Une photo, une histoire : la Rolls du Paris Dakar

Partagez cet article !
  •  
  •  
  •  

Bien souvent derrière une photo se cache une histoire ; il en est ainsi pour celle-ci, une Rolls sponsorisée par une marque de parfum et survolée par 3 Jaguar. C’était il y a 40 ans lors de l’arrivée à Dakar en 1981 ; histoire racontée par un des principaux protagonistes. 

Le contexte militaire.

Depuis la fin de l’année 1977, l’Armée de l’Air est intervenue en Afrique avec ses Jaguar, tout d’abord en Mauritanie puis au Tchad en 1978. Depuis la situation géopolitique a évolué (elle évolue souvent à cette époque) et les Lybiens occupent N’Djamena et le Tchad par suite des accords passés entre les deux pays. Mais pour palier un brusque changement dans cette partie de l’Afrique, des forces françaises restent prépositionnées au Sénégal et au Gabon où stationnent les Jaguar. Nous sommes en Janvier 1981, et avec Bouillat, Sexauer, et Cayrier, je fais partie du détachement (DETAM) du 1/7 Provence qui est arrivé pour 2 mois entre Noel et nouvel an à Dakar. L’activité aérienne est peu soutenue et chaque vol doit avoir l’approbation de la FATAC, commandement de tutelle, et on doit aussi en informer les autorités sénégalaises.

Le Paris – Dakar

Lancé par Thierry Sabine en 1979, ce raid qui se déroule principalement sur le continent Africain en est à sa 3ème édition. Si les deux premières étaient plutôt le fait d’amateurs en quête d’aventure, cette édition commence à prendre la forme qu’on lui connait avec la participation de pilote professionnel de renom (Jacky Icks), de vedettes du showbiz (Claude Brasseur) et de toute une faune qui a compris très tôt que cet évènement deviendrai très tendance et qu’il constituait une fameuse caisse de résonnance internationale pour leurs affaires et/ou leurs notoriétés: «Hubert», l’animateur radio d’EUROPE 1, Guy Louis Duboucheron (l’HÔTEL), etc. Et c’est ainsi que pour le lancement de son nouveau parfum « Jules », la maison « DIOR » a sponsorisé une voiture, une Rolls ; mais ce n’est pas la voiture de Monsieur tout le monde, c’est une voiture d’exception qui à priori n’avait rien à faire dans un rallye et qui de ce fait attirerait curiosité et par conséquent les médias. Précision, la Rolls Corniche 4×4 n°184 n’avait que le nom : carrosserie en polyester, chassis Toyota HJ 45 (nos Toyota rebelles des sables mauritaniens et tchadiens) mus par un V8 5,7l Chevrolet !

L'arrivée du Paris Dakar devant le Méridien
L'arrivée du Paris Dakar devant le Méridien

Les premiers contacts 

Pour avoir pratiqué le karting quand j’étais plus jeune, je connaissais quelques pilotes tels que Servoz-Gavin, Jaussaud et d’autres, je revenais dans mon milieu. Cayrier, fana de «courses de côtes» à ses heures nageait dans le bonheur, de plus il connaissait bien Thierry de Montcorgé, pilote de la Rolls et fabricant de barquettes ! À la soirée d’arrivée du rallye nous rencontrons le photographe de LVMH (propriétaire de la maison DIOR), également accrédité auprès du cabinet de Raymond Barre, premier ministre de l’époque. Avec la présence et une collaboration éventuelle des pilotes de Jaguar, ce photographe voyait l’occasion idéale de finaliser en apothéose la campagne de publicité du parfum « Jules ». Les premiers contacts à l’hôtel Méridien sont cordiaux. Cayrier dit « Le Bouffi » demande et obtient l’autorisation de conduire la Rolls et il déboule tout fier sur la base aérienne ; les premières photos des pilotes (Rolls et Jaguar) sont réalisées. Mais de notre côté, nous ne sommes pas très à l’aise car nos « chefs » n’apprécient pas trop ce mélange des genres ; c’est ainsi que pour les photos nous portions casquettes et lunettes cachant nos visages et qui empêchant toute reconnaissance, quoique !

Le Méridien et l'ile de N'Gor
Le Méridien à Dakar avec l'ile de N'Gor

La préparation de la photo.

Pour le photographe, les photos des pilotes c’est bien, mais il y a mieux à faire ! Et c’est lui qui propose le survol de la Rolls par les Jaguar. Nous adoptons tout de suite une position de réserve arguant du fait que nous n’avons pas l’autorisation d’effectuer ce genre de mission. Qu’à cela ne tienne, « Je vais la demander au cabinet de Raymond Barre ». Et ce qui fut dit, fut fait ; l’autorisation nous arrive très rapidement sous forme de message type: «Mise à disposition de 4 Jaguar…». Ne restait plus qu’à obtenir l’aval des autorités locales ; là encore le hasard faisant bien les choses, je connaissais une personne au Ministère du Tourisme Sénégalais et je n’eus aucun problème pour avoir cette autorisation manquante. On décida en commun accord que cela se passerait sur la plage de Yoff au nord de Dakar (pas très loin du lac Rose, arrivée du raid) que la Rolls serait survolée à basse (très basse) altitude par les Jaguar venant de la mer. Ce survol s’effectuerait à la fin d’une mission d’entrainement normal.

