Un missile dans le réacteur

Le capitaine HUMMEL devant le moteur touché

 

Touché par un missile dans le moteur, son avion en feu, le Capitaine Jean-François Hummel a choisi de ramener son JAGUAR

Le 17 janvier 1991, l’offensive « Tempête du désert » est déclen­chée. L’aviation française partici­pe à la première attaque. Tous les objectifs désignés sont atteints, tous les avions rega­gnent leur base d’AI Ahsa. Le ministère de la défense reconnaît qu’un pilote de la base aérienne A 136 de Toul-Rosières, le capitaine Alain Mahagne a été blessé et que trois avions ont été touchés.

« La lettre », le journal du Club de la Presse et de la Communication de Nancy-Meurthe-et-Moselle vous présente les photos du Jaguar que pilotait le capitaine Jean-François Hummel.

Touché par un missile sol-air à infrarouge à l’intérieur de son réacteur droit, ce capi­taine de 27 ans, va décider, non de s’éjec­ter en territoire ennemi, mais tenter de ramener son avion et ce malgré tous les dangers. Jean-François Hummel rend d’abord hommage au lieutenant Bonnefous, de la base de Saint-Dizier qui l’a accompagné lors de son retour.

« Le lieutenant Bonnefous avait été touché au niveau du carter d’huile par des petits calibres. Son avion était difficile à piloter. Il va rester à mes côtés, surveillant la pro­gression de l’incendie. Si les flammes atteignaient le réservoir, il contenait enco­re deux tonnes de kérosène, tout sautait. Le savoir là à quelques dizaines de mètres, fut pour moi un gage de sécurité.

Sans lui je ne ramenais pas l’avion et ne serais sûrement pas revenu ».

Quatre mois se sont déjà écoulés, les souvenirs demeurent, à jamais ancrés dans la mémoire.

La première étape, la plus dure, la plus pénible est celle où l’on se rend compte qu’il y a très peu de chances de s’en sortir. On est chez l’ennemi, on est très loin de tout. Tout va très mal dans l’avion. A cet instant, on est très calme, parce qu’on est fataliste… »

Un instant court, une dizaine de secondes où l’on a tendance à tout abandonner. Le capitaine Hummel l’admet. « C’est effrayant et pourtant on est calme, trop calme. On a l’impression de plonger dans une mer trop profonde où l’on va se noyer. On ne se débat plus. On est déconnecté de la réalité on devient fataliste… »,

« ..Mais comme ce n’est pas la mentalité fondamentale d’un pilote de chasse d’être fataliste on reprend le dessus. On a alors la certitude que cela va passer, qu’on a eu de la chance, que l’avion n’explosera pas, que c’est le jour où il faut tenter le tout pour le tout. Et on tente de ramener l’avion ».

Le 17 janvier, c’était la première mission de guerre du capitaine Jean-François Hummel. II en effectuera douze autres dans le ciel du Koweït el de l’Irak. La peur, plus exactement, l’appréhension nous envahit la veille, quand on étudie la mis­sion quand on distingue sur le terrain, les sites de missiles. Et ce surtout quand on a vécu ce que j’ai vécu le premier jour, on sait ce que c’est quand un missile vous monte dessus et quand il vous touche. Vraiment le plus difficile, ce sont les veilles de mission où on dort s’imaginant les missiles… ».

Pour le 30 ème anniversaire de la mission sur Al Jaber, Hummel a donné un interview au cours duquel il raconte en détails la mission ; témoignage très fort auquel il a ajouté la perception de cet évènement avec plus de 30 ans de recul. 

Guerre-du-golfe-30-ans-apres-le-capitaine-hummel-se-souvient

A91 11-YG entier
A91 11-YG entier
A91 YG1991 à Al Asha
A91 YG1991 à Al Asha

RED FLAG (again)

Insigne RED FLAG

 

Il y a déjà eu  2 articles publiés au sujet de RED FLAG ; le premier était le témoignage direct d’un pilote et le deuxième  relatait le déroulement du premier RED FLAG.

Aujourd’hui en plus de quelques considérations générales, je vous propose une interview de « Richie » Reboul parue dans Air Actualités et le récit de Airy Chrétien d’un tir AS 30L réel sur le « range ».
Pourquoi RED FLAG ? En fait c’est très simple, nos amis américains se sont aperçus que pendant la guerre du Vietnam, ils perdaient la majorité de leurs pilotes lors des 10 premières missions de guerre. D’où ce raisonnement plein de bon sens : « les dix premières missions, on va les faire chez nous ». Pour cela il nous faut un terrain d’entrainement (le range près de Nellis AFB) et des conditions de vol proches de celles du Vietnam ; configuration lourde, tir d’armement réel, menace air/sol simulées (smoky SAM), menace air/air présente et imprévisible (Agressor Sqadron),….

 

l'Agressor Sqadron
l’Agressor Sqadron

 

En finale cela représente une grosse charge de travail pour le pilote et un stress maximum, mais dans des conditions temps de paix et une possibilité de profiter des erreurs effectuées grâce à un système de restitution global.

Et puis, ils en ont fait profiter les autres nations et c’est ainsi que la France est arrivée pour la première fois en 1981. Mais de la France à Nellis, le chemin est long et il y a 2 itinéraires possibles ; le nord, plus court mais avec ces incertitudes météo (il faut passer par le Groenland) et l’option sud plus ensoleillé.

Les 2 options sud et nord
Les 2 options sud et nord

 

Itinéraire nord Stephenville et sa météo hivernale
Itinéraire nord Stephenville et sa météo hivernale

 

L'itinéraire sud passe par Martinique
L’itinéraire sud passe par Martinique

A l’arrivée, c’est Nellis proche de Las Vegas et du « Grand Canyon »

 

Survol de
Survol de « Grand Canyon »

ENTRETIEN AVEC LE CAPITAINE REBOUL.*

–  Pour vous que représente l’exercice « Red Flag » désormais effectué tous les ans par les pilotes de la FA Tac ?

Red Flag permet à un pilote dans le cadre d’un exercice de faire les dix premières et fatidiques missions de guerre, dans lesquelles statistiquement, les armées de l’air subissent les plus grosses pertes.

–  Que vous a apporté votre participation à Red Flag ?

Les points positifs sont nombreux : le voyage, avec de nombreux ravitaillements en vol, la connaissance de l’aéronautique américaine, les procédures américaines, la langue.

Mais Red Flag constitue surtout une expérience incomparable parce qu’elle permet au pilote d’utiliser réellement son avion de combat en tant que tel.

  • Pouvez-vous décrire la journée type d’un pilote participant à Red Flag ?

Si l’on vole le matin, tous les participants à l’exercice du jour vont au « mass brief» vers 7h30. Ensuite, il y a briefing inter-patrouilles, c’est à dire entre les pilotes de chaque nation. Après, intervient le vol proprement dit et à son issue se déroule le « mass debrief», tout le vol ayant été enregistré dans des conditions fantastiques, une restitution telle que l’on peut tout voir : les éléments de vol de l’avion, vitesse, hauteur, vraiment tout … On peut même voir ce que le pilote voyait lors du vol.

Si l’on vole l’après-midi, c’est la même chose, mais le mass brief a lieu vers 11h30 et l’on termine vers 19h30 -20h 10.

  • Que/les sont les sensations d’un pilote sur le Range ?

On a l’impression que c’est vraiment la réalité telle qu’on l’imagine en cas de conflit. Les contre-mesures s’allument. Il faut faire le maximum pour ne pas se faire « détruire ». Au bout d’une heure de vol, ce qui n’est pourtant pas très long, les pilotes rentrent éprouvés.

Mais c’est super. Les armements réels sont utilisés « pour de vrai ». Même lorsqu’on se rend sur le champ de tir en France, ce ne sont pas les mêmes sensations.

Au niveau des débriefings, nous éprouvons quelquefois une peur rétrospective. En fonction du numéro qui nous est attribué on se dit : « là, c’est moi qui serais mort en temps de conflit réel ». Cela fait un drôle d’effet.

  • Auriez-vous souvent été touché ?

C’est variable. Force est de constater que la menace sol-air paraît beaucoup moins mortelle que la menace air-air. La première est relativement connue et est bien prise en compte par nos contre-mesures. En revanche, la menace air-air représente 90% des pertes, si on n’y est pas suffisamment préparé.

  • Et les contacts avec les pilotes étrangers ?

De pilote à pilote, les contacts sont bons, sauf lorsqu’on parle des avions américains : tout devient alors « classified ».

  • Quelles forces étrangères avez-vous côtoyées cette année ?

Les Américains, bien sûr, qui étaient équipés de F 15, F 16, F 111, et F 4. Et les Anglais qui évoluaient sur Tornado.

  • Red Flag est-il une expérience enrichissante ?

Oui, une expérience irremplaçable. C’est vraiment valable pour les pilotes. Moi, je n’ai évidemment pas connu un conflit réel, mais je l’imagine vraiment comme cela.

  • Les échanges linguistiques posent-ils problème ?

Ce qui pose problème, c’est moins la langue elle-même que la vitesse d’élocution des Américains et leur accent si particulier. Il faut s’adapter.

  • Quelles différences y-a-t-il entre une mission d’entraînement couramment effectuée et une mission Red Flag ?

D’habitude, sur les champs d’entraînement européens, on prévoit où se trouvent les menaces. Sur le Range : impossible. Nous sommes vraiment obligés de regarder tous azimuts.

  •  Red Flag constitue-t-il un passage obligé pour qu’un pilote soit vraiment opérationnel ?

Un passage obligé, non. Mais un passage bénéfique à 230% au moins, oui. C’est sûr que le pilote qui a fait Red Flag est plus à l’aise, et a acquis des réflexes qu’on ne peut acquérir nul par ailleurs.

