 h 45, les deux Jets se touchent. Dès ce moment, les pilotes n’ont plus qu’une solution pour sauver leur vie, c’est d’actionner leur siège éjectable, tout en espérant que leur appareil ne s’écrase pas sur une zone habitée. Leur formation initiale exigeante, leur expérience et leur professionnalisme les sauvent tous les deux, puisqu’ils touchent le sol alsacien en étant quasi indemnes. Le premier atterrit sur le ban de Petit-Landau et c’est un habitant de Habsheim, Monsieur René Baumann qui, en suivant le parachutiste involontaire, récupère le lieutenant Robert. Au même moment, un autre Habsheimois, Monsieur Grad suit la trajectoire du deuxième pilote, le sergent-chef Simonetti, qui se pose sur l’aérodrome de Habsheim, où l’attend déjà une ambulance militaire détachée de la BA 132 de Meyenheim, et en poste sur le terrain militaire de Habsheim.
Si les deux pilotes sont sains et saufs, il n’en va pas de même de « leur monture » ! Les deux avions s’écrasent sur le ban communal de Rixheim, à l’opposé l’un de l’autre, l’un des aéronefs sur les hauteurs de la rue de l’Etang, au lieu-dit « Kalchofen », avant le Buchwald, et le second, dans l’aire de la gare de l’Ile-Napoléon, après être passé dans un enchevêtrement de lignes électriques. Heureusement, leur chute n’occasionne pas de gros dégâts, mais suscite une grande frayeur auprès des habitants des secteurs concernés.
Sur la colline près du Buchwald, Monsieur Biddidino croit sa dernière heure venue lorsque l’un des appareils passe juste au-dessus de sa tête, fauche plusieurs arbres et va percuter le sol du champ voisin avec ses 10 tonnes, creusant un cratère de 5 mètres de profondeur, tout en éparpillant des morceaux de la carlingue, sur une centaine de mètres à la ronde. C’est dans sa grange que sont entreposés le siège éjectable, retrouvé le long de la route Mulhouse-Zimmersheim, et le canopy (la verrière au-dessus du poste de pilotage), jusqu’à l’arrivée des Gendarmes de l’Air, venus enquêter et récupérer les restes du F 100, aidés par les services techniques de l’Armée de l’Air.
Du côté de l’Ile-Napoléon, les habitants du quartier des cheminots ont également un bon ange gardien à leurs côtés, puisque le second appareil épargne les maisons et va s’écraser dans l’aire de la gare, éparpillant lui aussi sa carcasse à 200 mètres à la ronde, en causant quelques dégâts aux infrastructures. Plusieurs wagons ainsi que les murs de la gare sont endommagés, mais surtout une ligne de haute tension est coupée, provoquant une coupure d’électricité. Au moment du crash, deux CRS, Messieurs Têtu et Scheubel, en patrouille dans le secteur, donnent l’alerte, de sorte que les sapeurs-pompiers de Mulhouse sont rapidement sur place, une intervention placée sous les ordres du commandant Fuchs (inspecteur départemental du Haut-Rhin) et de son adjoint, le capitaine Dollinger. Ils sont rapidement rejoints par du personnel venu de la base aérienne 132 de Meyenheim mais aussi de la base aérienne 136 de Bremgarten, sous les ordres du commandant Bonnefond et du capitaine Pécastaing, délégué sur place par la BA 136. Après inspection des munitions encore actives, il est procédé aux opérations de sécurisation, de contrôle et enfin de déblaiement des restes de l’avion. Les témoins oculaires, qu’ils soient originaires de Rixheim ou de Habsheim, se souviennent certainement de cet événement inhabituel.
D’après les conclusions de l’enquête, la faute de pilotage fut attribuée au lieutenant Robert, mais comme toujours dans ces circonstances difficilement définies, ne jetons pas la pierre à qui que ce soit. Ces deux hommes, pilotes aguerris, avaient la vocation de défendre notre espace aérien pour préserver notre liberté.
Pilote de chasse est un métier merveilleux, mais difficile qui demande des capacités physiques et intellectuelles hors pair, et qui présente aussi des risques, au péril de sa vie.
