Henri HAYE dit « La fouine » est le pilote aux 4000 heures de F 100 qui a terminé avec plus de 14 000 heures au total. Je vous avais proposé il y a un peu moins d’un an, un article https://www.pilote-chasse-11ec.com/henri-hay-dit-la-fouine/ racontant brièvement sa carrière qui a commencé aux Etats Unis en 1953 et qui l’a amené à un tel palmarès qu’on ne reverra plus jamais dans l’Armée de l’Air.
Cette fois, j’y reviens mais pour vous signaler que c’est le magazine « Le Fana de l’Aviation » qui lui consacre un article et la « Une » du mois d’Octobre. On passe dans la catégorie « professionnelle » et l’auteur Frédéric LERT, après avoir passé plusieurs journées avec Henri, nous fait revivre l’ensemble d’une carrière exceptionnelle dans ces 14 pages qui lui sont dédiées.
Article qui se lit d’une traite et le seul regret qu’on a l’issue est qu’il n’en raconte pas plus. Je vous invite donc de le lire par vous-mêmes ; vous ne serez pas déçus. Je termine en citant la dernière phrase que Frédéric LERT a écrit à ce sujet et qui à mon avis résume la carrière exemplaire de « La Fouine » : « Au dos de la dernière page du carnet de vol, le lieutenant-colonel Pachebat, commandant la 8ième Escadre a tracé ces quelques mots : « Avec mes compliments pour ce carnet de vol, sans doute un des plus beau de l’Armée de l’Air ».
Avec l’autorisation de l’auteur, les deux premières pages de l’article.
« Charly » PERNIN qui a terminé sa carrière sur Jaguar au 2/7, fait partie des figures de l’Armée de l’Air et à ce titre ne laissait pas indifférent. Il était (il l’est certainement encore) passionné d’aéronautique et de pilotage avion, ce qu’il pouvait légitimement revendiquer avec quelques 7000 heures de vol ; à titre personnel, quand Charly parlait, j’écoutais ce qu’il disait.
Le Jaguar qui était optimisé pour le vol en basse altitude souffrait en combat au dessus de 20 000 ft et il fallait bien connaitre ses particularités lorsqu’on volait aux limites du domaine de vol. Ceux qui ne connaissent pas le Jaguar en apprendront sur l’avion, et pour ceux qui l’ont pratiqué, cet article rappellera bien des choses.
Je vous propose un extrait d’un BSV (Bulletin de Sécurité des Vols) dans lequel « Charly » nous fait part de son expérience.
Spontanées, ces réflexions sur le comportement aérodynamique du Jaguar en combat ont simplement pour but de livrer une expérience particulière aux utilisateurs de cet avion et d’amener, ceux qui volent sur un autre type d’appareil, à réfléchir sur le même thème.
Puisse cette pratique se généraliser en matière de sécurité des vols.
Après quatre années passées comme moniteur combat à l’escadron 02.007 « Argonne », je me propose de porter à la réflexion des pilotes de la flotte Jaguar ce qu’il est intéressant de savoir sur cet avion, notamment s’agissant de son maniement en combat, ainsi que la conduite à tenir en cas de perte de contrôle à très basse altitude. Il s’agit, non pas d’énoncer ou de dénoncer des consignes ou des procédures, mais plutôt de livrer le fait d’une certaine expérience. D’ailleurs, seul un entraînement régulier permettra à chacun d’acquérir la maîtrise nécessaire pour réagir sainement lors de situation critique.
Caractéristiques spécifiques au Jaguar :
Poussée : 6,3 t environ, modeste. – Aérodynamique : forte charge alaire.
Commandes de vol :
– Gauchissement :
Spoilers placés sur l’extrados de l’aile : cette gouverne perd de son efficacité lors de prise importante d’incidence car dans ce cas, elle se trouve placée dans l’écoulement perturbé. Les spoilers sont aussi à l’origine des échappées en roulis lorsqu’on sollicite trop brutalement la profondeur à cabrer.
– Profondeur.
Efficace, trop peut-être sur action brutale à cabrer. Il est facile de dépasser le facteur de charge autorisé ; c’est le moindre mal car la manœuvre peut provoquer également un déclenché. Cela reste dans tous les cas une affaire d’expérience sur l’avion. Exemple souvent cité : pilote de Mirage ayant beaucoup d’heures sur le type qui est transformé sur Jaguar. Méfiance lors de la première ressource en passe de tir A/ S.
– Direction
Très efficace en-dessous de 300 Kts. Seule commande que l’on peut dans cette tranche de vitesse utiliser sans précaution particulière. Doit être manœuvrée systématiquement à fond pour être rentable (toujours sur position petite plage).
Comportement du Jaguar en combat moyenne altitude (Z < 25 000′)
Le Jaguar est un avion qui dégrade très rapidement son énergie et ne la reprend que difficilement au prix d’une perte importante d’altitude. Il prévient bien lors de l’approche des phases limites. Voici la chronologie des réactions avion si l’on tire trop fort et surtout trop vite sur la commande de profondeur.
– premier symptôme : échappées en roulis qui deviennent vite impilotables si le pilote maintient son action.
– second symptôme : la vitesse diminuant le nez dérape latéralement et aussitôt suit le déclenché, généralement très brutal avec une perte énorme d’énergie.
Remèdes
Quel que soit le stade de cette situation, il faut lâcher les commandes (si l’avion est trimé à cabrer remettre le trim au neutre). Ne jamais mettre le manche au tableau, le déclenché restera entretenu aussi longtemps que le manche sera dans cette position.
Ne jamais essayer de ramener le nez sous l’horizon à la profondeur si la vitesse est faible : < 150 Kts. Ne pas toucher aux moteurs. Attendre le retour nez bas, ne pas ressolliciter trop tôt l’avion à la profondeur. Si la ressource est indispensable, dès que l’attitude avion permet la reprise de vitesse mettre la puissance maximum aux moteurs en rendant la main, 5° de volets avant la remontée. Une bonne reprise d’énergie se fait toujours G = 0 incidence annulée.
A l’expérience, seules ont été observées des pertes de contrôle momentanées vite récupérées.
Utilisation des moteurs
Le manuel donne I < 6 au-dessus de 20 000 ft. Il est souhaitable d’étendre ce domaine à toute la tranche d’altitude. Pour les branchements et coupures PC avoir le réflexe de diminuer l’incidence. Au-dessus de 25 000′ la dégradation d’énergie est beaucoup plus sensible et les risques de pompage moteur plus importants.
Maniement de l’avion
Tout est basé sur la gestion d’énergie.
Engagement : avoir toujours beaucoup de vitesse, minimum 0,9 M
Rechercher le dépointage arrière dès le début. Si l’angle est important ne pas poursuivre, transformer la vitesse en altitude (Yoyo). Pour ce faire, dégauchir et seulement ensuite cabrer. Il ne faut pas mixer l’action gauchissement profondeur (énergie perdue et risque de déclencher). Si le combat s’oriente vers les ciseaux (exercice idéal pour apprendre le maniement avion) ne jamais rester nez haut, vitesse faible. Toujours replonger vers le target en reprenant de l’énergie.
Exécution de la manœuvre
En fin de phase montante, vitesse passant par 240 Kts sortir BV 20°, trim à + 2-3 accentuer la pente puis rendre franchement la main ; mettre pleine direction en accompagnant avec le gauchissement : reprendre une légère traction à la profondeur. Si l’avion refuse le virage c’est qu’il a trop de profondeur secteur arrière. Ne ramener les palonniers au neutre que lorsque le nez est pointé dans la direction choisie. Dégauchir, rentrer les volets si la vitesse doit dépasser 240 Kts, prendre G=O et mettre la PC si nécessaire. Pour la remontée, afficher BV 5°. Ne pas dépasser I=12 pendant cette phase. Cette manœuvre de virage plein pied permet de faire rapidement face à un adversaire qui serait placé aux limites du domaine MAGIC. Cette même façon d’utiliser la direction permet de rentrer facilement dans le plan d’évolution de l’adversaire lorsque l’angle entre les deux avions est important (Vi < 300 Kts). L’utilisation de la direction à fond est indispensable en-dessous de 300 Kts. Pour un combat mené aux hautes énergies la gestion de celle-ci est prépondérante sur Jaguar plus que sur tout autre appareil. La lecture du badin donne le potentiel utilisable, celle de l’incidence mètre permet d’en obtenir le meilleur rendement.
A retenir
Rechercher la trajectoire la plus proche possible de celle du target en allant même au-delà pour faire l’extérieur afin de conserver sa vitesse. Éventuellement plonger plus bas pour reprendre plus d’énergie. Ne couper dans les virages que dans les phases hautes du Yoyo. En règle générale ne pas être pressé et surtout piloter l’énergie souplement et en utilisant la meilleure trajectoire. Anticiper au mieux la manœuvre de l’adversaire. A 10000 ft le taux de virage maximum à énergie constante est obtenu à 290 Kts, 5° de volet, 4 G, PGPC (avion lisse).
Utilisation de la PC
A 10 000 ft, la consommation carburant est de 230 Kg/ mn environ. Savoir que dans les phases basse vitesse la PC n’apporte rien à brève échéance (30″ environ) mais doit par contre être rebranchée systématiquement dans les phases de reprise de vitesse.
Utilisation des volets
BV 5° systématiquement VI < 370 K ts
BV 20° pour VI < 240 kts et G< 2,5 G, surtout les rentrer dès que le nez passe sous l’horizon.
Attention : jamais de G négatifs en BV 20°, c’est la perte assurée des 2 volets internes. BV 40° interdit en combat.
Quelques conseils
La gouverne de profondeur doit être maniée sans brutalité. Cette commande est à l’origine de toutes les pertes de contrôle dès que la cadence est trop rapide. L’avion déclenche facilement aux grandes vitesses sur action brutale (le déclenché sera d’autant plus rapide que l’avion est chargé sous voilures et surtout en station ventrale). Pour un cas extrême qui se terminerait avec une pente très forte à cabrer, vitesse faible, ne jamais tenter une sortie de cabré classique. L’action à la profondeur pour amener le nez sous l’horizon provoquerait à coup sûr le déclenché de l’avion. Deux options pour se sortir au mieux de cette situation
– Pour une montée forte pente, avion non incliné ; pousser légèrement sur le manche et attendre dans cette position le basculement du nez par l’avant. Ne pas toucher aux moteurs, l’avion va basculer sans autres réactions jusqu’à ce que le nez approche la position verticale à piquer. Attendre 250 Kts au moins avant de tenter la ressource.
– Si l’avion est pente forte mais incliné ; transformer la figure pour effectuer une sorte de renversement. Mettre plein pied sur l’aile basse, le maintenir à fond en amenant les ailes perpendiculaires à l’horizon. Le nez va passer l’horizon puis tendre vers la verticale, laissez la vitesse augmenter avant ressource (ressource toujours souple).
Dans tous les cas de perte de contrôle sur Jaguar on a intérêt à ne rien toucher au niveau des commandes, éventuellement ramener le trim de profondeur au neutre et réduire les moteurs pour assurer le coup. S’il y a départ en vrille, appliquer la procédure prévue qui consiste entre autres à tout lâcher.
Défauts rencontrés.
– brutalité excessive à la profondeur, peu, voire pas d’utilisation de la direction,
– mauvaise gestion de l’énergie,
– mauvais choix de trajectoire,
– mauvaise utilisation des volets et surtout oubli systématique de la position 5°. Cette position permet par son large domaine 370 Kts, 4G d’effectuer des ressources performantes en s’éloignant de la zone d’échappées en roulis.
Cas d’une perte de contrôle en très basse altitude
Une bonne mécanisation lors des missions de combat moyenne altitude pourra permettre à un pilote qui a perdu le contrôle avec peu de marge par rapport au sol de se donner le maximum de chance de se sortir d’affaire. Après la perte de contrôle et si la marge d’altitude le permet, dans tous les cas il faut larguer les charges, G=O, PC MAX, 5° de volets ressource souple le plus tard possible. Il n’est pas possible de donner la hauteur à partir de laquelle on a les meilleures chances de passer la ressource. Tout dépend de l’attitude avion et de sa vitesse après déclenché. Il est par contre important que chaque pilote soit à même d’apprécier la situation et de décider à temps l’éjection. L’expérience a prouvé que le jugement dans ce cas critique est très altéré et les pilotes ont tendance à tirer sur le manche ne faisant qu’aggraver la situation et provoquant la chute de l’avion vers le sol à forte incidence et faible vitesse. II semblerait que les exemples de perte de contrôle connus ont pour origine commune une action brutale à la profondeur. La découverte tardive d’une situation imprévue peut provoquer ce genre d’action.
Ces quelques lignes n’ont qu’un but essentiel, amener la réflexion sur le sujet de la brutalité dans certains cas de vol un peu marginaux.
Jean Luc MANSION décédé le 27 Mai 2020, restera dans l’histoire de la 11EC et de l’Armée de l’Air comme le leader de la première mission effectuée lors de la « Guerre du Golfe ». Il était alors commandant de l’escadron 2/11 VOSGES et à la tête des 12 Jaguar qui ont attaqué le terrain d’Al Jaber. Ce fut une mission dantesque.
La préparation ; l’ATO (Air Task Order, le document qui donne à l’ensemble des participants, les élément nécessaires pour préparer la mission (objectif, heure sur objectif, ravitailleur,…) est arrivé tard dans la nuit ce qui laissa peut de temps et fit en sorte que Jean Luc ne put bénéficier que d’un temps de sommeil très court (voire pas du tout). La situation tactique fournie par les officiers de renseignements s’est révélée à posteriori très « approximative » et le tout interrompu de temps en temps par des alertes « SCUD ». Bref, vraiment pas les conditions idéales.
L’exécution ; je vous renvoie aux différents récits (voir ci-dessous) que les pilotes de la mission en ont fait, mais pour résumer ils ont pris cher comme on dit maintenant. Cela a commencé par les bombes des F 16 de la National Guard US qui étaient en retard sur l’horaire initialement prévu et qui ont largué juste avant l’arrivée des Jaguar. Mais surtout il y a eu le comité d’accueil très fourni qui infligea des dégâts sérieux à quatre avions. C’était du jamais vu ; un des pilotes de la patrouille m’a raconté que pendant la phase d’approche il volait très bas (vers 100 feet) et qu’en voyant les traçants de l’artillerie anti-aérienne lui passer au dessus, il avait baissé la tête et poussé sur le manche pour passer en dessous et tout ça à 500 kts… Une catastrophe évitée de trois fois rien à l’image de la balle qui a entamé le casque de Charly ; à 1 cm près il n’en revenait pas.
L’histoire se termina bien puisque l’objectif fut traité et que tous les avions sont rentrés en plus ou moins bon état, mais cette mission marqua les esprits, surtout ceux des participants qui se retrouvent chaque année à la date anniversaire. L’année prochaine, celle des trente ans, ce sera malheureusement sans leur chef.
Jean Luc en tant que commandant d’unité a été leader avec succès d’une mission de guerre à la tête de ses troupes ce qui ne peut que forcer le respect, car ce n’est pas par hasard qu’on mène à bien ce genre de mission. Cela nécessite, compétence, expérience et l’adhésion de ses subordonnés.
« Charly » MAHAGNE qui l’a eu comme chef au 2/11 et qui fut un des équipiers de la patrouille m’a fait parvenir ce texte.
» Le Général Jean-Luc Mansion
Le Commandant Mansion nous arrive à l’été 1999 directement de l’académie des chasseurs aux yeux bleus, le grand 2/2 Côtes d’or. Son expérience est indéniable même si son ressenti de la barque à fond plat le laisse perplexe. A son poste de commandant en second il se fait très rapidement une place de choix au sein de l’escadron. Et la guerre électronique devient pour lui une mission à part entière. Il est très apprécié et son premier détachement à Bangui se passe à merveille au milieu d’une bande de joyeux lurons de CP et Sous CP.
C’est en 1990 qu’il prend le commandement de l’escadron 2/11 Vosges. Tout de suite, il s’affirme et on l’apprécie comme chef. Il est ferme, exigent mais juste.
En août, Le Koweït est envahi par l’Irak de Saddam Hussein. Dès lors, il n’a de cesse de préparer son escadron au départ pour la guerre. Tel un chef de guerre, il prendra la tête de ses troupes pour une première mission du D Day, jugée à risques et qui s’avéra périlleuse. Mais comme souvent, il a eu « la baraqua » et a ramené ses 12 pilotes au bercail.
C’est d’ailleurs lui qui a tenu à conserver cette union sacrée créée ce jour-là par une commémoration des douze familles tous les ans autour du 17 janvier.
Son commandement de l’EC 1/4 Dauphiné à Luxeuil puis de la Base Aérienne 126 de Solenzara n’ont fait que consacrer cet homme dont la fierté était celle de l’institution. D’autant diront que c’était une grande gueule dans le métier, peut-être, mais toujours à bon escient et pour le bien du service.
« Mon Général, mon ami, malgré tous tes efforts et le soutien que t’ont apporté tes proches, les portes de la vie ont fini par se refermer sur toi. Saches, où que tu te trouves, que je trinquerai souvent en pensant à toi, moi qui suis si fier d’avoir été sous tes ordres. »
Sur ce site, l’histoire de la BA 136 a fait l’objet de la parution de plusieurs articles qui ont été maintenant regroupés sur la page « Histoire de la BA 136 » ; vous pourrez ainsi avoir accès à l’ensemble de la documentation sur une seule et même page.
Il faut tout d’abord rendre hommage à Gérard BIZE qui est l’auteur de cet historique ; il a passé de nombreuses années sur la base de Toul et après la fermeture définitive, il a continué de la faire vivre dans un premier temps en créant un site dédié « TRAB 136 » puis en écrivant. Avant de décéder au début de l’année 2017, il m’avait autorisé à publier l’histoire pour laquelle il avait consacré beaucoup de son temps. C’est donc son travail qui vous est proposé ; un grand merci à toi Gérard.
Sur la page, l’ensemble des articles consacrés à l’historique de la BA 136 est classé par ordre chronologique et référencé en fonction des différents commandants de base qui se sont succédés à partir de 1967, date de la réouverture après le départ des Américains.
L’immense majorité de ceux qui ont travaillé sur la base de Toul ont apprécié leur séjour ; on y accédait par une grande allée bordée de platanes et ensuite son architecture très américaine séparant bien les zones « OPS » et « vie ». Et puis, et surtout, il y avait la 11 ème escadre dont la base était le support et qui était si particulière. Dans un premier temps par son avion F 100, avion américain « un avion d’homme », puis est arrivé le mythique « JAGUAR » qui a acquis ses lettres de noblesse durant toutes les interventions extérieurs de 1977 à 1997.