Voler bas et regarder haut, en gardant sa place, avec un avion relativement lourd puisqu’il est chargé, c’est vraiment une expérience irremplaçable. Red Flag, c’est un exercice grandiose. C’est le meilleur exercice auquel participe l’Armée de l’air.

  • Avez-vous des anecdotes à nous con?fier

J’en retiens une. Elle a particulièrement impressionné les Américains. C’est le camouflage de nos avions. Un peu de peinture peut changer les choses. Notre camouflage était tellement adapté que les avions américains nous repéraient seulement à notre ombre.

  • Quel a été votre plus fort moment de stress au cours de Red Flag ?

Aucun moment de stress trop intense. Mais quand même, quand vous voyez un F15 qui fait un large virage par la droite et que soudain vous ne le voyez plus dans les rétroviseurs, en conditions réelles, il serait temps de se poser des questions !

*NDLR : Entretien paru clans Air Actualité de mai 1990. Le capitaine Reboul était alors pilote au 3/11

Sur le Range
Sur le Range

 

MISSION DE TIR LASER SUR LE RANGE EXERCICE RED FLAG*

NELLIS Air Force Base (NEVADA)

Le grand jour est arrivé. Le tir du missile AS 30L doit avoir lieu en fin de matinée.

La mécanique ne chôme pas, les pétafs parachèvent les derniers préparatifs sur les munitions des deux Jaguar prévus pour la mission : un avion tireur ainsi qu’un second, « spare » en vol.

Les quatre pilotes (Jaguar et escorteur Mirage F1CR) se rendent au dernier briefing, peaufinent tous les détails en prévoyant les cas difficiles et révisent leur « run » d’attaque.

Tout est paré. L’heure approche.

10H10. Les pilotes accompagnés de leur pistard se dirigent vers les avions tandis que les premiers F15, Phantom et autres Tornado prévus pour la mission, roulent et s’élancent sur les deux pistes dans un air déjà surchauffé.

Nous roulons. Les dernières sécurités sont enlevées.

10h57. Alignement. Décollage. C’est parti !

Je me trouve escorté d’un F1 CR, suivi de près par un second binôme Jaguar-Mirage. Nous montons vers le Range. La météo est excellente, pas même un nuage au-dessus du désert.

11 h 16. Nous entrons en « zone ennemie ». La pénétration s’effectue à une hauteur de 200 pieds et 480 nœuds de vitesse sol. Les « Flats » (lacs salés) et les montagnes boisées se succèdent.

Nous approchons de l’objectif. Un œil en cabine : il est temps d’effectuer les dernières sélections armement sans rien oublier. Les intercepteurs ennemis et les sites de missiles sol-air tentent de nous accrocher. L’effet des CME, l’excellent camouflage sable de nos avions et le suivi de terrain se révèlent efficaces. Le F1 CR achève son guidage.

25 km de l’objectif : identification et déverrouillage du missile.

Accrochage télémétrie laser, le travail se fait dense. Les distances décroissent rapidement 10 km : entrée dans le domaine. Tout est bon, j’appuie sur le boulon de tir. Un instant de suspense puis un coup de tonnerre, je vois surgir le missile sur ma droite tous boosters allumés. Le fauve est lâché…

Dégagement sous 4g. Je surveille le bon accrochage de l’Atlis à la TV, tandis que l’AS 30L fonce vers sa proie à près de Mach 1.6. Vingt secondes d’impatience et l’écran TV va me donner la réponse.

11h26mn56s : un trait lumineux se projette sur la cible. BINGO ! Une boule de feu m’indique que la mission vient de réussir, avec seulement quatre secondes d’avance sur l’heure imposée par le «staff» américain de Red Flag. Grand soulagement. La patrouille des «Vice» peut prendre le cap du retour vers Nellis. C’est grâce au travail de tous, pilotes et mécaniciens, à leur entraînement et à l’efficacité du système AGL, que quelques jours plus tard, les tirs de deux bombes de 400 kg ont été entrepris avec le même succès. Les « Frenchies » ont fait du bon boulot et auront vécu une expérience pour la moins passionnante et irremplaçable.

Airy Chrétien : pilote, commandant d’escadrille au 1/11 « Roussillon »

Tir AS30L Nellis 1989. Airy au départ de la mission
Tir AS30L Nellis 1989. Airy au départ de la mission

Le TO du F100

F 100 - TO

Le TO du F100

Dans « le TO du F100 », TO signifie « technical order » est l’équivalent de l’UCB pour le Jaguar. En fait cela représente l’ensemble de la documentation de l’avion concerné que les pilotes / mécaniciens avaient à disposition que ce soit pour des considérations  techniques et/ou opérationnelles. Pour la partie pilote, c’était la référence pour tout ce qui était calcul de performances ou plus généralement emploi opérationnel .

L’ensemble des TO représente plusieurs centaines de pages, et dans cet article vous trouverez les pages relatives à la cellule, la cabine et au moteur.

Les anciens du F100 pourront se laisser aller sur le coté nostalgique et regretter « l’avion d’homme » américain si particulier. Pour les autres, vous pourrez consulter la documentation officielle et avoir accès à une somme de détails ; la planche de bord, par exemple n’aura plus de secret.

Un grand merci à Jeanjean qui a pris sur son temps très précieux de retraité pour scanner toutes ces pages.

MARTEL sur OUADI-DOUM

JAGUAR Martel à Bangui

 

Par le LCL Antoine, alors commandant d’escadrille de l’EC 3/3 « ARDENNES « , puis commandant de l’EC2/11 de 1987 à 1989

Avant de parler de la mission au cours de laquelle un Martel a été tiré sur la base de OUADI DOUM au nord du TCHAD, parlons du couple JAGUAR -MARTEL. Le Martel (missile anti radar et télévision) est apparu d’une façon opérationnelle à la 3ème Escadre de chasse en 1974 tout d’abord à l’Escadron de chasse 1/3  » Navarre  » puis au 2/3  » Champagne « , le 3/3  » Ardennes  » volant à l’époque sur Mirage V F. Quelques années plus tard le 3/3  » Ardennes  » a été transformé sur Jaguar et comme le banc global Martel avait été installé entretemps à NANCY OCHEY, il est apparu naturel d’équiper le Jaguar de ce missile au sein de la 3ème Escadre de chasse. C’est le Capitaine Escoffier alors à la 7ème Escadre de chasse de SAINT-DIZIER qui est venu faire cette adaptation pendant plusieurs semaines à OCHEY avec le Jaguar A 29 en collaboration avec l’équipe technique missile. Il faut dire que si tous les Jaguar ne sont pas capables suivant les numéros de tous les types d’armement (nucléaire à partir du A 15, capable d’emport de CME offensives à partir du A 80, 5ème tranche Atlis sans compter les Elias, tous les Jaguar monoplaces (soit du A 1 au A 160) sont capables Martel).

Missile AS 37 Martel
Missile AS 37 Martel

Donc revenons au TCHAD :

Le colonel Kadhafi s’étant mis dans l’idée de construire une base aérienne au nord du TCHAD entre FAYA LARGEAU et FADA, à OUADI-DOUM, et de la protéger fortement, il est apparu à la FRANCE aidant le gouvernement de la république du TCHAD, la nécessité de surveiller les travaux de très près. Après plusieurs missions de reconnaissance et une première attaque de 12 Jaguar du 1/11  » Roussillon » sur la piste en février 1986, quelques jours plus tard, le 22 février exactement, le 3/3  » Ardennes  » a déployé une cellule Martel et 4 Jaguar à BANGUI.

Chose peu connue : le 3/3  » Ardennes  » a tenu l’alerte permanente Martel à BANGUI pendant près de 18 mois avec seulement 12 à 14 pilotes opérationnels. Ce qui a valu à l’auteur à l’époque d’effectuer quatre détam de 2 mois en 14 mois de temps. Le 13 août 1986, le 3/3  » Ardennes  » rentrait en métropole mais dès le samedi 14 novembre 1986 une nouvelle cellule Martel fut mise en place en Afrique.

Le terrain de OUADI DOUM était à l’époque protégé par 3 systèmes d’armes sol-air et un radar de surveillance. La mission a été préparée dans le plus grand secret fin décembre pour être effectuée aux environs de Noël mais il n’en fut rien. La relève du personnel s’est effectuée le 30 décembre et c’est la nouvelle équipe en place depuis quelques jours à qui a incombé cette mission. En deux temps il faut le dire. Cette équipe était composée du Commandant Lebourg, second du 3/3  » Ardennes « , du Capitaine Saussier, du Lieutenant Wurtz, du Lieutenant Guy et de l’Aspirant Pages. Le décollage a eu lieu le 06 janvier 1987 à 06H30 du matin de BANGUI mais le Lieutenant Wurtz est rentré au parking cause panne (il s’est rattrapé ensuite).

Après trois ravitaillements en vol la patrouille s’est posée vers 10H00 locales à N’DJAMENA après une ballade à 15 NM des radars libyens, les radars dormaient ce jour-là (il faut rappeler que le Martel ne peut accrocher que sur un radar en émission). Le Lieutenant Wurtz ayant rejoint, la mission a été reconduite pour le lendemain. Après une écoute par un Atlantic de la marine et par un vol dans la zone d’une patrouille de F 1 CR de la 33ème Escadre de reconnaissance pour les réveiller, la patrouille des quatre Jaguar du 3/3 « 

Ardennes  » a redécollé le 7 au matin. Elle était composée du Commandant Lebourg, du Lieutenant Wurtz, du Capitaine Saussier et du Lieutenant Guy. Mais les libyens n’avaient allumé que le Flat face (radar de surveillance) et c’est le Lieutenant Wurtz qui se l’est homologué. En effet c’est lui qui était équipé du Martel correspondant à la bande du radar, les trois autres étant équipés pour les systèmes sol-air. Il n’y a plus eu d’autres missions avec tir réel, le détachement s’est pérennisé jusqu’à mars 1987. Le 30 avril 1987 le 3/3  » Ardennes  » quittait le Jaguar après dix années pour être équipés de Mirage III E rendus disponibles par la transformation de la 4ème Escadre de chasse sur Mirage 2000 N. Mais le problème Martel en Afrique restait entier et c’est au 2/11  » Vosges  » qu’a été dévolue cette mission (le 2/11  » Vosges  » étant l’escadron de contre-mesures offensives, il était normal que cette mission vienne compléter sa panoplie). D’ailleurs cinq pilotes du 3/3  » Ardennes  » et quelques mécaniciens spécialistes du missile ont été versés au 2/11  » Vosges à cette occasion.