La réalisation de la photo

Un avion étant en panne, j’ai rejoint le lieu de prise de vue équipé de fumigènes et d’une radio pour entrer en contact et guider les avions, comme le faisait n’importe quel OGT (officier de guidage terre, appelé aujourd’hui FAC). Juste avant le passage, Hubert (l’animateur radio) pris la parole et s’adressa aux (nombreuses) personnes présentes « Messieurs, si vous voulez mettre vos montres à l’heure, au passage vertical des Jaguar, il sera très exactement 17H00 ». Je ne sais plus si j’étais synchronisé avec l’horloge universelle, mais les avions firent un premier passage vertical à 17H00 pile à ma montre…

Il fallut plusieurs passages pour que le photographe obtienne ce qu’il voulait ; initialement prévus à 300 ft (100m) et 450 kts (720 km/h), on en arriva à … beaucoup plus bas et beaucoup moins vite (si on regarde bien la photo, on voit qu’il y a des volets sortis).

L'auteur aux couleur du parfum Jules

 

 

 

L’auteur aux couleurs du parfum Jules !

Ça se complique pour nous

Après la séance sur la plage, la vie normale reprit son cours et les photos furent publiées dans Paris Match en double page centrale, dans « Jours de France » (le journal du groupe Dassault), etc … ce qui ne pouvait pas passer inaperçu surtout au niveau de la FATAC que l’on n’avait pas tenu informée pensant que le cabinet du premier Ministre le ferait. Quelques jours après la parution des magazines nous reçûmes un message disant qu’au retour nous serions tenus de fournir des explications. Ce genre de message laisse rarement augurer d’une rencontre de courtoisie mais nous avions l’esprit relativement tranquille dans la mesure où on avait obtenu l’aval de Matignon ainsi que celui du Ministre du Tourisme sénégalais. La fin du DETAM se déroula normalement et nous eûmes droit à la semaine de récupération qui était surtout destinée à nos familles que l’on n’avait pas vu depuis deux mois.

Ça ne va plus du tout pour nous.

A notre arrivée le jour de la rentrée, les quatre pilotes furent immédiatement convoqués chez le commandant d’escadre le LCL Brun. Il fit sortir « Le Bouffi » car étant sous-officier, il considérait qu’il n’avait aucune responsabilité dans cette affaire et nous annonça que notre comportement totalement inadmissible méritait 40 jours d’arrêt ! Sanction confirmée juste après par le commandant de base le colonel d’Ouince. Vous vous retrouvez hors du bureau sans très bien avoir compris ce qu’il s’était passé ; impossible d’en placer une, complètement décoiffé tellement ça avait soufflé fort et avec un fort sentiment d’incompréhension, voire d’injustice. Le temps de reprendre mes esprits et je téléphonais à mes contacts à Matignon et à Dakar pour expliquer la situation et surtout pour leur raconter qu’on ne comprenait pas une telle sanction.

Ça va mieux pour nous, mais…

A la fin de la semaine, les coups de téléphone eurent l’effet escompté ; on nous annonce que la sanction est levée et que l’affaire est terminée. C’est donc soulagé et l’esprit serin que nous primes le chemin de Cazaux pour notre campagne de tir annuelle qui constitue une période très appréciée des pilotes car elle permet de délivrer de l’armement réel ce qui est quand même la finalité d’un avion d’armes. En fait l’affaire n’en n’est pas restée là car l’Armée de l’Air certes, avait plié devant Matignon mais avait décidé de régler ses comptes avec les moyens qui lui sont propres. C’est ainsi que j’ai appris pendant cette campagne de tir que j’étais muté à la 8ème Escadre à Cazaux avec effet immédiat (même pas le temps d’attendre le mois de septembre) que Bouillat lui se voyait propulsé OSV (officier de sécurité des vols) à Tours et que Sexauer allait faire une période de purgatoire comme officier de tir en Corse, quant à notre «Bouffi», il se retrouvait instructeur au 2/7. J’ai trainé ce boulet tout au long de ma carrière et plusieurs fois j’ai eu la désagréable sensation que je continuais à payer pour cette affaire.

Bernard NICOLAS

Ndlr ; lors de mon dernier passage en 2015 à l’escadron 1/7 Provence équipé maintenant de Rafale, un poster de la photo de la Rolls et des Jaguar était affiché dans le couloir menant à la salle d’opérations ; personne ne pouvait le manquer.

Bernard CAYRIER, connu sous le nom de “Le Bouffi” a eu la gentillesse de me confier  une photo personnelle et de m’écrire ces quelques mots.

La Rolls reconditionnée

Voici la photo de la voiture JULES une Rolls Royce Corniche ; la coque est en résine et à l’intérieur il y a un prototype de course avec un énorme moteur, un châssis tubulaire de Toyota 4/4 et  un moteur V 8 de Chevrolet Corvette …. un monstre mais au pilotage facile dixit Thierry DE MONCORGET  

J’ai eu la chance de conduire l’engin durant quelques jours et faire une entrée “discrète” sur la base de DAKAR-YOFF derrière la voiture du colonel !!!!!

C’est THIERRY de MONTCORGET, le pilote qui me la confiée, et je peux vous dire que les roues patinaient encore en fin de troisième. Pour monter à bord il fallait passer par la fenêtre, et quel bruit ! Par contre pour ce qui concerne la consommation ce n’est rien de le dire…, elle consomme…

Pour la partie « aéro », j’ai donc fait partie de la patrouille et j’étais l’équipier de droite ou de gauche (je ne m’en souviens plus). Si l’on compare l’ombre de l’avion et son envergure nous ne sommes pas bien haut ce qui nous a permis de voler en dessous du “croupion” des mouettes…, mais c’était il y a quelques dizaines d’années.  Aujourd’hui, il y a prescription. 😉

Amitiés et à la CHASSE BORDEL !

Ndlr : si vous voulez en savoir plus sur la Rolls du Paris Dakar 1981 https://www.auto-moto.com/occasion/souvenirs-souvenirs/182712-182712.html#item=1


Partagez cet article !
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.