Sergent-chef Simonetti, lieutenant Robert, l’un de vos collègues, ancien pilote de F-100, Denis Turina a dit en 1968 : « Il existe deux familles de pilotes de chasse : celle de ceux qui ont fait du F-100, et celle de ceux qui regrettent de ne pas avoir pu en faire ! ».
Messieurs, pour votre passion, votre courage et votre abnégation qui ont permis de sauver vos
vies et celles de nos concitoyens,…..un grand merci !
1. En 1950, dans la zone d’occupation dévolue à la France, les autorités militaires décident de construire une base aérienne française dans la région de Fribourg-en-Brisgau, sur le territoire du petit village de Bremgarten, au bord du Rhin en face de Fessenheim. Commencée en 1952, la base est opérationnelle en 1954 et accueille d’abord la 4éme Escadre de chasse, puis après son départ pour Luxeuil, la base de Bremgarten héberge la 11 ème Escadre de chasse jusqu’en 1967. Après le départ des Français, elle accueille une escadre allemande jusqu’en 1992, puis l’escadron d’instruction de la brigade franco-allemande, jusqu’en 1998, date de son transfert à Milllheim. L’ancienne base héberge aujourd’hui un aéro-club et une zone industrielle.
Frédéric CASARIN
Cet article m’a été proposé par F. Casarin « vieux Cne cocoï de la 132 , passionné d’histoire et plus particulièrement de celle de sa commune de Rixheim ». Il a repris l’article paru dans le journal « l’Alsace » de l’époque. Quand il m’a envoyé les documents, il m’a demandé d’insister sur la dernière phrase de l’article « Merci à vous Robert et Simonetti pour avoir sauvé des vies au péril des votre dans un métier merveilleux mais oh combien difficile pour son professionnalisme! «
J’ai ajouté les trois dernières photos envoyées par Mr Varanfrain auteur d’un commentaire ci-dessous.







À l’été 79, je fus à nouveau affecté au 2/11 « Vosges » que j’avais quitté en 1977. Je retrouvais un escadron profondément transformé par l’engagement des Jaguar au Tchad et en Mauritanie. Les personnels et les matériels étaient pris dans un mouvement « brownien », tant au plan géographique que de la définition des missions, de l’entraînement, des configurations, de l’encadrement, etc. Les escadrons de la 11e EC et de la 7e EC participaient à cet effort en Afrique et aussi en Europe car la guerre froide se poursuivait.
Notre mission principale, prioritaire, vitale, était la défense de la Patrie et notre outil essentiel, la dissuasion nucléaire. Aussi nos chefs mettaient-ils sur pied tous les moyens permettant de la rendre plus crédible. Or le Pacte de Varsovie avait équipé ses forces de formidables moyens de défense sol-air, rendant très périlleuse la pénétration des vecteurs nucléaires de 0 à 50 000 pieds et même au-delà. Les belligérants en Asie du Sud-Est avaient tiré les conclusions de ce long conflit où, à nouveau, avait émergé la nécessité vitale d’intervenir dans tout le spectre électromagnétique.
Notre escadron allait être équipé pour la FATAC, de moyens offensifs et d’autoprotection de Guerre Électronique. A notre charge de mettre en œuvre les matériels et d’imaginer les tactiques les plus appropriées Nous n’étions pas les seuls bien sûr : les FAS, dans le domaine de l’autoprotection, avaient parcouru un long chemin et l’excellent Siffre (père de la GE dans l’Armée de l’Air) fut d’un apport essentiel dans la réflexion associée. Car pour nous tous, au 2/11, dire que la Guerre Électronique était un domaine nouveau, c’était peu dire ! Faire face aux défis de son époque, c’est ce qui a toujours rendu passionnante la vie dans l’aviation militaire, en 1914, en 1979 et encore aujourd’hui.