Le contrat était d’être opérationnel Martel par le 2/11  » Vosges  » au 1er septembre, mais grâce à un travail acharné, il le fut dès le 15 août. Bien lui en a pris car dès le 7 septembre il a fallu repartir à BANGUI avec les Martel car la phase finale de la reconquête du Nord du TCHAD était engagée par Hissène Habré avec l’aide de la France. La chose allant très vite, il ne fut pas nécessaire de rester longtemps et tout le monde rentra en France le 19 octobre 1987. Pour la petite histoire et en conclusion, les trois cellules Martel qui ont été mises en place l’ont toujours été avec votre serviteur et à chaque fois le C 135 F d’accompagnement (pour la mise en place) a été le CB avec le Capitaine Paille comme Commandant de bord ( un ancien de la 3ème Escadre de chasse à LAHR).

Radar Flat-Face
Radar Flat-Face

Il y a quelquefois des choses…

Autre point, pour la première fois au cours de la mise en place qui a précédé le tir réel, des avions du 3/3  » Ardennes  » ont pris part à la relève (en effet les détam en Afrique étaient toujours effectués par des avions de la 11 ème Escadre de chasse que les mécaniciens du 3/3  » Ardennes  » allaient préparer le Martel au GERMAS de TOUL avant les convoyages). Il s’agissait des A 16 et A 23, le A16 est celui qui a tiré l’AN 52 réelle à MURUROA. En décembre 1986, chef de détam, j’avais choisi pour faire la mission en leader cet avion et j’avais fait préparer en secret par les mécaniciens un pochoir représentant un champignon atomique et un martel car depuis les débuts de l’aéronautique aucun avion n’avait eu à effectuer ces deux types de missions. Il fallait que ce fût un français. Le couple JAGUAR – MARTEL est une véritable histoire d’amour, mais la suite je la développerai sur la plaquette des 30 ans du JAGUAR.

La petite histoire

Pour compléter cette histoire et tous les détails que seul Tonio est capable de donner, je voudrais rajouter ce qu’il s’est passé en marge de ce tir. C’est vrai qu’à cette époque le contexte politique est compliqué et preuve en est du nombre d’avions d’armes présents à N’Djamena : 12 Jaguar, 4 F1C et autant de F1CR. La France veut marquer le coup et frapper un objectif militaire. Deux options sont étudiées et préparées ; la 1 ère et celle qui fut réalisée fut ce tir Martel. Mais pour tirer un Martel, il faut que le radar émette ce qui n’était le cas qu’épisodiquement. Et c’est comme ça qu’en tant que chef de détachement des autres Jaguar, je reçus l’ordre de préparer une mission « spare », l’attaque d’un terrain d’aéroclub situé dans le Tibesti et sur lequel stationnaient des Macchi. 8 Jaguar armés chacun de deux paniers de 36 roquettes de 68 mm, à l’évidence on allait en faire du petit bois de ces Macchi.

L’Atlantic qui était aussi à N’Djamena avait décollé en avance et devait astiquer le 16 Nord pour intercepter les émissions des radars du terrain de Ouadi-Doum. Une heure limite avait été fixée et si aucune détection n’était perçue à ce moment, c’était la mission spare qui décollait. Le COMAIR, le LCL PECCAVY que j’avais eu comme commandant d’escadron au 2/11 était à bord de l’ATL et c’était à lui que revenait la responsabilité de déclencher la mission de frappe. A l’heure prévue toujours aucune détection de radar et normalement j’aurais dû partir. Au lieu de rentrer, il interpelle le commandant de bord de l’ATL « aujourd’hui, c’est mon anniversaire, on fait un dernier run ». Et c’est sur la branche retour du dernier run que les Libyens ont mis le Flat Face en route.

Je me souviens encore, être dans la salle d’OPS équipé avec mes 7 autres pilotes en train de regarder le chrono et les autres pilotes de la 3EC ; l’ambiance était particulière. Le compte à rebours était proche de la fin ; tout le monde était tendu, prêt à courir aux avions quand tout d’un coup, quelques minutes après ce qui aurait dû être le top départ pour moi, l’officier de permanence est entré brusquement dans la salle d’OPS en annonçant le mot code « Chalumeau » qui signifiait qu’une émission radar avait été captée. Et c’est ainsi que ce furent les pilotes du 3/3 qui se sont rués aux avions.

Chalumeau devrait rappeler des souvenirs à certains car c’était un mot code utilisé lors de certains exercices nucléaires ; c’est vrai que Peccavy venait de la 4EC, une escadre de M IIIE dont la mission principale était la mission nucléaire tactique.

Comme quoi l’histoire ne tient pas à un grand-chose ; une date anniversaire et à quelques minutes. Ce jour-là la chance n’était pas de mon côté.

Un aboutissement : la guerre du Golfe !

JAG A133 Guerre du Golfe 9

UN ABOUTISSEMENT : LA GUERRE DU GOLFE 

Un aboutissement : la guerre du Golfe ! Il s’agit maintenant de démontrer l’efficacité et l’adéquation de tout l’entrainement consenti pendant quatre années. Au niveau personnel, savoir si chacun est effectivement prêt mentalement et physiquement à subir la pression des événements et soutenir la tension des combats. La mémoire a tendance à lisser les événements et ne retenir que certains flashs. Pourtant à l’évocation de cette période, deux images me viennent spontanément à l’esprit : la première mission réalisée par le détachement sous le commandement du commandant Mansion et pour laquelle je n’ai été que spectateur ainsi que mon dernier vol avant le retour ou bercail.

Parking Daguet
Parking Daguet

C’est à travers les premières alertes de tir de Scud que nous allons prendre pleinement conscience du déclenchement des hostilités. Le ballet des premiers avions est impressionnant. Les pilotes dont nous avons pu suivre l’entraînement aux attaques terrain depuis plusieurs jours se rassemblent pour finaliser les derniers préparatifs. Je ne peux m’empêcher de repenser à l’émotion qui m’a saisi lorsque je les ai vus décoller ou petit matin. C’était un départ vers l’inconnu ; la situation tactique présentée par les officiers de renseignement avait de quoi inquiéter. Qu’est-ce qui les attend, combien vont en revenir ?

C’est en pleine préparation de notre mission que leur retour est annoncé : le compte n’y est pas mais nous apprenons avec soulagement que les avions manquants ont pu se dérouter. La résistance du Jaguar aux tirs missiles s’avérera frappante. L’intérêt d’un biréacteur est, si besoin était, encore une fois démontré. Deux autres avions touchés par du petit calibre se posent et le capitaine MAHAGNE, touché à la tête, ensanglanté, ne doit son salut qu’à quelques millimètres.

Tir SA-7
Tir SA-7

Ils ont vécu l’enfer mais tous reviennent soins et saufs. Conditions particulières pour préparer notre mission du lendemain. De manière surprenante, l’émotion est de courte durée ; ma curiosité est dorénavant satisfaite. Il s’agit alors de se concentrer sur la préparation de mission. Il reste à savoir si nous opérerons à très basse ou moyenne altitude.

Ce sera finalement une approche à 20 000 pieds. Pour l’AS 30 Laser, nous sommes déjà entrainés à un cas de tir en moyenne altitude et prêts à l’utiliser. Pour ce qui concerne les bombes de 250 kg lisses, les pilotes devront attendre un peu avant de se voir proposer un mode de tir adéquat et obtenir la précision nécessaire.

Dernière mission avant mon retour à Bordeaux. Je suis maintenu, quelques jours supplémentaires afin de réaliser une attaque AS 30 Laser sur les hangarettes avions du terrain de Shaibah. Cette mission apparait un peu plus complexe et dangereuse. Ainsi une protection de Mirage 2000 RDI et d’EF111 de I’USAF est-elle planifiée.

Tout se passe de manière nominale : je suis leader de la seconde PL. L’acquisition de l’objectif est facilitée par les excellentes conditions météorologiques et l’absence de fumées. Dans ce type d’attaque, le plus délicat est de trouver le DMPI alloué. J’obtiens la hangarette prévue en TV, le tir est réussi, la patrouille rassemblée et le retour au terrain se déroule sans aucun problème. Atterrissage, retour parking. La cassette AGL est aussitôt retirée pour être débriefée, copiée et transmise en métropole. Le débriefing complet de la mission va alors dévoiler d’autres aspects de ce vol.

Dès mon retour aux OPS, les pilotes qui ont débriefé le tir tiennent à me montrer la vidéo. Celle-ci permet de distinguer très nettement du personnel irakien se réfugiant dans le bâtiment au moment même de l’attaque des deux premiers Jaguar et ce, ironie du sort, juste avant l’explosion de mon propre missile.

Tir AS30
Tir AS30

La guerre prend alors une autre dimension. Jusqu’à présent, les morts que nous pouvions provoquer n’avaient qu’un aspect virtuel et aucun témoignage direct ne venait en attester. La précision des prises de vue réalisées par l’OM 40 permettait seulement de confirmer la destruction de matériel. Pour le reste, tout n’était alors que question de statistiques. Là, c’est différent ; tout est filmé. Parallèlement, le témoignage des pilotes des M2000 RDI confirme l’explosion à moyenne altitude d’un missile sol-air.

