Ce qui a caractérisé cette escadre, ce sont les avions de la 11EC. On parlera essentiellement des deux derniers : le F100 et le Jaguar parce que ce sont les moins anciens mais sans faire injure aux autres, ils ont vraiment marqué leur époque. Le F100, l’avion « d’homme » venant d’outre atlantique avec sa conception bien de chez eux ; rustique mais difficile à piloter et surtout à poser ! Et le Jaguar qui connut des débuts difficiles mais qui prouva toutes ses qualités lors des opérations auxquelles il a participé et Dieu sait si il en a fait !
Ces avions de la 11EC ont fait l’objet de parution et notamment de deux livres qui font référence. Celui du Jaguar a été écrit par Alain Vezin qui a fait un véritable travail de professionnel ; à lire absolument pour ceux qui veulent en savoir plus. Son pendant pour le F100 est l’oeuvre de Jean Pierre Calka et d’Eric Moreau. Voir l’article qui leur a été consacré
D’habitude, je vous propose des photos ; entre ce qui circule sur le net et ce qu’on m’a envoyé, j’ai aussi des dessins, peintures, fresques,… qui sont difficilement classables, sauf à en faire une catégorie à part entière.
Par la force des choses, il y a un peu de tout mais c’est aussi ce qui fait son charme. J’ai ajouté certains commentaires, mais il y a bien évidemment la place pour les votres ou pour les « BD » que vous m’enverrez.
Le 131 aux couleurs du 1/11, au grand dam du 2/11 !
Dans l’article précédent de la semaine dernière, je vous avais dit que je reviendrai sur le « coup » réalisé par le 1/11 la veille de l’inauguration de la stèle du F100. Chose promise, chose due. Je vous propose le récit de l’affaire racontée par Carrasco.
Début 1977, la 11ème Escadre de chasse étant bien installée sur JAGUAR, les nostalgiques du SUPERSABRE, et ils étaient nombreux, du caporal au général, décidèrent qu’il était temps de rendre un dernier hommage à ce cher F-100, un hommage qui resterait à la postérité. Il fût donc convenu qu’il fallait ériger une stèle à la gloire de notre pur-sang, d’autant que la BA 136 restait une des dernières bases à ne pas avoir un avion exposé à son entrée. Bien sûr, on en profiterait pour faire une cérémonie où tous les anciens seraient conviés, pilotes et mécanos, suivie d’un mini-meeting aérien avec, entres autres, la PAF, tout cela se concluant par une soirée dansante.
Le 2/11 fût choisi pour fournir l’appareil, en toute logique, car cet escadron venait d’avoir la difficile tâche de conclure la carrière française du F-100, avec les derniers avions disponibles et une poignée de pilotes et de mécaniciens. D’ailleurs, ils avaient tous été regroupés dans deux « Deplirex » sur le parking de l’escale, et bien que leurs conditions de vie et de travail n’aient pas été faciles, ils n’avaient pas hésité à s’auto-baptiser EC 5/11 «Beaujolais»! … Donc le F-100 131 (MJ) est choisi, de savants calculs sont établis pour bâtir un socle qui devra résister des siècles (pourquoi pas ?), un emplacement est retenu, et la date du 25 juin 1977est fixée pour l’inauguration.
Tout se déroule normalement, et le 24 juin au soir, tout est prêt pour la manifestation du lendemain, et bien sûr le 131 trône sur son piédestal. Mais de l’autre côté de la piste, une bande d’irréductibles du 1/11, vindicatifs et fiers, estiment que c’est grand dommage que les premiers insignes d’escadrille qui seront vus par n’importe quels visiteurs de la base, soient ceux de l’escadron concurrent. Pégalajar, officier mécanicien du 1/11, est justement l’officier de semaine du moment, et il a pu assister depuis la salle de service, située à proximité de la stèle, à tous les préparatifs. Il vient donc proposer un « coup » au Commandant du 1/11 : il s’agit de changer dans la nuit la décoration du F-100 en repeignant les insignes du 1/11 sur ceux du 2/11. Il dispose de la complicité d’un bon nombre de personnes du service de semaine, toujours prêt à chahuter.
Mais l’opération s’avère impossible, car organisée tardivement et comme il faut qu’elle reste discrète…On décide donc de réaliser des insignes en carton qu’on collera sur ceux existants. Ce qui est exécuté de manière parfaite dans la nuit.
Au matin, c’est bien sûr le 2/11 qui découvre, catastrophé, l’échange. En outre, vu du sol, les insignes collés paraissent si « vrais », que tout le monde est persuadé qu’ils sont peints ! Un conciliabule s’établit au pied de l’avion, et même le Commandant de base est appelé en urgence. Mais l’heure avance, il y a déjà quelques invités présents, et les premières autorités ne vont pas tarder à arriver. Il n’y a plus le temps de lancer une manipe avec les M.T. ou le GERMaS pour « dépeindre » et repeindre quoi que ce soit. Il est décidé que, tant pis, on inaugurera le total avec les insignes du 1/11.
Pour ce dernier, la victoire est totale, tandis qu’au 2/11, l’affaire est mal digérée…Mais, magnanime, estimant que le coup avait somme toute réussi, et ne voulant probablement pas perturber une fête qui s’annonçait bien, Pégalajar décide d’aller ôter les bouts de carton pour rétablir l’image originale du 131. La légende dit que la météo de la base enregistra la surpression atmosphérique locale engendrée par les soupirs du 2/11. Mais faut-il croire toutes les légendes ?