Il fallait donc « ouvrir les yeux » des futurs commandants d’escadron Carrasco en 1978, puis moi-même en 1979, fûmes envoyés à Mather AFB – Sacramento – pour y suivre les cours de l’EWSOC (Electronic Warfare Staff Officer Course). Cet excellent cours nous apporta beaucoup et peut-être même un peu trop dans ce domaine de la GE. Inconnu de la plupart des officiers de l’air de l’époque, ce cours était en effet destiné aux officiers d’État-major, comme l’indique son nom. Or, nous étions commandants en second d’escadron. Nous nous trouvions donc dans une position difficile, face à une hiérarchie, certes bienveillante, mais dont quelquefois les décisions ne nous paraissaient pas les plus appropriées. Comme souvent, dans notre pays, les oppositions les plus dures se situaient entre Paris (l’État-major central) et la province !
Venons-en aux faits : nous devions mettre en œuvre des équipements offensifs, à l’exclusion du missile Martel confié à la 3° EC. Or nous avions appris à Mather que le GE offensive nécessitait de très importants moyens (génération électrique, antennes, personnels embarqués…). Pour faire court, le B 52 correspondait mieux que nos Jaguar ! Mon propos ne se veut pas critique : on apprend tout de ses erreurs. D’une part cette erreur n’eut pas de conséquence dramatique et, d’autre part, dès mars 1981, à l’issue du premier « Red Flag » (81-3), tout le monde avait compris qu’il ne fallait pas persévérer dans cette voie.
Deux équipements de GE offensive équipèrent le 2/11 : le BOZ et le CT51. Le BOZ était un lance-paillettes de grande capacité permettant la création de couloirs destinés à masquer notre activité : pénétration des raids offensifs principalement. Ces paillettes étaient donc adaptées à la longueur d’onde des radars de surveillance. Ces paillettes « immobiles » une fois larguées perdaient toute efficacité face à la génération des radars Doppler. Le BOZ, dans sa configuration physique : poids, traînée était bien « accordé » à l’avion porteur.
Ce n’était pas le cas du CT 51. J’ai volé sur Jaguar dans un grand nombre de configurations, certaines assez inconfortables, mais aucune n’était aussi pénalisante que le bidon de kérosène en ventral, deux CT 51 en interne et les moyens d’autoprotection aux points externes. Le CT51 pesait 600 kilos, ne s’allégeait pas en cours de mission (contrairement aux bidons carburant de la mission nucléaire), n’était pas largable, trainait monstrueusement et en atmosphère turbulente faisait vibrer l’avion au point de rendre illisibles les instruments de bord !
Nous avions découvert les joies de la pénétration IMC dans les fameux couloirs réservés à la basse altitude. Le Jaguar ne disposait pas de pilote automatique ; par mauvais temps, dans cette configuration le vol s’apparentait à un « rodéo » et souvent le pilote devait céder à sa monture, soit avancer la manette des gaz (déjà proche de la butée en palier), soit monter vers 10 000 pieds afin de retrouver un peu de calme et de sécurité. Une nuit, dans la R45 Nord, à proximité de Metz en IMC, j’ai ressenti un choc violent et j’ai été « aspergé » par une bouillie sanglante ; je venais de percuter un volatile en vol de nuit ce soir-là. La manette en avant, le manche en arrière, j’ai essuyé le heaume qui me protégeait. Tout semblait normal sauf l’odeur du volatile pulvérisé ; la verrière était intacte, l’oiseau s’était faufilé à travers le joint en caoutchouc ? C’était assez fréquent sur Jaguar (et dans les deux sens puisque lors d’un convoyage en Afrique, j’ai vu disparaître mes cartes que je tenais dans ma main gauche, à proximité dudit joint qui venait de céder). Les moteurs tournaient rond. Contact radio avec Toul, virage à droite en descente et j’étais en finale directe. L’atterrissage fut effectué sans problème. J’ai seulement dû faire changer mon blouson imprégné de cette bouillie répugnante.
Nous sommes partis à Nellis en mars 1981 où les CT 51 nous attendaient. Après une semaine de familiarisation en dehors du « Range », nous avons fait nos premières missions en franchissant «Student gap». Il fallait beaucoup bouger (Jink) pour éviter les menaces sol-air et air-air. Or, «bouger» demande de la puissance de propulsion et des ailes et le Jaguar n’avait pas l’avantage dans ces deux domaines. Cependant nos atouts résidaient dans notre petite taille, notre camouflage et notre capacité à «épouser le terrain»… et aussi dans le culot et l’aplomb de notre chef, le colonel Pissochet, lors des « mass-debriefs ». Mais le CT 51, c’était vraiment trop ! Les Américains l’ont vite appelé le «Super-IFF». C’était un régal pour les chasseurs et tous les systèmes sol-air qui n’avaient jamais eu un gibier aussi consentant… et on voyait monter les Smokey Sam et les chasseurs des escadrons Aggressors en noria !