L’analyse fine de la cassette de mon n°2 montre en effet que je fais l’objet d’un tir SATCP (Sol Air Très Courte Portée) pendant la phase de dégagement. Heureusement, l’utilisation préventive des leurres a été efficace et confirme la très grande vulnérabilité du tireur pendant la phase de tir et d’illumination. Le danger zéro n’existe pas. Les nombreux tirs d’artillerie sol-air et de missiles sont là pour en attester. Je me remémore en cet instant le « discours du samouraï », comme nous l’appelions entre nous, subi quelques jours plus tôt. Il était destiné, à priori, à rassembler les énergies et préparer les pilotes à effectuer des missions plus dangereuses à très basse altitude dans le cadre de l’appui feu nécessaire lors de l’avancée des troupes ou sol.

Était-ce nécessaire, utile ? Difficile à dire. Cependant, il était déroutant de s’entendre dire qu’aucun appareil français n’ayant été abattu, cela prouvait la faiblesse des menaces voire l’absence de danger lors de ce conflit. Tout le monde en était sorti incrédule. Nouveau type de conflit, nouveaux profils de mission… La campagne aérienne a été intense et les moyens engagés ont effectivement d’emblée mis à mal la défense aérienne et sol-air irakienne. Mais, c’était faire peu de cas de tous les tirs de DCA que nous avions essuyés et des risques encourus. Le point commun entre ces deux souvenirs est une émotion particulière, une certaine forme d’appréhension par rapport à l’engagement initial de nos pilotes et le trouble face à la confirmation des victimes de mes propres tirs.

Ces émotions sont fugaces, vite ravalées ; chaque pilote doit être prêt à vivre ce genre de situation. On ne peut cependant pas y échapper lors d’un baptême du feu.

L’entrainement constitue alors un refuge, un repère ; l’esprit se tourne entièrement vers la préparation et l’exécution de la mission. Heureusement, seuls subsistent le stress et l’agressivité nécessaires.

Pur produit « Mud », mes trois années passées sur Tornado F3 o au 29 SQN de Coningsby à l’issue de la dissolution de l’EC 04.011 ont été riches en expérience. Avant de repartir pour la France, une question brûlait les lèvres du personnel de la RAF : savoir où se portait ma préférence, la défense aérienne ou l’attaque ou sol ?

Aucun doute possible : un entraînement hors pair lors de mon séjour en Grande-Bretagne (Red Flag, Mapple Flag, l’ACMI, campagne de tir à Chypre, tir de missile SkyFlash) mais pour ce qui concerne les opérations extérieures, mes six années sur Jaguar !

Lors de l’opération Deny Flight et sans vouloir minimiser leur importance, les missions de CAP n’étaient rendues vraiment « intéressantes » que lors d’accrochages des systèmes sol-air ou des activités « Air Présence » réalisées ou profit des troupes au sol.

Ces années sur Jaguar m’ont permis de vivre une expérience aéronautique et une aventure personnelle particulièrement riches que ne m’aurait pas pu m’offrir une autre affectation, un autre avion.

Seul regret, l’absence de remise à niveau importante du Jaguar qui aurait pallié certaines carences (motorisation, SNA, CME ou détecteur de menace…). Les améliorations apportées parfois tardivement peuvent paraitre dérisoires en regard des services rendus. Mais, sa capacité AGL lui aura permis de durer.

Ainsi, en tout lieu et toutes circonstances, dernièrement en BH, ou Kosovo, le Jaguar aura toujours démontré son efficacité et ses qualités de bête de guerre. Aujourd’hui les 3O ans du Jaguar. Puisse cette occasion faire revivre les moments forts de son histoire et de celle de tous les personnels qui ont signé ses heures de gloire.

LCL N….

ALBACETE : le rapport d’enquête

Site crash Albacete

 

Le rapport de la commission d’enquête est sorti fin Juillet dans une certaine indifférence, compte tenu de la période des vacances. Il m’a semblé important de le publier, ne serait ce que pour mettre fin à toutes les autres hypothèses qui auraient pu circuler. Pour ce faire, j’ai repris un article paru dans le « Piège » (la revue des anciens de l’École de l’Air) écrit par l’ancien rédacteur en chef d’Air et Cosmos, Jean Pierre Casamayou (avec son aimable autorisation).

Le rapport officiel sur l’accident  survenu le 26 janvier sur la base aérienne d’Albacete en Espagne a été rendu public à la fin du mois de juillet. Sept secondes après son décollage, un F-16D grec biplace qui participait à l’exercice interallié TLP (Tactical Leadership Programme) s’écrasait sur un parking où stationnaient plusieurs appareils français, italiens et américains avec leurs équipages et mécaniciens.

Cet accident, qui a fortement touché l’Armée de l’air, avait entraîné de décès de neuf aviateurs, de très graves blessures à sept autres et des blessures plus légères à quatorze autres. On déplorait également la destruction d’un Mirage 2000D et d’un AlphaJet, de graves dommages sur un autre Mirage 2000D et un AlphaJet (hors service), avec des dommages plus légers sur un Rafale. Outre les pertes françaises, on déplorait la mort des deux pilotes du F-16D, de graves blessures pour douze Italiens, deux AMX italiens touchés (dont un détruit) et un F-15E américain endommagé.

Selon le rapport d’enquête international, la cause principale de l’accident est un décollage avec le compensateur de lacet braqué à fond « par inadvertance » vers la droite (12°). De ce fait le pilote n’a pu remettre en ligne de vol son F-16 parti en brusque dérapage avec un fort roulis induit vers la droite dès le décollage. « Le comportement du pilote fut celui que l’on pouvait attendre de la part d’un pilote moyen, en tenant compte de la faible altitude, de la masse élevée, du taux de roulis important et du temps de réaction très limité », notent les enquêteurs qui estiment en outre que la raison la plus probable de ce braquage intempestif est « le déplacement d’un objet entre le bouton de commande du trim et son arceau de sécurité »

Comme le veut la procédure, l’équipage a bien effectué la check-list “avant décollage” au cours de laquelle les commandes des compensateurs situées à l’arrière de la console gauche du F-16 (mais hors du champ visuel du pilote) et protégées par des arceaux de sécurité, sont vérifiées. Une minute après la fin de cette vérification, alors que l’avion attend avant le roulage vers le point de manœuvre (il s’écoule 20 minutes entre cette vérification et le décollage), l’enregistreur de vol note une légère rotation du compensateur de roulis et une très forte rotation (maximum vers la droite) du compensateur de lacet. Il est probable que cette double rotation a été causée par le mouvement d’une carte ou d’une des check-lists (le pilote était en possession de trois carnets de procédures pour cet exercice) posée sur cette console (voir photos).

Trim du F16
Trim du F16
Les molettes des compensateurs
Les molettes des compensateurs

Probable explication du braquage “par inadvertance” des compensateurs par une check-list qui entraîne la rotation des deux molettes des compensateurs.

Jean Pierre CASAMAYOU

Pour ceux qui veulent lire le rapport complet, le document PdF ci-joint

[gview file= »https://www.pilote-chasse-11ec.com/wp-content/uploads/2015/10/SIB-REPORT-FINAL_FR.pdf »]

Quelques photos

Chevalier du ciel devant sa monture

Quelques photos

Pour commencer cet article, une série de 3 dessins venant probablement de cahiers de marche.

Chaud !
Chaud !
Pour bien comprendre les biffins
Pour bien comprendre les biffins
Vu le code barre !
Vu le code barre !

Une photo récupérée sur le net pour une  séquence nostalgie avec l’atterrissage du dernier Jaguar à Chateaudun.

Dernier vol JAGUAR
Dernier vol JAGUAR

Une configuration très peu utilisée sur Jaguar ; les bidons spéciaux. Cette photo a été prise à Cazaux début 78 (les spécialistes préciseront) pour une démonstration sur le champ de tir de Calamar au profit du ministre de la défense Chinoise. La veille, lors de la répétition, la  météo n’était pas fameuse et le leader a eu du mal à voir les cibles ; il faut aussi dire que l’approche et le tir se faisaient à moins de 100 feet. Les 3 équipiers étaient en quasi patrouille serrée et attendaient le top de tir ; une situation pas très confortable. Et lorsque le leader voyant qu’il était mal aligné et qu’il ne pourrait pas tirer sur la bonne cible annonça « on ne tire pas ! » , les autres pilotes prirent le début de la transmission radio pour le top tir et… les bidons finirent dans le lac de Cazaux. Tout ça devant les yeux du grand YAKA ; le débriefing fut sanglant !

Jaguar avec des bidons spéciaux
Jaguar avec des bidons spéciaux
Résultat du tir.
Résultat du tir.

Le passage de témoin entre Jaguar et les chasseurs aux yeux bleus de la 2EC.

RVT Mirage 2000 et Jaguar
RVT Mirage 2000 et Jaguar
Jaguar Mirage 2000
Jaguar Mirage 2000
Le grand retour
Le grand retour

Et pour finir une vue du PC de l’opération Lamentin ; pour être exact, il manque quand même le télétype délivrant les messages en 3 exemplaires. On n’ose pas comparer avec ce qui se fait aujourd’hui…

PC Lamentin
PC Lamentin

Une vue du parking lors de la même opération ; ah, les Grises

Parking Dakar
Parking Dakar

ET QUE ÇA SAUTE, TROISIÈME

Le F100 42112, encore entier

 

Denis TURINA fait partie du club très fermé des pilotes qui se sont éjectés 3 fois ; il nous raconte ici la dernière et non la moindre.

Escadron de chasse 2/11 « Vosges »
F-100 n° 42122 – 11-MC
26 mai 1975,
Région de Waldkirch (Forêt Noire, Allemagne).