Cet historique ne demande qu’à être complété et à vivre. Si vous avez une histoire à raconter, une anecdote, des photos… n’hésitez pas à me les envoyer, je les insérerai.
Une petite histoire d’après guerre du Golfe qui montre que malgré leur technologie bien avancée, les Américains peuvent parfois se prendre les pieds dans le tapis. Deux F 111 un peu perdus se font interceptés par 2 Jaguar français qui vont leur provoquer un petit vent de panique.
Pour mieux profiter de l’histoire, cliquez sur e premier dessin et avancez avec la flèche de droite (ou de gauche pour revenir en arrière).
Après un vol ennuyeux dans la « non-fly » zone au dessus de l’Irak, 2 Jaguar rencontrent une patrouille de F 111 américains et décident de se joindre à eux pour le retour.
Les F 111 ne sont pas tout à fait sur la route du retour.
On est en Syrie, chef !
Salut vieux !
« Duke de Killer »
Nous avons été intercepté par des chasseurs syriens !
Pouvez vous décrire les chasseurs ? Ce sont peut être des Harrier ?
Ils ne ressemblent pas du tout à des Harrier
Étonnés de voir que les F 111 ne rejoignaient pas directement la base, les Jaguar décident de rentrer seuls à la maison.
Quelques minutes plus tard. « Hé, regardes, ce sont encore nos amis des F 111
Ils sont revenus !!!
L’AWACS travaille sur l’identification des avions. Monoplace, 2 moteurs ?
Ils firent une étrange découverte.. Les Syriens n’ont pas de Jaguar
« Killer de Duke? » Apparemment, vous avez été interceptés par des Français
Français ?
Bon, on fait comme si de rien n’était. J’espère que personne n’en a entendu parler…
Le denier article que je vous ai proposé était tiré du livre de Jean Paul SALINI « Les folies de l’escadrille ». Lorsque nous avons échangé par mail, il m’a envoyé une anecdote au sujet d’un pilote surnommé « Couille d’acier », anecdote qu’il n’avait pas intégrée dans son bouquin et qu’il m’a autorisé à publier.
On l’appelait « Couilles d’acier ». Ce surnom n’était pas dû à une fermeté quelconque de ses attributs masculins. Ni à une production exceptionnelle de testostérone. Ni à une activité sexuelle effrénée. Il lui venait de la guerre. Au cours d’une opération sur l’Allemagne nazie il avait été pris pour cible par la « Flack » et il avait été blessé à la cuisse. De la cuisse à l’entrejambe il n’y a pas loin et la légende prétendait que le médecin qui le traitait avait remplacé ses testicules par une paire de billes en acier inox. D’où le surnom ! Il aurait dû s’en féliciter car ce surnom lui avait valu une réputation qui s’était étendue à toute l’Armée de l’Air et sans lui il serait sans doute resté dans un anonymat de bon aloi. Car, en dehors de cette allure respectable et de cette gravité que les britanniques attribuent aux maîtres d’hôtel ou aux clergymen, il n’avait rien d’exceptionnel.
Mais ça avait quand même fini par lui pourrir le caractère ce surnom. Et il était devenu un peu mauvais coucheur. Surtout avec les jeunes pilotes auxquels il ne passait rien. Faire une mission avec lui était un vrai cauchemar. C’est qu’il n’était pas commode, le Prince. On prétendait qu’on ne le voyait jamais sourire « parce qu’il ne souriait toujours que d’un seul côté. Le côté qu’on ne voyait pas ».
On se vengeait aussi d’une façon plus cruelle et je vais le raconter ici.
Tous les jours Couilles d’acier faisait son entrée au mess pour le repas de midi. Un des jeunes pilotes disposait alors deux verres côte à côte à deux ou trois centimètres l’un de l’autre. Il prenait dans sa main un couteau et il mettait la lame à plat entre les deux verres à égale distance de l’un et de l’autre. Puis il attendait, le couteau en position. Lorsque Couille d’acier s’asseyait, au moment exact où il s’asseyait, il agitait alors le couteau entre les deux verres et il obtenait ainsi un tintement de verre frappé : « Dilling ! Dilling! » Ce qui, vous avez deviné, était le bruit qu’étaient censé faire les deux attributs de Couille d’acier en se posant sur la chaise.
A chaque fois le résultat était surprenant. Comme piqué par un courant électrique, Couilles d’acier se relevait et examinait les convives, cherchant à découvrir le coupable. Mais il ne découvrait jamais personne. Car les convives, mine de rien, continuaient, tranquilles, leurs petites conversations. Je n’aimais pas beaucoup cette persécution imbécile et je n’ai jamais, au grand jamais, accepté d’être le préposé chargé d’agiter la sonnette pour saluer Couilles d’acier. Mais si un homme n’est pas tout à fait mauvais, cela ne veut pas dire qu’il soit tout à fait bon et, un jour….
J’avais quitté le service depuis au moins dix ans. J’avais donc un âge canonique et j’aurais dû être prémuni contre ces sortes de jeux imbéciles. Mais…j’étais dans un restaurant, rive gauche, bien tranquille et bien accompagné quand je vois arriver…Hé oui ! C’était lui. Couilles d’acier ! Bien vieux ! Bien fatigué ! Mais toujours avec cet air maussade et méprisant de majordome anglais. Ça faisait bien trente ans que je ne l’avais pas vu. Qu’est-ce que vous auriez fait à ma place ? C’était trop tentant. Je n’ai pas résisté. J’ai préparé les deux verres, le couteau. Et j’ai demandé à ma compagne de m’enlacer tendrement. Ça, c’était pour l’alibi !
Dilling ! Dilling !
Il avait conservé toute sa détente, Couille d’acier ! Il s’est levé comme s’il avait posé son cul sur une poêle à frire. Son œil, son œil d’aigle « scannait » littéralement la salle. Elle était grande, heureusement. Moi, j’étais lâchement caché derrière mon amie, mais je jouissais du spectacle. Ce n’est qu’après que sont venus les remords.
Et aujourd’hui encore, lorsque j’y pense, j’ai un peu honte….
Aujourd’hui je vous propose un chapitre du livre de Jean Paul SALINI « Les folies de l’escadrille » qui nous raconte son passage à Cazaux, il y a quand même quelques années. CAZAUX est un passage obligé pour tous les pilotes de chasse juste avant l’affection en escadron et qui y reviennent régulièrement en campagne de tir. Mais c’est aussi le bassin d’Arcachon région où il fait tellement bon vivre ; c’est beaucoup de bons souvenirs.
Je remercie les éditions Jean Pierre Otelli, qui se sont spécialisées dans le domaine de l’aviation, qui m’ont autorisé à reproduire ce chapitre ; http://www.editions-jpo.com/fr/
Les folies de l’escadrille
CAZAUX
Je vous parle d’un temps Que les gens de vingt ans Ne peuvent pas connaître.
Cazaux en ce temps-là c’était le Far West. Je me souviens de mon émerveillement en découvrant d’un seul coup le village et la base. C’était, hélas ! il y a bien longtemps. Il y a plus de soixante ans. Un temps où les Forces aériennes stratégiques n’existaient pas encore, où on n’avait même pas eu l’idée de les concevoir et où la base se contentait de recevoir des escadrons en campagne de tir.
Cazaux, c’était d’abord l’odeur. L’odeur des pins. La base en était entièrement couverte. Ce n’était en fait qu’une forêt de pins traversée par deux ou trois routes principales. Mais il y avait aussi des sentiers qui traversaient les bois avec nonchalance et une certaine fantaisie. Si on avait l’idée de les suivre, on avait la surprise de rencontrer de temps en temps une baraque en planches de pin camouflée sous les arbres ou dans les buissons. Ces baraques étaient, paraît-il, habitées par des aviateurs. Des gens fort discrets qui ne se manifestaient guère qu’au mess à l’heure des repas, et deux fois par mois lors de la distribution du tabac. On avait aussi quelques chances d’en rencontrer le long du canal qui traversait la base. Si le temps était beau il y en avait toujours quelques-uns qui taquinaient le goujon, armés de cannes à pêche. Je me souviens qu’un jour nous en avions rencontré un, un gros adjudant-chef, fort occupé à mouiller son fil de nylon. Nous étions en civil et, vu que n’importe qui pouvait entrer sur cette base qui n’était pas gardée, il n’avait pas soupçonné notre appartenance à l’Armée de l’air. Nous avions discuté des inconvénients de la vie militaire. Et il nous avait confié qu’il était heureux d’être à Cazaux, tout en prévenant : « Le problème pour nous autres, militaires, c’est que nous risquons toujours d’être mutés ». Et agitant ses bras, les coudes pliés comme des ailes, il ajouta : « Nous sommes comme des oiseaux sur la branche I » Comparaison audacieuse. Même dans mes rêves les plus fous, iI m’aurait été difficile d’imaginer ce gros adjudant-chef sous la forme d’un chardonneret ou d’une mésange. Lorsque mon compagnon lui demanda depuis combien de temps il était sur cette base, il répondit : « Quinze ans ! »
Immanquablement, de bosquet en bosquet, de fourré en fourré, on finissait par arriver an lac. Et là c’était un enchantement. Un enchantement que je n’essaierai pas de décrire. On ne peut pas traduire avec des mots le bruit des vagues, l’odeur des pins ou la douceur de la brise. Ni le teint du ciel ou les couleurs noyées du lac de Cazaux. Ce sont là des choses magiques que les mots ne savent pas dire. Le mess des officiers était la, vieille bâtisse aux plafonds très hauts, face à un petit port miniature qui, à cause de I ‘ensablement ne pouvait accepter aucun bateau. Ce lac c’était un personnage. J’ai appris à le connaitre puisque, par la suite, j’ai vécu sur ses bords pendant deux ans. D’après ma femme de ménage il était alimenté par des sources souterraines qui venaient du Massif central. Ce qui expliquait d’après elle la pureté de son eau. Cette alimentation en tout cas devait être irrégulière puisque je l’ai connu assez haut pour me permettre d’entrer en kayak dans la salle à manger du mess et assez bas pour découvrir une bande littorale d’une dizaine de mètres. Ce gros pépère bien calme avait ses humeurs. Et même, c’était en 61 je crois, iI avait gelé. Et monsieur Lanusse qui tenait un restaurant près de la plage civile me disait moitié avec fierté moitié avec regret : « Vous savez, il y a sur ce lac des tempêtes teRRRRibles. Il y a même eu des morts ». Mais je n’ai jamais vu de vagues supérieures à quarante centimètres.
Pour y aller, à Cazaux, on pouvait évidemment prendre la route mais on pouvait aussi prendre le train a la gare de La Teste-de-Buch. Le petit train à vapeur de la compagnie Ortal, une des dernières, sinon la dernière compagnie ferroviaire privée. Les locomotives (il y en avait deux) chauffaient au bois et dataient de l’impératrice Eugénie. Elles étaient toutes petites mais superbes avec des commandes en cuivre, des cheminées hautes et droites, et toutes sortes de volants dont les rayons courbes étaient en forme de S. Elles tiraient sur douze kilomètres, de La Teste-de-Buch à Cazaux cinq wagons qui, à la différence des locomotives, accusaient leur âge. Douze kilomètres, quatre gares, quatre bistrots.
En se penchant sur la voie pour regarder les rails en enfilade on avait l’impression de voir une paire de spaghettis se tortiller vers l’infini. Je précise : des spaghettis cuits ! Car les non cuits sont droits. Ce parallélisme approximatif des rails expliquait sans doute la richesse des sensations dont bénéficiaient les voyageurs. A un mouvement de translation qui souhaitait être uniforme se superposaient des mouvements de lacet, de roulis et de tangage. Avec des gémissements, des grincements, des bruits de métal torture, des hurlements de rails hystériques, le tout accompagné par la ponctuation régulière des roues sur les joints de dilatation de la voie. Quant à la vitesse que j’ai chronométrée un jour en roulant en auto sur la route parallèle a la voie, elle ne devait pas dépasser les 35 kilomètres par heure.
Ce petit train avait eu aussi son heure de gloire. Et j’y étais ! Le conducteur découvrit un jour un feu de broussailles qui ardait le long de la voie. C’était peut-être ses propres escarbilles qui l’avaient allumé au passage précèdent. Il arrêta le train. Et les voyageurs furent priés de combattre I‘incendie. Ce qu’ils firent. Avec succès. Vous parlez d’une aventure ! A la gare suivante tout le monde avait soif. Nous prîmes le temps de nous installer sur les chaises dépareillées de la gare-bistrot et nous bûmes du « vin du Captal », un vin blanc, en bouteilles étoilées d’un litre. C’est à cette occasion qu’un compagnon de rencontre m’apprit que le Captal de Buch dont le portrait en armure figurait sur les étiquettes des bouteilles, était le seigneur de La Teste et l’un des plus valeureux adversaires de Du Guesclin. Je crus décent de boire a la sante de ce personnage et j’offris à mon tour un flacon de « vin du Captal ». Mais voyez comme vont les choses ! Au fur et à mesure que le niveau descendait dans les bouteilles, le feu se parait de couleurs plus vives et les flammes grandissaient dans notre imagination. Le feu de broussailles fut promu feu de forêt et nous regagnâmes Cazaux avec la satisfaction d’avoir épargné une mort horrible a toute une province.
La base (les Gens du pays disaient « le camp ») était commandée, la première fois que j’y suis allé, par le colonel Gavoille, vieux compagnon d’armes de Saint-Exupéry. C’était un personnage redoutable, d’une très grande vitalité avec un gros nez rouge et une voix !!! On l’entendait gueuler à un kilomètre. Le gros de son activité paraissait être de se trouver une victime et de la martyriser avec des trémolos de voix qui auraient fait le succès de n’importe quel acteur de théâtre. Nous le craignions fort et le vide se faisait autour de lui. Je l’ai mieux connu plus tard à Saint-Dizier et j’ai découvert un noble cœur. Mais voilà ! Il y avait la voix !
Comme unité aérienne sur la base il n’y avait guère que le C.T.B. (Centre de tir et de bombardement) qui armait quelques vieux P-47, avions à pistons qui dataient de la dernière guerre et qui remorquaient les cibles aériennes. Par la suite ces avions ont été remplaces par des Ouragan, et une division d’instruction, d’études et de recherches sur le tir aérien est venue s’ajouter cet ensemble avec quelques Mystère IV.
On raconte sur les biroutiers une histoire assez curieuse. Mais les gens sont méchants et moi aussi qui la répète. Tant pis ! Elle donne une idée de l’ambiance. Donc on raconte qu’un des biroutiers… Mais peut-être est-il bon de préciser que la biroute est une cible aérienne et que le biroutier est le pilote de l’avion avec lequel on remorque ladite cible. En général le biroutier décolle avec sa cible au derrière et se rend à la verticale d’un point convenu ou la patrouille, qui a décollé après lui, le rejoint. Il peut alors prendre son axe en mer, parallèlement a la cote et les avions de la patrouille peuvent commencer à tirer sur la fameuse biroute qui traîne derrière lui au bout de trois cents mètres de câble métallique. A l’époque les points de rendez-vous étaient Lacanau, Vieux-Boucau, Mimizan, localités faciles reconnaître le long de la grande plage qui va de Biarritz a la pointe de Graves. Tous ces exercices se déroulaient comme du papier à musique. Tout se faisait a vue évidemment, car il n’y avait pas de radar. En général ça se passait fort bien, mais voilà qu’un jour, patatras ! La patrouille revient sans avoir trouvé le biroutier au point de rendez-vous. C’était une mission foutue et le débriefing fut sévère. Le biroutier interrogé jura ses grands dieux qu’il avait attendu, à dix mille pieds, en virage à droite, à la verticale de Mimizan. Les quatre pilotes de la patrouille affirmaient, eux aussi, qu’ils avaient été à cet endroit-là et qu’ils n’avaient rien vu. Bizarre ! Mais voilà que deux jours plus tard : rebelote ! Avec le même biroutier ! La température du débriefing monta de plusieurs degrés. C’était encore une mission foutue. Mais le biroutier n’en démordait pas. Oui ! II avait bien été a la verticale de Mimizan (ou Lacanau, je ne sais plus) ! Oui il avait tourné sans voir personne ! Oui ! II avait entendu les appels radio de la patrouille ! Non ! Il n’avait vu personne ! Pourtant il faisait beau. C’était à n’y rien comprendre. Le commandant de l’escadron en campagne de tir jura d’en avoir le cœur net. II ne pouvait pas se permettre de perdre des missions comme cela. Le jour suivant, ayant appris que le biroutier en question était désigné pour une mission de remorquage, il décolla longtemps avant lui, se plaça à haute altitude au-dessus du terrain, le vit décoller et le suivit. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il le vit foncer vers le sud-est alors que le point de rendez-vous était au nord-ouest. Voilà qui devenait intéressant ! II le suivit, toujours sans rien dire. L’autre cependant, descendait à basse altitude et se mettait à tourner régulièrement autour du village de Morcenx, en plein milieu de la forêt landaise. Ce qui ne l’empêchait pas de communiques par radio avec la patrouille avec laquelle il avait rendez-vous. « Je suis à la verticale de Lacanau. Non je n’ai pas le contact visuel ! Je suis en virage à gauche !… D’accord, je bats des plans (des ailes)… », etc.
Ce devait être son dernier vol. Convoqué par ses chefs il se vit infliger une punition sévère et éliminé du personnel navigant. Mais une question subsistait, à laquelle l’intéresse s’était obstinément refusé à répondre. Pourquoi ne pas exécuter la mission ? Pourquoi aller tourner au-dessus du village de Morcenx ? C’était bizarre, non ? Ce pilote quitta l’Armée sans donner la réponse. On découvrit le pot aux roses plusieurs années plus tard. A la suite de l’indiscrétion d’un mécanicien. Parce que les mécaniciens savaient, eux. En fait ils avaient toujours su. L’affaire avait commencé une ou deux semaines avant. Ce pilote avait été désigné pour une mission de liaison vers un terrain du Sud-Ouest, Tarbes, je crois. Mission sympa ! Mais, problème connu de tous les pilotes, comment se déplace-t-on lorsqu’on a coupé le moteur. C’est bien d’aller à Tarbes. Mais une fois posé, qu’est-ce qu’on fait ? Et en week-end en plus. Un terrain vide ! Peu de chances d’être pris en stop. Heureusement les mécaniciens avaient la solution. « Pourquoi tu n’emmènes pas ta moto ? Un P-47, ça peut porter des tas de choses. Ce n’est pas une moto qui va t’empêcher de décoller. Ne t’en fais pas ! On va te la brêler ta moto. » Comme prévu le P-47 avait allègrement décollé avec la moto sous le lance-bombes. Mais il devait y avoir une lacune dans le brêlage. La moto n’avait pas dépassé Morcenx. Et depuis il cherchait sa moto.
