Ceux de la 11EC, ,ce sont tous ces hommes (et ces femmes, peu nombreuses, mais il y en eu quelques unes) qui ont fait l’histoire de cette escadre de chasse. Des articles leur ont bien évidemment été consacrés ; pourquoi parler de certains et pas d’autres ? C’est bien le dilemme ; le choix n’a pas été fait de manière arbitraire mais en fonction des documents et photos existantes et aussi en fonction de l’actualité.
Certaines « figures » de la 11EC sont absentes ; je le sais et je leur demande de bien vouloir m’excuser de ne pas avoir parler d’eux. Mais il faut aussi dire qu’il y en a eu beaucoup, car encore une fois cette escadre est vraiment particulière….
Il y a maintenant plus de 2000 photos sur le site et je rencontre des problèmes de classement et de présentation. Le concept album de famille, boite à chaussures dans laquelle on sort au hasard des photos a un coté sympa mais comporte aussi ses limites ; on finit par s’y perdre et s’en lasser.
Je profite du fait que Jeanjean m’ait envoyé pas mal de photos de son époque pour vous les présenter dans une galerie. Je pense que je serai amené à généraliser cette présentation. La structure ne changera pas, vous retrouverez les mêmes pages, mais celles-ci comporteront plusieurs galeries que je proposerai à priori par ordre chronologique. En référence figurera une date et dans la mesure du possible une référence qui pourra être une personne, un lieu, un évènement,…
Aujourd’hui c’est donc du 2/11 dont il s’agit ; vous trouverez le trombinoscope de l’escadron commandé par COMBRIAT et d’autres photos de la période 1974 (un peu avant et après). Ici je vous propose quelques photos et vous pourrez en consulter l’ensemble dans l’espace membre EC 2/11 VOSGES .
Je profite de l’occasion pour vous sollicitez ; envoyez moi vos photos ! Merci
1 ère escadrille2 ème escadrille1976-Guerriers-Djiboutimini comèteEchange escadronSt. Eloi
Jean Marie MAUJEAN dit « Jeanjean » était mon parrain au 2/11 quand je suis arrivé jeune pilote à l’escadron ; aéronautiquement et humainement parlant, difficile de tomber mieux. Au cours de ma carrière dans l’Armée de l’Air je n’ai pas eu beaucoup de chance avec mes chefs, mais coté vol ce fut tout autre chose, notamment avec Jeanjean et « le baron » comme moniteur de début.
Jeanjean a été le premier pilote à qui j’ai parlé au cours du petit déjeuner le jour de mon arrivée à Toul. Il était accompagné de Rufus et quand ils m’ont vu en tenue « buck », pas fier, ils m’ont demandé ce que je venais faire . « Je suis muté à la 11EC ». « Ça va être dur pour toi aujourd’hui ». Effectivement ce fut très dur. « Et dans quel escadron tu es muté ? ». « Je ne sais pas je viens juste d’arriver ».
« Ecoutes petit, on va te briefer ; le 1/11, il est de l’autre coté de la piste, c’est un escadron de voyous. Le 2/11 c’est l’entreprise familiale et à chaque fois qu’un âne est muté à la 11EC il va au 3/11 ». Je fus donc muté à « l’entreprise familiale »
Ça m’a marqué et je peux dire que pendant les 9 ans que j’ai passés à Toul il y a eu un gros fond de vérité en ce qui concerne le 2/11 et le 1/11 que j’ai eu la chance de commander.
Jeanjaen fut malheureusement muté sur Mirage IV un an après mon arrivée et on s’est perdu de vue comme cela arrive fréquemment puisque n’habitant pas la même région. J’ai eu l’opportunité de le revoir grâce aux les réseaux sociaux. Il m’a confié ses albums personnels dans lequel se trouvent pas mal de dessins. Car il faut dire que Jeanjean dessine très bien, a tenu le cahier de marche de l’escadron et a notamment peint la fresque de Jeanjean (le vrai) dans le bar du 2/11.
J’aurai l’occasion de publier ses photos et dessins ; aujourd’hui, je vous propose « sa barrière » vue par lui même.
Ca s’est passé un 26 JanvierCa s’est déroulé comme çaAu résultatLe F100 dans la barrière
Après enquête, explication de l’intéressé :
Ouvrieu, contrôleur au CLA était surtout connu pour son incroyable débit de paroles. C’est lui, qui a levé pour moi une barrière salvatrice. C’était le 28 janvier 1973, il faisait froid, je ne devais pas être très réveillé. J’étais rentré de Val d’Isère le 20 où les nuits étaient très courtes. Au retour, avec Titi (Domelier) le rythme a été, hélas conservé… L’avion, le 169 était en configuration lisse et avec cette température, le réacteur poussait bien. J’attendais que ce foutu badin décolle, mais même en tapant sur l’instrument, rien ne s’est passé. J’ai donc annoncé l’interruption de décollage, en coupant la PC et le moteur. J’ai rentré les volets et j’ai… largué le parachute-frein. Il s’était ouvert, mais j’ai trouvé, que ça ne ralentissait pas beaucoup. J’ai tiré une seconde fois… en tournant la poignée et il s’est naturellement décroché. Debout sur les freins, j’ai vite pris conscience, que c’était mal barré, mais je voulais encore y croire. C’est alors, que notre Ouvrieu, d’un ton très urbain, m’a demandé : “Vous avez des ennuis ?” “Oui” ai-je répondu ! “Voulez-vous la barrière ?” J’ai encore répondu par l’affirmative. La barrière s’est levée, j’ai cessé de freiner en dirigeant l’avion vers le centre de la barrière. La décélération fut incroyablement douce, je m’attendais à quelque chose de plus musclé. L’avion s’est arrêté, puis il a reculé un peu. Ce fut, dans le silence ambiant, un instant de pur bonheur. Puis les secours sont arrivés et les questions ont commencé, bref la routine.
ARANEGA nous raconte sa vie de mécano à la 11EC pendant les années 70/80, sa fierté d’appartenir à l’escadron de chasse 2/11 VOSGES et son temps passé de sa propre initiative à améliorer le système. Un escadron, c’est bien évidemment des pilotes mais aussi des mécaniciens sans qui rien ne serait fait.
« Brigand » : un mécano de la 11EC et du 2/11
Pour donner une suite à l’article » Une idée lumineuse », je souhaiter vous faire part de mon histoire : UNE SACRÉE HISTOIRE Je m’appelle Patrick ARANEGA et me suis engagé dans l’Armée de l’air le 20 novembre 1974 à Aix en Provence pour une formation de mécanicien systèmes électroniques de bord. Parcours classique à Joinville puis Rochefort / mer en Charente avec un choix final pour la base aérienne de Toul. Arrivé à Toul, je suis affecté à l’Escadron de Chasse 2/11 Vosges pour y rester jusqu’à mon départ pour Istres. Je suis accueilli par le Commandant SANCHEZ en septembre 1976, puis par le Capitaine AMARGER, patron de la seconde escadrille SPA 97. Très bel insigne ! Gros souvenir également : mon Chef d’atelier : l’Adjudant-chef ECOBICHON (ECO pour les intimes) qui était un vrai chef, il ne fallait pas toucher à ses petits, mais il ne fallait pas faire de bêtises non plus. Cet insigne est homologué sous le numéro A-113 le 10 octobre 1977. Définition héraldique : Triangle de gueules à deux pals d’émail blanc chargés d’une hermine de sable. Symbolisme de l’insigne : Cet insigne est à l’origine celui de la SPA 97 (ancienne N97). Les couleurs rouge, blanc et noir du guidon (fanion), faisaient dire aux pilotes : «Trois de rouge, deux de blanc et les bonhommes sont noirs ».