« OK – Lessons learned » – et fin des programmes CT 51 + Calmar ou BOA.
En clair, le système était arrivé à sa limite.
Le deuxième volet de notre mission était l’autoprotection. Dans ce domaine, également, on a beaucoup appris et beaucoup progresse malgré l’absence de détecteur de menaces à disposition du pilote. Nos deux atouts étaient, d’une part le lance-paillettes Phimat très bien conçu simple mais souple d’emploi et adaptable aux menaces et aux différents équipements complémentaires (brouilleur) et, d’autre part, les deux brouilleurs Barax et Barracuda construits par deux industriels différents en saine compétition. Cette compétition a profité à l’utilisateur. Contrairement aux us et coutumes et surtout aux règlements, nous avions des contacts directs avec les ingénieurs chargés du développement de ces matériels (en fait, plus avec l’un qu’avec l’autre !). Nous avions le langage de l’emploi (menaces, armements, conditions de vol. programmation…) et eux, le langage de la technique.
Les échanges directs entre ces deux parties furent extraordinairement fructueux. D’autant plus qu’à Toul, nous avions à disposition, une batterie de Crotale sur la base, à Verdun, un régiment de Roland et à Chaumont un régiment de Hawk. Bref, le nec plus ultra de la défense sol-air. Quant aux chasseurs de toute nationalité, ils ne manquaient pas dans le Nord-Est. Les Américains étaient équipés de « PD aircraft » (Puise doppler) : nous ne l’étions pas.
Quand on pouvait mettre en échec ces systèmes d’armes, on pouvait assez bien extrapoler l’effet des armements et tactiques contre le bloc adverse. Je rajouterai que les Marins avaient d’excellents systèmes d’armes sur leurs bateaux, ce qui a permis une collaboration enrichissante, en particulier avec la flottille d’Étendard IV sous les ordres du commandant Oudot de Dainville » qui fut équipée du même matériel et abonnée au Germas CME de Toul. Cette collaboration était favorisée par l’estime que j’avais pour cet homme que je fréquentais depuis le Prytanée Militaire.
La mise au point du réglage fin de ces équipements et les tactiques associées nous ont permis un taux de réussite satisfaisant lors des exercices d’attaque de point défendu. Face aux intercepteurs, le Jaguar qui initialement n’avait absolument aucune chance de survie, pouvait espérer « passer » et même quelquefois espérer une victoire, ce qui était totalement désespérant pour les premiers Mirage 2000 !
Ainsi les équipements d’autoprotection ont donné une plus grande assurance à nos pilotes. De plus, la mise au point de ces matériels les avait amenés à étudier en détail les performances des systèmes adverses. Donc le niveau général de connaissance s’est élevé et la confiance dans nos moyens d’action également.
Cependant, nous étions conscients de notre absence de protection contre les systèmes de guidage infrarouge. Or, lors de nos échanges au sein de l’OTAN, nous voyions les équipements lance-leurres type ALE 40 de nos amis. Alors m’est venue l’idée d’adapter un système analogue sur nos Jaguar. Mais auparavant, il me faut décrire l’invention du lance-leurres (paillettes) pour bombe lisse.
Nos différentes études d’attaque de point fortement défendus avaient conduits à envoyer, en première frappe une patrouille (légère ou simple – soit deux ou quatre avions) en tir en palier-ressource, des bombes lisses (125 ou 250 kg). Le but était, en tirant à huit kilomètres, de ne pas trop exposer les premiers attaquants et de permettre à la patrouille suivante de survoler le point défendu à moins d’une minute en espérant bénéficier de l’effet de surprise et de frappe de la première attaque. La première patrouille disposait ; bien sûr, de Phimat/Barracuda ou Barax, mais il m’avait semblé intéressant que sur leur trajectoire les bombes larguent des paillettes, attirant ainsi les radars de poursuite adverses qui «oublient» ainsi de repérer la deuxième patrouille.