Le gros de l’activité aérienne était assuré par les escadrons de passage qui venaient chacun à leur tour passer un mois en campagne de tir. Ces escadrons étaient parqués dans les hangars nord, dans des conditions de confort dont il vaut mieux ne pas parler. Comme les locaux étaient dépourvus de chauffage, le père Gavoille avait imaginé et mis au point une sorte de machine à vapeur à chauffage mixte bois et charbon qui était censée délivrer de l’eau chaude dans des vieux radiateurs de récupération. Mais la vapeur, allez savoir pourquoi, préférait emprunter le chemin de la valve de sécurité que celui qui lui était offert. On entendait alors un sifflement, lequel était immédiatement suivi par un jet de vapeur propre à mettre le hangar en Q.G.O. (Pour les profanes Q.G.O. c’est, en code, l’interdiction absolue d’atterrir). II fallait alors se dépêcher d’éteindre le foyer. Puis on convoquait le préposé du service local constructeur, un civil, qui, si cela correspondait à ses horaires, arrivait sans se presser. Cependant le père Gavoille, averti par un pressentiment mystérieux, rappliquait en toute hâte et nous faisait une brillante démonstration vocale. Selon lui nous chauffions trop. Mais le réglage de sa machine était du tout ou rien. Pour avoir un semblant de tiédeur sur les radiateurs il fallait frôler la catastrophe. Ou ça ne chauffait pas ou c’était en panne.
Il y avait aussi sur la base un élément du centre d’essai en vol qui se livrait à des expériences mystérieuses sur le tir aérien. Le régime était assez détendu. La plupart des personnels de cette annexe étaient des civils qui habitaient à Paris. Un avion de transport partait de Brétigny le lundi matin et arrivait Cazaux vers les midis. Si le temps le permettait, évidemment. L’après-midi du lundi était consacré à l’installation et à la reprise en main. Le travail commençait le mardi matin et se terminait le jeudi soir. Le vendredi matin le même avion de transport ramenait tout le monde à la maison. Et le vendredi, le temps était toujours favorable. Tous ces braves gens étaient en frais de déplacement. J’ai eu par la suite, bien des années après, la chance d’être affecte à Cazaux. J’habitais au bord du lac une petite maison de poupée et de mon salon je pouvais apercevoir mon petit voilier qui se balançait sur son ancre au bout du jardin. J’ai appris à ce moment-là a connaitre les gens de Cazaux et a apprécier leur gentillesse. Pas question d’être assimilé, évidemment. Je restais un «estranger » et aurais-je habité pendant trente ans à Cazaux je le serais resté. Le boulanger du village qui venait de La Teste, à douze kilomètres de là, qui avait épousé une Cazaline, et qui fournissait son pain aux habitants depuis vingt ans, était et restait toujours un « estranger ». Alors moi, vous pensez ! Mais enfin, j’ai appris à les connaître, les Cazalins. Surtout par le biais de madame J., ma femme de ménage. C’était une femme courageuse, madame J. Elle travaillait dur, malgré son âge. Elle travaillait surtout pour nourrir son mari lequel était affecte d’un mal étrrange sur lequel les médecins perdaient leur latin. Cela durait depuis de nombreuses années. Tout était normal. On ne décelait rien mais voilà ! Il était toujours fatigue. Elle me disait :
— Le pauvre ! Avec ce qu’il a !
Mais qu’est-ce qu’il a, votre mari Madame J. ? Ah ! On ne sait pas. Mais en tout cas c’est grave. Elle ne désespérait pas, à force de soins et de petits plats succulents de venir à bout de la maladie. Les médecins lui avaient conseillé de le faire bien manger. Et effectivement le mari retrouvait un peu de vigueur. Les connaisseurs auront identifié tout de suite la maladie dont souffrait le mari de madame J. C’était une cazalite à son dernier degré. Vous ne connaissez pas la cazalite ? La cazalite est une maladie de langueur qui s’attrape après un long séjour a Cazaux. C’est une maladie terrible qui n’épargne personne. Elle a cependant une préférence pour les gens qui sont nés au sud de la Loire. Mais tous les sujets sont atteints, plus ou moins. Ce n’est heureusement pas une maladie mortelle, mais il n’y a pas de guérison. Des remissions quelquefois. On a observé en effet que la cazalite semble suspendre ses effets pendant les périodes de chasse à la palombe, A l’ouverture de la pêche et en septembre, a la saison des « bidaos ».
Car la grande affaire à Cazaux c’était la chasse, c’était la pêche et en septembre le ramassage des bidaos. Autrement dit le tricholome équestre, un champignon jaune et un peu gluant. S’ajoutaient à cela la passion pour le rugby et la rivalité des équipes de la Hume et de Gujan Mestras. Cela suffisait à entretenir les conversations pendant des heures. Ou même des jours entiers, comme la fois ou un chasseur maladroit avait tiré sur un de ses collègues, lequel était en l’occurrence le chef de gare de La Teste. « J’ai vu des cornes, protestait le coupable, j’ai tiré. » (Les poilus de 14-18 avaient l’habitude de chanter, lors du stationnement dans les gares : « II est cocu, le chef de gare ; s’il est cocu, c’est l’a bien voulu. « Tous les chefs de gare étaient donc supposes porter des cornes.)
Madame J. avait assisté aux débuts de la base de Cazaux. En quatorze ou en treize, je ne sais plus. Elle était à l’époque une toute jeune fille. Elle se souvenait du commandant Marzac, le fondateur de la base (elle disait : « du camp »). Les aviateurs de ce temps-là étaient de grands coquins (prononcez coquaings !!). Ils buvaient. Ils faisaient la fête. Ils donnaient aussi des baptêmes de l’air. Mais ils se faisaient payer pour cela. Pas de l’argent ! Non. En nature, si j’ose dire. Ah ! C’était trop tentant. J’ai osé poser la question de confiance :
— Et vous, madame J., vous l’avez fait le baptême de l’air ?
— Ah ! Je suis montée sur l’échelle. Et puis j’ai pensé à ma mère. Alors je suis redescendue.
Elle avait comme un peu de regret, madame J.
Une autre figure du village c’était Emile, le facteur. Long, maigre, taciturne. Tati dans Jour de fête. Il entretenait une meute de cinquante chiens, tous plus bâtards les uns que les autres. Son métier était dur. Les « arrousineys » les récolteurs de résine s’ennuyaient, tout seuls, dans les forêts des Landes. Pour pouvoir parler avec quelqu’un ils s’abonnaient au journal local. Par les gros temps de nord-ouest, l’Emile lestait sa besace d’une bonne trentaine de kilos de papier et enfourchait son vélo. Roule petit ! Dans le sable et sur les dunes et à travers les pares-feux. Il faisait des kilomètres, l’Emile, à travers le vent et la pluie pour retrouver au fond des bois les arrousineys ou les fabricants de charbon de bois, arrivait hors d’haleine. « Tu boiras bien un coup, l’Emile ! » Il buvait, le misérable. La bouteille étoilée, toujours. Le vin du Captal, le fameux Captal de Buch. Il rentrait le soir, d’une pédale zigzagante pour retrouver ses cinquante clébards en grand manque d’affection et de bonne soupe. Il se couchait avec eux. Dernière victime du Captal de Buch.
Je ne sais pas si les chiens étaient la cause ou la conséquence de sa solitude. Autrement dit, est-ce que sa femme l’avait quitté à cause des chiens ou est-ce qu’il avait accueilli les chiens à cause du départ de sa femme. Mais le fait est qu’il vivait seul pendant la plus grande partie de l’année. On prétendait qu’elle revenait le voir, à Noel, au moment des étrennes. Elle partait après avoir fait main basse sur le magot. II avait droit à une nuit d’amour par an, Emile. Était-elle bonne ? Je n’en sais rien.
Deux anecdotes encore en parlant de Cazaux. Ce n’était pas une base bien sérieuse. Lorsqu’on venait, comme c’était mon cas des frontières de l’Est, on était un peu surpris par la nonchalance des populations tant civiles que militaires. Je ne ferai qu’évoquer l’histoire de l’incendie de l’école des pompiers. Je n’y étais pas mais on m’a raconté que, dans des temps fort anciens, l’école des pompiers avait pris feu. Le matériel pour éteindre cet incendie existait, bien évidemment, mais il se trouvait à l’intérieur de l’école. Et l’école était fermée à clef. Qui avait la clef ? L’adjudant. Ou était l’adjudant ? Chez lui. C’est-à-dire sur la base. Hélas ! Ce soir-là il était allé au cinéma. On alla l’y chercher. Mais à son retour iI ne put que constater les dégâts.
Une autre histoire que j’ai personnellement vécue est celle de Rebecca. Rebecca, c’était une manœuvre que le commandement déclenchait inopinément. Donc une nuit, patatras ! Rebecca ! A une heure du matin ! Déloyal, non ? L’adjudant de semaine réveillé s’en alla réveiller le capitaine de semaine.Mon Capitaine, y’a Rebecca !
Parfait ! Avez-vous le dossier ?
Non, mon Capitaine.
Eh bien I Allez le chercher. Il est dans le coffre.
C’est-à-dire que… (suivit un silence gêné).
Mais enfin ! Expliquez-vous I
On découvrit alors le pot aux roses. Il y avait belle lurette que la clef du coffre-fort était perdue. Les adjudants de semaine en se passant les consignes le faisaient savoir à leur successeur. Celui-ci acceptait cette situation embarrassante en espérant que sa semaine se passerait sans qu’il fût nécessaire d’ouvrir ce fameux coffre. Ça avait fonctionné comme ça pendant longtemps.
J’ai un peu chargé mon portrait en décrivant Cazaux. Ça, c’était le Cazaux d’avant. Le stationnement d’une escadre de chasse, puis l’arrivée des Mirage IV des Forces aériennes stratégiques ont complètement changé l’ambiance, ainsi que l’action continue des commandants de base successifs. Le Cazaux d’après, c’était beaucoup mieux. Ça ronflait ! C’était efficace. Mais comme je regrette le Cazaux d’avant !
Vivre ça consiste surtout à tourner des pages. Il en est que l’on tourne plus volontiers que d’autres. Il en est que l’on tourne à regret. Ainsi de Cazaux. Dans une carrière bousculée par les déménagements successifs je n’ai jamais ressenti le besoin d’une halte. Sauf à Cazaux ! J’en garde le souvenir de somptueux couchers de soleil. Les couchers de soleil en Corse c’est quelque chose ! Mais ceux de l’Ouest, ça, c’est grand. Le ciel n’acquiert sa pleine dimension que lorsqu’il est peuplé. J’ai compté jusqu’à treize couches de nuages. Toutes colorées de façons différentes. Des cieux immenses, des couleurs infinies et des crépuscules interminables. J’ai rêvé confusément d’arrêter là ma course pour contempler, jour après jour, ces couchers de soleil jusqu’à ce qu’arrive le dernier. Le dernier de tous, celui qui précède la nuit définitive. Mais le temps n’était pas encore venu de déposer mon sac.
Le 1er septembre 1998, la base donne naissance au DA 136 au cours d’une cérémonie présidée par le Général Guéniot, commandant la région aérienne Nord-Est.
Le Détachement AIR du Lieutenant-colonel POUZET
Le Lieutenant-colonel Schaeffer passe le relais au Lieutenant-colonel Pouzet qui devient le premier commandant du Détachement air 136. Le détachement air 136 est autorisé à conserver l’insigne de la base aérienne.
Le lieutenant-colonel POUZET
Le 1er septembre 1998, l’organe liquidateur de la BA 136 est mis en place, il a 2 mois pour clore le dossier de dissolution de la BA 136. Le vendredi 9 octobre 1998, le Général Guéniot, commandant la région aérienne Nord-Est se rend sur le DA 136. Le but de cette visite est de vérifier le bon déroulement du passage en détachement air.
Le DA 136 se dote de son journal, il s’appelle « le courant d’air ».
Visite du général GUENIOT
Les coureurs sur les marches de l’hôtel de la ville de Toul
Téléthon 1998, plus de cent personnes chaussent leurs baskets pour effectuer un parcours de 6 ou 12 km. Un seul mot d’ordre » rester groupir » jusqu’à la mairie de Toul…
Le jeudi 26 novembre 1998, l’armée de l’air rend hommage au Colonel de la Baume. Le centre de formation à l’appui aérien (CFAA) prend le nom « Colonel Charles de la Baume » au cours d’une cérémonie présidée par le Général Dumont, commandant la FAC. L’armée de l’air rend ainsi hommage au grand théoricien de l’appui aérien, mort en service commandé au Tonkin 50 ans plus tôt. Avant que la sonnerie aux morts soit jouée, Monsieur Alain de la Baume, fils du disparu, et le Général Dumont dévoilent une plaque sur le mur du CFAA 01.451.
Inauguration du CFAA
Le 19 mars 1999, le Colonel Broussard, commandant le 25ème régiment du génie de l’air, remet l’espace du pont d’Avrainville à Monsieur Borsa maire d’Avrainville. Pour donner suite à l’aliénation de la voie ferrée qui reliait les forces de l’OTAN de Toul-Rosières au réseau SNCF, le pont d’Avrainville a été détruit par la 5ème COGA. Ces travaux entraient dans le cadre de l’accord qui stipulait que les lieux devaient être remis conformes à l’origine après exploitation.
Remise de l'espace du pont d'Avrainville
Visite du major général WILSON
Le 8 mars 1999, le Major Général Wilson, qui fut l’un des premiers américains à poser le pied sur le sol de la base américaine (TRAB) en 1953, se rend en pèlerinage sur le site. Il est accompagné de Madame Wilson, sa femme, Madame Worley, veuve du Colonel Worley, sa fille, Madame Germano, veuve du Commandant Germano, et sa fille. Intéressées par les changements survenus depuis 1953, ces dames ont retrouvé, avec une certaine émotion, les terrains, désormais vagues, où étaient situés leurs « trailers ». Merci au commandant de réserve Houmeau, époux de Madame Houmeau du CST, qui leur a servi de guide pour la visite de Nancy. Ancien du CLA, notre réserviste maîtrise parfaitement la langue anglaise…
Vous avez dit bizarre ? Oui j’entends des bruits bizarres ! Le lundi 28 juin 1999, des bruits d’avions, familiers pour les anciens, moins connus pour les jeunes, se font entendre ? Serait-ce le retour d’aéronefs sur le site ? En raison de la réfection de la piste de la base de saint Dizier, une quarantaine de Jaguar et 5 Alphajet viennent occuper le terrain. Ce déploiement est possible grâce à la conservation des installations aéronautiques et permet la poursuite des entraînements des pilotes. La Zone Vosges est occupée par l’EC 03.007 et l’EC 01.007. Ce desserrement permet de vérifier l’option retenue lors du passage en DA, c’est à dire la réactivation opérationnelle du site et de la piste. Les avions resteront jusqu’au 3 septembre 1999 avec une fermeture des escadrons une quinzaine de jours en août.
Les Jaguar de retour à Toul
Présentation d'un Alphajet aux enfants
Le 20 juillet 1999, le DA 136 reçoit 14 enfants du centre aéré d’Ecrouves. « Dis mon Lieutenant, parle-moi du Jaguar »… Quoi de plus mignon qu’un visage d’enfant émerveillé devant un avion de chasse ? L’aspirant Belleoil, de l’escadron 02.007, déployé sur le site et chargé de présenter les avions aux enfants a certainement dû se poser cette question. Peut-être que plusieurs vocations sont nées sur le DA 136 ce 20 juillet, qui sait ?
Des lorrains en Macédoine ! Ils sont présents à Pétrovec et participent à la mission du détachement français. Le Détair (détachement air) créé le 12 juin 1999, représente 50% des effectifs. Considéré comme une petite base aérienne de projection, le Détair travaille avec l’Airport of Disembarkation (APOD). La Base aérienne de Nancy et le Détachement air de Toul-Rosières sont dignement représentés au sein de la KFOR. Au fait, avez-vous reconnu le quatrième de la rangée du bas, en partant de la gauche. Et oui, c’est notre « mercenaire du Vatican », l’aumônier Griffond à qui nous devons ce reportage sur le courant d’air, merci padré pour votre article !
Des Lorrains en Macédoine
Résultats du passage de la tempête
Décembre 1999, la tempête s’est abattue sur le DA 136. On ne compte plus les dégâts. Il y a beaucoup d’arbres couchés, des bâtiments sans toiture, le dépôt de munitions n’a plus de clôture. C’est un immense chantier qui se met en place pour déblayer le bois mort, les tôles, la laine de verre, etc. Un arbre est tombé sur une voiture privée. Du travail pour les assurances et les carrossiers ! Et les militaires se transforment en bûcherons, coupant, taillant, réduisant en paillettes ce qui naguère était la richesse et la beauté de cette base…Les arbres qui ont souffert de la tempête sont coupés, et les stères semblent pousser sur le DA 136 comme des champignons… Le spectacle qui s’offre après l’accalmie, aux yeux des permanents, rappelle la vision d’un champ de bataille. La désolation est totale. La 5ème compagnie opérationnelle du génie entre en action.
Appel aux bûcherons volontaires
Les bûcherons à l'oeuvre
Les engins sont envoyés sur place, les sapeurs s’affairent pour déraciner les souches et faire tomber les arbres dangereux. L’EETIS Jaguar se transforme en compagnie de bûcherons et vient prêter main forte…
Le Détachement AIR sous le commandement du Colonel BOZZOLO
Le colonel BOZZOLO
Le 8 septembre 2000, le Général Perrollaz, commandant la région aérienne Nord, donne le commandement du Détachement air 136 au Lieutenant-colonel Bozzolo. L’escadron de chasse 02.007 Argonne, de la base de Saint-Dizier, organise le défilé aérien. Parmi les invités à cette cérémonie, on relève la présence du Général Longuet, commandant la FAC et celle du Général De Groësbriand, gouverneur militaire de Nancy. Au cours de cette cérémonie, l’Adjudant Lapray, de l’ESIC 81.136 et le Caporal-chef Kloster, de la SSIS, reçoivent la médaille d’argent de la défense nationale.