Insigne SPA 97
La voici : C’est là, que débute la Grande Aventure : Apprentissage du Jaguar avec mon parrain, le sergent JOUGNAUX, qui m’apprend tout, ça, c’étaient de la vraie formation. Puis l’ETIS pour apprendre toutes les interconnexions entre les systèmes. – Les PPV (préparation pour le vol) avec mon parrain au cul, et à la moindre bêtise, c’est immédiat, un coup sur la tête et ça fait mal. – Les débriefings avec les pilotes en piste pour récupérer toutes les informations permettant d’analyser la panne : c’est du direct, on n’a pas droit à l’erreur car le pilote connaît sa machine et il est hors de question qu’il puisse faire confiance à un mécano qui ne connaît pas cette machine. – Les dépannages qui sont quelques fois simples comme un échange de V/UHF, mais parfois bien plus compliqués : c’est la panne vicieuse. – Puis la signature de la Forme 11, qui atteste que le JAG est ‘’bon’’ pour le vol suivant. En octobre 1977 il y a le déclenchement de l’opération Lamentin en Mauritanie : je ne fais pas partie du voyage. C’est dans le cadre de la mission Force d’Action Rapide que cette mission est effectuée. Il y en aura régulièrement bien d’autres. En Août 1978 je pars pour le Tchad : opération Tacaud. En février 1979, de nouveau départ pour le Tchad, mais là, ça se gâte : au moment où la relève décolle pour la France, la guerre éclate. Le chef : Commandant PECCAVY C’est une sacrée aventure qui débute sur la base du sergent-chef Adji-Kosseï à Ndjaména. • Les ressortissants Français doivent être évacués vers le Gabon à Libreville. • Les Transalls arrivent en grand nombre pour assurer cette mission. • Il faut aller chercher les gens en ville et les mettre à l’abri sur la base. • Nous leur laissons nos chambres afin qu’ils puissent s’y reposer, organisons les repas, donnons des soins aux enfants blessés. • Cela a duré trois jours et trois nuits sans aucun repos, dehors sur la terre battue, avec des tirs pas très loin, des coups de mortier, etc.… • Nous retrouvons des balles perdues dans le hangar. • Il faut évacuer les JAGUAR et les bonhommes vers Libreville. • Il faut prévoir également le retour des avions, au cas où, et donc garder sur place, une équipe de 5 mécanos, pour effectuer les remises en œuvre. Ceux-ci ont pour mission de se planquer dans La Maison Blanche (les Ops Jaguar), sachant que, si cela devenait plus chaud, le 2° REP viendrait les sortir de là. • Question : qui reste et qui part ? Plusieurs critères : les anciens, les personnes qui ont une famille et les autres. J’ai la chance, je suis marié et mon Fils David a 1 mois, j’évacue sur Libreville. • La séparation est dure, je laisse mon équipier : Francis S. Puis ensuite : la Cote d’Ivoire, le Togo, le Sénégal, la République Centre Africaine. Les Jaguars du Grand 2/11 Vosges participent à l’appui feu des Forces terrestres avec des armements conventionnels. Pour les préparer à cette mission nous effectuons régulièrement des campagnes de tir sur la base aérienne de Cazaux. C’est au cours d’une de ces campagnes, au printemps 1978, que nous avons l’occasion de visionner un film sur la guerre des six jours. Nous pouvons y voir des survols d’objectifs ainsi que des boules de feu sortant des aéronefs. Je pose la question à Jean Claude AZAM, pilote de Jaguar, qu’est que c’est ? Il me répond : ceux sont des leurres qui protègent l’avion ! Immédiatement ma seconde question : on n’a pas ça, nous ? Réponse : non ! Et là c’est parti dans ma tête : je dois monter un lance leurres sur les Jag. La suite est commentée dans l’article « Une idée lumineuse ».
DETAM 2/11 Bangui Février 1986
Je suis fier d’être à l’origine de cette aventure… Les campagnes de Tir : au Grand 2/11, nous voulions être les meilleurs, n’avoir que des tirs au but, faire mouche à chaque fois, et pour cela il fallait bichonner les Jag. Dès que nous avions la liste des avions en partance pour Cazaux, nous planifions une campagne de réglage des avions : • Une bonne mise en place du panneau d’harmonisation calé sur les canons de 30mm. • Une bonne harmonisation tête de visée / panneau d’harmo. • Une bonne harmonisation canon laser / panneau d’harmo. • Ensuite la phase réglage des vitesses Vp : Le banc Crouzet comme origine Vp sur les pitots, sachant que cette information arrive sur la centrale aérodynamique ELDIA pour être ensuite distribuée vers la Boite d’Adaptation Viseur (BAV), vers le calculateur de Tir et vers le calculateur de NAV, il suffisait d’ouvrir l’ELDIA et de régler les trois potentiomètres VP et ensuite de lire sur les valises de test dédiées, de NAV et de Tir, ainsi que sur la tête de visée, la vitesse lue et d’harmoniser tout cela. La mission principale de 2/11 Vosges est d’assurer l’aide à la pénétration aérienne des avions de la Force aérienne tactique en mettant en œuvre des équipements de brouillage électronique. Pour ce faire, le grand 2/11 réalise l’expérimentation des systèmes de contre-mesures. Parmi les systèmes expérimentés : le CT51, le PHIMAT, le BOZ, les BARRACUDA mono et bi-bandes, le BARAX. Une anecdote, encore, lorsque nous avons eu les BARAX de ESD (Electronique Serge Dassault), nous avons été doté d’un seul jeu de cartes, il y en avait 3 par système, dont une, la CRV (compte rendu de vol). Cela impliquait à chaque retour de vol de décharger l’historique avant de pouvoir repartir en vol. Une plaque imprimée epoxy avec une mémoire 2716 et deux capa. C’était simple, j’ai donc réalisé d’autres plaquettes à 38 francs pièce, en ai informé mon Commandant d’escadron, qui les a utilisées avec succès, mais ESD n’était pas content, il a fallu abandonner. Les systèmes Barracuda qui permettaient d’être alerté lorsque l’avion était accroché radar ne possédait qu’une alarme visuelle sur la boite de commande avec deux répétiteurs sur la casquette de la planche de bord, de chaque côté de la tête de visée. Les pilotes se plaignaient de ne pas les voir avec un soleil de face. Que faire ? Pourquoi pas une alarme sonore ? Et c’est parti !!! Quelques semaines après je propose un boîtier avec deux circuits imprimés, quelques puces, avec une fonction de discrimination de fréquence pour pas que la même fréquence déclenche l’alerte plusieurs fois, et trois bips sonores en cas d’alerte. Ça fonctionne et le boîtier est monté derrière la plaque latérale cabine au niveau du palonnier gauche. Pour la fabrication, nous demandons à la base d’Ambérieu de réaliser industriellement les plaques imprimées, et je crois que montage est réalisé par le Germas de Toul. Il y a eu ensuite l’aventure du Puit de Navigation Numérique. Tout commence par un nombre incroyable de panne du système de Navigation. Les pilotes se plaignaient et annulaient souvent leur mission. Le but (Longitude, latitude) est déterminé à l’aide de plaquettes en plastique percées de quatre séries de 8 trous. Ainsi il est possible de coder, en binaire pur une longitude et une latitude en degrés, minutes et secondes. L’analyse de ces pannes, sachant il s’agit d’une lecture optique par diodes, me conduit à la conclusion suivante : les trous sont mal percés, ou obstrués de poussière. Cette supposition est confirmée. Je décide donc de mettre au point un lecteur de plaquettes de navigation avec lecture directe de la longitude et de la latitude sur afficheur pour vérifier que la plaquette est utilisable. Une année de développement, le soir à la maison, sur mes deniers propres, en utilisant des puces Texas Instrument importées des USA qui réalisent les fonctions demandées. En 1984, je présente aux commandant d’escadrilles, les capitaines OLLIVIER, RENARD et aux autres pilotes de l’escadron le boîtier en question. Il est adopté et sera utilisé par la suite. Il donnera entière satisfaction. En développant ce boîtier me vient une idée : pourquoi ne pas remplacer le puit de navigation actuel (10 ou 11points) par un puit de nav numérique. Eh oui, on travaille en binaire pur et il est très facile de converser directement avec le calculateur EP91. Je conçois donc un boîtier expérimental qui volera pour la première fois avec le lieutenant-colonel GUEVEL, qui me demande au niveau sécurité : « votre boite ne risque pas de brûler ? Non mon colonel ! Alors OK, tu seras là à la mise en route et par le téléphone de bord tu m’aideras à initialiser les points ». En 1985, le commandant B. MOLARD prend le commandement de l’escadron et me convoque pour lui parler de ce projet. Il est emballé par l’idée et décide de lancer un programme d’étude avec l’Ecole de l’Air de Salon de Provence. Il s’agit de donner aux élèves officiers, un os à ronger. Ce sera chose faite. Les JAGUAR seront équipés du PNN et j’en suis très fier. Le Général Guy DUMOULIN, premier Commandant du Grand EC2/11 VOSGES de 1952 à 1954, je n’étais pas encore né, a dit le 25 mai 1987 : « Gardons au plus profond de nous-mêmes la mémoire de tous ce qui, pilotes et mécaniciens, ont œuvré et parfois donné leur vie pour que l’Escadron de Chasse 2/11 Vosges devienne ce qu’il est : le meilleur ».
La semaine dernière, le 15 Mai 2014, l’EFIP de Cognac reprenait les traditions de l’escadron 1/11 Roussillon. Présentation en vol, autorités, prise d’armes, discours, soirée, tout y était et il faut reconnaitre que les personnels de Cognac avaient fait les choses bien, même très bien.
Nous étions quelques uns du 1/11 ancienne version ou « canal historique » comme dirait le 3/11, à avoir fait le déplacement. Je vous en propose d’ailleurs une photo sur laquelle manquaient en autres Mennessier, Nicaise, Latour, Wagner, Teillet (du 2/11) probablement arrêtés à un point d’eau trouvé sur le chemin menant à l’EFIP. Remise de fourragère des anciens aux petits jeunes, rafraichissement et pot chasse, là encore rien ne manquait pour cette passation à la nouvelle génération. Et puis, il fallait bien que le 1/11 se distingue, ce qui fut fait lors de la tombola en gagnant les 3 premiers lots : la Breitling au LCL GRAND (nouveau patron du 1/11), la valise DELSEY à CARBON et la plaque à induction à Raoul WAGNER qui malgré ses efforts pour la mettre au poignet a du admettre que ce n’était pas la montre du gros lot. Entre temps, CASTEL dernier commandant du 1/11 m’a envoyé des photos prises lorsqu’il était aux affaires. J’en profite pour vous les proposer.