Les armuriers du 2/11 ont construit très rapidement un système à poudre et cordons retards, armé par le fil SL (Sécurité Largage) de la bombe. Il s’agissait d’un bouchon allumeur de grenade d’exercice. Ce système mettait à feu séquentiellement des cartouches de paillettes disposées dans une série de cylindres au sein de l’empennage de la bombe. C’était artisanal mais simple, sain et satisfaisant. Nous avons alors demandé au général Forget, commandant la FATAC-lère RA, de venir voir l’engin que nous avions peint en vert, pour faire plus «militaire». Nous avions la chance d’avoir des chefs qui s’engageaient et prenaient des risques : notre commandant d’escadre, le lieutenant-colonel Mennessier et notre commandant de base, le colonel Gauthier approuvèrent et permirent tout cela. Nous avons fait une démonstration au sol du système, non sans crainte d’un mauvais fonctionnement ou d’un gag quelconque. Le général Forget a approuvé : le système a été «consolidé» par le CEAM de Mont-de-Marsan et testé à Cazaux lors d’une série d’essais et de mesures. Il a donné satisfaction mais n’a pas été industrialisé par l’armée de l’air. Pourtant ce système simple pouvait rapporter gros pour un investissement très minime, car il s’agissait de construire un système «consommable» au même titre que la munition sur laquelle il était monté.
Ainsi, sur le même principe, naquit l’idée du Lance-Leurres de Queue (LLQ) du Jaguar. Mais l’affaire était un peu plus complexe que la précédente ; il fallait remplacer la mise à feu pyrotechnique du lance-paillettes par une mise à feu électrique des cartouches IR. Par chance le capitaine Pucelle de Mont-de-Marsan, venait d’être affecté au Germas avions de Toul. Nos mécaniciens ont alors conçu et réalisé avec les moyens du bord, ce lance-leurres. Nous l’avons testé ; la FATAC étant immédiatement convaincue du bien-fondé de ce projet, nous 1 avons présenté, le capitaine Pucelle et moi, à l’État-major à Paris. Je me souviendrai toujours du sac « PNN » ouvert sur la table, dévoilant le container parachute bricolé en lance-leurres, des yeux ébahis de nos collègues parisiens et de ceux encore plus surpris des représentants de la DGA. Il nous a fallu plusieurs réunions et sans doute quelques injonctions de la FATAC pour que notre projet soit adopté, profondément amélioré par le CEAM de Mont-de-Marsan et généralisé à la flotte de Jaguar puis de Mirage F1. Qui imaginerait aujourd’hui un chasseur sans lance-leurres IR ?
La meilleure période de ma vie professionnelle s’est déroulée au 2/11 ; par chance, j’y suis resté de 1970 à 1983, avec certes, une interruption de 1977 à 1979, mais je venais y voler comme abonné. Il régnait à Toul-Rosières un «air» particulier : on y restait longtemps, tout le personnel se connaissait bien et faisait équipe dans les bons et les mauvais moments.
Puissiez-vous, lecteurs, pilotes de combat, mécaniciens, continuer à jouir, aujourd’hui, du même environnement humain que dans le passé : foi dans la mission, la liberté d’entreprendre, la liberté de communiquer avec tout intervenant civil ou militaire, engagement responsable des chefs, de leurs subordonnés et confiance réciproque.
Alors, le métier devient passion…
Pierre AMARGER

L’aventure a débuté en janvier dès que l’EMAA a pris la décision d’équiper la 11ème Brigade aérienne et la 3ème Brigade aérienne.
Un premier groupe de chefs de patrouille se rend aux Etats-Unis pour être formé et devenir le noyau de pilotes français futurs moniteurs F 100. La 11 dépêche le capitaine Radisson, les lieutenants Juillot, Foulon et Marchandise. Le 3 janvier, le groupe débarque à New York à bord d’un Super Constellation d’AIR FRANCE. Après un stage d’anglais à San Antonio, ils gagnent le 1er février Nellis AFB pour passer aux choses sérieuses. Après la théorie, ponctuée de tests, les vols débutèrent le 7 février 1958. Chaque pilote a droit à 10 heures sur F100F… VSV et lâcher. Quelques vols de navigation et d’entraînement au combat complètent la formation.