Le DA 136 représente une vaste étendue avec des bâtiments vides, des bâtiments endommagés par la tempête de 1999, de quoi permettre d’organiser l’examen de fin de formation des médecins de catastrophe. C’est ainsi que le samedi 16 septembre 2000, le service départemental d’incendie et de secours de Meurthe et Moselle organise, grandeur nature, la partie pratique de l’examen. Outre les 420 sapeurs-pompiers, ce sont 120 plastrons, dont 50 militaires du DA 136, qui se prêtent au jeu pour figurer les victimes. Malgré une météo peu favorable, on ne déplore aucun blessé à la fin de l’exercice.
En cette année, la piste est définitivement fermée. Les installations aéronautiques vont être démontées. Le détachement accueille le temps d’une manœuvre, l’aérostat du SYDEREC. On se croirait revenu au bon vieux temps de l’aérostation. Ce ballon sert aux communications hertziennes.
L'aérostat du SYDEREC
Le dernier journal le courant d’Air (numéro 7) sort de l’imprimerie. Faute de crédits suffisants et de commanditaires, il faut se rendre à l’évidence, le journal ne paraîtra plus. C’est un moyen de communication qui s’en va, signe avant-coureur de la fin du DA 136… Depuis l’année 2000, le démantèlement du DA 136 a débuté. Cette opération est effectuée selon un canevas bien précis. Tout d’abord il faut recenser les sites pollués, et il y en a, les installations américaines de l’ancien carré des affaires sont toujours présentes. Les anciennes cuves à fuel n’ont pas été démontées…Dans un second temps, il faut évaluer le coût de la dépollution. Le bureau environnement ne chôme pas. Le DA 136 n’est pas à l’abri de l’amiante. Les constructions de 1952 en comportent et il faut l’enlever. La procédure est bien figée par des textes réglementaires, elle a aussi un coût… Les bilans sont réalisés pendant les années 2000 et 2001. Les demandes de crédits sont effectuées auprès de l’administration centrale. Toutes les opérations qui peuvent être effectuées par le personnel du DA 136 sont programmées.
Au mois d’octobre 2000, commence le démontage du silencieux du banc d’essais réacteur. Ce silencieux est repris par la direction des constructions navales. Une entreprise civile est chargée du travail…Une fois le démontage terminé, les camions évacuent les morceaux du puzzle.
Démontage du silencieux du banc réacteur
En juin 2001, les anciennes cuves sont vidangées puis démontées. Le travail est confié à une entreprise civile. En octobre 2001, une vaste opération de nettoyage de l’ancienne aire à feu des pompiers est déclenchée. Deux carcasses de Mirage 3 sont à enlever. La première carcasse est remise sur ses roues et est transportée par la route…la seconde carcasse est transportée dans un camion de la 5ème COGA.
S’agissant de l’ESIC 81.136, la première tranche concerne les antennes du PC enterré qui sont démontées à partir de février 1999.
Enlèvement des antennes du PC enterré
L’antenne du TACAN est démontée le 7 juin 2002
Enlèvement de l'antenne TACAN
Démontage du centre émission
Le 22 octobre 2002, le démontage se poursuit, c’est au tour du centre émission d’être l’objet du grand nettoyage. C’est une entreprise civile qui est chargée du démontage. L’opération se passe sans problème.
Le major CAUVEZ
Le Major Cauvez, réserviste au grand cœur, s’est joint à l’équipe de démontage. Malheureusement il nous quittera à cause d’une maladie foudroyante, quelque temps après. Un de ses subordonnés dira, le jour de ses obsèques, « je ne perds pas un chef mais un ami » Merci Jean-Yves pour ce que tu as accompli avec nous.
On déterre les cuves
Le DA 136 ressemble à un vaste chantier, la dépollution bat son plein, on déterre les cuves, on fouille le sol, on recense çà et là les pollutions pour pouvoir rendre un terrain propre.
Démolition des vieilles bâtisses
Les vieilles bâtisses sont démontées, en vertu du principe de précaution, il ne doit pas rester une construction dangereuse…
C’est une drôle de sensation qui vous envahit lorsque vous marchez dans les rues du DA 136, vous avez une impression de silence qui dérange, les oiseaux volent dans le ciel, la nature reprend ses droits et la verdure recouvre déjà certains bâtiments…pire encore, si vous revenez dans des endroits que vous avez fréquenté, c’est une impression de vide qui vous met mal à l’aise, il ne reste plus rien ou presque…Celui qui a connu la base de Toul-Rosières à son Zénith ne peut que verser une larme en la voyant sombrer vers le Nadir, hélas c’est le triste sort qui lui a été assigné par notre administration centrale…
Le DA du Lieutenant-colonel CASTEL
Le Lieutenant-colonel Castel a pris le commandement du DA 136 le 26 juin 2002. Il est le dernier commandant du site.
C’est à lui que revient la lourde tâche d’accomplir la dernière mission du DA 136 : parachever le démontage des installations et remettre officiellement les clefs du site à la BA 133 de Nancy, le 31 août 2004. A cette date le Détachement air passera en point sensible isolé et sera rattaché à Nancy. C’est également lui qui remettra le drapeau de la 11ème escadre de chasse au Service Historique de l’Armée de l’Air, le drapeau dont le détachement air avait la garde, et qui a été fièrement arboré lors de toutes les manifestations et commémorations. Ce fut un honneur pour toutes et tous de défiler derrière ce drapeau chargé d’histoire.
Enfin, c’est lui aussi qui tourne la dernière page de l’histoire de Toul-Rosières, une histoire dont il a voulu qu’il en reste une trace. Il demande alors au Commandant Gérard Bize, son officier de réserve adjoint, d’écrire l’histoire du site. Le livre, qui porte le titre « du Zénith au Nadir » est imprimé et distribué à chaque militaire du DA 136. Il est également remis aux anciens commandants de la BA 136 et du DA 136, ainsi qu’aux personnes ayant participé à sa réalisation, en mettant leurs archives à disposition. Dans sa préface, le Général de corps aérien Charles Ricour, commandant la région aérienne Nord écrit : » Et l’impensable a été imaginé, décidé, mis en œuvre pour aboutir en cette année 2004 à la fermeture de ce qu’il reste de la glorieuse base aérienne 136 de Toul-Rosières. Le détachement air 136 va être dissous et pour conserver la mémoire de cette période fabuleuse qui couvre 50 années de joies et de peines, le Colonel Castel, dernier commandant du site, a fait réaliser cet ouvrage magnifique »… La réalisation de l’exposition et du livre est l’œuvre d’une équipe, il était donc normal que l’on cite les différents participants.
Merci à ceux ont participé à la réalisation de cet ouvrage
Le soir une réception est organisée sur la DA 136, une exposition retraçant les 60 années de l’histoire de la base est présentée aux invités.
EPILOGUE
Yves Lemilbeau, ancien chef du simulateur de vol de la BA 136,ne peut se résigner à voir la base fermer et son histoire disparaître. Il décide de créer une association dont le but sera la conservation de l’historique et du patrimoine du site de Toul-Rosières. Cette association est déclarée en préfecture de Meurthe et Moselle, le 18 mai 2004, sous le nom de « TRAB136 « . Il recherche un président pour l’association et demande au commandant Bize d’en prendre la présidence. Après la cérémonie de dissolution du DA 136, le Colonel castel, dernier commandant du DA 136, confie,à Yves, les panneaux de l’exposition,le travail effectué ne devant pas se perdre. Yves décide alors de présenter les 60 années d’histoire dans les communes avoisinantes.
La première exposition se déroule à l’hôtel de ville de Toul, en présence du Général Ricour, commandant la région aérienne Nord et du Colonel Castel,commandant le DA 136.
La seconde exposition se déroule à Rosières, dans la salle des fêtes, à l’invitation du maire de l’époque. Cette exposition est combinée avec la commémoration de l’armistice ; elle connait un franc succès.
Notre camarade YvesLemilbeau nous quittera brutalement en 2007, victime d’une crise cardiaque. Les membres de l’association continuent son œuvre. C’était une de ses dernières volontés de pérenniser le devoir de mémoire entrepris un certain jour de mai 2004…
L’association sera dissoute le 30 juin 2017 suite à la construction du conservatoire de la BA.136.
Le 2 octobre 1997, le Lieutenant-colonel Schaeffer devient le dernier commandant de la BA 136. Il est le dix-huitième et dernier sur la longue liste. La cérémonie, présidée par le Général Guéniot, commandant la Région aérienne Nord-Est, se déroule en présence de nombreuses personnalités civiles et militaires.
Le LCL Schaeffer, dernier commandant de la BA 136
C’est l’EC 01.007, ancienne unité commandée par le Lieutenant- colonel Schaeffer, qui détache 4 Jaguar pour le défilé aérien. La base de Nancy participe au défilé aérien avec 4 Mirage 2000D.
La dissolution de la BA 136 n’est pas une mince affaire. De 1800 personnes, le personnel va passer à 600 personnes. La nouvelle organisation des bases aériennes et des détachements air, qui vient d’être adoptée par l’armée de l’air, sera appliquée au DA 136.
De plus, des unités seront dissoutes, comme l’ERT 17.136, le GERMaS 15.011, le GERMaC 16.136, le contrôle local d’aérodrome, d’autres unités seront réduites en format, comme l’ESIC 81.136. D’autres encore seront regroupées, comme la partie AGL de l’ancien GERMaS 15.011 qui sera regroupée avec le GERMaS 15.351 contremesures, pour donner l’ESTS 15.530.
Au niveau de l’état-major, un comité de pilotage est constitué pour l’occasion. Commence alors pour le personnel resté sur base, la longue attente des décisions pour le reversement des matériels et l’apurement des comptes.
Le lieutenant-colonel Schaeffer aura à peine une année pour mettre sur pied le passage de base en détachement air.
Le 5 décembre 1997, la base participe pour la 5ème fois au téléthon en organisant une collecte sur la base. Un chèque géant de 5062 francs a été porté par 60 coureurs de la BA 136 à la mairie de Toul.
Remise du chèque au maire de Toul
Le Lieutenant-colonel Schaeffer, commandant la base, remet le chèque à monsieur Gossiot, maire de Toul.
Les anciens de la 11ème escadre de chasse se sont regroupés en association. C’est le général Richalet, un ancien de la 11, qui en est le président. Le 6 décembre 1997, l’assemblée générale de l’amicale des anciens de la 11ème escadre se déroule sur la BA 136. Les anciens sont accueillis au cinéma base par le Lieutenant-colonel Schaeffer, commandant la BA 136. Il faut rendre hommage au personnel de la base qui a accompli un travail phénoménal pour que le DA 136 puisse être créé.
AG de l’Amicale des anciens de la 11EC.
L’année 1998 se passe en réunions et en groupes de travail. Il faut définir le format du détachement air. Ce n’est pas un détachement ordinaire. En effet, le futur commandant du DA 136 sera un chef de corps à part entière. Il aura son propre budget de fonctionnement, sa Marianne pour signer le courrier officiel, il dépendra directement du général commandant la région aérienne Nord-Est (RANE). Le DA 136 dépendra de la BA 133 de Nancy-Ochey, uniquement sur certains points. L’escadron de ravitaillement technique de Rosières sera dissous. Le DA 136 sera un abonné de l’ERT de Nancy. De même, le GERMaC sera restructuré. Seuls les ateliers de confection, fer, bois, bourrellerie et la peinture des véhicules seront fermés. Le GERMaC de Nancy supportera le GERMaC de Rosières dans ces domaines.
Le DA conservera son service médical, mais il sera réduit puisqu’il n’y a plus d’avions donc plus de pilotes. Le format du DA sera de 600 personnes. Un format imposé par les missions du DA qui sont le support des unités restantes. On ne compte plus les déplacements du commandant de base à Paris ni les visites du commandement de la région aérienne Nord-Est, une chose est sure, le DA 136 sera prêt à la date fixée…
Les hasards de la vie m’ont fait rencontrer Georges GAILLAGOT un mécanicien du GC 1/3 ayant appartenu à l’escadrille du « Chat » dont les traditions ont été reprises plus tard par l’escadron de chasse 03/011″CORSE ». A la demande de ses enfants, il a écrit ses mémoires, racontant comment il a vécu lors de la deuxième guerre mondiale, décrivant surtout ses conditions de vie.
Cet article comporte deux parties : la première est celle que Georges a passée dans l’Armée de l’Air et la seconde concerne ce qu’il a vécu avant.
Cette vie dans l’artillerie a assez duré. Je fais une demande pour réintégrer l’armée dans laquelle je me suis engagé : l’aviation. Ma demande est acceptée assez rapidement et je suis convoqué à Blida. De là j’obtiens une permission de 8 jours rapport au fait que depuis le début de notre arrivée en Afrique nous n’en avons pas obtenue. Pour ces vacances il m’est proposé un séjour chez une famille pied noir rue de la glacière à Alger. L’accueil dans cette maison est très sympathique et ma première occupation est de faire une très grande toilette. Il y avait longtemps que je ne m’étais pas senti autant à l’aise car il faut bien imaginer que depuis de longs mois l’hygiène manquait beaucoup et tout à coup j’avais l’impression de rajeunir. La famille est composée de la mère, du père et de la fille, une jeune de 16 ans environ dont l’accueil très sympathique m’avait redonné le moral ; la jeune fille m’accompagnait à Alger pour me faire visiter, la maman de son côté faisait tout pour rendre mon séjour agréable. Il est dommage que peu de temps avant la fin du séjour un échange de mots avec le père ait créé un fossé que je ne pouvais pas supporter davantage. Ainsi le lendemain je prenais congé de la maman et de la fille, les remerciant de leur accueil chaleureux et m’excusant de ma décision mais l’accusation du mari disant que les Français venaient en Algérie pour manger le pain des Algériens n’était pas acceptable ; la maman et la fille étaient très confuses de ce qui s’était passé et s’excusaient. Me voici revenu à Blida où je ne vais pas rester très longtemps. En effet, une note de service demande aux volontaires de se présenter pour une inscription, soit à l’école d’officiers de Cherchell soit à l’école de spécialistes d’Agadir. N’ayant pas l’intention de faire carrière dans l’armée mais préférant rentrer en France le plus tôt possible, je choisis Agadir.
Agadir
Je passe un petit examen technique qui était en fait un exercice de physique, ce qui ne me posa aucun problème. Avant d’avoir le résultat, je rencontre un ami de La Bastide dans un bar d’Alger, un nommé Médat qui avait fui la France en passant par l’Espagne et qui s’apprêtait à partir comme parachutiste à Londres. Cette idée d’être plus vite en France me donna envie de faire une demande pour accéder à cette unité. Malheureusement le lieutenant Demenant de la chefferie de l’air me prévint que je n’aurai pas l’autorisation de partir et si je devais le faire sans autorisation je risquais 45 jours de prison. Je n’avais pas réfléchi au fait que j’appartenais à l’armée de Giraud alors que mon ami faisait partie de l’armée De Gaulle ! Toujours est-il que quelques jours plus tard j’obtenais ma nomination à l’école d’Agadir où nous ne sommes pas très nombreux mais cela n’a pas d’importance.
Agadir visite du général Clark
Départ pour Agadir ; je pars par le train d’Alger, arrêt à Oudjda à la frontière Marocaine, arrêt prolongé, si bien qu’il a fallu cinq jours pour faire le parcours Alger Agadir. Nous arrivons à Agadir où nous sommes conduits vers le sud afin d’être logés dans un fort. Très rapidement nous sommes mis au travail car, il faut faire vite pour former les spécialistes nécessaires à l’équipement des divers groupes aériens qui seront formés avec le matériel que nous amènent les Américains et les Anglais. Les études et travaux pratiques sont accélérés, il faut s’accrocher, tout s’effectue dans un grand hangar près de la piste d’atterrissage. Ces hangars qui avaient été vidés de leur contenu étaient par contre remplis de carcasses décortiquées d’avions qui allaient nous permettre de nous familiariser avec nos nouvelles activités. Nous effectuons quotidiennement le trajet pour rejoindre le fort. Un jour il nous a été demandé s’il y un volontaire pour rester la nuit dans le hangar afin d’y effectuer la garde ; je le fus et m’installais tant bien que mal. L’avantage, que j’avais prévu, était de pouvoir continuer à travailler le soir, de ne pas perdre de temps dans le transport journalier et de na pas avoir cette limite de l’extinction des feux ce qui me permettait de travailler en m’éclairant avec des morceaux de plexiglas provenant de cockpits d’avions que je faisais brûler. Mon installation était sommaire, un lit, une paillasse, un WC et un lavabo le tout dans un immense hangar. Ce que j’avais oublié c’est que la nuit comme nous sommes près du désert, la température par rapport au fort est très froide, ce qui m’obligeait à m’entourer de ma ceinture de flanelle. Pendant les trois mois que dura le stage nous suivions également l’entrainement de mitrailleur sur des appareils américains, ce qui n’était pas désagréable. Nous ne savions pas dans quelle unité nous allions être affectés, aussi fallait-il être prêts. Pendant cette période j’ai eu l’occasion unique d’entrer en relation avec des amis que mes parents avaient connus à Rochefort et qui habitaient à Casablanca. C’est ainsi que j’ai pu obtenir une permission de quitter Agadir pendant deux jours et de visiter cette belle ville, ce qui m’a permis de bavarder tout en changeant d’horizon et d’évoquer des souvenirs car nous avions beaucoup de choses en commun. Il faut aussi dire que ces personnes au demeurant très sympathiques avaient des vues sur moi pour leur fille. Nous avons communiqué par lettre et les choses en sont restées là. Ce que je devrais ajouter pour que le tableau soit complet c’est d’évoquer la manière dont s’est passé le voyage aller. Parti le matin de bonne heure j’ai eu l’occasion de connaitre ce qu’est un nuage de criquets, la route donnait l’impression d’être verglacée avec l’épaisseur de ces insectes écrasés, quant à la nature on se serait cru en hiver chez nous car il n’y avait plus une feuille aux arbres. Le séjour à Agadir terminé, diplôme en poche nous sommes dirigés vers Marrakech où nous séjournons quelques jours ; nouvelle ville à visiter, puis, nous voilà reparti du Maroc en direction d’Alger.