Le 1/11 : les jeunes et les moins jeunes
Passage de témoin entre CASTEL dernier CDT sur JAGUAR et le LCL GRAND nouveau CDT du 1/11.
Boisnaud notre grand ancien, (1/11 en 52-55) remet l’insigne de la Comédie.
En 1978, les avions d’arme de l’Armée de l’Air commencent à être équipés de Contre-mesure d’autoprotection électromagnétiques (Phimat, Barracuda), mais la menace à laquelle est confronté le JAGUAR en Afrique, hormis le petit calibre ou le AAA, reste le missile à guidage Infra-rouge type SA7. Et là, rien n’est prévu…
Je laisse la parole à P.ARANEGA, « calculo bord » à l’Escadron 2/11 qui à partir d’une idée simple a réussi à palier une insuffisance capacitaire.
Je m’appelle Patrick ARANEGA, Alias « Brigand », arrivé à Toul en novembre 1976, je suis affecté à l’Escadron de Chasse 2/11 Vosges.
ARANEGA (à gauche) et BENONI
C’est là que débute la Grande Aventure ou comment avoir une idée lumineuse.
Les Jaguars du 2/11 Vosges, comme ceux des autres escadrons, participent à l’appui feu des forces terrestres avec des armements conventionnels. Pour les préparer à cette mission nous effectuons régulièrement des campagnes de tir sur la base aérienne de Cazaux.
C’est au cours d’une de ces campagnes, au printemps 1978, que nous avons l’occasion de visionner un film sur la guerre des six jours. Nous pouvons y voir des survols d’objectifs ainsi que des boules de feu sortant des aéronefs. Je pose la question à Jean Claude AZAM, pilote de Jaguar, qu’est que c’est ? Il me répond : ceux sont des leurres qui protègent l’avion ! Immédiatement ma seconde question : on n’a pas ça, nous ? Réponse : non ! Et là, c’est parti dans ma tête : on va monter un lance leurres sur les Jaguar.
En fait il s’agit de pouvoir larguer des cartouches à un moment précis : donc, une boite de commande, un poussoir de tir, un magasin muni de cartouches, et un séquenceur permettant de larguer un certain nombre de cartouches.
J’expose tout cela à mon Commandant d’Escadron : le CDT CARRASCO qui me demande : « tu es sérieux ? Je lui réponds : oui !
Et c’est parti : on le met où ? »
Quand on fait le tour de l’avion, il n’y a pas beaucoup de place disponible, et il faut pouvoir disposer d’un nombre conséquent de cartouches pour être efficace :
– Sur un des cinq points d’emport : non !
– Le parachute ? oui mais on a plus de parachute ! c’est un choix : les leurres ou le parachute !
Le choix est fait : les leurres !!!
Nous nous renseignons chez Lacroix, fabricant de cartouches, afin d’avoir les caractéristiques des cartouches.
Je sors du magasin de ravitaillement un conteneur parachute, prends les côtes et dessine un plan : on peut mettre 18 cartouches : c’est Ok.
Electro-magnétiques ou infra rouges ? Le choix se porte sur de l’infra rouge.
Il faut des picots pour la mise à feu, deux par cartouche, un pour la masse et l’autre pour l’amorce.
Au niveau du séquenceur, le choix se porte sur un séquenceur de lance-roquettes 19LR1, je crois. Mais il est prévu pour 9 coups : il en faut donc deux car j’ai 18 cartouches. Je câble tout cela, et me voilà avec une dispo de séquences : 3, 6, 9, 12, 15 ou la totale 18 cartouches.
Il faut maintenant alimenter les séquenceurs électriquement : un circuit imprimé avec 4 relais Deutch, réversibles, montés sur supports, en cas de panne. Pour la boite de commande, il y a de la place sur la banquette droite : largeur 2 Dzeus : bon ! Un inter ON / OFF, avec sécurité : il faut le soulever pour le mettre sur ON, un voyant vert (système sous tension) un voyant ambre (conteneur vide), avec alimentation 28VDC par relais. Un poussoir de tir, on le mettra sur la planche de bord sur la gauche dans la lignée des manettes de gaz. Alimentation 28v générale du système sur le boîtier fusible banquette droite (32 alpha si je me rappelle bien). Détermination du câblage nécessaire et de son cheminement pour aller de la cabine jusqu’à l’arrière du Jaguar. Je vais voir le CDT CARRASCO et montre tout cela sur papier et lui dit : «chef j’ai besoin de modifier le conteneur, mais après la modification, c’est irréversible». Vas-y me répond-il.
OK, direction les Choumac (chaudronniers) au Germas et traite avec l’adjudant Alain STEPHANINNI.
On perce la première flasque, la plaque support avec les picots, la plaque de maintien des cartouches, les entretoises et on monte le système dans le conteneur. Nous positionnons le boîtier relais et les séquenceurs. Je m’occupe de la boite de commande et des câblages pour réaliser une démonstration.
Voici la première flasque finalisée.
Première flasque réalisée
Au cours de l’été 1979, fixation du conteneur sur un tracteur de piste ‘’Tracma’’ à l’aide de sangles, positionnement du Tracma devant le hangar du 2/11, avec une alimentation 28V.
«Je suis prêt chef »!
Le chef convoque l’ensemble de l’escadron en début d’après-midi dans le hangar pour une démonstration. C’est avec FON FON, le chef de piste et Jacky MARIE, que nous réglons les séquenceurs sur la totale, les 18, boite de commande sur ON, le chef appui sur le poussoir de tir.
Les cartouches partent, une toute les 0.33 secondes.
C’est un succès !
Mais il y a un Pb, les cartouches tombent dans l’herbe longeant le taxiway à la sortie de l’escadron. J’ai oublié de prévenir les pompiers, chef !
La journée se termine au bar de l’escadron, pour fêter ce succès.
Il y aura d’autres essais pour affiner le système, mais sans oublier les pompiers.
Puis ce dossier sera confié à l’Officier technicien du Germas, le Capitaine PUCELLE. Assisté du Sergent CHAZEAU, à eux deux, ils vont améliorer le système et monter un séquenceur électronique. La boite de commande reste identique. Ensuite, le système sera industrialisé.
Cette aventure formidable restera pour moi inoubliable.
Le lance leurre en lieu et place du parachute frein
NB : ces lance-leurres équipèrent le JAGUAR pendant presque une dizaine d’années. L’État-major de l’Armée de l’Air conscient des limites de l’équipement commanda des lance-leurres plaqués (EM + IR) qui malgré l’appui direct du GMG (n°2 de l’Armée de l’Air) de l’époque, mirent plusieurs années à être réalisés ; un vrai désastre que je préfère ne pas raconter.
Le Lieutenant colonel Gilles DARDARD plus connu sous le pseudo de « 3D » prend sa retraite au mois de Mai.
Pourquoi en faire un article ? Quelques chiffres qui à eux seuls le justifient :
– 4800 heures de vol
– 3187 heures de Jaguar, entrant ainsi dans le club fermé des + 3000 heures
– 14 DETAM
– participation aux OPEX en Afrique, pendant la guerre du Golfe, en Bosnie, au Kosovo
– une coupe Comète lorsqu’il était au 2/7
– et j’en oublie….
La dream team ! 3D deuxième debout en partant de la droiteEn 1990aux OPS
3D est le pilote qui a le plus « donné » à la 11EC et à ma connaissance, c’est le seul de l’escadre à faire partie du club des + 3000. J’ai eu la chance de l’avoir sous mes ordres lorsque j’étais commandant d’escadron du 1/11 et ce fut mon équipier lors de l’attaque de la piste de Ouadi-Doum.
On n’atteint pas un tel palmarès par hasard, sans faire preuve de qualités humaines et professionnelles nettement au dessus de la moyenne.
3D, on te souhaite une très bonne retraite et j’en profite pour remercier le général REBOUL commandant le CEAM d’avoir organiser ce repas convivial à l’occasion de ton départ.
A Rivolto en 1993, discutant tranquille avec le CEMAA, le général LANATTA.Les avions de la première mission sur Al Jaber se posent ; 3D est soucieux…Pendant la préparation de la mission de l’attaque de la piste de Ouadi-Doum
Être chasseur bombardier aujourd’hui (1983) : Partie 1/2 : le pilote
Cet article que je vous propose en deux parties a été écrit par le Capitaine Michel CROCI dont nous avons récemment commémoré l’anniversaire de sa mort, survenue aux commandes de son JAGUAR lors d’une mission dans la région de Torodum au Tchad. Ce même article a été publié dans le numéro 56 d’AIRFAN en Juin 1983 et repris dans la plaquette éditée pour célébrer les 20 ans du JAGUAR. J’en profite pour remercier Patrick MORVAN qui a eu la gentillesse de scanner la plaquette et de me la faire parvenir.