Puis vient le F 100 et le tir Air/Air et Air/Sol. Au retour dans leur escadron, le 1er avril 1958, chaque pilote peut exhiber son carnet de vol et les 39 heures de F 100 effectués en Amérique.

Le 1er mai… c’est sous un beau soleil printanier et le jour de la fête du travail que le premier F 100 se pose à Luxeuil. Pour l’occasion une belle cérémonie est organisée. Les huiles sont de la partie… Général Hutchinson, directeur adjoint du programme d’aide mutuelle, général Venot major général de l’Armée de l’air, général Stelhin, commandant du 1er CATAC, général Challe, représentant du commandant de la 4ème ATAF, généraux Maricourt et Ballard et bien sûr Monsieur Maroselli, Maire de Luxeuil. L’effervescence règne sur la base quand le premier appareil se pose… le F 100 D FW260, convoyé par un pilote américain depuis les ateliers de CASA à Getafe. La première session MTG/F100 débute réellement le 7 mai et s’achève le 27 mai. Les autres sessions auront lieu en juin, puis juillet. Les pilotes « moniteurs » F100 de la « Onze » se refont la main sur l’engin avant de commencer à «lâcher» leur savoir aux autres. En renfort deux moniteurs américains, l’un de Nellis, l’autre du 49 FSQ basé à Etain-Rouvres, viennent prêter mains fortes aux « initiés ». La mise en œuvre des avions est facilitée par la présence de représentants de North Américan et de Pratt & Whitney. Durant la phase transitoire de la transformation des pilotes, le 1/11 devient le « F 100 squadron » et le 2/11 le « F84 squadron».
L’honneur d’effectuer le premier vol F100 en France échoit au commandant de la BAO 116 et de la 11 ème brigade aérienne. Le 19 mai, le colonel de réserve Deboote (vice-président de North Américan) accompagne le colonel Lansoy à bord du 941. Le vol se passe mal pour le colonel Lansoy, victime à 17000 ft d’un pneumothorax spontané. Ce n’est qu’un an plus tard qu’il pourra reprendre les vols.
Le 20 mai, le chef d’État- major de l’Armée de l’air, le général Gelée supporte mieux sa virée en supersonique.
Si la transformation F84 demandait seulement 6 vols, le F100 en demande plus…20 missions au total. Le lâcher vient rapidement, mais après il faut apprendre à dompter la bête. La formation se déroule bien, les Américains comprenant vite à qui ils ont à faire. « Ils ont lancé quelques premiers vols et nous ont laissé tout de suite les coudées franches, se contentant de jouer leur rôle de conseiller au sol »

Côté pilote, on en est encore à explorer le domaine de vol inconnu de la machine. « La notice technique prétendant que le F100 avait également été spécialement conçu pour tenir le coup dans les cumulonimbus, sans givrage des instruments ». En fait, j’ai essayé en tant que commandant d’escadron responsable. Il y avait couramment dans le secteur de magnifiques « cunimbs » déployant leurs enclumes jusqu’à 42000 fts. Partant de 35000 fts en vol horizontal avec un très léger piqué pour être sûr de ne pas tomber en perte de vitesse si les instruments me lâchaient ; j’ai très vite compris que ça ne se passait pas si bien que prévu. Très secoué comme on l’imagine, j’ai vite compris que je ne pouvais plus compter sur mon horizon boule, mais sans autre indication de pilotage, il était imprudent de faire demi-tour dans un tel tohu-bohu. J’ai donc continué tout droit. Ce fut long, très long. On n’imagine pas ce qu’un cunimb peut comporter comme volume et superficie. Bref, j’ai fini par retrouver le ciel clair et j’ai pu retourner à la base sur la pointe des pieds. Mais au parking les mécaniciens avaient les yeux écarquillés. Mon avion était tout grêlé, comme ces voitures cabossés qui ont reçu des grêlons gros comme des œufs de pigeons. Arrivée du commandant d’escadre, le commandant Labouche… étonnement ! Tout bien considéré, il a été décidé d’un commun accord de ne plus se livrer à de telles expériences. Voler de nuit dans les orages avec les effets spectaculaires des éclairs ne faisait peur à personne. Pour ma part, je suis resté plus prudent dans ce domaine, compte tenu de mon expérience antérieure ».