Photo d'époque... du 1/11
Photo d’époque… du 1/11

La piste de Toul est en réfection et, pour quelques semaines, notre escadron campe à Nancy-Ochey sur la marguerite, la zone de desserrement, Nord-est.

Ce 26 mai, je décolle pour un vol de navigation à très basse altitude au profit d’un jeune pilote à l’instruction. Pour sortir des sentiers battus et augmenter un peu la difficulté, nous avons programmé de survoler la République Fédérale d’Allemagne (RFA) sans, bien sûr, nous approcher du rideau de fer qui est toujours actif et bien présent.

Ayant eu la chance d’être vacciné très tôt contre les aléas du vol, à chaque installation dans un avion je pars du principe que je serai peut-être amené à rentrer à pieds ou par un autre moyen de transport que celui dans lequel je m’assieds. Comme d’habitude, je prends donc le temps de mettre en bonne position et de bien caler le paquetage qui sert de coussin pour le siège éjectable. Ce paquetage, qui contient les moyens de survie du pilote, est prévu pour les survols maritimes. Il équipe en permanence cet avion qui, comme tous les avions ravitaillables en vol, peut être désigné pour partir en Afrique sur coup de sifflet. Les autres F-100 sont généralement équipés du paquetage prévu pour les survols terrestres (sans canot pneumatique) plus confortable et mieux adapté au baquet du siège éjectable sur lequel nous sommes assis.

C’est parti. Le jeune pilote est en position de leader et, chacun dans son avion, nous survolons ensemble la France à 600 pieds, 420 nœuds (180 m d’altitude, 780 Km/h de vitesse). Je dois assurer la surveillance du ciel pour éviter une collision avec un des nombreux aéronefs qui survolent l’Est de la France et l’Allemagne, surveiller la navigation pour respecter les zones réglementées et être en mesure de restituer avec précision le trajet que nous allons suivre. De quoi rester vigilant.

Passage du Rhin, contact avec l’organisme de contrôle français pour lui signaler que nous franchissons la frontière, changement de carte, et nous commençons à « escalader » la Forêt Noire.

Un coup de canon éclate à l’arrière. Je pars dans les bretelles du harnais qui me lient à l’avion. C’est un vrai coup de frein. Des bruits et des vibrations, très forts, arrivent de partout. L’adrénaline coule à flots…

Instinctivement je tire sur le manche pour prendre de l’altitude, je réduis le régime du moteur et vire vers le Nord en direction de la base aérienne de Lahr, qui est à moins de 5 minutes de vol. Je pense être entré en collision avec un planeur ou avec un autre avion et j’essaie, sans succès, de prévenir mon équipier par la radio qui me semble hors service.

Dans la cabine, les alarmes des circuits électriques, l’alternatif et le continu, sont allumées. La température tuyère est très au-dessus de la normale et la lampe « Feu tuyère » est allumée. Contre toute raison je décide que, compte tenu des problèmes électriques, les indications de feu et de température ne sont pas fiables, que mes soucis viennent de la régulation du moteur qui continue de chanter et de vibrer, comme un marteau-piqueur. Mon souci devient alors de « recycler » le réacteur pour qu’il fonctionne à nouveau normalement.

Quelque part, au fond de moi, une petite voix me dit que je me trompe, mais j’ai tellement envie de rejoindre la piste de Lahr, que je ne veux rien entendre qui pourrait contrecarrer mes projets.

Pendant ce temps, l’altitude que j’avais atteinte sur mon élan commence à diminuer. La vitesse diminue elle aussi, et le bruit de canon du compresseur qui a décroché est toujours là. Je réduis les gaz à fond, passe le régulateur moteur sur « Secours » et avance la manette des gaz, doucement, très doucement, dans l’espoir que le moteur va reprendre son fonctionnement normal. Aucune amélioration.

Ni la base de Lahr, ni mon équipier, ni personne d’autre n’a répondu à mes appels sur la fréquence de détresse. Je commence à me sentir bien seul, au moment où les sapins de la Forêt Noire grossissent dans la verrière. Je décide alors de couper le réacteur et d’essayer de le rallumer pendant que l’altitude restante le permet. La petite voix me dit que je suis devenu fou, que l’avion aurait déjà dû exploser, mais je ne veux pas l’entendre.

Je coupe le réacteur en espérant que la température tuyère va descendre pour me permettre de rallumer sans trop de risque, mais de la fumée sort sous le tableau de bord. Je ne peux plus lire les instruments. C’est à cet instant seulement que je réalise la gravité de la situation et la bêtise de mon aveuglement.

Un rapide coup d’œil vers le bas me montre de la forêt. Aucune habitation n’est dans mon champ de vision, il n’y a donc aucun risque de faire de gros dégâts au sol. Je relève les accoudoirs du siège éjectable et actionne les détentes de mise à feu. Départ stressé, en catastrophe, avec le sentiment d’avoir outrepassé les consignes et de partir trop tard. Je sentais les morceaux de ferraille de l’avion qui explose, me rentrer dans les fesses.

La sortie se fait sans rideau devant les yeux. Je vois l’avion qui s’éloigne en rétrécissant, spectacle rassurant. Il est suivi par des gerbes d’étincelles de métal en fusion et par une grosse fumée noire.

Je n’ai pas été transformé en chaleur et en lumière, et le moteur avait bien un gros problème.

Coup d’œil en bas, c’est la Forêt Noire. Je ne vois ni signe de vie, ni habitation à proximité. Je me sens rassuré quant aux dégâts au sol.

Coup d’œil en haut, j’ai un coup au moral. Le siège est emmailloté dans le parachute qui n’est ouvert qu’à moitié. La voile est brûlée et déchirée par endroits. Une double coupole presque symétrique ne me pousse pas non plus à l’optimisme. Il va falloir faire quelque chose.

Je jette un coup d’œil en bas. Je m’estime à environ 500 m du sol et c’est mal pavé. Je vois de la forêt, des zones un peu déboisées, des souches, de la pente, un chemin forestier. Le vent est très faible.

Un gros sentiment de colère et de ras-le-bol m’envahit.

– « Encore une fois »

avec, en plus, le sentiment de ne pas avoir bien compris tout ce qui m’arrive. Je pense au débriefing. Je n’aurai pas grand-chose à dire.
– « Aurait pu mieux faire ! ».
– « Bof, je suis commandant en second d’escadron. Si on me cherche des poux je saurai me défendre.
Pourvu que mon équipier n’ait pas de problèmes au-dessus de l’Allemagne et rentre à la maison
normalement ».

Coup d’œil en bas :

– « Où est mon avion ? ».

Je le vois. Il plonge vers le sol et s’écrase dans la forêt. Pas de bobo de ce côté-là.

– « Ce n’est pas tout, mais la journée n’est pas finie ».

J’ai en mémoire des histoires de pilotes que l’on a retrouvés blessés ou tués par leur siège qui ne s’était pas séparé correctement du parachute.

– « Il faut que je vire ce siège »

Je commence à grimper dans les suspentes, le siège ne bouge pas. Il semble avoir traversé la voile et parait bien ficelé. La voile est complètement déformée, la vitesse de descente me parait forte. Je fais une deuxième tentative, puis une troisième, sans plus de succès. Je comprends qu’il me faudra faire avec et arriver au sol comme ça.

Une grosse colère me prend, née d’un sentiment d’injustice.

– « Je suis intact au bout de mes suspentes et je vais probablement me casser en arrivant au sol. Peut-être que, si je prends le siège sur la tête, je vais même y laisser ma peau.
C’est trop injuste ».

J’ai une pensée éclair pour ma famille. Nous attendons notre troisième enfant. Une pensée pour le ciel, qui m’abandonne. J’ai l’impression d’être un peu « faux cul », si je fais une prière maintenant.

Une pensée plus pragmatique arrive.

– « L’heure n’est ni à la philosophie, ni à l’attendrissement, mais à l’action. Où me poser ?
Dans les sapins qui pourront amortir l’impact au sol, mais aussi servir d’entonnoir pour amener le siège sur ma tête ? Dans les zones un peu déboisées, mais où les souches, que je commence à bien distinguer, peuvent faire très mal ? Sur le chemin forestier, là où le sol est à peu près plat et où on pourra me secourir plus facilement ? ».

J’en oublie de larguer le paquetage de survie.

Je jette un coup d’œil en bas, tractionne pour contrôler le parachute et essayer encore de libérer le siège. La descente est vraiment très rapide et je n’arrive pas à me diriger. Dans les 100 derniers mètres, le sol me saute littéralement dessus. Je comprends et j’ai le pressentiment que c’est probablement la fin de la partie. À cette vitesse-là, je ne peux pas m’en sortir.

La résignation fait place à la colère. Avec ou sans le siège sur la tête, c’est fichu.

Je deviens très calme. Je cherche ce que je peux faire de ces dernières secondes. Je pense très vite :

– « Je n’ai que 35 ans, il me restait encore beaucoup de choses à faire …C’est trop c… Je ne vais même pas me planter sur le sol français… ».

Puis :

– « Tout d’abord, le pire n’est jamais sûr et j’ai environ 350 sauts en parachute à mon actif… Je peux amortir le coup. J’ai peur… Je vais avoir mal. »

– « Je suis prêt à tout, mais je ne veux pas finir comme un légume… »

– « Je dois prendre la position d’atterrissage que je connais bien et la tenir jusqu’à l’impact.
Serrer les jambes   et, au besoin, casser le bas de mon corps pour essayer de préserver le haut.
Je ne vois rien d’autre à faire. Mais je vais avoir très mal. »

En « courte finale », je vois que je vais arriver en bordure du chemin forestier et que ce n’est peut-être pas si mauvais que ça pour les secours. Le sol arrive très vite. C’est la fin. Je me concentre sur la position et j’attends. Instants très désagréables que je cherche à positiver.