Michel CROCI évoque la vie d’un pilote de chasse « bombe » (comme disent nos amis Belges) ; il faut prendre en compte que ça a été écrit il y a maintenant 40 ans, que les choses ont changé, mais que pour moi les fondamentaux sont toujours les mêmes. Pour les anciens, l’article vous rappellera bien des choses et pour les plus jeunes vous pourrez comparez avec ce qui se fait aujourd’hui. Bonne lecture.
Pilote de chasse sur JAGUAR
Le paysage défile très vite à 25O m/seconde et à environ 200 pieds d’altitude. Les détails s’estompent : une route, une rivière, un coin de forêt … à peine entrevu le repère est déjà dépassé. Il faut regarder partout : devant, derrière, sur les côtés, en bas, en haut car la chasse ennemie est active dans le secteur sans compter tous les missiles sol/air et la DCA légère équipant les troupes au sol.
Le chronomètre défile : 3O secondes… 2O secondes… voilà le point de repère choisi lors de la préparation de la mission. Top verticale. Maintenant il faut tenir le cap. Encore une colline à passer et apparaît, là-bas au fond de la vallée, une usine. L’objectif qu’il faut détruire. Encore quelques secondes pendant lesquelles les pilotes stabilisent l’épée (repère du viseur) sur l’objectif. Dès le tir effectué, libérés de leur charge, les post combustion allumées, les avions basculent et rejoignent très vite la proximité du sol alors que se déchaîne toute l’artillerie sol/air des environs. Tout est réflexe, instinctif, chaque fraction de seconde compte. Il n’est plus question de regarder dans la cabine pour voir si » la bille est au milieu « . Tout ce qui a été acquis à l’entraînement, parfois pendant des heures, va décider ici, en un instant de la réussite ou de l’échec de la mission. Utopie ! Non, simplement une possibilité mais peut-être que dans la réalité cela ne sera pas aussi facile et tous les pilotes de chasseur-bombardier en sont parfaitement conscients. Aussi l’entraînement n’est-il pas un vain mot, tous s’y adonnent avec ferveur et n’espèrent qu’une seule chose: être à la hauteur mais ne pas avoir à le démontrer. Au fait, quel est le travail d’un pilote de chasseur bombardier ? Que fait-il donc cet inconnu pendant toute sa carrière, comment est-il fait et où peut-on le trouver ? Vous en avez sûrement croisé dans la rue, mais vous ne l’avez pas reconnu parce que finalement c’est un homme comme tout le monde qui aime son métier, y sacrifie beaucoup de choses et de temps mais ne voudrait pour rien au monde en changer. Prenons un jeune pilote sortant d’école et arrivant dans un escadron de chasse pour la première fois. Appelons-le : Jean. Il vient de passer un bon nombre de mois pour emmagasiner le contenu de nombreux bouquins et effectuer environ 3OO heures de vol. Il a appris à piloter un avion sans avoir » le nez dans la cabine « , faire un peu de voltige, poser un avion de nuit, voler aux instruments dans les nuages (VSV), tenir sa place en patrouille serrée, naviguer en haute altitude (HA) et en très basse altitude (TBA). Il a également touché du doigt la formation de combat et fait » parler la poudre » en Air/Air et Air/Sol. Maintenant notre ami Jean connaît aussi son avion d’armes (tout au moins en théorie) puisque la transformation initiale se fait dans un escadron spécialisé.
Un beau matin, l’allure fière et avantageuse, coupe de cheveux réglementaire et en grand uniforme, notre jeune premier débarque dans SON ESCADRON. Au secrétariat, il dépose ses pièces matricules et demande à être reçu par le commandant, un peu surpris malgré tout par les bribes de conversation qu’il peut entendre çà et là et qui tendraient à prouver que le chef serait plutôt « vache « , son second » pas terrible « , la mécanique « peu sûre » et que l’escadron tiendrait ses traditions d’un établissement réputé de Cayenne et non des Glorieux Anciens qui firent la Grande Guerre. Jean commence à se poser des questions : tout ce qu’il peut entendre » par hasard » le laisse très perplexe. Le chef étant très occupé, il a le temps de méditer. Enfin, il est introduit dans le sanctuaire: présentation réglementaire, un mot de bienvenue du patron qui lui pose une ou deux questions anodines :
– Faites -vous de la planche à voile ?
– Oui, mon Commandant.
– C’est pour cela que vous avez demandé à être muté dans MON ESCADRON ?
– Euh … ben, non… mon Commandant.
Accueil qui pouvait être réservé aux jeunes pilotes arrivant en escadron. On est en plein exercice à Toul au début du printemps.
Et la machine est lancée. Notre homme si fier tout à l’heure courbe l’échiné sous la vindicte supérieurement hiérarchique et se voit accablé de tous les maux de la terre et du ciel.
Il se retrouve dans le couloir ne sachant plus que penser. Joie ! Voilà un pilote sympa, vieux militaire qui se propose de lui faire l’honneur de cette p…. de boîte où l’on ne sait pas rire (ça, il s’en est aperçu !) et où l’on est plus souvent en déplacement ou de service qu’à la maison (grimace de la fiancée). Jean croise des gens » très occupés « au regard condescendant, soupçonneux, voire un peu louche. Voilà même un soldat du contingent, râleur à souhait et un vieil adjudant-chef mécano qui refuse de dépanner un avion parce que les pilotes ne veulent pas l’aider à » tomber » un réacteur. Où va-t-on ? Là, le doute s’insinue dans l’esprit de notre jeune chevalier du ciel. Et si tout était faux. Oui bien sûr… Tout ou seulement un peu… Cruel dilemme qui restera ancré dans sa tête toute la journée. Ce lieutenant affable est-il ainsi d’ordinaire ? Ce commandant d’escadrille que tout le monde a l’air de détester, est-ce la vérité ? La visite faite dans les différents services de la mécanique n’apaisera pas ses tourments, au contraire. En prime, il se retrouve avec une chaussure peinte en rouge. Mais où est-ce arrivé ? Et cette poudre dans la casquette qui le blanchit généreusement lorsqu’il la met sur sa tête pour aller au bureau du colonel à qui il doit être présenté ? Même, et surtout, autour du pot de bienvenue traditionnel qui lui est offert après la fin du travail, Jean ne sait plus du tout s’il a envie d’être là, d’être pilote ou garde barrière… qu’a-t-il fait pour mériter cela ?
Photo d’époque. Le A82 a moins de 50 heures de vol !
Après une nuit plus ou moins agitée, la deuxième journée commence plutôt mal. En effet, le soldat d’hier est maintenant lieutenant, le commandant est adjudant-chef mécano, le » vieux mécano » est commandant… Mais non, il ne rêve pas, tout le monde a le sourire et même le fou-rire avec la tête qu’il doit faire en ce moment. C’est mieux ainsi, tout est à sa place maintenant, le vrai travail peut commencer. Jean entre aussitôt en phase d’instruction (encore) et il va entamer sa progression de pilote de combat. Le pilotage pur, le vol sans visibilité, le vol de nuit sont maintenant des choses acquises qui se développeront et s’entretiendront au cours de tous ses vols à venir. L’aboutissement, le but de tout cet entraînement sera d’aller délivrer un armement donné sur un objectif donné avec le maximum de réussite et dans les meilleures conditions possibles. C’est là la finalité de toutes les missions d’assaut. Après un ou deux vols pour se familiariser avec son terrain et ceux des environs où il peut être dérouté en cas d’aggravation de la météo, il se retrouve très vite dans le vif du sujet. Il faut maintenant naviguer en très basse altitude ou en profil » haut-bas-haut » (HBH), à une altitude de 500 pieds (150 m) et une vitesse d’environ 400 kt (720 km/h ou 200 m/s) avec des repères de plus en plus petits. Il doit rester au plus près du trajet tracé sur la carte et respecter son » timing » à plus ou moins 10 secondes (minutage de la navigation). Les agglomérations, aéro-clubs, zones d’aérodromes, élevages divers, zones réglementées, interdites, dangereuses… sont autant de pièges qu’il faut éviter.