Desjobert – 1/11 «ROUSSILLON».
Daniel Hartmann à l’époque pilote à l’EC 01/011 complète par quelques souvenirs de pilotage : « Quelques caractéristiques du F-100 vont nous surprendre. Par exemple, le couple gyroscopique dû au moteur produisait des effets surprenants : une boucle dont la vitesse au sommet était trop basse se terminait en un rétablissement parfait, sans que le pilote ne puisse s’y opposer ! Une autre caractéristique qui nous ramenait à la théorie du vol du début, l’action très présente du lacet inverse. Si à vitesse relativement basse on voulait basculer rapidement l’avion, il fallait donner du pied énergiquement dans le même sens que les ailerons ; sinon l’avion partait lentement dans l’autre sens ! » De même, les règles de circulation aérienne n’étaient pas encore très bien définies. » A l’époque la circulation aérienne était moins dense qu’aujourd’hui et la réglementation beaucoup moins stricte. De toute façon, les méthodes employées allaient tout à fait à rencontre de ce que l’on exige actuellement. Pour les missions en très basse altitude, ce que nous faisions en général, car nous procédions ainsi pour la répétition de nos missions temps de guerre, c’était de calculer nos altitudes de sécurité, et nous volions ainsi… calés au QNH de notre base de départ… Ce qu’il y a de paradoxal, c’est qu’il n’y eut jamais de gros pépin ainsi sur F-100. Pourtant, je me souviens avoir fait des missions durant lesquelles on voyait passer des sapins dans les trous, vraiment près… alors là je ne regardais plus ! Bien sûr le sol parait plus proche qu’il ne l’est plus souvent, mais enfin c’était quand même bien bas !… Oui, entre le plafond et le sol, ce n’est pas toujours confortable. Les missions IMC étaient courantes, mais ne s’effectuaient jamais avec de gros dispositifs, toujours en appareil isolé ou à la limite en patrouille légère. »

Le vol en patrouille est en général une affaire de professionnels ; tout le monde n’est pas de cet avis, et c’est le cas de Jean Marie Saget dont je vous ai présenté le livre qui lui est consacré, il y environ deux semaines. Au hasard de mes lectures, je suis tombé sur un article paru dans la revue des anciens de l’École de l’Air, écrit par Denis Turina (l’auteur de plusieurs articles dans ce blog racontant notamment ses 3 éjections) et racontant un vol effectué en patrouille sous le lead de JMS. Lorsque j’ai contacté Denis pour lui demander si je pouvais le publier il m’a précisé qu’il avait voulu passer un coup d’oeil à JMS « un monument de notre aéronautique ».
C’est aussi dans cet esprit que je vous propose l’article de Denis et en complément un extrait du livre de François BESSE « Du Vampire au Mirage 4000 » dans lequel Jean Marie Saget nous parle de formation.
Argentan-sur-Creuse, été 1980. Stage de voltige avec des membres de l’aéroclub Dassault basés à Chavenay, à Nangis et même à Istres. Les riverains supportent tous les jours le bruit de nos moteurs. La plupart des pilotes de la « patrouille de Nangis » sont présents et, un jour, pour améliorer l’ordinaire, Jean-Marie Saget. JMS himself, le chef pilote d’essais de la « Grande Maison », décide de faire une formation en croix de Lorraine avec tous les avions disponibles.
Classiquement, le briefing commence par l’appel des pilotes et la répartition des avions. En découvrant que je dois piloter le RF-41, je lève immédiatement la main : « Chef, je ne suis pas lâché dessus.
-Ne m’embête pas avec les détails. Cet avion n’a pas de radio et c’est toi qui le prendras. Fais-toi briefer, nous ne décollons que dans deux heures. » Fin du briefing patrouille.

Je trouve un volontaire, pilote à Nangis et que je connais à peine, pour me briefer sur le RF-4. Comme j’ai l’intention de faire un petit vol de prise en main, je compte aussi sur lui pour lancer l’hélice, car l’avion n’a pas de circuit électrique non plus. Briefing pendant lequel je pose beaucoup de questions, jusqu’à ce que mon mentor me dise:
« Il va falloir libérer l’avion, car il vole dans la patrouille.