Alger nous accueille avec son beau soleil, bien que nous n’en ayons pas manqué à Agadir, provisoirement hébergés au fort des Arcades en attendant notre affectation. Là nous avons eu droit au spectacle du bombardement du port d’Alger et ce fût un feu d’artifice superbe avec les tirs de D.C.A et des divers navires de guerre encrés dans le port, il y avait là au moins deux mille bouches à feu. Ainsi pour la première fois nous assistions à tout cela en spectateurs. Pendant le séjour à Alger nous sommes équipés à l’anglaise, Battle Dress (sorte de blouson), calot, etc…
En Tunisie en tenue anglaise
Nous avons aussi et cela est plus intéressant la possibilité de profiter de la cantine anglaise dans laquelle nous buvions du thé ou du chocolat avec du pain blanc, genre pain de mie. Nous nous régalons de tout cela car la nourriture au fort des arcades n’est pas d’excellente qualité, seul le vin étant bon. Enfin l’affectation arrive c’est au groupe de chasse 1/3 « Corse » escadrille des « Chats » que je vais rejoindre. Nous embarquons au port d’Alger à bord de gros bateaux et cette fois-ci, je suis à bord de « l’EI Biard » qui suit le « Marakech » et un autre navire dont je ne me rappelle plus le nom. Encadrés de croiseurs, de contre -torpilleurs, de dragueurs de mines durant le trajet ilsl nous arrivent de voir des mines flottantes et nous faisons beaucoup de zig-zag pour échapper un peu aux sous-marins allemands, lesquels sont surveillés par tous les navires qui nous encadrent. Pourtant nous sommes passés près d’un torpillage ; en effet, malgré la surveillance, un sous-marin s’était infiltré dans le convoi, et là encore la chance m’a souri ou plutôt nous a souri car une torpille est passée devant et une autre derrière notre navire sans faire mouche.
Après ce très long parcours, nous apercevons la Corse, Ajaccio nous sourit. Le nettoyage a été fait par les commandos et la résistance Corse et ils ont bien fait le boulot. Le débarquement s’effectue dans de très bonnes conditions, rien de notre matériel n’a souffert et il nous reste à rejoindre « Campo D’el Lorro », terrain d’atterrissage qui a été épargné et que le génie aura très vite fait de remettre en état ; les grilles perforées américaines étant idéales pour cela. A mon arrivée en Corse je suis nommé caporal car le commandant ne supporte pas que le chef d’une chaîne soit un deuxième classe, et comme je suis diplômé de l’école d’Agadir je suis nommé responsable du service radio électrique de l’escadrille.
Les mécaniciens à Bastia
Trois jours après notre arrivée ce sont les Spitfires, avions de chasse anglais qui nous arrivent. Les pilotes que nous ne connaissons pas encore sont pour la plupart très sympathiques, il y a parmi eux des sous-officiers dont un que l’on surnomme Moustache et qui est particulièrement sympa, son surnom venant de ce qu’il a une moustache du type Clark Gable comme je l’avais laissée pousser au Maroc.
Travail mécanicien à Borgio Bastia 1943
Immédiatement il faut se mettre au travail. J’ai déjà organisé les tentes qui nous sont affectées, celle du couchage, du matériel ; tout est en place mais la grande difficulté pour nous c’est la découverte de ce nouveau matériel car lors de notre formation nous n’avions travaillé que sur du matériel américain. Je fais le tour du premier avion avec un mécanicien qui était déjà en Algérie avec ces appareils et en une heure l’affaire est réglée. Je donne alors les ordres à mes copains du service pour que tout fonctionne bien et que chaque matériel soit en place. Il faut faire vite car les missions ne vont pas tarder, notamment sur l’Italie car nous sommes très près de l’île d’Elbe où les Allemands sont bien incrustés et des côtes Italiennes, il y a du travail en perspective. C’est en effet sur tous les fronts qu’il faut intervenir à tour de rôle. Tout se passe bien également avec la population civile, les personnes âgées en particulier sont très sympathiques, peut-être sont-elles émues de voir tant de jeunes parmi nous. Notre séjour à Ajaccio va se poursuivre sans trop de casse ; seulement deux avions descendus, un autre dont le pilote faisait un essai et qui est venu s’écraser sur la piste sans avoir eu le temps d’ouvrir son parachute. Depuis la Tunisie je n’avais plus eu l’occasion de voir un homme, ami qui plus est, dont il fallait ramasser les divers morceaux épars dans son parachute. Les collègues secouristes du service de santé faisaient là leur baptême du feu.
Avant le débarquement sur l’île d’Elbe qui doit avoir lieu rapidement nous sommes transportés à Bastia, Borgo plus exactement. C’est le 17 juin qu’aura lieu ce débarquement et nous partons donc avant par la route, cette fameuse route dont nous avons entendu parler, qui passe par le col de Vitsavone et où nous avons perdu corps et bien un camion qui a versé dans le ravin.
Notre escadrille participe très activement aux opérations. Le débarquement est effectué par des troupes pour la plupart sont coloniales, commandos, chocs, tirailleurs, tabors. Ce sont deux cents bateaux qui prennent la mer pour cette opération qui aura coûté assez cher en hommes car les allemands avaient en effet préparé de vrais pièges ; par exemple, ils avaient installé des filins d’acier en travers des routes menant au bord de mer de manière à décapiter les hommes qui arrivent avec leurs Jeep et c’est à partir de cette période que les véhicules ont été pourvus de barres avec une encoche pour couper ce filin. Nous sommes bien installés à Borgo dans la colline qui domine la mer mais dans les arbres de manière à être à l’abri de l’aviation allemande. Les tentes à quatre dans lesquelles nous sommes logés sont disséminées, les pilotes eux sont dans des maisons dans le village même au-dessus de nous. En ce qui concerne la piste d’atterrissage, elle se trouve en bord de mer, là où sont réunis les groupes 1/3 — 1/7 —2/33, ce dernier étant le groupe de reconnaissance équipé de Lightning connu pour avoir comme pilote Antoine de Saint Exupéry que j’ai eu l’occasion de croiser sur la piste et que j’ai vu lors de son dernier décollage avant qu’il ne soit descendu par un pilote allemand, c’est tout au moins ce qu’un allemand a revendiqué.
Les journées sont très longues car nous sommes en alerte du matin 2 heures jusqu’au soir 23 heures. Nous prenons un casse-croûte le matin sur la piste et le soir après avoir rangé tout le matériel et laissé le service de garde sur le terrain nous rejoignons le campement par une route très accidentée comme on les rencontre en Corse. En arrivant nous avons des tirailleurs Sénégalais chargés de la surveillance de nos installations qui nous font chauffer de l’eau dans des bidons de 200 litres, ce qui nous permet de nous doucher et comme les journées sont très chaudes cela nous remet en forme. Il nous arrive cependant malgré la fatigue et le manque de sommeil de terminer la soirée au village de Borgo où nous rencontrons de braves paysans qui nous paient à boire pour que nous leur donnions des nouvelles de leur maison sur le continent alors que nous ne pouvions pas connaître ce qu’il s’y passait. A notre arrivée en Corse, nous avons été équipés de vêtements américains. Il est vrai que l’aviation est intégrée à l’armée américaine ; vêtements bien taillés, matériel de toilette et d’hygiène etc.., excepté l’armement qui pour l’instant est la mitraillette Sten qui sera par la suite échangée contre la Thomson. En ce qui concerne la nourriture elle est assez bonne sauf lorsque le chef du ravitaillement fait des achats trop importants et que nous sommes obligés de manger la même chose pendant un certain temps. Par exemple, un jour les choux fleurs devaient être bon marché et nous en avons mangé jusqu’à extinction c’est à dire en état proche de la pourriture. Notre cuisinier n’était en rien dans tout cela et il avait assez de mal à cuisiner dans les conditions où il se trouvait (fourneau bricolé à l’essence) et c’est ainsi qu’un cuisinier est mort de ses brûlures. Je viens d’être nommé sergent, passant directement de caporal sans le grade intermédiaire de caporal-chef, et je m’emploie à fabriquer mes galons avec du cuivre pour ne pas avoir à les coudre et recoudre lors du lavage. En ce qui concerne notre lavage nous nous débrouillons assez bien, pour ce qui est du linge de piste c’est à dire avec les combinaisons que nous trempons dans des bacs d’essence ce qui permet de nettoyer les taches de graisse et de laver en même temps, en revanche pour le linge de corps, nous le lavons dans notre casque (pas celui dans lequel où nous mangeons notre soupe). Nous sommes de plus en plus pressés d’avoir des nouvelles du débarquement en Normandie et piaffons d’impatience de rentrer dans le grand cirque pour retrouver enfin la France ou tout au moins le continent comme ils disent en Corse. Enfin après de très longs mois je reçois des nouvelles par message de la croix rouge, de maman et de la famille qui sont très anciens car comme moi ils ont beaucoup voyagé avec mes changements nombreux d’affectation et de pays. Quand on pense que dans l’armée elle-même, ils m’ont recherché comme déserteur à Agadir après la campagne de Tunisie.
Ces derniers jours en Corse se passent bien car les Allemands n’ont plus la maîtrise du ciel avec tous les fronts auxquels ils ont à faire face. Nous avons ainsi la possibilité de nous distraire et c’est ainsi que pour le 14 juillet 1944, laissant une équipe d’alerte sur place, nous sommes invités par la population d’un petit village dont j’ai oublié le nom ; grande fête chacun de nous étant invité dans une famille, une salle avait été préparée pour le bal et là pour la première fois de ma vie j’ai eu l’occasion de danser avec la jeune fille de la famille qui m’avait reçu. Cela nous a remonté le moral tout comme le fait que le débarquement de Normandie semblait bien se passer et que j’avais reçu des nouvelles même anciennes.
Fin juillet, j’apprends que St Ex n’est pas rentré ; parti pour une mission de reconnaissance à bord de son P-38 afin de photographier les positions allemandes sur le continent, j’avais assisté à son départ le matin même. Nous avons aussi perdu deux avions et ne savons rien des pilotes. Avant de quitter Borgo nous avons le plaisir de recevoir la visite de notre marraine de guerre Joséphine Baker en superbe tenue d’officier de l’armée de l’air. Au mois d’août 1944 nous sommes transférés à Calvi, au moins pour ceux qui sont chargés de préparer le matériel nécessaire pour accueillir les avions en France, les autres restant avec les appareils sur place à Borgo, pour assurer la sécurité. Nos tentes sont installées sur la plage en face du port de Calvi, et heureusement que les Allemands ne viennent pas aussi souvent dans notre secteur car nous serions en danger et sans défense. Nous avons la chance avant le grand jour de profiter de cette période qui nous donne l’impression d’être en vacances ; cela durera une huitaine de jours et nous nous baignons faisant même un bain de minuit. Le camp lui-même est un bazar indescriptible à un tel point que notre chocolat qui avait été posé sans précaution au soleil fondait et que les vaches corses qui sont amateur de chocolat nous en ont mangé une certaine quantité.
Tous les jours nous surveillons pour apercevoir des navires à quai, le temps paraît long ! Puis un jour nous voilà rassurés, le bateau qui va se joindre à l’armada est à quai. Personne ne traîne lorsque l’ordre de démonter les tentes est donné, pour ranger le matériel se mettre en tenue de combat, la mitraillette chargée, les chargeurs également garnis etc. L’embarquement s’effectue le soir même ; un de mes camarade Edneff à peine monté sur le bateau tombe malade, le sera jusqu’au bout et sera ramené à terre sur une civière plus tard que tout le monde . Les groupes d’assaut ont débarqué et nous arrivons après le gros de la bataille ; il y a là une quantité de bateaux impressionnante car nous sommes accompagnés par des troupes très diverses qui viennent de tous les horizons en plus des bâtiments de guerre qui continuent à bombarder le continent. Les avions anglais et américains n’arrêtent pas de passer au-dessus de nous et viennent pour la plupart d’Italie. Les plages sont nettoyées lorsque nous débarquons et nous voyons des pièces d’artillerie qui ne sont plus dangereuses car détruites par les commandos. Le débarquement s’effectue sur plusieurs plages, nous nous arrivons au Dramont entre St Raphael et Ste Maxime. Là nous allons installer nos tentes dès que nous allons trouver un point sans trop de danger ; puis ce sera la remontée vers le nord. Marseille et Toulon étant pris très rapidement rien ne s’oppose à une remontée rapide. Notre installation suivante sera Salon de Provence où nous recevrons nos avions après avoir organisé le terrain.
Notre séjour à Salon ne sera pas très long car l’avancée est spectaculaire ; les FFI participent à cette chasse, font sauter des ponts et des voies de chemin de fer ce qui bloque les groupes allemands, qui seront ensuite attaqués par notre aviation, celle des Allemands étant beaucoup moins puissante qu’elle ne le fût car la dispersion sur tous les fronts leur pose des problèmes… Après Salon, nous partons pour Lyon, et une nouvelle installation sur le terrain de Bron où nous investissons les anciennes casernes. Les pistes sont en bon état, mais nous avons un problème avec le manque de carburant, car l’avance est très rapide. L’essence arrive par cargos depuis l’Italie et ce sont ensuite des Libérator qui nous ravitaillent. L’accueil de la ville de Lyon est très chaleureux envers nous.
Lyon sept 1944
Nos avions continuent à mitrailler les convois allemands. Si j’ai parlé de la réception de Lyon c’est que nous étions accueillis avec une chaleur inimaginable ; nous ne pouvions nous arrêter dans un bar sans être servi sans payer, sans compter les femmes et jeunes filles qui nous sautaient au cou à tout instant.
Lyon sept 1944 Equipe spécialisée
Ce séjour terminé à regret nous allons rejoindre Dijon, là encore pour un temps très limité. À notre arrivée nous sommes installés dans les casernes près de l’aérodrome où nous recevons nos avions ; l’adjudant avec lequel j’ai d’excellentes relations et qui est un bourguignon bon vivant, m’invite à me rendre avec lui dans sa famille afin de retrouver après de longues années d’absence tout son monde, ce qui nous manque à tous ou à peu près. Il faut imaginer ce qu’a été cette réception le soir dans cette maison, les meilleurs crus étant sortis de la cave et tout cela s’est traduit par un retour très matinal au quartier.
Après cette réception nous avons dû nous rendre à la réalité et au travail de réception, tout cela pour très peu de temps car notre progression s’est effectuée encore une fois assez rapidement. Cependant les choses ont l’air de changer de ton et les Allemands résistent un peu plus. C’est ainsi que vers la mi- septembre nous partons à nouveau, cette fois pour Luxeuil qui est une ancienne base aérienne.
Georges en tenue US à Luxeuil
La région est très fraiche, nous approchons de l’automne et nous le sentons. Par contre nous avons une installation qui n’a pas son pareil car nous sommes logés à l’Hôtel des Bains ; très bel hôtel qui avait servi à héberger les Allemands notamment la Komandantur. En ce qui nous concerne nous avons une chambre à deux avec salle de bains et il ne nous manque que des serveurs ou serveuses pour améliorer l’ambiance. L’hôtel a été réquisitionné entièrement pour notre groupe. L’activité aérienne est intense car la grande bataille a vraiment commencé vers l’Alsace et les Vosges. Nous pensons à nos camarades des troupes à pied qui doivent beaucoup souffrir déjà du froid et des attaques allemandes. Mon camarade (moustache) que nous appelons ainsi car il a la moustache à la Clark Gable ainsi que je l’avais au Maroc, a été descendu au-dessus de Dôle mais il a réussi à sauter en parachute et à rejoindre nos lignes tout en étant tombé chef les Fritz ; inutile de dire la réception qui lui a été faite à son retour, le champagne a coulé à flot.
Luxeuil dec 1944 Reste d’un Marauder
C’est la bataille des Vosges qui commence, il fait froid, l’amalgame avec les éléments FFI (forces françaises de l’intérieur) est terminé et il y a du sang neuf incorporé dans ce que l’on a appelé la première Armée qui était en fait l’Armée d’Afrique.
Nous devons quitter notre hôtel de Luxeuil les Bains car nous allons nous diriger vers Strasbourg qui vient d’être libéré par la deuxième DB. C’est à Ensheim que nous arrivons et allons habiter chez l’habitant. Une chambre, très belle a été réquisitionnée et nous nous retrouvons toujours à deux copains pour la partager. Nos logeurs très sympathiques qui ont un accent très prononcé et entrecoupé de mots alsaciens, prennent très bien soin de nous et nous offrent le plus souvent possible une gourmandise comme un gâteau et, lorsque nous rentrons de piste le soir, il y a toujours un bol de lait frais sur la table de la cuisine. Nous sentons cependant de la part de ces personnes une crainte de voir revenir des Allemands chez eux et il y avait de quoi être inquiets à leur place. Nous voici sur le terrain d’Ensheim, il fait très froid ; nous sommes bien couverts heureusement, veste fourrée bottes également fourrées etc.
Le 26 décembre nous allons quitter Ensheim et comme nous dépendons du commandement américain, nous allons être dirigés sur Bischwiller, près d’Haguenau c’est à dire dans l’aviation de chasse de première ligne. C’est en effet dans cette localité que nous faisons une halte après avoir roulé par très grand froid et nous avions besoin de nous réchauffer. Nous en profitons pour faire un brin de toilette après avoir obtenu qu’une personne nous dégèle une fontaine, la toilette ne durera pas ! Il fait un froid de canard (la température est d’environ -15°), nous avons roulé toute la nuit et nous nous sommes de cette manière bien réveillés. Nous entrons dans un café afin de boire quelque chose de chaud, un bon café arrosé de Schnaps ; nous conversons avec les habitants résistants qui nous disent de nous méfier car dans les cafés nous pourrions être empoisonnés par des collaborateurs, ce qui nous fait un peu sourire, cependant nous allons être sur nos gardes. Nous poursuivons notre route vers Bischwiller, le froid devient intense (la température est descendue à -20°) et malgré notre excellent équipement la nuit passée dans nos camions avec une fermeture quelque peu aléatoire ce n’est pas le Pérou.
Nous voici à Bischwiller, mais cette fois nous ne monterons pas les tentes car nous allons être logés dans un ancien asile d’aliénés. Nous aurions préféré coucher sous la tente car il n’y a plus une vitre aux fenêtres de ce bâtiment. Il y a un courant d’air affreux et on a l’impression qu’il y fait plus froid qu’à l’extérieur ; il fallait être jeunes pour tenir le coup dans ces conditions climatiques et ce n’était pas fini nous qui venions de Corse et d’Afrique n’étions pas habitués à ce régime. Notre installation terminée, ce qui consistait à nous débarrasser de notre barda nous fonçons vers le terrain et là nous trouvons les anciens hangars partiellement démolis voire aux trois quart, une piste bricolée avec les plaques perforées.