La sécurité doit être en permanence un de ses soucis majeurs. C’est regarder continuellement dehors pour éviter une collision possible avec un autre aéronef; savoir faire demi-tour à temps quand la météo se dégrade; savoir résorber une panne mécanique en vol ou tout au moins adopter les bonnes mesures pour se poser en toute sécurité. Pour cela, il ne volera jamais seul pendant cette période. Il aura toujours » sur le dos » un leader qui contrôlera son travail en vol, lui annoncera des pannes fictives pour lui apprendre à bien réagir, le déroutera volontairement de son trajet pour lui apprendre à naviguer en impromptu, sans préparation. Toujours accompagné, il va commencer l’apprentissage de l’attaque au sol. Cela commence par le tableau noir, puis sur une carte par le choix du meilleur axe d’attaque en fonction de l’objectif (pont, tunnel, gare, usine, écluse, aérodrome, etc…), du relief, du soleil, des points caractéristiques au sol et évidemment en fonction de l’armement (canon, roquette, bombe lisse ou freinée). Il faut aussi calculer les éléments de tir : vitesse, angle de piqué, distance de tir, hausse, éléments pour le calculateur de tir. En un mot : il apprend la mise en œuvre du système d’armes de son avion au sol et en vol. Toutes ses attaques seront enregistrées par la caméra de restitution qui filme au travers du viseur; le film sera visionné et » débriefé » avec le leader au retour de chaque mission. Notre jeune pilote apprend donc à se servir de son avion comme il doit être utilisé : UN VECTEUR POUR DÉLIVRER UN ARMEMENT SUR UN OBJECTIF. Il doit pouvoir analyser correctement les pannes mécaniques en vol, adopter les mesures prévues et au retour du vol, restituer ses ennuis à » la Mécanique » qui se chargera du dépannage. Parallèlement à toutes ces missions, il effectue des vols en équipier où on lui demandera seulement de tenir sa place, de » mordre le coussin » que ce soit en manœuvre basse altitude, en poursuite ou en mission de combat en moyenne altitude. Il va apprendre (encore et toujours) à connaître les marges de manœuvre de son avion et les limites à ne pas dépasser, soit en monoplace, soit en biplace, avec un ancien en place arrière. En solo, il effectuera seulement deux types de mission : la voltige et des vols d’entraînement au VSV (Vol Sans Visibilité). Il faut ajouter à tout- cela, le tir Air/Sol au canon, à la bombe et à la roquette. Les premières missions seront du tir fictif et après restitution des films pour contrôler la présentation sur les cibles, Jean va commencer le tir de munitions d’exercices (inertes) sur l’un des champs de tir réservés à cet effet. Chaque pilote fera régulièrement des tirs pendant toute sa carrière. Périodiquement, il fera une campagne de tir Air/Air. A cette occasion, tout l’escadron se déplace vers Cazaux ; la mission unique pendant cette période sera le tir. Notre pilote va donc se retrouver sur cette base qu’il connaît déjà pour y avoir séjourné au cours de sa progression. Il va effectuer du tir Air/Air sur panneau en ligne droite (la restitution se faisant au sol en comptant les trous faits par les obus colorés armant les avions) et sur cible acoustique (restitution instantanée) en virage d’abord et, plus tard, évolutive. A la fin de cette phase d’instruction, Jean va se voir décerner la licence de Pilote de combat opérationnel (PCO) après plusieurs tests en vol et au sol. Il est maintenant apte à effectuer, seul, la mission de son escadron : l’assaut conventionnel. Il va pouvoir faire des vols en solo : c’est un moment qui compte, surtout le premier vol où l’on part pour une » Nav TBA « , un tir au sol ou même un ravitaillement en vol sans avoir un ancien derrière pour » chouffer « . Oui, le ravitaillement en vol ; c’est en effet à ce moment-là que s’effectue la transformation à cette nouvelle technique. C’est là une discipline inconnue de Jean, sauf par ouï-dire auprès des anciens. Il va s’apercevoir que si la technique vient très vite et si le ravitaillement en vol est relativement aisé par beau temps, ce n’est jamais gagné d’avance. Il faut à chaque fois en être conscient, sous peine de faire une » fausse-queue » – et ce n’est là qu’un moindre mal -… mais qui n’en a pas fait ?!
Il faut vaincre l’appréhension du contact en vol de deux avions par le panier et la perche interposés. C’est le premier contact qui au départ, rend nerveux et fait crisper la main sur le manche, ce qui entraîne automatiquement des corrections aux commandes trop fortes alors qu’il faut agir en permanence avec souplesse pour pouvoir contrôler la trajectoire de son avion… au centimètre près. Pas d’innovation ; il n’y a qu’une méthode (elle marche bien) et il faut savoir y revenir si l’on s’en écarte; en un mot: Jean doit, ici comme en toutes circonstances, agir avec rigueur et se » botter les fesses » pour » enquiller » dans de bonnes conditions. A sa première mission, en vingt minutes derrière le C-135 F, il a fait de nombreux contacts (et de bons) et revient tout guilleret à l’escadron, conscient de son exploit (il n’a pas vu le petit sourire amusé du moniteur). Aussi à sa deuxième mission il part tout confiant. En 20 minutes cette fois, il a réussi à faire péniblement un contact et un certain nombre de » fausse-queues « . Le retour est moins triomphant, pourtant il s’est donné du mal; il suffit de voir les traces de sueur qui maculent encore son visage et ses traits tirés par la tension nerveuse pour le comprendre. Heureusement, son moniteur (le brave) va lui expliquer tout cela au débriefing, ce sera très court : c’est normal, tout le monde y est passé et pour tous il y a une mission où » ça ne marche pas » (généralement après une bonne). En effet, méthodique et rigoureux notre ami termine sa transformation sans problème. Tantôt en équipier tantôt en solo ou en numéro 1 d’une patrouille de deux avions, il va mûrir et participer à toutes les missions de l’escadron et acquérir une expérience indispensable pour la suite de sa progression. Après cette période de « vieillissement « , il va se retrouver une fois de plus sur le » banc de l’école « . Maintenant il lui faut apprendre à s’occuper d’un équipier, à conduire une patrouille de deux avions en assaut alors que la difficulté de ses objectifs à traiter augmente. En même temps, il va découvrir d’autres disciplines qu’il n’avait fait qu’effleurer en tant qu’équipier. Jean va toucher un peu à tout : interception en très basse altitude d’un raid, à l’aide du calculateur ou sur une simple information de cap à un point de passage (figurant un guet à vue) et aussi un peu avec » son nez « , interception avec combat en moyenne altitude où il va pouvoir » remuer » son avion. Ce sera également l’appui-feu en coopération avec l’armée de terre, c’est-à-dire l’attaque d’objectifs au sol (véhicules, troupes, matériel militaire…) aux ordres d’un spécialiste, lui-même sur le terrain, qui va lui désigner le but à traiter. Là encore, deux méthodes : soit classique, c’est l’officier de guidage terre l’OGT qui construit l’attaque; Jean » plotte » l’objectif sur sa carte à grande échelle (et découvre comment on pilote en tenant le manche entre ses genoux) et suit les indications données pour se présenter au point de cabré. Soit à l’aide du calculateur de navigation pour arriver au même point, mais cette fois-ci en se débrouillant seul pour arriver au bon endroit.
Dans les deux cas, il est » pris à vue » par l’OGT pour l’ultime guidage en finale pour » détruire » le camion au coin du bois. Facile ! Un rapide calcul permet de lever le doute. Prenons par exemple une passe canon où la distance de tir est la plus courte (1000 mètres) : au point haut de son cabré Jean dispose – à une vitesse moyenne de 200 m/s – d’une douzaine de secondes pour découvrir l’objectif, l’identifier, stabiliser sa visée et tirer, douze petites secondes, c’est tout. De plus, essayez de vous représenter la taille d’un camion vu à 3000 mètres… C’est déjà beaucoup moins évident. Nouvelle discipline également : la reconnaissance tactique. Jean participe à une recherche plus concrète du renseignement à l’aide de la caméra panoramique de bord (OMERA 40) et aussi » à la vue « , les deux méthodes étant intimement liées. Le renseignement est primordial et fait partie intégrante de toutes les missions. Il apprend où et quoi regarder, à se servir de sa caméra et surtout à restituer au retour de mission tout ce qu’il a vu avant d’exploiter son film avec le concours de l’officier de renseignement (OR). On lui demande donc d’être un spécialiste en attaque au sol mais aussi de savoir-faire du combat (pour éventuellement se défendre), de rechercher le renseignement en ayant avec lui un équipier. Il devient responsable de la patrouille, c’est à lui qu’incombent toutes les décisions en particulier sur le déroutement du vol en fonction des ordres de départ, de la météo rencontrée en vol, des pannes éventuelles pouvant affecter l’un des avions et des règlements du temps de paix qui lui imposent un cadre qu’il ne peut pas franchir. Il doit en permanence concilier sécurité et efficacité… et le choix n’est pas toujours simple. Tout ceci sera sanctionné par la licence de sous-chef de patrouille.