– Je sais, c’est moi qui dois le piloter et je voudrais quand même faire un vol avant de décoller en patrouille à quatre avions. Peux-tu lancer l’hélice s’il te plaît? »
Après demande de confirmation auprès d’un équipier de la patrouille qui nous connaît tous les deux, le mentor me lance un drôle de regard et s’exécute. C’est parti!
Roulage sans trop de problème, actions vitales, alignement: plein gaz. Gros problème de contrôle latéral de la trajectoire, je tiens toute la piste pendant la course de décollage. Une fois en l’air, train rentré, j’arrive à bien stabiliser l’avion et je mets ce manque de contrôle latéral sur les nouveautés que sont pour moi le train monotrace et les balancines. Il me faudra maîtriser ça avant de pouvoir décoller en patrouille. Virages serrés, grands angles et décrochages, prise de terrain pour un touch and go. Atterrissage sans problème, remise de gaz, et c’est reparti pour un gymkhana sur la piste. Tour de piste court. Ce n’est qu’à la remise de gaz suivante que je découvre que le sens de rotation de l’hélice est inversé par rapport à celui des avions que j’ai l’habitude de piloter. En essayant d’anticiper au pied les effets du souffle hélicoïdal pendant le décollage, je ne faisais que perturber la trajectoire de l’avion. Rien à voir avec les balancines.
Le décollage en patrouille s’est bien passé. Le passage en croix de Lorraine a été apprécié des riverains et de tous les spectateurs. Mais je ne suis pas près d’oublier qu’il y a des hélices dextrogyres et d’autres lévogyres. ■
Pilotage en formation par Jean Marie SAGET
– Rassemblement : à l’intérieur de chaque patrouille simple, les équipiers essaient de rassembler au plus vite sur leur leader dans la ligne droite qui suit le décollage ou au plus tard pendant le virage destiné à rassembler les patrouilles. Les équipiers doivent garder la vue de tous les avions qui les précèdent.
– Tenue de place : dès qu’on est en place, la seule référence de pilotage est le leader : les ailes de l’équipier doivent rester parallèles aux siennes. Les corrections d’écartement se font au pied, en conservant les ailes parallèles (sinon on « pompe », les corrections sont trop amples). Jeter un look à la bille de temps à autre pour vérifier qu’on n’est pas incliné (en général, vers le leader = bille décalée du côté du leader). En profondeur, les corrections se font par « escalier » : sollicitation de manche dans un sens suivie Aux gaz, il convient de repérer le régime moyen qui permet de tenir la place et on corrige par petits coups autour de cette valeur (+/- 100 tr/mn). De grandes corrections sont l’indice que l’on n’a pas su détecter à temps la tendance : il faut piloter à l’accélération et non au déplacement. Exemple : après avoir détecté un trop grand retrait, on augmente le régime. Un peu avant d’atteindre la place visée, on réduit aux environs du régime moyen. Dès que le mouvement relatif s’annule, il convient d’effectuer une correction inverse (faible) avant que l’avion ne commence à « reculer » à nouveau. En virage, il faut a priori diminuer le régime si on est à l’intérieur, l’augmenter en position extérieure en veillant à ne pas laisser augmenter l’écartement, faute de quoi on ne peut plus rattraper (le chemin à parcourir est beaucoup plus grand). On doit garder l’œil rivé à l’avion leader. C’est la condition numéro un de sécurité. Avec l’habitude, un coup d’œil suffit à surveiller le reste (bille, régime, jaugeurs). Ne jamais laisser s’installer un écart important : c’est plus difficile à corriger, et, au milieu d’une formation, cela sème la perturbation. Se tenir près du leader facilite la détection des écarts, donc la bonne tenue de patrouille.
Quand on est n°3 ou n°4 d’un échelon par exemple, on a grand intérêt à ne pas suivre fidèlement les écarts des avions précédents, mais à moyenner en se référant au leader.
Attention aux suivants avant de se rabattre vers le taxiway pour dégager.