Par ce froid sibérien nous accueillons nos Spitfires. Pour travailler sur les avions avec cette température les américains sont heureusement prévoyants car ils nous avaient équipés de gants qui protègent du froid comme de la chaleur. Nous sommes vraiment en première ligne tout près du Rhin avec les troupes de ce secteur des tirailleurs Algériens et Marocains lesquels souffrent comme nous et peut être encore plus que nous de ces conditions de vie. Les interventions seront très rapides car à 3 ou 4 km du Rhin les incursions en Allemagne ne peuvent être plus faciles. La défense du secteur est également assurée par les tirailleurs tunisiens du Général Guillaume alors qu’au nord c’est la 7ème armée américaine. Nos interventions sont très fréquentes, les appareils ont à peine atterri qu’il faut les préparer pour repartir. Le froid est toujours aussi intense et en plus la neige s’est mise à tomber et le verglas s’installant, nous sommes obligés de dégivrer les avions tous les matins avant le lever du jour en utilisant du glycol et ainsi aucun taxi ne reste au sol. Les avions allemands qui ne sont pas gênés par la D.C.A. absente se font un grand plaisir dès qu’ils le peuvent nous bombarder, nous abimant deux avions et blessant quelques-uns des nôtres dont mon excellent camarade DEVY. Nous allons voir que notre séjour en première ligne pour l’aviation n’est peut-être pas une très bonne chose ; en effet, il va être de courte durée car la 39ème panzer allemande attaque notre secteur, et alors que nous nous apprêtions à fêter le nouvel an le 1er janvier 1945, nous sommes obligés de prévoir un repli de toute urgence. Le 30 décembre certainement en préparation à cette attaque nous sommes bombardés par des FokWulfs qui ne se privent pas de mitrailler, n’ayant aucune protection radar ni de DCA ; la proie est trop belle.
31 Décembre 1944, nous sommes réunis avec les Américains et nous pensons que les Fritz allaient nous permettre de fêter la fin de l’année, mais il n’en fut rien. Les américains avaient même amené leurs instruments de musique, mais en guise de musique, c’est une autre partition qui allait se jouer. Il est 23H30 et nous recevons l’ordre de nous préparer à reculer. Les troupes américaines ont décroché devant la contre-attaque des panzers allemands ; nous faisons sauter le maximum du matériel que nous avons dans les hangars ainsi que les avions en panne sur le terrain. Nous courons vers notre asile d’aliénés et par les fenêtres nous balançons nos paquetages dans les camions, après quoi nous montons dans nos G.M.C. découverts qui vont nous servir à faire la route vers Toul ou Nancy ; nous ne connaissons pas encore quel sera notre point de chute.
Toul 3 Janvier 1945 SpitfireToul 5 Janvier 1945 Les mécanos équipements
Nous partons donc par un froid terrible, il neige, il y a du verglas, les camions tous feux éteints, avancent péniblement et nous sommes frigorifiés. Nous avons démarré vers une heure du matin, la nuit est très sombre malgré la neige. Il ne faut pas trainer car les Allemands ont franchi le Rhin à Kinstell à quelques kilomètres de notre asile. Dans le nord ils ont contre-attaqué à Haguenau et à Bischwiller avec les panzers. On comprend mieux maintenant pourquoi les alsaciens n’étaient pas trop expansifs, un jour Français, le lendemain Allemand avec toutes les conséquences que cela représente. Nous voici arrivés à Toul. Le froid est toujours intense, nous devons avoir une température de moins 23°, le chef de convoi nous fait arrêter dans un café ; il est 7 heures du matin, nous prenons du café chaud arrosé pour se donner du courage et aussitôt après nous nous dirigeons vers les restes de Toul enneigé pour retrouver les Thunderbolt américains et nos Spitfires. Il faut faire des points fixes pour chasser la neige de la piste, et il fait toujours aussi froid ; nous allons rester sur place jusqu’au 2 janvier. A cette date nous nous dirigeons vers Nancy. Là encore la route nous paraît très longue et peu sure et encore une fois nous arrivons à Nancy congelés. Nous sommes installés dans une ancienne caserne qui a beaucoup souffert avec les bombardements mais pas autant que notre ancien « asile » de fou. Nous essayons de nous réchauffer avec du café chaud et de la « gniole ». Nous avons nos rations et mangeons surtout du chocolat et fumons beaucoup pour couper la faim.
Nous voici installés à Nancy pour quelques jours car les avions sont cloués au sol avec environ 50 cm de neige ; nos tentes sont installées sur le terrain où nous devons demeurer dans la journée pour faire tourner les moteurs et entretenir tout le matériel batteries et autres… J’ai la malchance pendant cette période de souffrir d’une crise de dysenterie amibienne qui m’oblige à baisser la culotte plusieurs fois par jour et cela dure deux semaines au moins malgré les cachets de bismuth que m’administre le médecin (il n’a pas trouvé autre chose à me donner pour me calmer). Toujours bloqués par l’épaisse couche de neige nous faisons brûler des bidons d’essence pour nous réchauffer dans les tentes. Nous pensons à nos copains qui devant Strasbourg menacé souffrent peut-être davantage du froid que nous, notamment les tirailleurs, algériens, marocains et tunisiens ; les sénégalais ayant été retirés en raison des conditions climatiques.
Nancy 19 Février 1945 Heinkel 111 abattu
Le génie vient enfin nous aider à dégager les avions de la neige et petit à petit nous allons réussir à les faire décoller. Chaque jour c’est la même opération qu’il faut recommencer car les troupes engagées dans cette bataille terrible qui se déroule pour la défense de Strasbourg ont besoin de renfort que ce soient les troupes à pied ou les blindés. Au bout de huit jours de travail intensif avec une surveillance journalière, les pistes sont améliorées et permettent de faire décoller les avions avec tout de même grande prudence. Ils sont bien nécessaires nos avions pour mitrailler les troupes au sol et bombarder en piqué les engins blindés notamment les chars (Tigre). Les pertes en homme et en matériel sont très importantes et toujours avec un temps affreux. Les Allemands sont équipés de vêtements blancs en raison de la neige et dans les troupes coloniales je me suis laissé dire par un collègue tirailleurs qu’ils avaient au cours des combats récupéré des chemises de nuit dans des maisons afin de les enfiler sur leurs vêtements.
La neige continue de tomber en abondance et nous recevons l’ordre de quitter cette région et de faire route vers Fontaine les Luxeuil. Là encore nous montons nos tentes mais notre installation ne sera que de courte durée car la bataille de Colmar est bien déclenchée, et ce sera une des plus dures. Quelques jours à peine passés à Fontaine nous voici partis faisant route vers Colmar pour investir une ancienne caserne près des combats afin d’être plus efficaces. Nous commençons à savoir ce qu’est la proximité des combats. Nous sommes soumis à de nombreux bombardements par une aviation allemande sur le terrain où nous recevons des bombes genre crapouillot qui explosent en plusieurs fois ; d’autre part nous subissons des bombardements sur la caserne dans laquelle nous avons été installés, ce sont des bombardements de la part des batteries de très gros calibre installées type 380 ou 420mm sur voie ferrées qui ne sont pas accessibles le jour camouflées sous la roche et sorties la nuit et aidées par des espions de la 5ème colonne qui dirigent leurs tirs au moyen de fusées. Tous les jours c’est le feu d’artifice et leurs objectifs sont bien déterminés. La caserne où nous sommes est devenue la cible idéale un peu à l’écart du centre de Colmar et chaque jour nous recevons une avalanche d’obus. C’est ainsi que mon meilleur camarade Hubert Mastron est sérieusement blessé au cours d’un de ces bombardements ; il a le bras arraché et au cours des opérations successives qu’il subira on lui trouvera 45 éclats dans le corps. Je pourrais une fois de plus invoquer la baraqua car si mon camarade n’avait pas été un mètre devant moi je ne pense pas que je serais en train d’écrire cette rubrique. Notre cuisinier aussi a eu beaucoup de chance car un obus est tombé exactement dans la cheminée de la cuisine et est allé jusqu’à la cave. Imaginez cet homme qui a vu cette marmite lui tomber juste devant sans exploser… il a eu encore plus de chance que moi bien que je n’aie pas eu à me plaindre. Il fallait le voir sortir de cette situation : il était d’une part blanc de peur mais aussi noir de suie et il mit un certain temps à s’en remettre comme moi d’ailleurs. Pendant toute cette période qui a précédé la prise de Colmar le temps a toujours été exécrable, froid, la neige n’ayant pas cessé de tomber. Cette situation climatique a été très pénible et les organismes ont été mis à l’épreuve que ce soit chez nous mais surtout chez les coloniaux qui souffrent terriblement sans parler des FFI qui pour certains n’ont pas eu l’équipement qu’ils auraient dû avoir. Les pertes en avions chez nous sont très importantes en raison d’une DCA allemande très puissante et parmi les pertes, celle de Marin la Meslée (20 victoires) est durement ressentie.
Le 28 février, alors que Colmar est libéré nous partons pour Strasbourg- Enzsheim, et nous nous installons afin de suivre nos troupes à pied et les aider pour les attaques au sol. Les Allemands ne veulent pas lâcher prise, c’est là que sont engagées les troupes les plus enragées d’Allemagne. Les forces françaises commandées par le Général de Lattre de Tassigny et les troupes américaines font un travail magnifique, il fallait prendre la ligne Siegfried et les combats au corps à corps ont lieu entre les S.S. et les Tabors marocains.
C’est le 31 mars vers 2H30 du matin que des éléments de la DIA passeront les premiers le Rhin avec des pneumatiques. La course commence car il faut s’enfoncer au plus vite en Allemagne et ce sera dur ! Les Allemands ont mis toutes leurs forces dans la bataille jusqu’à la Hitlerjungen et les forces blindées.
Le 21 avril la ville de Stuttgart est prise et le 25 nous y sommes en place après avoir été transportés par DC-3 Dakota. Nous atterrissons sur une piste en mauvais état avec la crainte de voir notre appareil faire un cheval de bois, mais tout se passe bien. Nous découvrons la ville qui n’est qu’un amas de décombres ayant subi de très importants bombardements.
Vue de StuttgartStuttgart, les ruines
Nous aurons l’occasion aussi de voir Pforsheim qui fut la capitale des pierres précieuses et qui est encore plus détruite. Ce qui est remarquable c’est de voir comment les Allemands se sont mis à rassembler les pierres de leurs maisons et en faire un tas à l’emplacement exact de la construction ancienne. Certains habitants s’étaient installés dans les caves qui ont résisté aux bombes et il semble que la ville reprenne vie notamment avec la remise en état du tramway ; il est curieux de voir ce spectacle dans une ville fantôme, cela semble irréel. Nous sommes installés dans des villas épargnées. Mes hommes et moi sommes dans une maison qui n’a subi que quelques dégâts sans gravité et cela dans Stuttgart même. Nous avons la chance de trouver dans cette habitation un petit stock de nourritures dont des œufs conditionnés dans un grand fût rempli de plâtre de manière à ce que leur conservation soit excellente ; nous améliorons ainsi notre ordinaire. Nous avons aussi l’avantage de pouvoir faire une toilette correcte ce qui devient un luxe après ce que nous avons vécu avant. Maintenant c’est la débâcle, Hitler avait demandé à ses troupes de se faire tuer sur place et beaucoup l’ont fait fanatisées qu’elles étaient.
Georges à Stuttgart avec l’équipe de mécanos
Notre aviation n’aura bientôt plus qu’à impressionner avec des vols en rase-motte car la bête agonise, elle est même morte. Nous en profitons pour nous promener en ville et se rendre aux usines Salamander où nous trouvons des chaussures de tous modèles et de bonne qualité. En France il y a les tickets de rationnement, il est donc difficile de se chausser, nous profitons de cette aubaine et récupérons quelques paires afin de les donner à la famille. Puis nous découvrons que l’usine de jouets de Ravensbourg est très bien achalandée et là aussi nous allons nous ravitailler car cela fera d’excellents souvenirs de notre passage dans cette Allemagne qui nous a fait bien souffrir. Pour la petite histoire il me revient une anecdote que nous avons vécue dans l’usine de chaussures ; les Américains qui étaient passés par une autre entrée, nous apercevant ont peut-être pensé que nous étions des truands et se sont mis à tirer avec leurs mitraillettes, et nous en avons fait de même. Cela était plutôt amusant de tirer à la mitraillette à travers le magasin mais les choses en sont restées là. Conformément aux instructions données par les troupes d’occupation, les habitants avaient déposé tous leurs appareils radio à la mairie, et comme cela nous était autorisé nous avons pu en obtenir un, nous donnant ainsi la possibilité d’avoir des nouvelles de l’extérieur.
Le 24 avril lors d’une conférence du colonel on nous donne des instructions concernant notre départ, pour le lac de Constance et nous appareillerons le 25 avril en direction de Friedrichshafen. Lorsque je rentre de cette réunion je trouve mes gars en train de détruire les tableaux, les glaces, miroirs à l’aide de boites de conserves qui servaient de projectiles. Imaginez la colère que j’ai pris et j’exigeais de remettre de l’ordre et de faire en sorte de replacer tout ce qui pouvait l’être, afin que le lendemain on ne trouve pas un champ de ruines.
Ce 25 avril, nous voici partis pour Friedrichshafen et nous traversons la forêt noire afin de rejoindre le lac de Constance. Nous allons être logés dans les habitations du personnel des usines Dornier le fabricant de ces appareils qui nous ont si souvent laisser tomber leur chargement à proximité. Avec un camarade sergent comme moi et chargé de l’équipement, je partage une villa très agréable qui donne sur le lac. Notre mess n’est pas loin, tout comme les pistes qui servaient aux avions à leur sortie de l’usine et qu’on va pouvoir utiliser. Nous allons vivre ici une période de repos bien méritée que je pourrai appeler une période de rêve. Une jeune fille nous est allouée pour faire le lit et le ménage. J’ai choisi moi-même une jeune allemande qui avait une ressemblance avec l’élue de mon cœur et qui avait gardé sa place pendant tout mon périple.
Cette période de l’occupation est surement la plus heureuse depuis que j’ai endossé mon habit militaire. Plus de risques, cadre de vie magnifique, promenades sur le lac de Constance avec nos camarades de la marine qui tout en effectuant une surveillance des frontières maritimes nous permettaient de jouir de ces paysages. Notre activité principale consiste à bien entretenir les appareils afin que les pilotes puissent faire de nombreux passages en rase-motte pour impressionner les habitants, notre seconde occupation étant la gymnastique que nous effectuons tous les après-midis au bord du lac de manière à garder la forme physique. De temps en temps nous avions un orchestre tyrolien qui venait pour nous divertir et nous dansions, il ne manquait pas de candidates pour participer à ces moments de détente, mais le cas échéant, nous dansions entre hommes si cela était nécessaire.
Ce n’est qu’au mois d’août que nous avons quitté avec un certain regret ce secteur pour rejoindre la base de Dijon laissant sur place le groupe 2/38 formé avec les membres de la résistance.
Dès notre arrivée à Dijon nous nous sommes installés dans la caserne à Longvic, et nous n’avons pas apprécié cette nouvelle vie qui devint la pire des choses comparée à la liberté que nous avions trouvée en Allemagne et en zone d’occupation ! Jusque-là les grades n’avaient pas d’importance, il existait une vraie camaraderie, nous avions souffert ensemble. Maintenant nous retrouvions ces vieux sous-officiers qui le matin venaient agresser les soldats qui ne se levaient pas assez tôt. Ce qui était l’occasion de conflits et qui nous faisait réagir méchamment étant donné que ces gens-là avaient passé le temps de la guerre pour la plupart planqués et en congé d’armistice. Nous n’acceptions pas que nos hommes soient traités comme des collégiens.
Etant donné que nous avions acquis une certaine expérience, depuis notre retour en France, nous avions très fréquemment des conférences pour nous préparer à une éventuelle prolongation de notre engagement dans les troupes appelées à partir pour l’Indochine. Certains d’entre nous sont sélectionnés pour faire une formation sur un nouvel avion anglais le « Mosquito ». C’était un avion en bois et toile d’une très grande rapidité et d’une excellente maniabilité et très bien équipé en armement. La fabrication de ces appareils se faisait dans le nord, aux usines de Méaulte près d’Albert, entre Amiens et Arras. Nous avons reçu l’ordre de mission de nous rendre dans ces usines afin voir comment étaient fabriqués ces fameux avions et ensuite de pouvoir faire un stage de formation en Angleterre.
En attendant de partir pour Albert où nous devons être hébergés nous sommes convoqués à Paris, détachés au ministère de l’Air, place Balard et, chaque matin pendant un mois, nous nous sommes rendus au ministère pour avoir des informations. Pendant toute cette période nous ne faisons que nous promener, aller au cinéma au théâtre et dans les musées. Nous avions trouvé au ministère un ancien camarade que nous avions perdu de vue en raison de son départ pour les combats en Russie avec le groupe Normandie-Niemen. Nous l’avions connu sous-officier et était devenu le capitaine Albert héros de l’Union soviétique. Par son intermédiaire nous avions la possibilité d’obtenir des ordres de mission tamponnés en blanc par le ministère d’Air, nous permettant ainsi de nous absenter pour un week-end. Pour moi c’était l’occasion de faire des aller et retour de Paris à Toulouse et là je retrouvais sans frais l’élue de mon cœur, ne payant pas de voyage. Puis un jour nous apprenons que le départ est fixé, le plus gradé d’entre nous est un adjudant. Nous partons donc pour le nord. Nous arrivons dans une région triste par un temps déplorable, il est vrai que nous sommes au mois de décembre 1945 et un pays comme celui-là est peut-être agréable pendant la belle saison mais à cette période ce n’est pas Le lac de Constance.
Comme j’ai l’intention de passer Noël en famille, pour la première fois depuis longtemps, je demande à partir pour le midi. Il est vrai que j’avais presque oublié l’existence des fêtes. L’adjudant m’accorde l’autorisation de partir, ce qui m’enchante, mais me fait promettre d’être bien là dans les délais. J’avais en effet reçu mes livres sterling pour partir en Angleterre. Malheureusement au cours du week-end je tombe malade avec une belle angine alors que je n’avais pas connu pareille mésaventure pendant la guerre. Je fais envoyer un télégramme pour prévenir de mon impossibilité de rejoindre, mais comme la confiance dans l’armée ne règne pas, j’ai la visite des gendarmes qui me font transporter à l’hôpital de Foix où je demeure quatre ou cinq jours. Ensuite direction Dijon car je ne peux rejoindre mes camarades en Angleterre, étant donné que j’avais été remplacé au pied levé.
Voici résumée cette période de ma vie ou plutôt de ma jeunesse. De retour à Dijon la question s’est posée de savoir si j’acceptais de partir en Indochine avec un grade supplémentaire et une prime intéressante. Ne voyant aucun intérêt de partir me battre en Indochine j’avais mieux à faire en retrouvant celle qui m’attendait à Toulouse, mon amour que personne ne pouvait m’enlever. J’étais parti avec un certain souvenir d’elle et heureusement grâce à Dieu, je suis revenu avec le même souvenir qui n’avait fait qu’embellir au fil des jours et des années.