La suite est simple : c’est l’entraînement et le perfectionnement dans toutes les disciplines à son profit et une chose nouvelle, l’instruction des jeunes pilotes. Il va devoir restituer de son mieux au jeune PIM qui est avec lui (et qu’il a été, s’en souvient-il ! ! ) tout ce qu’il a appris, toute son expérience et son savoir. En plus, durant toute sa carrière, son menu quotidien est fait d’instruction au sol : briefing sur une partie de l’avion, sur la sécurité des vols, la « récognition » (avions et matériels au sol), la réglementation aérienne, la circulation aérienne, etc…, l’activité aérienne (avec préparation, briefing, vol, débriefing) et aussi de travail plus terre-à-terre. Chaque pilote a une tâche annexe comme officier de tir, mise à jour de la documentation opérationnelle, des cartes de navigation, etc… Le sport aussi fait partie de la vie d’un pilote et il le pratiquera pour son hygiène personnelle mais aussi pour conserver la forme. Ce n’est pas une vue de l’esprit mais bien une nécessité. La fatigue due aux vols est de deux sortes :
– physique bien sûr, car les » g » sont vite pris et s’ils sont encaissés sans broncher il y a fatigue musculaire ;
– nerveuse et c’est certainement la plus insidieuse ; pour une mission » pointue « , la tension nerveuse est présente durant tout le vol et si un pilote se relaxe un peu après un vol, vous pouvez être certain que ce n’est pas par fainéantise. Certaines missions sont plus fatigantes aussi du fait de l’équipement particulier ; comme ces combinaisons étanches pour le survol maritime qui sont des petits saunas individuels et portatifs. Bien sûr, Jean a aussi des examens au sol à préparer qui portent sur la météo, la circulation aérienne, la guerre électronique, le NBC, l’appui-feu et aussi la connaissance de la langue anglaise. Notre pilote a donc de quoi s’occuper, sans oublier les vols de nuit (très tardifs à la belle saison), les manœuvres nationales qui demandent une très grande disponibilité, les manœuvres et exercices particuliers en coopération avec l’Armée de Terre ou la Marine et même avec les armées de l’air étrangères, la pratique régulière du simulateur de vols et les exigences du métier de militaire (tours de service, permanence…) : voilà de quoi varier le menu et agrémenter quelques soirées et week-end. Après avoir bien » vieilli « , il se retrouve une fois de plus sur le » banc de l’école » pour la qualification supérieure. Pour cela il aura la responsabilité d’une patrouille de quatre avions et son entraînement portera sur toutes les disciplines déjà citées ; le cadre des missions sera beaucoup plus complexe. Il devra faire la preuve de sa compétence et de son efficacité, de son esprit de jugement et de décision. La sanction en sera l’attribution de la licence de chef de patrouille. Pendant toute sa carrière, le pilote de chasse est un » potache « . Il a toujours quelque chose à apprendre et chaque mission est une remise en cause de son savoir, de son expérience. Aucun pilote n’est à l’abri de se » bâcher » au cours d’un vol. Maintenant Jean est un » vieux briscard » et son expérience sera précieuse au sein de l’escadron. Ce petit tour d’horizon sans prétention serait totalement incomplet si nous ne parlions pas d’une race obscure, travaillant sans compter les heures pour » sortir » les avions nécessaires à l’accomplissement des vols, je veux parler de » la Mécanique » avec un grand » M « . Sous le terme de » la Mécanique » sont regroupés tous les spécialistes indispensables pour la mise en œuvre, le dépannage et l’entretien des avions. La complexité des avions modernes a nécessité ce cloisonnage en spécialités. En effet cette machine que l’on peut voir sur le parking où en vol renferme dans ses flancs le dernier cri de la technologie que ce soit en électronique, en motorisation (le réacteur est très simple de par son principe mais très élaboré dans sa conception mécanique), en mécanique (commande de vol, train, volets), en équipements de survie (siège éjectable, parachute). C’est pourquoi, sous les ordres d’un officier et de son adjoint, la mécanique se compose d’un certain nombre de » services » : piste (mise en œuvre des avions), système de navigation armement SNA (électronique), électricité, sécurité sauvetage, armement, etc… Chacun dans sa spécialité reçoit une formation très poussée et continue. Le travail peut se résumer en trois expressions : mise en œuvre des avions, dépannage et entretien. La mise en œuvre consiste en la vérification du bon fonctionnement des différents systèmes de l’avion, le remplissage des différents réservoirs (kérosène, huile moteur, hydraulique) et le chargement des avions (montage et démontage des pylônes, bidons supplémentaires, lances roquettes, armement des canons, etc…). Dès le retour au parking, ces mêmes spécialistes vérifieront l’avion même si le pilote n’a signalé aucune panne, avant de le passer » dispo » pour le vol suivant. Si une panne est signalée au retour de mission, le dépannage est aussitôt entrepris. Cela commence par une discussion avec le pilote pour essayer de cerner au plus près l’organe défectueux (symptôme, action du pilote et résultats) ; la pièce ou l’appareil incriminé est démonté et changé puis son fonctionnement vérifié selon des procédures bien établies. Rien n’est laissé au hasard. Un écrou mal serré, une vis oubliée dans l’avion peuvent être à l’origine d’une catastrophe.
C’est un travail qui demande compétence, rigueur et méthode. Un dépannage peut durer de quelques minutes à plusieurs jours. Si l’avion fait défaut, le travail sera poursuivi quel que soit l’heure de la journée et parfois de la nuit. De même la mise en œuvre des avions sera faite quel que soit le temps : froid, pluie, glace, soleil n’arrêtent pas pour autant le travail. L’entretien des avions comporte la révision systématique des différents organes.
Les heures de vol de chaque avion sont comptées et périodiquement toutes les 25 heures, 50 heures… de vol des vérifications sont faites suivant un programme bien défini. Certaines pièces sont changées à priori en fonction de leur vieillissement. Plus les avions accumulent les heures de vol et plus les visites seront approfondies, d’où la nécessité d’établir un calendrier pour échelonner et le travail des mécaniciens et la » dispo max » de la flotte aérienne. Bien évidemment, le mécanicien n’échappe pas aux impératifs militaires : lui aussi prendra les mêmes tours de service que le fourrier ou le secrétaire. Comme l’a dit un officier mécanicien pour un reportage effectué par FR3 : » chacun dans sa spécialité est fier d’effectuer le travail qui lui incombe « . J’ajouterai que lorsque le pilote part en vol, il ne se pose pas de question sur la qualité du travail effectué par sa Mécanique : il lui fait totalement confiance.
Quand je suis arrivé à Toul en Novembre 1976, le colonel BOICHOT était commandant de la base, autant dire que pour moi c’était « Dieu le père ». Nous avons volé quelques fois ensemble ; c’était un grand Monsieur qui nous a quitté trop tôt aux commandes d’un JAGUAR et qui a donné son nom à la promotion 1987 de l’École de l’Air. Il a été le premier pilote Français à voler sur F100 en 1958 à NELLYS Air Force Base et il était tout à fait naturel que ce soit lui qui effectue le dernier vol F100 sur la base de Toul.
Dernier vol F100 à Toul par le Colonel BOICHOT
Le colonel BOICHOT inaugure la stèle sur laquelle repose le F100 n° 131 dont il a effectué le dernier vol quelques jours plus tôt.
Souvenir de RIGAIL Francis » dernier » Officier mécanicien F100.
Dans le rappel historique » le F100 sous les cocardes françaises » Mr. Antoine évoque le dernier vol F100 du Col.Boichot. Pour la petite histoire, revenons à la « Onze » en Mai 1977 :
Les escadrons 1/11 & 3/11 volent sur Jaguar ainsi que la 1ère escadrille du 2/11. Seule la 2ème escadrille de ce dernier résiste avec ses vieux F100. Pilotes et mécanos sont logés dans des remorques « Deplirex » sur le parking commun à la « SALE » et au Germas 15/11.
Étant à la Division Avions-moteur, je suis à quelques enjambées de leur zone d’activité. Quand c’est possible, je trouve un moment pour rendre visite au Ltt GARCIA, l’Officier mécanicien, et me replonger dans l’ambiance de la « Bête ». D’ailleurs, pour beaucoup d’entre nous, c’est toujours un ravissement de pouvoir encore entendre le bruit du J57 , et celui de la post-combustion enclenchée au décollage.
Le 11 Mai, Garcia m’avertit que son dernier vol F100 aura lieu en fin de matinée et que c’est au Colonel Boichot que revient l’honneur de l’accomplir. Je suis invité à assister à cet évènement et, bien entendu, au « pot d’adieu ».
Vers 11 heures, dans la deplirex « Piste » , sur le comptoir, une seule forme11 est ouverte, assortie des signatures des mécaniciens, c’est celle du 131. Nous attendons, avec le Cdt d’escadron et quelques privilégiés. Le « Voilà », annonce calmement le Chef de piste. Le Colonel, casque à la main, gravit les marches, souriant, manifestement content d’être là. Il plaisante, serre la main à tous et prend connaissance de la F11. Signature et le voilà parti accompagné du mécano de piste. Un petit quart d’heure plus tard un « wooum » retentit suivi du feulement caractéristique qui vire à l’aigu à mesure que l’avion avale la piste feeeuuuiiittt…il arrive à notre hauteur, s’arrache du sol en rentrant son train, tube pitot pointé haut vers le ciel et grimpe résolument dans un bruit de tonnerre. Puis, coupure de la PC, légère fumée dans son sillage , il ne devient plus qu’un point et il disparait de notre vue.