– « À la vitesse à laquelle j’arrive, ça ne sera pas long ».

– « Où est-ce que je vais avoir mal ? ».

– « Qu’est-ce que je peux emporter ? – Une dernière vision de la terre. »

– « C’est maintenant. J’y suis… Peut-être que je vais bientôt SAVOIR ».

– « J’ai toujours en mémoire l’image du chemin et des cailloux qui ont « accueilli » mes chaussures. »

– « Une douleur, énorme, dans le dos. Une douleur, très vive, à la main droite. Une douleur sourde à la cheville gauche, une douleur et du sang sur le genou droit. Du sang qui tombe, goutte à goutte, de ma tête sur mon pantalon anti-g. »

– « Mon casque a été arraché. Je vois et je respire. Je suis « empilé », en boule, recouvert par mon parachute. Une première pensée consciente émerge doucement :

– « J’ai mal, donc je suis vivant ».

– « J’ai l’impression d’être plus ou moins conscient et que mon cerveau fonctionne comme s’il devait entraîner un énorme volant d’inertie. Les pensées se forment lentement et se précisent, après. »

 – « Toujours cette douleur, partout, mais surtout dans le dos. »

  – « Depuis combien de temps suis-je ici ? »
Je suis vivant, mais dans quel état ?  »

       Est-ce que je suis paralysé ? »

  – « Je me souviens d’histoires que l’on raconte. Des blessés amputés qui se plaignent de douleurs
aux membres qu’ils n’ont plus. »

  – « Je vais essayer de bouger ».

  – « Non, car j’ai la colonne vertébrale cassée. Oui, car je suis en Allemagne. Si les secours arrivent je ne les verrai pas et comme, en plus, je ne parle pas leur langue, je ne pourrai pas leur faire comprendre qu’il ne faut pas me toucher. Quand ils enlèveront le parachute qui me recouvre et me « déplieront », là, je serai paralysé, même si je ne le suis pas encore ».

De mon bras valide je dégage doucement le parachute et je vois des arbres. Une grosse bouffée de plaisir me calme et me rassure. Je me dégage un peu plus du parachute sans trop bouger mon buste et je vois que je suis au bord du chemin. Puis, JE ME REPOSE. Je ressens toujours cette douleur dans la colonne et à la main.

– « Et si je m’allongeais sur le chemin, ce serait plus facile pour les secours ».

– « Les secours ? Je n’ai pas entendu repasser l’avion de mon équipier. Il était devant moi, sans doute n’a-t-il rien vu, ni pu alerter qui que ce soit. Heureusement, l’épave fume. Elle est assez loin mais les habitants du coin savent qu’il y a eu un accident.».

– « Nous sommes en début d’après-midi, je ne passerai pas la nuit dehors ».

Je réfléchis :

– « Il faut que je m’approche du chemin pour que l’on me voie du ciel ».

Je commence à bouger le buste et à envisager de me traîner au milieu du chemin pour pouvoir être vu et pour me signaler. Je bascule doucement sur le côté. La douleur est très forte.

Je prends un fumigène et cache, à même ma peau, les fréquences confidentielles et codées que nous utilisons. J’attrape un morceau du parachute et, en m’appuyant sur mon coude valide, je commence à ramper comme je peux, sur le chemin. Je fais deux ou trois mètres. La douleur est forte mais pas plus que quand je reste immobile.

Arrivé au milieu du chemin, je m’allonge complètement sur le dos. Un morceau du parachute est visible du ciel. J’essaye de remuer les jambes, pour voir. Je n’y arrive pas, c’est trop douloureux, mais j’arrive à remuer un peu les pieds. Je reprends confiance.

– « Je ne peux pas être paralysé car j’ai trop mal aux jambes et je bouge mes pieds ».

– « J’ai l’impression d’avoir fait ce que je devais faire. JE ME REPOSE et j’attends ».

– « Un bruit de moteur de voiture, un peu lointain. Des oiseaux qui chantent ».

– « Si ce n’est la douleur, très forte, qui me tord le corps, la situation n’est pas trop mauvaise ».

– « J’entends le bruit du moteur qui se rapproche ». 

– « J’actionne le fumigène et je respire un grand coup. Les secours arrivent ».

Deux forestiers s’approchent, à pied, à travers bois. Ils avaient vu le parachute et s’étaient mis en marche. Ils viennent de voir le fumigène rouge. Ils ont une trousse de premier secours très bien équipée. Dans un anglais approximatif, je leur explique qu’il ne faut pas me bouger. Ils me répondent qu’ils ont une formation de secouriste et savent relever leurs camarades qui chutent des arbres. Ils me semblent compétents et commencent à panser les plaies de la tête et du genou. Ils me tiennent compagnie, avec gentillesse et sourires.

Rapidement arrive une voiture de police qui, par radio, guide une ambulance. Je me sens entre de bonnes mains, en confiance et JE ME REPOSE.

Embarquement dans l’ambulance, radios et coutures de mes plaies à l’hôpital de Waldkirch.

Un médecin, qui avait probablement appris le français au début des années 40, m’explique que je ne suis pas transportable et que je vais être hospitalisé sur place, probablement pour quelques semaines. Tout ça me parait secondaire.

Trois mois de plâtre, six mois d’état-major, dont deux comme chef de centre à Val d’Isère, un mois à Aulnat pour découvrir et apprendre les bases du métier de moniteur, avant de rejoindre l’École de l’air à Salon de Provence comme commandant d’escadron sur Fouga, sans siège éjectable (of course).

Denis TURINA

Wadkirch 2014-12-01

Denis a eu la gentillesse de m’envoyer les mails qu’il a échangé avec les témoins directs de l’accident que je joins ci-dessous.

———————————————————————————————–

Extraits de courriers échangés avec Mr Klaus RECHNER. Contact pris par l’intermédiaire de Simone BECCO (aeromed.fr)

Bonjour M. Turina,
many thanks for the reports and the very interesting photos.
Now I can imagine it. Crazy how close the seat came down, very dangerous.
A friend of mine has translated the text from the newspaper into french, so I hope you can handle it now. But they made a fault in the Freiburg-Newspaper by telling you came from Colmar (Meyenheim BA132) and not from (Nancy-Ochey BA133) as you told it by your own. By the way, my name is Klaus RECHNER and not Mr. Kaufhold, who´s only sending the emails for me. May I ask a final question? Are there also photos of the crash site?

Please find attached the translation and some photos of the area.

mes sincères salutations

———————————————–

Klaus

Dear Simone, dear Mr Kaufhold, Thank you for being interested in the story of the F 100 accident near Fribourg. I don’t speak any correct german word, and my english is very poor. So, I send you some lines about this accident, a comparison between the F 100 and the Mirage III, and other souvenirs, in french…

SincerelyDenis

————————————————

Bonjour Denis,
thanks for the informations about the Bremgarten Airbase and Mr Herbert NITZ. I phoned him and he was very surprised to hear about you, because his information was: first you came to the hospital of Waldkirch, then, because you were very seriously injured, you came to the University Hospital of Freiburg, and there you died !!! He is very happy to learn that you’re still alive. He spontaneously explained that he is willing to show me the landing site and to tell me his part of the story. He worked in the sawmill of Siensbach (not in the forest) and heard two jets above him. The sound of the second jet sounded strange and wherefore he looked into the sky. He saw exactly the moment when you bailed out of the plane. He ran to his neighbor Mr. Nopper, who worked in the potato field with his wife. Mr. Nopper who also had seen it , quickly took his car and they drove from Siensbach into the forest. They found you approximately lying there, where he is showing in the photo. He remembered that you fired a flare gun (red light) and did not want to be moved because of your back. On the other photos you can see the cave (grotto) of the Virgin Mary statue, it is about 200-300 meters away from your landing site, as well as the home of Mr. Nitz near the sawmill. A question or request. Mr. NITZ can’t remember that he mentioned his name and his birth data to any official person. Would it be possible to receive this part of the accident report witch you mentioned ? See you soon.

Mes sincères salutions

Klaus

————————————————-

Bonjour Klaus,
Thank-you very much for the photos. They are good souvenirs for me.
Yes, the F-100 n°42174 is from the squadron « 1/11 ROUSSILLON » as the n°42150. The emblem is the one of the comedy flight. The emblem of the « tragedy » flight is on the over side of the rudder. We were located at the « middle round tarmac » of the base.
The 2/11 « VOSGES » squadron was located at the « south round tarmac ». At the north one, was located a helicopter (H 34) squadron, before he lives to Saint Dizier, in 1966 or 67.
From a air military museum which has a part of the  of the accident report, I got the name of the man who took care of me with Mr Anton NOOPER. He his Mr Hebert NITZ, born in 1944. He mentionned a « cave of Siensbach » near the place I falled ???
Guten tag and have nice day
Denis

Lieu du crash
Lieu du crash
Lieu du crash
Lieu du crash
Turina après l'éjection
Turina après l’éjection
La chapelle
La chapelle

 

 

UCB : tir bombe

Tir bombe freinée

 

Quand on fouille dans ses archives, on trouve parfois de drôles de choses ou plutôt des choses surprenantes dans la mesure où on en avait quasiment oublié l’existence. C’est ce qui m’est arrivé avec les UCB ; on commence à les feuilleter et pour certaines parties c’est carrément une redécouverte.

Le JAGUAR étant un avion d’armes qui avait donc vocation à délivrer de l’armement, je vous propose aujourd’hui la partie relative au tir d’une bombe de 250 kg freinée en mode manuel, mais avec télémétrie. Séquence nostalgie pour ceux qui ont pratiqué et pour les autre, ,ils découvriront que c’était quand même tout un art que de tirer cet armement ; rien à voir avec tous les modes automatiques qui existent (heureusement) aujourd’hui.