La réconciliation fût complète le soir au moment de l’apéritif, et la fête à la gloire du F-100 fût mémorable.
Propos recueillis par la Major Calka auprès du Général Carrasco
25 juin 1977 Inauguration de la stèl F 100 par le colonel BOICHOT
Les membres de l’Amicale de la 11EC ont été informés récemment par mail que le F 100 installé sur la base de Metz revenait à Toul au conservatoire de la BA 136 construit par ENR. Vous trouverez ci-dessous un petit morceau de son histoire.
SARDA m’a raconté qu’il était aux commandes du F 100 N° 42131 quand il est arrivé de Bremgarten et que c’était le premier avion d’arme à se poser sur la piste de Toul, exception faite de la période Américaine (of course). Et il me semble aussi que c’est sur cet avion que le général BOICHOT, commandant de base à l’époque, a effectué son dernier vol sur la bête. Quand la mécanique lui a demandé si l’avion était bon ? Il a répondu par l’affirmative et lorsqu’il a rempli la forme 11, il a mis « Rallumage en vol OK ».
Et c’est aussi BOICHOT qui décida de le mettre sur stèle à l’entrée de la base sur un tuyau obtenu gratuitement d’une entreprise concurrente à Pont à Mousson SA. Je ne sais pas comment fut prise la décision de mettre les insignes du 2/11 (BOICHOT était du 2/11), mais ce ne fut pas du gout du 1/11 qui la nuit précédent l’inauguration officielle apposa les insignes de la Comédie et de la Tragédie. Je vous raconterai l’histoire dans un prochain article.
A la fermeture de la BA 136, devenue DA, le F 100 fit mouvement vers la base de Metz qui ferma à son tour en 2012. Se posa bien évidemment la question du devenir de cet avion emblématique à plusieurs points de vue. Et c’est d’EDF qu’est venu …. la lumière (facile celle là). En fait c’est sur une initiative du général DALL’AGLIO cadre chez ENR qui dut faire preuve de beaucoup pugnacité pour obtenir la réalisation du conservatoire de la BA 136, projet accompagnant la construction de la centrale photovoltaïque en lieu et place de la BA136.
Une fois la destination connue, il fallait lui faire faire le voyage et avant tout le descendre de la stèle ; la manière dont il avait été fixé, son état de conservation, sa résistance à un levage,…posèrent beaucoup de problèmes et le résultat n’était pas acquis. Et là il faut féliciter l’entreprise de Mr Alain STEPHANOPOLI très connu dans le milieu aéronautique (et dont j’espère avoir à vous reparler) pour sa compétence ; comme le mentionne l’article paru dans (ci-joint) , le F 100 a pu effectuer son dernier vol.
Construire un site web n’est pas évident (j’en sais quelque chose), mais créer sa page Facebook est beaucoup plus accessible. En faisant le tour sur Facebook, j’ai trouvé quelques pages intéressantes que je vous propose de visiter.
Il y a notamment 2 pages qui sont dédiées au Jaguar ; (plus celle de Pilote-chasse-11EC qui reprend en un peu différent, ce que je vous propose sur le site) . Pour y accéder, il faut avoir un compte Facebook (ça demande 2 minutes) et ensuite dans la fenêtre de recherche vous tapez :
Les anciens du Jaguar ; groupe privé auquel vous pouvez avoir accès si vous avez été sur Jaguar : pilote ou mécano. Actuellement il est un peu orienté 7EC, mais on trouve aussi des gens de la 11EC. Pas mal de photos et surtout la possibilité de retrouver ou d’avoir des nouvelles de vieilles connaissances. Juste histoire de, un doc récupéré sur la page.
Jaguar, un avion, une carrière ; page réalisée par un passionné, qui comme le laisse présager le titre, parle du Jaguar et encore du Jaguar. Allez y, vous retrouverez plein de photos de l’avion, que ce soit de la 7EC, de la 11EC ou d’ailleurs. Deux photos venant de la page.
60 ans de Chasse !Le Jaguar de la dernière journée
Et puis aussi Puissance aérienne, La Guerre vue du ciel et bien d’autres dont j’espère vous me ferez part. Bonnes visites
Dans la série « Les bonnes histoires de l’oncle Paul », l’histoire racontée par son auteur.
En campagne de tir à Cazaux, j’étais tout juste SCP, équipier de mon commandant d’escadrille ; break, sortie du train : 2 vertes, je l’annonce, il ne me dit « pas de problème, c’est connu sur cet avion » . Je fais confiance et n’essaie pas de recycler. La Tour confirme « train sorti« , je me pose comme une fleur et, alors que la vitesse décroit la jambe de train se replie doucement. Et voilà : la mécanique confirme un défaut de verrouillage et une panne connue depuis quelques vols. On prend tous les deux des points négatifs.
Je proteste auprès du commandant d’escadre : il me donne une leçon qui restera gravée dans ma mémoire par cette phrase : « Tu es pilote de chasse, tu dois juger par toi-même et ne pas faire confiance a priori « . Ce fut une excellente leçon, bien sûr j’ai mis quelque temps à la digérer.
Le soir de l’accident, je rentre à la maison et ma femme avait ce jour-là « frotté » la voiture contre le portail d’entrée ! On était jeune, on aurait mieux fait de rester au lit toute la journée ….
Impressionnante la photo : la PAF en patrouille sur 2 F100. Elle est prise au dessus du Lubéron et d’après son auteur Pierre FESTINETI, il faisait un temps de cochon à Toul au même moment !