Maintenant, il est seul et nul doute que ses pensées le ramènent 20 ans en arrière. Au temps du jeune pilote de combat, fier d’être des premiers à apprendre à dompter le magnifique F100 Super sabre. L’orgueil de sentir les regards admiratifs des pilotes des autres escadres à l’occasion d’une escale ou d’un meeting aérien. Quelle belle époque…. A présent il fait à nouveau corps avec, il prend encore de l’altitude pour être très haut dans le ciel et savourer cette chance. Grand virage , il casse la manette sur « PC » tout en guettant, à l’ouverture des paupières, le battement de l’aiguille de l’indicateur de pression ; secousse dans le creux des reins : le J57 libère tout ce qu’il a dans le ventre. 30000 pieds et çà pousse fort !! Passage sur le dos, coupure de la PC, et retour ailes horizontales. Puis, et puis plus rien ??… Master caution allumé, le compte tours qui dévisse, la température T7 qui chute… pincement au cœur, bon sang extinction réacteur !!!. Le court instant de surprise passé, l’expérience du « vieux » pilote et son sang froid prennent le dessus. Pas de panique, à cette altitude il y a assez de marge pour faire un rallumage normal . Manette sur « off », en piqué pour reprendre des tours. « Airstart switch sur on » . Vers 55% manette sur « idle ». Ça cafouille un peu, 2 ou 3 petits « stalls » pas bien méchants, puis l’avion qui tressaille et survient la tonalité du réacteur qui redémarre, confirmé par la T7 qui augmente et on reprend des tours. Manette doucement en avant et le J57 monte en puissance, airstart sur off.
89% , 20000 pieds, tous les voyants se sont éteints, contrôle des paramètres : ok.
Bien, est ce un avertissement du destin ? Mieux vaut rentrer maintenant, sans brusquer la machine, cap sur Toul-Rosières.
Midi passé, le 131 se présente , atterrissage, parachute frein et retour au parking puis au Bureau de piste : notre Colonel l’air satisfait s’approche de la F11, il saisit le « bic » noir qui pend au bout d’une ficelle et il écrit. Le ltt Garcia est à côté de lui et je lis sur son visage un grand étonnement, c’est une blague mon colonel ? Pas du tout Garcia, c’est vrai… Alors à notre tour nous pouvons lire :
Extinction réacteur , rallumage ras Boichot.
Les questions fusent et lui de nous expliquer qu’il ne sait pas exactement ce qui s’est passé, peut -être s’est’il mit ‘hors domaine’ ? Le rallumage ? pas de problèmes, comme écrit dans le dash-one…
« Alors là, vite, le champagne », déclare le Cdt d’escadron.
C’est ainsi, dans l’euphorie générale de quelques pilotes et mécaniciens, que s’est achevé le parcours des F100 en Métropole, ponctué par un dernier vol ou l’on voit la « Bête » faire comme un pied de nez à un de ses pilotes des plus prestigieux. Mais, elle le ramène sain et sauf, comme pour embellir son histoire et marquer les esprits , à tout jamais, des hommes qui ont partagé tout ou partie de son aventure.
Je (Y.GOUTX) fus muté de l’ER 1/33 « Belfort » de STRASBOURG le 31 juillet 1978, au DA 51/351 de la 11ème Escadre de Chasse de TOUL pour y commander la deuxième escadrille (SPA 161 « Sphinx ») de l’Escadron de Chasse 4/11 « Jura », seul « vrai » escadron de chasse devant être installé dans le sud-ouest, selon la volonté du Président VGE. A cette date, cet escadron mettait encore en œuvre des F100 D et F « Super Sabre » à DJIBOUTI jusqu’au 31 décembre, avant d’être dissous pour être recréé sur JAGUAR à BORDEAUX MERIGNAC le 1er janvier 1979. En attendant le début de ma transformation machine à SAINT-DIZIER au mois de septembre, le Commandant d’escadre, le LCL Hector PISSOCHET et le Commandant d’escadron, le CDT Henri ARGELIER m’avaient demandé de suivre, pendant le mois d’août, l’avancement des travaux d’infrastructure et de préparer l’aspect opérationnel de l’arrivée des avions, sortant d’usine.
L’EC 4/11 « Jura » devenait le 8ème escadron équipé de JAGUAR (3 escadrons à la 7ème EC, 4 donc à la 11ème EC et 1 à la 3ème EC) et préparait, à partir de la « base mère » de TOUL, la transformation de ses pilotes et mécaniciens avec l’aide des 3 escadrons lorrains.
Comme tous les escadrons opérationnels de France et de Navarre, le 4/11 devait « posséder » en cette fin des années soixante dix, 15 avions de combat. A l’exception de l’EC 2/7 « Argonne » dont la mission de transformation justifiait une majorité de biplaces, les escadrons de JAGUAR de SAINT-DIZIER, de NANCY et de TOUL possédaient 14 monoplaces et un biplace. Seuls l’EC 4/11 et l’EC 4/7 « Limousin » qui allait être créé et installé l’été suivant à ISTRES, possédaient 13 monoplaces et 2 biplaces.
L’EC 4/11 reçut donc deux des derniers biplaces construits, les JAGUAR E31 et E32, et les JAGUAR A113, 114, 115, 116, 117, 118, 119, 124, 125, 126, 127, 128 et 129 qui sortaient des chaînes d’assemblage de la société SEPECAT de TOULOUSE. Comme tout aéronef dans le monde, chaque JAGUAR devait avoir une immatriculation OACI, composée de 5 lettres. (F-XXXX pour un aéronef français). Sur le flanc des avions de l’Armée de l’air, n’apparaissent que les 2 dernières avec, en avant de ces deux lettres, le nombre correspondant à l’unité d’appartenance : 11 pour 11ème escadre. La première de ces deux lettres identifiait, en complément des lettres « masquées », l’escadron auquel appartenait l’avion. Pour le 4/11, les immatriculations étaient F-UMYx et donc chaque avion avait sur son « flan » 11-Yx . J’avais « naturellement » donné au A113 l’immatriculation F-UMYA, au 114 YB, etc…pour en arriver au JAGUAR A119 qui devait porter mes initiales « YG ». Notre dernier monoplace, le A129 était immatriculé 11-YQ (je crois), certaines lettres ayant été réservés aux avions A120, 121, 122, 123 qui iront finalement à TOUL. Nos deux biplaces furent immatriculés 11-YY et 11-YZ. Ce A119 devint donc MON avion et, à chaque fois que je le pouvais, je m’affectais cet avion pour chaque mission, ce que je faisais sans scrupules avec la complicité de mon alter ego, Michel CROCI, qui commandait les « Serpentaires » (SPA 158) de l’autre escadrille.
Parallèlement à tout cela, je possédais une petite Fait 500 d’un blanc immaculé (avec capote noire) qui me servait à faire le trajet domicile base et retour, en plus de mes déplacements privés.
Au mois de mars 1980, les manœuvres nationales « expédièrent » l’escadron, une grande partie de son personnel et ses 15 avions passer une quinzaine de jours sur notre terrain de déploiement de CHÂLON-VATRY, joli « port de pêche ! ». Nous y « faisions la guerre » aux côtés de l’EC 3/3 « Ardennes » de NANCY, qui avaient troquer ses Mirage 5F contre des JAGUAR, en 1977, devenant le 7ème escadron équipé de ce merveilleux « camion à bombes », telle qu’était surnommée notre « monture ». Pendant ce temps, le personnel resté à BORDEAUX devait s’ennuyer…. A qui doit-on cette idée saugrenue ? Je ne le sais pas avec précision aujourd’hui…Le Commandant Bernard GUEVEL, second de l’escadron à l’époque, ne devait pas y être étranger. Il a au moins donné son feu vert (depuis VATRY) aux initiateurs s’il n’en est pas un lui-même.
Toujours est-il qu’une poignée de mécaniciens sont allés chercher ma voiture (stationnée dernière le mess des officiers) avec un « Fenwick », l’ont transportée à l’escadron et l’ont peinte telle que vous pouvez la voir sur ces photos, …avec un superbe « Sphinx » sur le capot et les immatriculations du A119. Quand nous sommes rentrés de notre campagne champenoise, j’ai eu la surprise de garer le A119 que je pilotais ce jour-là face à ma Fiat 500 devant laquelle était exposé l’armement du JAGUAR classique ! (photo jointe)
Cette petite Italienne m’a rendu beaucoup de services pendant les trois ans de mon commandement. Par contre, les services secrets étrangers chargés de me « pister » en dehors de mon lieu de travail avaient la tâche facile…et je ne parle pas des commentaires de mes subordonnés quand la voiture était garée la veille au soir, place « des Grands Hommes » !