Enfin j’allais vivre, c’était le 14 mai 1946, j’étais démobilisé à Ia caserne Pérignon à Toulouse.
J’ai voulu écrire ces quelques lignes pour vous dire que nombreux sont ceux (nous étions environ deux cent cinquante milles dans cette première armée) qui comme moi ont perdu le meilleur de leur jeunesse, mais aussi qu’un grand nombre ont perdu la vie pour un idéal, en l’occurrence il s’agissait de libérer la France d’un occupant qui aurait privé notre Pays de liberté comme cela avait déjà été fait pour d’autres. Cependant j’ai muri je suis revenu un homme, c’est le bon côté de la chose.
Gaillagot
Gaillagot
Rochefort restes d’un MS 406
Rochefort restes d’un MS 406
Rimont en Ariège incendié par les allemends
Rimont en Ariège incendié par les allemends
Rimont incendié par les troups allemenades lors de leur retraite
Rimont incendié par les troups allemenades lors de leur retraite
Agadir
Agadir
Agadir visite du général Clark
Agadir visite du général Clark
En Tunisie en tenue GB juste après la désertion
En Tunisie en tenue GB juste après la désertion
Lyon sept 1944 Equipe spécialisée
Lyon sept 1944 Equipe spécialisée
Les mécaniciens à Bastia
Les mécaniciens à Bastia
Travail mécanicien à Borgio Bastia 1943
Travail mécanicien à Borgio Bastia 1943
Georges en tenue US à Luxeuil
Georges en tenue US à Luxeuil
Georges à Stuttgart avec l’équipe de mécanos
Georges à Stuttgart avec l’équipe de mécanos
A Friedieschafen
A Friedieschafen
Luxeuil dec 1944 Reste d’un Marauder
Luxeuil dec 1944 Reste d’un Marauder
Toul 5 Janvier 1945 Equipements
Toul 5 Janvier 1945 Equipements
Toul 3 Janvier 1945 Spitfire
Toul 3 Janvier 1945 Spitfire
Nancy 19 Février 1945 Heinkel 111 abattu
Nancy 19 Février 1945 Heinkel 111 abattu
Après le débarquement
Après le débarquement
Stuttgart 4° en partant de la gauche
Stuttgart 4° en partant de la gauche
Enterrement ; Photo récupérée dans une maison allemande
Enterrement ; Photo récupérée dans une maison allemande
Friedichshaffen
Friedichshaffen
Les mécanos
Les mécanos
Georges à Stuttgart avec l’équipe de mécanos
Georges à Stuttgart avec l’équipe de mécanos
Georges en tenue US à Luxeuil
Georges en tenue US à Luxeuil
Pont sur la Moselle
Pont sur la Moselle
Bunker de la ligne Siegfried
Bunker de la ligne Siegfried
Villas de la Foret Noire vue du logement
Villas de la Foret Noire vue du logement
Cimetière Allemand en forêt noire
Cimetière Allemand en forêt noire
Vue de Stuttgart
Vue de Stuttgart
Stuttgart, les ruines
Stuttgart, les ruines
Trou de bombe coté de Stuttgart
Trou de bombe coté de Stuttgart
Sur la ligne Siegfrid
Sur la ligne Siegfrid
Vue de Stuttgart
Vue de Stuttgart
Enterrement ; Photo récupérée dans une maison allemande
Enterrement ; Photo récupérée dans une maison allemande
Photo récupérée dans une maison allemande
Photo récupérée dans une maison allemande
Tombe avec croix gamée
Tombe avec croix gamée
Carte postale éditée juste à la fin de la guerre
Carte postale éditée juste à la fin de la guerre
Hitler demandant pardon
Hitler demandant pardon
2 ème partie qui raconte le début de la guerre.
DE 1924 1945
C’est le titre de cette chronique personnelle d’un début de vie qui, sans être fracassant présente quelques situations particulières.
Né dans ce beau département de l’Ariège, plus précisément à La Bastide de Sérou, comme ma mère, je pense avoir déjà voyagé avant de naître et ainsi avoir eu ce besoin de bouger.
En effet mon père militaire de carrière vivait avec ma mère en Rhénanie du côté de Worms et de Zweibrücken, c’est de là que ma maman est partie pour me mettre au monde en Ariège. J’imagine le voyage à cette époque pour une femme enceinte, mais le voyage a du bien se passer puisque je suis là pour en parler. N’oublions pas que je suis né au mois de février dans une région où les hivers ne sont pas particulièrement doux.
Puis ce fût la guerre du Rif au Maroc à laquelle mon père qui était dans les tirailleurs algériens participait, ainsi qu’un voyage aller et retour d’Allemagne en Ariège en 1925. Au retour, c’est le départ pour Thionville en Lorraine où mon père vient d’être muté, mais pas pour longtemps car, en 1928 c’est un nouveau départ pour le Sénégal et retour pour moi dans l’Ariège où je fais connaissance avec l’école maternelle.
En 1929 nous partons pour Châteauroux car je dois aller à l’école et c’est tous les matins, souvent par temps très froid, que nous empruntons un camion qui nous mène à Châteauroux. Cette situation va durer jusqu’en 1932. Puis c’est Rochefort sur mer où nous allons passer le plus grand nombre d’années en famille. Nous habitons tout près de l’école communale ce qui n’est pas désagréable après cette période où les transports journaliers par tous les temps étaient épuisants et très néfastes pour la santé. Mon père adjudant à l’école des mécaniciens de l’air avait quant à lui un trajet assez long pour se rendre au travail. Après le certificat d’études primaire, j’entrais à l’école primaire supérieure au Lycée Pierre Loti. Jusque-là, mis à part tous ces déménagements, ma vie s’est déroulée le plus calmement du monde avec un père très aimant mais très sévère et une mère tout acquise à ses deux hommes qu’étaient son mari et son fils.
Malheureusement depuis quelques années, les nouvelles des journaux et de la radio inquiétaient ; les quelques renseignements que nous avions parlaient de menaces en tous genres. En France il y avait des heurts à propos de la politique de droite comme de gauche (1934/1936) ; cela mena en 1938 aux accords de Munich. Seuls ceux qui ne voulaient ni voir ni entendre furent surpris par la mobilisation de 1939. Je garde un souvenir assez précis de ces militaires très nombreux rassemblés à Rochefort au « centre mobilisateur ». Notre voisine Mme Devillers épicière, vendait du vin au détail. Toute seule dans son magasin elle était heureuse que j’aille remplir les bidons de tous ces soldats mobilisés qui avaient pour la plupart un bon moral. La propagande était telle qu’ils pensaient en avoir pour quelques jours à peine, pour donner une bonne leçon aux Allemands. Ne chantait -ton pas « Nous irons pendre notre linge sur la ligne Siegfried » !
« LA ROUTE DU FER EST COUPEE «
Malheureusement, les jours passaient et tous les soirs avec mon père nous bougions sur une carte du front les petits drapeaux au fur et à mesure des nouvelles que nous annonçait la radio, c’est à dire ce que l’on voulait nous donner comme informations. C’était la drôle de guerre. Enfin les choses se sont précipitées lorsque les Allemands passant par la Belgique envahissent la France, enfonçant très rapidement le front des alliés à l’aide leurs armes blindées. La panique fit rapidement jour. Je vois encore tous ces réfugiés belges ou français des départements du Nord fuyant devant l’avance des troupes allemandes. Les voitures automobiles souvent recouvertes de matelas afin de limiter l’effet des mitraillages dont les aviateurs allemands et italiens ne se privaient pas. Ceux qui n’avaient pas ces moyens poussaient des charrettes chargées de tout et de et rien. Au milieu de tout cela des militaires peu fiers, sans officiers, quelques fois sans armes, débraillés. On ne chantait plus, mais par contre on recevait des bombes car la base aérienne, le port, l’arsenal et accessoirement la population civile étaient la cible des bombardiers ou chasseurs bombardiers. Je me souviens avoir beaucoup inquiété ma mère lorsque, curieux avec un copain, j’allais voir les avions abattus, allemands ou français. Au retour il fallait souvent plonger dans les fossés pour échapper aux mitraillages qu’effectuaient de préférence les aviateurs italiens. Pendant ce temps ma mère était avec ses voisins dans la cave (abris), puis lorsque j’arrivais la plupart du temps avant la fin de l’alerte, la joie revenait.
L’avancée allemande est rapide et l’école de Rochefort doit se replier comme toutes les troupes qui ont pu éviter la capture. Le repli de l’école se fit sur la région de Perpignan, plus justement à Céret. C’est de là que nous recevons des nouvelles de mon père. En ce qui nous concerne nous restons ma mère et moi inquiets pour l’avenir. Et puis ce que nous pouvions craindre est arrivé, les Allemands ont occupé Rochefort. Déploiement de force, démonstration des motards, défilé des armes blindées et des troupes à pied frappant assez fort le sol de leurs bottes afin d’impressionner la population. Quelle différence avec notre armée en déroute, mal habillée, c’était Waterloo.
Première colère pour moi à l’arrivée des occupants. Ma mère m’avait envoyé chez notre voisine épicière pour lui ramener un litre d’huile et malheureusement comme les soldats allemands étaient en train de dévaliser l’épicerie je rentrais chez moi bredouille. C’est le genre de chose que l’on accepte mal lorsque l’on a 16 ans et que l’on a été élevé dans un esprit patriotique très développé. Les troupes arrivées faisaient de nombreux défilés mais sans avoir beaucoup de succès. Les murs de la ville ont commencé de se couvrir d’affiches indiquant les exigences des troupes d’occupation qui concernaient par exemple les heures de couvre-feu, le comportement à avoir vis à vis des occupants etc. Avec mes copains de la J.E.C et de la J.O.C, nous continuons à nous rencontrer dans la salle de gymnastique et là nous définissions comment nous comporter face à toutes ces exigences. Ainsi, il fut établi de sortir tous les soirs malgré Je couvre-feu par groupe de deux ou trois afin de décoller les affiches installées dans la journée par les autorités occupantes. Puis arrive le temps du nouveau pouvoir faisant état de la collaboration avec l’occupant qui devait nous permettre d’éviter les réactions brutales de ceux-ci. Là encore ce fut notre point de mire et tout en se cachant des patrouilles de l’armée la nuit, nous continuons de décoller systématiquement les affiches de la collaboration en prenant beaucoup de risques et en se cachant dans les encoignures de portes.
Voilà très rapidement quelle était la vie pendant l’occupation en zone interdite puisque nous étions en bord de mer.
Le temps passait péniblement, nous n’avions plus de nouvelles du père ou très rarement. Nous apprenions que l’armée était en congé d’armistice et que mon père n’était plus à Perpignan mais devait se rendre à Toulouse près de mon oncle et ma tante en attendant une décision pour ce qui nous concernait. C’est à partir de ce moment que nous avons commencé à préparer la mise en garde meublé de tout Ie contenu de notre appartement, meubles vaisselle etc… Nous allions quitter Rochefort avec plaisir pour échapper à cette occupation, mais aussi avec un pincement au cœur car j’allais quitter mes excellents camarades avec lesquels j’avais eu depuis de longues années de très bons rapports et avec lesquels nous avions si souvent tiré la langue à l’occupant, je ne pouvais savoir si et quand je pourrais les revoir.
Enfin le grand jour est arrivé, ma mère a obtenu son laisser passer pour rejoindre la zone libre. Nous avons quelques jours pour nous organiser car je n’ai pas obtenu ce précieux sésame, étant mobilisé pour garder la ligne téléphonique aérienne reliant Rochefort à La Rochelle. Nous avons la chance, en parlant avec notre propriétaire, d’apprendre que sa fille âgée d’une quarantaine d’années connaissait une personne qui habitait à Langon localité frontalière entre les zones libre et occupée qui possédait une ferme se trouvant à cheval sur cette ligne. A partir de ce moment il n’a plus été question que de notre départ et comment l’organiser. En ce qui concerne ma mère il fallait préparer les bagages comprenant également des vêtements pour moi, ne sachant pas très bien comment les choses se passeraient, mais sa plus grande crainte était son argent ; il fallait camoufler le peu qu’elle emportait, dans des pelotes de laine, le tout dans un sac à ouvrage. Enfin ces questions secondaires étant réglées, nous avons sérieusement abordé ce que je devais faire pour une rencontre éventuelle avec la personne qui devait me faire franchir la ligne autant que possible sans encombre. Après de nombreuses conversations téléphoniques et des courriers entre la fille de notre propriétaire et celui qui devait être mon sauveur, nous avons fixé le jour du départ. J’avais un souci supplémentaire car je devais emporter le pistolet automatique de mon père car il n’était pas question de le confier à ma mère. Je décide de le mettre tout simplement dans ma poche enveloppé d’un mouchoir afin que cela passe mieux ; il est vrai qu’un 6/35 n’est pas très encombrant. Je faisais le fier mais malgré tout il y avait en moi un peu d’inquiétude. Le voyage se passe bien jusqu’à Langon où c’est la séparation discrète avec ma mère en qui je devine une angoisse sérieuse.
Sortie du train, les informations me concernant auront-elles été suffisantes pour que la personne en question me reconnaisse ? Tout va bien, aucun contrôle à la gare ce qui me va bien, puis un monsieur d’un âge moyen vient à ma rencontre et m’appelle par mon prénom. Aucun doute je suis sauvé et tout à coup tout me semble si simple ; je suis invité à passer la soirée chez ces personnes qui me font l’éloge de ma salvatrice puis nous préparons le départ pour le lendemain.
De bonne heure je me réveille et après un petit déjeuner campagnard nous voilà parti pour la grange où se trouvent plusieurs chars dont un empli de foin. C’est à ce moment que j’apprends comment je vais sortir de cette diable de zone occupée ; me voici installé sous une toile recouvert de foin. Le sort en est jeté, peu de temps après mon sauveur me prévient que tout va bien et à ce moment-là « je peux vous assurer que le roi n’est pas mon cousin ». Après des remerciement nombreux et répétés, je m’en vais avec mon petit bagage rejoindre sur les conseils qui m’ont été prodigués le point où je dois prendre l’autobus avec lequel je dois rejoindre Agen et de là Toulouse n’est pas loin. Je prends le train à Agen pour Toulouse, j’arrive en gare de Matabiau et rejoints la maison de mon oncle rue St Louis où nous allons être hébergés avec mes parents pour quelques jours. Cela va durer quelques temps quand j’y pense il est vrai que nous vivions comme des réfugiés, mais sans être malheureux. En attendant que le temps passe je me rends presque tous les jours chez mes cousins qui habitent également Toulouse au Pont des Demoiselle et là je m’occupe en aidant à transporter de la marchandise à la gare avec le neveu de mon cousin qui lui travaille à la coupe des tissus destinés à faire des uniformes de l’armée.
En ce qui concerne mes parents ils trouvent le temps un peu long, s’occupant comme ils le peuvent sans trop déranger.
Enfin nous obtenons un appartement à La Bastide de Sérou par l’intermédiaire d’une amie de ma mère Louise Laffont. Pour mes parents c’est le lieu de prédilection car ils reviennent près de leur lieu de naissance à tous les deux. En ce qui me concerne, il n’en va pas de même ; je ne connais personne, maman elle, retrouve ses amies, mon père a un jardin à entretenir ce en quoi je suis de temps en temps utile ne serait-ce que pour bêcher. Enfin au bout de quelques semaines nous recevons les meubles, nous avons mon père et moi de quoi ne pas nous ennuyer.
Nous sommes en 1941 et nous subissons les restrictions comme tout le monde : tickets d’alimentation, pour les tissus, les chaussures, etc. Cependant nous n’avons plus les allemands derrière nous. De ce fait je trouve extraordinaire que depuis mon arrivée mes parents me laissent une telle liberté avec des sorties le soir. En plus, je me suis fait assez rapidement des camarades qui m’interrogent souvent au sujet de la vie en zone occupée, ce qui intéresse beaucoup de monde.
La vie s’installe petit à petit, je refuse de repartir en classe ayant passé le brevet avant de partir de Rochefort et mon père ayant décidé de me faire engager à 18 ans. Je vis ma vie ! Il y a dans cette localité une vie presque artificielle. Malgré la situation du partage en deux de la France et cette difficulté à se nourrir, le moral est bon. Par contre je reçois une lettre expédiée de la zone libre par Melle Thérèse Méry, celle qui m’avait permis de sortir de la zone occupée, m’apprenant l’arrestation de mes camarades avec lesquels nous faisions nos sorties nocturnes, Gueguen, Cléfar, les frères Terrasson, Bobineau etc. tous enfermés à Fresne. Celui qui dirigeait notre petit mouvement que nous considérions sans grande importance a été arrêté, torturé, puis fusillé à Hambourg. Avait-il parlé, c’est probable car la rafle a eu lieu peu après ; j’ai eu encore de la chance de plus être là et cette chance me suivra.
A l’occasion de cette nouvelle ma mère raconte à mon père ce que j’avais fait en son absence et j’ai eu droit à une remontrance, modérée car mon sentiment anti-allemand ne pouvait pas tellement déplaire à mon père, ancien combattant de 14/18, blessé, gazé et prisonnier, mais en partie justifiée pour la crainte que j’ai fait subir à ma mère.
Dans cette situation nouvelle, je reste suivi par ma bonne étoile, car pendant le séjour à La Bastide j’ai eu le très grand bonheur de rencontrer celle qui m’a suivi dans toutes mes pensées et qui m’est devenue indispensable. Nos deux cœurs ont battu de concert et rien ne pourra les séparer sauf la mort.
Ainsi que je le disais plus haut la vie s’est installée ; mon père a trouvé un emploi dans le service du ravitaillement car la pension était légère. Il parcourt l’Ariège à vélo, à ses moments de détente, fait un peu de jardinage auquel je participe bien évidemment. Entre temps avec les amis jeunes, nous faisons du théâtre ce qui me permets également d’être en contact avec ma protégée. Arrive le mois de mars 1942, je viens d’avoir 18 ans en février et il est temps de partir. Je reconnais qu’à cette époque ce n’est pas avec enthousiasme que je vais aller sous les drapeaux mais quelque chose me dit, sans être Jeanne d’Arc que ma vie est ainsi tracée et qu’il est préférable de partir.