Avant de voir la partie UCB, des réflexions qui sont tout à fait personnelles donc discutables. Opérationnellement, le tir réel présentait un réel danger pour les équipiers ; le parachute faisait en sorte que le tireur soit éloigné de la bombe au moment de l’explosion, mais « l’enveloppe clearence » (le volume dans lequel il ne fallait pas se trouver au moment de l’explosion à cause des risques de prendre des éclats) était telle qu’elle imposait à l’équipier d’être très près du tireur, ce qui en temps réel représentait une contrainte énorme. Ensuite, il était très difficile de faire but avec ce type de bombes ; j’en veux pour preuve, le « bunker à Clément ADER » du champ de tir de Captieux qui a résisté à des générations de pilotes lors de tirs réels pourtant exécutés dans des conditions nominales ; l’emplacement était connu, reconnu, il n’y avait pas de défense,… . Les bombes explosaient pas très loin mais jamais au but, jusqu’au jour un jeune pilote (un ORSA de surcroit) mit sa bombe pleine cible et détruit le fameux bunker.  Moments de flottement ; il n’y avait plus de cible et ce cas de figure n’avait pas été envisagé.

Tout d’abord la bombe en description version lisse ou freinée.

La 250 kg freinée
La 250 kg freinée

Un éclaté dans lequel on pourra reconnaitre le fameux « combiné MATRA » objet de bien de questions lors de l’ECAG2 (Examen de connaissance aéronautique générale N°2)

La 250 kg freinée suite
La 250 kg freinée suite

Tout ce qu’il y avait en cabine ; remarquez la complexité du « head up »

LA conduite de tir
LA conduite de tir

Et c’est parti ! La séquence de tir en 2 planches ; du grand art et cerise sur le gâteau cette fois il y a du vent de travers. Il faut noter la nécessité de faire correspondre l’altitude (allumage du voyant vert) avec la distance prévue pour le tir. Quand on vous disait que c’était du grand art !

Séquence de tir
Séquence de tir

Finalement, c’était très simple…

La séquence de tir suite
La séquence de tir suite

Pour ceux qui voudraient enrichir leur bibliothèque, toutes les planches en format PDF ; elles sont plus nettes.

[gview file= »https://www.pilote-chasse-11ec.com/wp-content/uploads/2015/09/Tir-bombe-.pdf »]

Comparaison entre Mirage III et F 100

F100 - Mirage III

La différence entre les enfants et les adultes, c’est le prix de leurs jouets !

En février 1968, après avoir volé plus de 300 heures sur F-100, il est temps pour moi d’aller tâter du mythique MIRAGE III. Dans l’Armée de l’Air française de ces temps anciens, un pilote de chasse ne peut être qu’un pilote de Défense Aérienne (D.A.)- Quelques humains peuvent, bien sûr, piloter des avions d’armes, mêmes supersoniques. S’ils ne les pilotent pas au sein une escadre de Défense Aérienne, ils ne sont pas vraiment considérés comme des pilotes de chasse. Les « mud movers » ne sont pas encore nés et les malheureux, qui prennent quand même l’alerte de D.A. mais volent sur des avions, qui plus est américains, et dont la mission principale est la destruction de cibles au sol, sont considérés au mieux comme des laboureurs. Dans le monde des pilotes de chasse, les vrais, ils n’existent pas. Depuis que Georges GYNEMER, héros légendaire, est tombé en plein ciel de gloire le 11 septembre 1917, c’est comme ça!

Nous sommes très au fait de cette situation quand, par faveur spéciale, nous sommes admis dans le sanctuaire des pilotes de chasse : la 2ème escadre DE CHASSE, à DUON, pour y apprendre à domestiquer le MIRAGE III. C’était juste avant mai 1968.

Aujourd’hui, en 2007, après les exploits des pilotes de JAGUAR et autres MIRAGE 2000 D ou N qui ont « délivré » des tonnes de munitions dans des conditions souvent dramatiques, je suppose que les choses ont bien changé… Ceci étant dit, mon séjour à l’escadron de chasse 2/2 « Côte d’or » ne m’a laissé que de bons souvenirs. Les instructeurs étaient dans les mêmes tranches d’âge et de grade que les stagiaires. On y travaillait très sérieusement, dans une ambiance de bonne camaraderie.

Trente ans plus tard j’ai retrouvé Vincent, l’instructeur qui m’a lâché sur Mirage. Il était chef pilote à l’aéro-dub alpin, à Tallard, et il m’a lâché comme pilote remorqueur de planeurs.

Comparé au F-100, le MIRAGE III est petit, mais c’est un avion qui peut voler à Mach 2, deux fois la vitesse du son.

Le F-100 est imposant, robuste, rustique, lourd. Il pèse quinze tonnes, sans charges extérieures, vingt tonnes, à la masse maximum. C’est un chasseur-bombardier qui a pu être comparé à un char, un gros camion, ou une locomotive à vapeur. Il a été conçu pour transporter et tirer principalement des munitions air-sol, lourdes et nombreuses.

Il   prend   aussi,   l’alerte de défense Aérienne, avec quatre canons et deux « Sidewinders ».

L’avion est rustique. Par exemple, il ne possède pas d’indication précise du fonctionnement de la post-combustion (P.C.) : « Ne vous inquiétez pas. Quand elle fonctionne, vous le savez ». Il faut dire que la P.C. est à peine régulée et que, à la différence de la plupart de celles que nous connaissons aujourd’hui, elle s’enclenche à la puissance maximum. La poussée du moteur passe brutalement de 10.200 livres à 16.000 livres. Le coup de pied au c… est net, le débitmètre s’en donne à cœur joie, « ça décoiffe, ça …déchire ».

Pas d’indicateur non plus pour donner la position des volets de courbure « Vérifiez bien en regardant dans le rétroviseur ».
En 1966, la manette de commande des volets n’a que deux positions ; rentrés pour le décollage et le vol, ou sortis pour l’atterrissage.

Quand nous décollons avec quatre réservoirs supplémentaires, l’avion est très lourd et il nous faut mettre les volets sur une position « décollage », repérée par un trait de peinture sur le fuselage. Pour y arriver, le mécano de piste nous fait signe de sortir les volets en position « atterrissage » (pleins volets) puis de les rentrer. Pendant le mouvement de rentrée, sur un panneau à gauche dans la cabine, le pilote saisit le « breaker flaps » entre ses doigts. Quand les volets arrivent au niveau du repère peint sur le fuselage, le mécano lève la main. Le pilote tire le breaker vers le haut, coupant ainsi le circuit de commande. Les volets restent bloqués dans la bonne position. Après le décollage, il suffit au pilote d’enfoncer, sans pouvoir le regarder, le breaker qu’il sent dépasser au milieu des autres. Les volets rentrent alors complètement et le vol peut se poursuivre normalement.

Quelques années plus tard, les P.C. seront mieux régulées et une position « décollage » sera installée sur le circuit de commande des volets. Tous les décollages se feront avec « un cran ». Le F-100 est un avion de guerre, parfaitement adapté à sa mission.

Le Mirage IIIE est, lui aussi, un avion « multi rôles » porté par une aile triangulaire, une aile delta qui lui permet d’assurer toutes ses missions. Missions d’attaque air-air, contre d’autres avions, à très haute altitude (plus de 15.000 mètres) et à très grande vitesse (Mach 2), ou missions d’attaque air-sol, avec de l’armement classique ou nucléaire.

Ces missions air/sol comportent des branches de navigation à haute et à basse altitude, qu’il peut effectuer, de jour comme de nuit et par tous les temps, grâce à son radar de bord. Pour un pilote de chasse, le MIRAGE III E est très attractif.

Ainsi préparés, après une semaine de cours au sol et quelques séances de simulateur de vol, nous sommes prêts pour effectuer notre premier vol sur la version biplace, le MIRAGE III-B.

Au briefing, l’instructeur nous a répété :

  • Après avoir lâché les freins, enclenchez la post-combustion (P.C.). Vérifiez l’allumage de la lampe rouge, « injection », puis le « pendulage » du tachymètre, puis l’allumage de la lampe jaune, « fonctionnement », et l’extinction de la lampe rouge. Mettez alors « C. maxinnum », en surveillant bien la température des gaz en sortie de tuyère, laT4.
  • Quand la vitesse atteint 100 kt (nœuds), tirez sur le manche pour « monter le nez » de l’avion et afficher 10 degrés d’assiette à la « boule ».
  • Quand la vitesse atteint 160 kt décollez l’avion, stabilisez l’assiette et rentrez le train. C’est tout.

Dans la réalité, au premier décollage, juste après le lâché des freins et pendant que nous maintenons, au pied, l’avion sur l’axe de la piste tout en surveillant l’allumage des lampes de la P.C., une voix forte en provenance du siège arrière se fait entendre. Le manche se déplace fermement et rapidement vers l’arrière.

L’avion quitte le sol et prend une assiette de près de 20°. Parmi toutes les sensations,   les   perturbations   et les émotions venant d’un peu partout que ressent le pilote, la voix de l’instructeur à la fois ferme et ironique se fait entendre : «  Ce n’est pas l’heure de dormir jeune homme, regardez la vitesse. Nous allons dépasser la vitesse limite de manœuvre du train d’atterrissage ».

L’accélération au décollage est phénoménale et c’est pourquoi, dans l’escadron de formation au pilotage du Mirage, tous les avions sont équipés de réservoirs pendulaires pour augmenter la traînée et, ainsi, la durée du décollage, autant que l’autonomie. Quelques dizaines d’heures de vol plus tard, le même pilote, décollant pour une mission d’entraînement avec un avion lisse (sans charge extérieure) et poussant fermement en avant la manette des gaz, à la main, se désole de ne pas pouvoir la pousser avec le pied pour augmenter la puissance. Il peste contre cette fichue charrue, lente et sous motorisée qu’il doit utiliser pour intercepter, à haute altitude, l’objet volant qui lui a été désigné comme cible.