Il y a 30 ans le Tchad vivait une époque agitée qui avait amené le déclenchement de l’opération MANTA à l’été 1983. Dans le cadre de sa mission, la 11 ème escadre de Chasse avait assuré les détachements de 4 Jaguar à N’Djamena ; le 4/11 qui était parti sur alerte au mois d’Aout, le 3/11 avec le CDT Durand puis moi avec le 2/11. La relève avec le Detam de CROCI s’était effectuée entre Noël et nouvel an. La situation sur le terrain était tendue, mais mis à part les inévitables montées en puissance avec montage d’armement qui ne s’étaient pas concrétisées, le détachement avait été pénible à cause notamment des conditions d’hébergement et de vie, mais relativement calme sur le plan des opérations. Par contre, il s’était passé beaucoup de choses sur la base aérienne et je serai peut être amené à vous en reparler. Je connaissais assez peu Michel Croci, mais lors des quelques jours que nous avions passés ensemble, j’avais été frappé par la tranquillité qu’il dégageait et l’adhésion qu’il avait de ses troupes ; signes d’une grande expérience professionnelle et de grandes qualités humaines. Le capitaine Michel Croci était unanimement apprécié et reconnu pour ses qualités de pilote et de chef. C’est donc l’esprit tranquille que je lui laissais les commandes du détachement le 30 Décembre.
Je vous propose ci-après le témoignage du Cne Kerfrieden qui aurait du effectuer la mission au cours de laquelle Michel Croci a trouvé la mort.
OPERATION MANTA
Par le CDT Kerfriden, à l’époque pilote de l’EC 4/11 « JURA », par la suite commandant d’escadrille de l’EC 2/11 « VOSGES.
25 janvier 1984 en fin d’après-midi. Les personnels des escadrons en détachement à N’DJAMENA attendent sur le parking le retour des avions partis une heure plus tôt avec le fameux » BINGO VERT « , version française du » Licence to kill « .
Cela fait bientôt un mois que les escadrons 2/12 et 4/11 vivent ensemble et des liens d’amitié se sont tissés fondés sur 1′ estime mutuelle et la reconnaissance des compétences de chacun. Aux chasseurs purs la maîtrise du ciel, la gloire et les longues attentes avant un décollage sur alerte. Aux pilotes des JAGUAR le sentiment d’être déjà de vieux africains rompus aux techniques de la navigation en très basse altitude !
Le JAGUAR est un véritable mythe et son évocation vous ouvre bien des portes en Afrique. A chacun son métier cependant et il faut reconnaitre qu’au-delà des quolibets traditionnels, 1′ ambiance est excellente.
Pourtant, en cette fin d’après-midi voilé déjà par le vent de sable qui s’est levé, une angoisse sourde rampe sur les parkings et étreint les cœurs car on sait déjà qu’un pilote ne reviendra pas. Chacun y va de son hypothèse. Les 2 MIRAGE FI se présentent en longue finale. L’un est touché et a perdu son carburant. Un JAGUAR se présente seul au break…
L’instant est lourd d’émotion.
Pour la première fois peut-être, j’ai peur de faire ce métier que j’ai choisi. Avec mon équipier, le Lieutenant Michel PRUNA, nous avions préparé notre mission quelques heures plus tôt. L’objectif : un commando du GUNT dans la région de TORODOUM.
Nous connaissons la région, plate, blanche, ourlée de dunes au nord que 1’on aperçoit toujours trop tard en basse altitude et ponctuée çà et là par de maigres îlots de verdure. C’est là qu’il faudra tirer nos OPIT (obus perforants, incendiaires et traçants). Mais qu’il y a loin de 1′ entraînement à CAPTIEUX à cette mission dans une région hostile. Le briefing s’est résumé à sa plus simple expression : la sécurité et le pétrole, car nous nous connaissons parfaitement et nous avons volé maintes fois dans la même patrouille. La confiance est totale et je suis très fier d’avoir Michel PRUNA comme équipier. Nous avons le même âge mais il fait déjà preuve d’une belle maturité et d’une motivation sans faille pour le vol. Il est promis à un bel avenir. Malheureusement, le destin en décidera autrement quand plus tard, son JAGUAR percutera un F16 dans les environs de Florennes.
Aujourd’hui il est très excité et tendu. Il réajuste en permanence son pantalon anti-G, compte les cartouches de son PA MAC 50, tourne autour de la table. L’angoisse est palpable. N’ a-t’ on pas aperçu du SA 7, du ZSU 23/4 peut-être…
1 Dans quelques instants, nos JAGUAR donneront la mort. Nous nous y sommes préparés de longue date. Pourtant la peur atroce nous colle à la peau.
» Tu feras la prochaine, il y a du SA 7 !… « .
Le Capitaine CROCI est entré dans la salle d’opération avec les dernières consignes du COMELEF. Je suis soulagé et déçu, mais notre commandant d’escadrille est un pilote chevronné et la peur n’a pas de prise sur lui.
Il ne reviendra pas. Son JAGUAR a explosé en percutant le sol.
Une cérémonie à sa mémoire est organisée le 29 Janvier sur la base aérienne de Bordeaux.
Michel CROCI est né le 26 Juillet 1944 à Montmartin sur mer, dans la Manche. Le 4 Novembre 1963, titulaire du baccalauréat, il entre dans l’armée de l’air pour devenir pilote. Après la base école de Nîmes, le 3 Novembre 1965, il rejoint la base aérienne de Cognac pour suivre la phase de pilotage de base. Six mois plus tard, sélectionné pour la spécialisation chasse, il est affecté à l’école de chasse stationnée sur la base aérienne de TOURS où il poursuit sa formation sur T33 puis sur Mystère IV. Le 31 Janvier 1968, le sergent CROCI reçoit le macaron de pilote de chasse (brevet n° 40525). Le jeune breveté effectue son stage de transformation au sein de l’escadron 1/8 Saintonge à Cazaux, avant de choisir sa première affectation : la 11 ème Escadre de chasse à Toul Rosières.
Affecté à la première escadrille de l’escadron 3/11 « Corse », il est lâché sur F100, le 1er Juillet. Un an plus tard il obtient sa qualification de pilote opérationnel (PO), puis le 17 Aout 1970, son brevet de sous-chef de patrouille en poche, il est muté au groupement Ecole 315 sur la base de Cognac. A la fin de l’hiver 1970-1971, l’adjudant CROCI, suit le stage des officiers de réserve à Evreux. En Janvier 1973, il retrouve l’escadron 3/11 à Toul Rosières et obtient son brevet de chef de patrouille. En Septembre 1974, il se trouve à la tête de l’escadrille d’entrainement au vol sans visibilité de la 11 ème Escadre. Le 25 Mai 1976, le lieutenant CROCI rejoint l’escadron de chasse 4/11 à Djibouti, pour occuper le poste d’adjoint au commandant d’escadrille. Le 9 Décembre 1978, il effectue son dernier vol sur F100, avion sur lequel il totalise 1 4245H45 de vol.
Toujours au 4/11, mais stationné sur la base de Bordeaux-Mérignac, le capitaine CROCI assure les fonctions de commandant de l’escadrille SPA 158, puis chef des opérations à partir du mois de Septembre 1982. Lors d’un détachement en Afrique, le 25 Janvier 1984, dans le cadre de l’opération MANTA, le capitaine CROCI trouve la mort en service aérien commandé. Le vendredi 3 Février, ses obsèques sont célébrées sur la base aérienne 106 de Bordeaux. La mention « Mort pour la France » est attribuée au capitaine CROCI par décision du ministre de la défense.
Ce même jour, il est cité à titre posthume, à l’ordre de l’armée aérienne.
« Officier aux qualités professionnelles, humaines et militaires exceptionnelles, pilote de chasse de très grande valeur, chef de patrouille particulièrement expérimenté totalisant 3860 heures de vol dont 1100 heures sur Jaguar. Sa personnalité, sa foi très profonde en la mission, son rayonnement et son dynamisme lui avaient permis de s’imposer très rapidement comme chef des opérations de l’escadron. Chef de détachement dans le cadre de l’opération Manta, il a fait le sacrifice suprême dans l’accomplissement de son devoir au cours d’une mission opérationnelle de reconnaissance au-dessus d’éléments hostiles le 25 Janvier 1984 à Torodum (République du Tchad).
La carrière du capitaine Croci
La carrière du capitaine Croci
La carrière du capitaine Croci
La carrière du capitaine Croci
La carrière du capitaine Croci
La carrière du capitaine Croci
La carrière du capitaine Croci
La carrière du capitaine Croci
La carrière du capitaine Croci
La plaque commémorative
La citation
Le portrait
La base aérienne Michel CROCI de Bordeaux
Article de journal
Article de journal
Article de journal
Article de journal
Article de journal
Photo 4/11 Djibouti
Véhicule Lybien intercepté le 25 Janvier
A Djibouti
Djibouti 1974 avec Carrasco, Morel, Colin, La Fouine,…Djibouti 1974 avec Carrasco, Morel, Colin, La Fouine,…