L’aile delta est quand même un peu spéciale.

A basse vitesse c’est, en elle-même, un aérofrein. A grande vitesse, sa traînée est faible. Dans la cabine, comme dans celle du F-100, il n’y a pas d’indicateur de position des volets, parce que, sur Mirage, il n’y a pas de volets. La même aile, sans aucun dispositif aérodynamique tel que volets hypersustentateurs ou becs de bord d’attaque, permet de faire évoluer l’avion de la vitesse zéro, à Mach 2. Sur Mirage III, il existe une vitesse magique. C’est 200 kt (370 km/h). A moins de 200 kt l’avion, le nez haut, ressemble à une pierre qui tombe sur une trajectoire à peine contrôlable. Si le réacteur n’est pas à pleine puissance, le taux de descente est très fort. Si le réacteur est à pleine puissance, le taux de descente reste fort, mais acceptable.

Pour arrêter la descente, il faut mettre la P.C. ou augmenter d’abord la vitesse.

A 200kt la vitesse du Mirage III est aussi facile à contrôler que la  trajectoire d’une savonnette mouillée sur une toile cirée augmentant la puissance, l’incidence diminue et il est facile de gagner 20 à 30 kt. En diminuant la puissance, l’avion s’enfonce avec un taux de chute impressionnant.

Bien évidemment, la vitesse d’atterrissage est juste en dessous de 200 kt. Sur un avion lisse, sans charge extérieure, la préoccupation du pilote au décollage, est de rentrer te train d’atterrissage avant que la vitesse limite autorisée pour la manœuvre soit atteinte. La vitesse de décollage est de 160 kt, la vitesse limite de manœuvre est de 240 kt, la rentrée du train demande 7 secondes. Il n’y a pas de temps à perdre. Par exemple, sur une piste standard, longue de 2.400 mètres, la vitesse de l’avion atteint déjà 300 kt (575 km/h), quand il survole la fin de la piste. A l’atterrissage, la préoccupation du pilote est le contrôle de la vitesse, du taux de descente et de la puissance du moteur, qui sont très sensibles et très liés dans ce cas de vol.

Sur un avion lourd, avec plusieurs charges extérieures, la préoccupation du pilote au décollage, est l’accélération au sol. Sa main gauche, qui bloque la manette des gaz à fond en avant, a trois doigts tendus face« aux poussoirs de « largage    détresse »    des charges extérieures, au cas où. Sa main droite se fait très sensible pour positionner le manche en souplesse et avec précision.

La vitesse de décollage est supérieure à 200kt (370 km/h), car il n’y a pas de dispositif qui permet d’augmenter la portance de l’aile. L’accélération est juste suffisante. L’été, sur une piste standard, cette vitesse est atteinte à 200 mètres seulement de l’extrémité du béton. La « marge d’erreur » pour la manœuvre est réduite à 2 secondes. Tout doit donc bien fonctionner sur ce mono réacteur et la rentrée du train doit se faire en souplesse car l’avion vole, mais « tout juste». Comme le disait un de mes bons camarades :

  • Tu pousses sur le manche, tu descends, tu tires sur le manche, tu descends.

A l’atterrissage, c’est aussi délicat car l’avion est toujours lourd, surtout s’il porte un gros missile ou des bombes d’entraînement qui augmentent sa masse et sa traînée.

Je me souviens du seul vrai conseil que nous donnions aux pilotes expérimentés qui volaient pour la première fois en emportant le « nouveau » missile anti­radar que nous venions de recevoir :

A l’atterrissage, ne te pose pas de question.   Quand   tu   arrives   « vent arrière », tu rentres les aérofreins, tu mets plein gaz, tu sors le train et tu gardes plein gaz jusqu’à ce que, dans ton dernier virage, tu sois à 90° de la piste. C’est seulement à ce moment-là que, si tu te sens vraiment haut, tu peux réduire un peu. Si tu sens que tu passes un peu bas, remet les ailes horizontales, enclenche la P.C., rentre le train et représente toi pour un nouvel atterrissage.

En approche finale, l’aile delta est un vrai aérofrein et l’assiette est très forte. L’avion est « assis» sur la poussée de son réacteur et la piste est masquée par la pointe avant du fuselage, qui pointe vers le ciel. Au toucher des roues, l’arrière du fuselage est seulement à une quinzaine de centimètres au-dessus du béton.

Pour vérifier la qualité des atterrissages et la « fatigue » des jambes de train, celles-ci supportent, sur leur partie arrière, de petites cales en plomb qui, quand l’atterrissage est trop rapide ou trop brutal, sont marquées ou écrasées par la structure de l’aile, car le train a reculé avant de reprendre sa place. De nuit, par vent de travers et sous la pluie, il arrive que poser un Mirage soit quelquefois « sportif » et excitant.

Comparer, en soi, le Mirage III et le F-100 n’est pas facile et ne veut peut-être pas dire grand-chose. Ces deux avions ont été conçus par des organismes différents, à des périodes différentes et pour des besoins différents.

Pour le pilote, ils sont aussi bien différents. Nous avions coutume de dire : – On s’installe dans un F-100 et on enfile un Mirage, comme une veste bien ajustée. Le Mirage est confortable, sa cabine est propre et bien finie. Rien ne dépasse. La cabine du F-100 manque de finition. Les combinaisons et les blousons de vol sont souvent déchirés par les extrémités des écrous et par les boulons qui dépassent de la structure. On voit des câblages et des fils électriques qui courent dans les « tripes » de la cabine. Pour mettre en route le réacteur du F-100 on utilise un petit camion, le MA 2, sur lequel est installé un petit réacteur qui fournit l’air comprimé nécessaire au démarrage du réacteur de l’avion. Le Mirage III E peut démarrer à l’aide de sa seule batterie.

Le Mirage est plus agréable à piloter que le F-100, mais il dispose de beaucoup moins de carburant. Il possède un radar de bord, mais le F-100 est ravitaillable en vol. Les circuits et les méthodes d’atterrissage sont différents eux aussi. Poser un Mirage est plus « artistique » que poser un F-100.

Le pilote de Mirage doit se battre en permanence avec l’angle d’incidence de l’avion et l’inertie du réacteur de son « aérofrein volant ». L’inertie de l’avion et l’inertie du moteur, ne sont pas faciles à combiner. Le contact avec le soi doit se faire en douceur pour ne pas endommager l’arrière du fuselage.

Tous les fuselages de Mirage montent des traces de frottement sur a piste. Après le toucher des roues sur Mirage, tout va bien. Le parachute de freinage, le freinage aérodynamique et les freins des roues sont fiables et efficaces.  Arrêter l’avion ne présente pas de difficulté.

Le F-100 est une locomotive. Si le pilote respecte le circuit d’atterrissage standard, tel qu’il a été prévu par les « cow boys », c’est-à-dire sans toucher à la manette des gaz entre l’arrivée au-dessus de l’entrée de la piste pour le « break », stable à 1500 pieds, 300 kt, et le toucher des roues, l’avion ne cherchera pas (trop) à en sortir. Comme toutes les locomotives, le F-100 n’est pas facile à arrêter. Le parachute de freinage n’est pas toujours très fiable, les freins ne sont guère efficaces et la poussée résiduelle du réacteur, au ralenti, est importante. Les choses sérieuses commencent quand les roues de l’avion touchent la piste. D’abord, le pilote réduit à fond le moteur et sort les aérofreins. Puis il laisse la roue avant prendre contact avec la piste. De cette manière, il peut enclencher le «nosewheel», système très pratique qui permet d’orienter la roue avant à l’aide du palonnier.

Quand le « nosewheel »  est enclenché, le pilote déclenche l’ouverture du parachute frein et rentre les volets d’atterrissage pour diminuer la portance ce qui charge les roues principales et augmente l’efficacité des freins. Ensuite il commence à freiner après avoir attendu que l’avion ait ralenti à la vitesse maximum autorisée pour le faire. Cette vitesse varie avec la masse de l’avion et doit être calculée pour chaque atterrissage.

Quand tout se passe bien, l’avion s’arrête sans problème et le pilote peut se détendre. Il arrive que le parachute ne s’ouvre pas, qu’il se déchire ou qu’il éclate à l’ouverture. Comme l’avion a les trois roues sur la piste, il n’y a plus de freinage aérodynamique et comme les volets sont rentrés, il n’est pratiquement plus possible de redécoller et de faire une nouvelle présentation. Immédiatement, le pilote doit couper le moteur pour éliminer la poussée résiduelle et attendre que la vitesse maximum de freinage, qu’il a calculée, soit atteinte. Comme le moteur est coupé, il n’y a plus de pression hydraulique et le « nosewheel » ne fonctionne plus.

Les freins sont alimentés par leur pompe de secours, qui fonctionne uniquement à l’aide de la batterie. Ils sont nettement moins  efficaces  qu’en fonctionnement normal.

De nuit, par vent de travers et sous la pluie, l’exercice « vaut le détour ». D’autres particularités? Sur F-100, à basse vitesse, Il peut être dangereux d’utiliser le gauchissement. L’inclinaison s’obtient à l’aide du palonnier, par roulis induit. De cette façon, on peut tourner un tonneau « aux grands angles ». La sortie de vrille se fait « manche au ventre » pour alimenter en air la dérive, jusqu’à l’arrêt de la rotation. Sur Mirage, la sortie de vrille se fait, en plaçant le manche sur un repère peint à l’intérieur, de chaque côté de la cabine. La vrille se transforme en « auto tonneaux », qu’il suffit d’arrêter.

Pour terminer, les anciens pilotes de F-100 ont coutume de dire : il y a deux sortes de pilotes de chasse.

Ceux qui ont fait du F 100 et ceux qui regrettent de ne pas avoir pu en faire..