Le 25 avril, je quitte La Bastide. Mes parents viennent m’accompagner jusqu’à Foix, maman la grosse larme à l’œil, mon père fait le fort mais je vois ses mâchoires se contracter, savait-il qu’il ne me reverrait plus ? A Toulouse je retrouve mes copains, Armand LAFFONT, Jean ROUCH… Ils m’attendent pour arroser mon départ à l’armée, puis je me rends chez ma cousine Marguerite chez qui la soirée se prolonge assez tard dans la nuit. Le lendemain 28 avril à 14 heures, je rejoins la caserne de Francazal. A peine arrivé je dois toucher mon paquetage puis passer la visite médicale, après quoi c’est l’opération coiffeur. Celui-ci me donnant l’impression de couper un peu trop court, j’ai protesté et malheureusement pour moi je n’avais pas remarqué que derrière se trouvait le caporal qui a demandé que la coupe soit encore raccourcie, environ un centimètre et demi.
Le 5 mai toutes les formalités accomplies, je reçois la visite de Roger DEDIEU qui vient récupérer mes vêtements civils. Bien entendu, celui-ci fut surpris par ma coiffure mais également par le fait que dans le paquetage, j’avais hérité d’une paire de sabots trop petits (il n’y en avait pas d’autres !)
Jusqu’au 8 mai nous occupons notre temps comme nous le pouvons en attendant ce fameux départ pour la formation à Ste Livrade prévue pour le 8 à 19 heures. En fait nous avons attendu dans le train jusqu’au 9 à 4H30 du matin. Enfin, nous arrivons à Ste Livrade où doit se situer notre camp et il reste encore trois kilomètres à parcourir à pied avec notre barda. Nous sommes quelque peu épuisés, en sueur, mais point de répit. Nous sommes amenés à l’infirmerie afin de savoir si nous n’avions pas de parasites. Nous nous mettons nus une fois de plus et l’infirmière qui n’est pas du tout sympathique donne l’impression de se moquer de nous. J’apprends que je suis nommé à la 2ème compagnie qui est une compagnie disciplinaire ; je ne comprends pas trop pourquoi, « peut être mon intervention concernant ma chevelure en est responsable ? ».
Nous restons donc dans ce camp pendant environ quatre mois et nous allons avoir une vie très dure comme dans un petit bagne. Tout d’abord nous sommes reçus par un sous-officier, chemise ouverte, casquette cassée, nerf de bœuf à la main, nous menaçant en cas de manquement à la discipline. Nous disant par exemple qu’il a les moyens de nous casser, ce qui ne nous étonne pas et que nous pourrons vérifier lors de notre séjour. Les premiers jours se passent calmement, mais dès le 11 nous avons une inspection avec revue de literie et ensuite nous partons à l’exercice. Le plus gros problème au début c’est la nourriture qui non seulement n’est pas bonne, topinambours, rutabagas etc…, mal préparée et en quantité insuffisance. Comment tenir tous les jours avec les inspections diverses, les exercices, les marches de 35 à 50 kilomètres. Nous recevons malgré tout des compliments du commandant du camp mais cela ne nous nourrit pas. L’autre compagnie ne fait pas les mêmes marches que nous. Le 18 nous recevons notre fusil car il y aura en plus les exercices de tir, ce qui n’est pas le plus pénible. Jusque-là nous n’avons pas eu la moindre occasion de sortie. Le 31 mai nous allons à Ste Livrade et nous en profitons pour amener du tabac afin de l’échanger contre du pain avec les gitans et comme nous avions été avertis que nous allions avoir une marche d’épreuve de 100 kilomètres avec tout notre barda, il valait mieux prendre ses précautions. Le 5 juin nous sommes vaccinés vers 11 heures le matin et presque aussitôt après je reçois une dépêche m’informant du très mauvais état de santé de mon père. Il m’est refusé de se rendre à son chevet sous prétexte que je viens d’être vacciné ; le moral est très bas.
Le 8 juin, nous sommes déconsignés de la vaccination, mais par contre, nous sommes reconsignés à cause de la rougeole qui sévit dans le camp et nous avons l’obligation de faire des gargarismes tous les matins. Le samedi 13 juin, je suis très heureux car les nouvelles de mon père sont meilleures. La joie n’a pas été longue puisque dès le lendemain au téléphone j’apprends que celui- ci est très mal. Après de nombreuses palabres et un passage à l’infirmerie devant l’infirmière désagréable, j’obtiens la permission de partir pour rendre visite à mon père. Je perçois les tickets d’alimentation sans lesquels point de salut. Mon départ se fait en compagnie d’un camarade qui partait pour les mêmes raisons que moi. Pour aller de Sainte Livrade à Villeneuve sur Lot il y a 9 kilomètres et demi que nous parcourons à pied. Nous couchons à Villeneuve et de là, le lendemain nous prenons l’autobus pour Agen, puis d’Agen le train pour Toulouse. Le soir j’arrive à Foix à 20 heures et là je trouve le boulanger, Mr Gaston qui m’amène à La Bastide. Tout ce trafic pour rien car j’apprends que mon père a été transporté à la clinique de Toulouse dans l’après-midi. Le soir, je couche chez mon camarade Armand Laffont et le lendemain je repars à Toulouse où je trouve maman qui m’accompagne près de papa qui est dans le coma. Je suis révolté, je lui avais porté innocemment du tabac pensant lui faire plaisir. Je ne puis exprimer ce que j’ai ressenti lorsque je suis arrivé dans la chambre, voir mon pauvre père, maigre, pâle, lui si beau si bon et qui ne m’a pas reconnu. J’en veux à l’armée de ne pas avoir accepté de ne me pas m’avoir laisser partir afin de me permettre de le revoir encore lucide.
Le lendemain je reprends le chemin de Ste Livrade où j’arrive le mercredi à 23H30. Le vendredi je me rends à l’exercice comme d’habitude et à 10 heures et je reçois le télégramme m’annonçant le décès de Papa. Je sentais bien lorsque je l’ai quitté qu’il n’y avait plus grand chose à espérer, cependant on espère toujours, il était si jeune. J’obtiens ma permission et quitte le camp à 18 heures pour arriver le lendemain à 22 heures à Toulouse pour repartir le 20 Juin avec Roger Dedieu pour la Bastide. A Foix je retrouve la famille avec qui je continue le voyage et je trouve Maman désespérée. Je ne trouve pas la force de la consoler car il faut dire que je suis arrivé après la fermeture du cercueil. Cette journée terminée, nous sommes, maman, ma grand-mère et moi-même dans un triste état. Le lundi je dois rejoindre le camp, laissant maman à son chagrin pour qui c’est tout à coup le grand vide. C’est tout de même jeune de quitter le monde à 43 ans et d’être veuve en voyant son fils partir sans trop savoir quand elle le reverra ; j’ai pourtant l’espoir de revenir.
Avec ce grand choc dans ma vie je suis un écorché vif, il ne faut pas trop m’en faire et les derniers temps passés à Ste Livrade ont été très fades. Je n’ai plus envie de travailler et l’encadrement qui fondait de grands espoirs pour me voir terminer major de ma promotion est profondément déçu. Je ne terminerai pas premier mais, cependant je demande ma mutation pour l’Afrique dans les meilleurs délais. De toute façon, rester en France je n’y tiens pas car soit je serai pris par la milice suite à mes antécédents de Rochefort, soit je devrai trouver le moyen d’une action quelconque pour éviter de me faire prendre.
Les examens de sortie se passent le 26 août et le 31 nous partons pour Toulouse, faisant à nouveau le parcours de Villeneuve à pied. Cependant nous sommes heureux de quitter ce bagne où tous les matins nous devions faire par tous les temps le décrassage, les exercices, astiquer les chambres au fond de bouteille et à la moindre occasion avoir des punitions sévères. Pour les plus fortes, avant d’être présenté à l’ensemble du camp, le puni qui n’avait généralement commis que des fautes légères, comme prendre des cerises sur un arbre au cours d’une marche, passait entre les mains du sergent-chef Velge ; son nom je ne suis pas prêt de l’oublier, il était champion de France de boxe militaire et m’avait tuméfié le visage.
Depuis Toulouse nous embarquons à destination de Ia base aérienne d’Orange Caritat. Nous y arrivons le 1er septembre 1942 et je suis affecté à la 4ème compagnie où pendant deux jours c’est la pause de récupération. Ensuite je suis affecté comme secrétaire. Dans mon bureau il y a trois adjudants, un sergent-chef et un sergent. Cette affectation est très temporaire puisque le départ pour l’Afrique est programmé pour le 25 septembre. Avant de partir je tiens à aller voir maman et à aller me recueillir sur la tombe de mon père. Ayant demandé à ma mère un télégramme « bidon », j’obtiens une permission de trois jours et le16 septembre je quitte le quartier d’Orange à 17 heures, satisfait d’avoir pu obtenir cette autorisation d’absence. Je prends le train de Toulouse où j’arrive à 3 heures du matin pour avoir à 5H30 la correspondance Doué-Foix où j’arrive à 8 heures. Maman, très surprise car elle n’avait pas trop compris à quoi servirait le télégramme que je lui avais demandé, obtient la journée de repos afin que nous puissions aller nous recueillir sur la tombe de Papa. Pendant trois jours c’est une résurrection, mais il faut se rendre à la réalité et je dois reprendre le chemin. Le train de Bordeaux ayant un énorme retard je rate la correspondance pour Orange où j’arrive le 20 septembre à 2 heures du matin. Malgré ce retard les choses s’arrangent. Il faut dire que nous sommes très près d’embarquer et nous en profitons pour faire un petit tour à Orange afin de voir les magnifiques vestiges de cette ville ; le 22 nous percevons le nécessaire colonial et le masque à gaz.
Le 23 septembre nous partons pour Marseille où nous arrivons à 7 heures le matin. Là de nombreuses formalités nous attendent avant d’être installés au D.M.I. (centre de regroupement) avant le départ de Marseille. Les lits sont farcis de punaises. Nous nous amusons à les faire tomber des lits pour voir courir ces petites bêtes afin d’en détruire le plus possible ; je décide de ne pas dormir dans mon lit, mais d’emporter ma couverture pour aller dormir dans la cour mais, comme il est interdit de dormir dehors, il faut le faire d’un œil seulement à cause des rondes qui sont effectuées toute la nuit. Le 26 c’est le grand départ. Nous passons devant la commission de contrôle Italienne qui comprend très mal que nous partions pour l’Afrique avec un casque métallique (ils ne savent pas ce qui les attend).
Nous embarquons à 350 dans le Djebel Dirah un rafiot moutonnier. Nous sommes entassés dans la cale où l’odeur suffit à savoir ce que le bateau transporte en temps normal. A 18 heures nous appareillons et quittons les côtes de France par un temps maussade. La première nuit se passe bien, la mer est calme, il semble que nous allons faire un très bon voyage. Mais il n’en est pas de même pour la seconde. Au large des îles Baléares, nous subissons une forte tempête qui provoque tangage et roulis tout ce qui est nécessaire pour rendre la presque totalité de la « cargaison » malade. Avec un camarade qui comme moi franchissait cette période sans encombre, nous essayons d’accéder à l’extérieur, mais le commandant nous interdit toute apparition à l’extérieur car les vagues balaient le pont dans tous les sens. Il nous précise que la mer est aussi démontée que lors du naufrage du Lamoricière. Il y avait même des matelots malades, ce qui n’était pas fait pour nous rassurer, et en plus le bateau craquait de tous côtés dans la cale.
Le 28, après cette mer déchainée nous arrivons avec le calme en vue des côtes Algériennes et mouillons au large de Bougie. C’est le 29 que nous débarquons à Bône avec la musique du 3ème régiment de tirailleurs algériens qui nous accueille. Nous nous formons en trois rangs et nous dirigeons vers le dépôt R.T.A où nous allons prendre une douche. De là nous partons vers le D.M.I. (dépôt mobilisateur). L’après-midi nous avons quartier libre pour la première fois en Algérie. Nous profitons de cette sortie pour apprécier les spécialités du pays. Nous nous gavons littéralement et pensons à la France où les restrictions font des dégâts dans la population.
Le soir vers 20 heures nous défilons, sous les applaudissements de la foule, pour nous rendre à la gare où nous embarquons dans des wagons à bestiaux en direction de Tunis. Comme il fait nuit nous avons beaucoup de difficultés à retrouver nos bagages. Le 1er octobre nous arrivons à Duvivier petite localité Algérienne où nous faisons halte ; les femmes viennent nous vendre des figues de barbarie et des dattes. Nous profitons de cet arrêt pour nous évader de notre prison et aller faire un petit tour dans la localité. Vers 16 heures nous repartons. De temps à autres nous devons descendre du train car il n’arrive pas à franchir les côtes, ce qui est très folklorique. Il faut savoir qu’à ce moment-là les locomotives fonctionnent à l’alpha « herbe » d’Afrique et d’Espagne.
Le 2 octobre à 16 heures nous arrivons au D.M.I. de Tunis. Là encore nous stationnons, ce qui nous permet de sortir un peu dans la ville. Nous restons en attente jusqu’au 4 octobre, où nous prenons le T.G.M à destination d’El Aouina. La base se trouve très près du lac infesté de moustiques. La base aérienne d’El Aouina est très importante car elle compte trois groupes aériens plus tout le personnel de soutien. Nous sommes nommés à l’unité de surveillance, activité peu intéressante. Heureusement pour nous avec un de mes camarades nous faisons la connaissance d’un pilote un peu fada et casse-cou. Celui-ci nous convie à des sorties aériennes avec acrobaties. C’est l’occasion de faire des figures de toute sorte, quitte à redescendre quelque peu pâles. Hormis cette distraction nous effectuons des tours de garde, ce qui nous permet lorsque nous sommes de service la nuit d’aller nous promener le jour à Tunis.
Jusqu’au 8 novembre c’est cette vie que nous menons, peu agréable car manquant d’activité, mais le 8 novembre c’est le branlebas de combat ; nous voyons les escadrilles décoller et tout le monde suit. En ce qui nous concerne aucun ordre de repli ni de départ. Nous sommes 25 dans ce cas-là et apprenons les raisons de ces mouvements. Il s’agit du débarquement Anglo-Américain qui vient d’être effectué en Algérie et au Maroc. Au niveau commandement c’est la panique, et le personnel à terre reste sans ordre ! Le 9 novembre nous sommes isolés et les parachutistes allemands commencent à envahir le terrain, les planeurs se posent les uns après les autres chargés d’hommes et de matériel de toute sorte y compris de blindés. Avec mon camarade, nous sommes résolus à faire quelque chose le lendemain au cas où personne ne nous donne de nouvel ordre. Si tôt dit sitôt fait, nous décidons de partir par n’importe quel moyen. Nous nous nous précipitons dans notre chambre afin de prendre nos affaires et nos armes et filons à l’extérieur de la caserne sans attendre ce que font nos collègues. Avec mon camarade Dussel de Montpellier nous faisons du stop et un camion d’artilleurs nous prend à son bord. Nous nous inquiétons de la situation et le chef du convoi le lieutenant Gueutz nous signale qu’ils partent vers la frontière algérienne afin d’éviter d’être prisonniers mais que les ordres sont très contradictoires. Nous sommes donc à bord d’un camion d’artilleurs du 412ème régiment. Un certain nombre de militaires seront fait prisonniers en raison de cette absence d’ordre ; c’est une vraie panique ! Nous voici en route heureux de nous être extrait de cette situation et nous allons rouler jusqu’à Béja localité du nord de la Tunisie où nous allons rester quelques jours.
Nous arrivons à destination à 21 heures et élisons domicile dans les caves de la poste afin d’établir une liaison téléphonique. Nous sommes appelés à avoir des rôles variés, que ce soit la liaison avec les postes de première ligne, où nous irons à tour de rôle pour une semaine environ afin de repérer les avions ennemis prenant la direction de l’ouest et de prévenir les diverses villes du danger de bombardement ou encore de rejoindre les batteries anti-aériennes disséminées autour de Béja. Les premiers jours sont très calmes, mais la localité prend de plus en plus d’importance avec l’arrivée des états-majors anglais, américains ainsi que français. Nous pensons bien que nous allons être un centre visé par la flotte aérienne allemande. Nous n’avons pas pour l’instant pas de cuisine aménagée et avons la chance de déjeuner au restaurant très proche de notre poste où nous sommes bien nourris avec des plats du pays, le soir nous nous contentons d’un casse-croûte.
Le 19 novembre alors que nous allions nous mettre à table, il est 13H30, des Stukas (chasseurs bombardiers allemands) arrivent et lâchent trois bombes qui comme la veille ne font que quelques dégâts matériels. Le 20 novembre il est 12H10, alors que le serveur nous porte les hors d’œuvres, j’entreprends une discussion avec mon camarade Dussel et plaisante au sujet d’une charmante jeune fille installée avec ses parents tout près de nous. Je lui dis qu’en cas d’alerte comme la veille, je plongerai sous la table afin de la rejoindre. Je ne la rejoindrai jamais. Je n’avais pas fini ma plaisanterie qu’un nouveau bombardement était effectué sans alerte par un groupe de Stukas. La veille c’était le hors d’œuvre, mais aujourd’hui c’est le plat de résistance. Ils sont 19 et larguent à tour de rôle leurs bombes en faisant le bruit impressionnant que nous leur connaissions depuis les attaques en France. Au total ce sera environ une cinquantaine de bombes qui seront déversées sur cette petite localité très dense en population, que ce soit civile ou militaire. Cette fois les dégâts sont très importants étant donné d’une part que les constructions pour la plupart sont très légères, et d’autre part qu’aucune alerte n’a été donnée. C’est la panique et avec mon camarade nous décidons de ne pas attendre la fin du bombardement et sortons car de toute façon le repas est terminé et il ne pourra se poursuivre le plafond étant tombé en grande partie sur les tables et les assiettes ; le plongeon sous la table avait été nécessaire et bien venu mais ne permettait aucunement de faire ce que je pensais faire à l’origine. La porte du restaurant est bloquée par une partie du mur qui s’est effondré et nous passons par la cuisine où nous marchons accidentellement sur le corps de la personne de service du restaurant qui elle a été tuée par un éclat de bombe. Les blessés dans le restaurant ne sont que légèrement touchés, ce qui est assez étonnant étant donné que nous avons été littéralement encadrés par les bombes. Nous ne nous attardons pas et à l’extérieur le spectacle est désolant. Avec mon camarade nous ramassons une bonne douzaine de blessés que nous transportons à l’hôpital laissant les blessés légers se rendre par leurs propres moyens au centre de soins. A cours de brancards alors que mon camarade est allé dans une autre direction, je décroche une porte et appelle une personne du service de sécurité afin qu’il m’aide à emporter un blessé très gravement atteint. Pendant ce temps les avions non contents de nous avoir bien bombarder nous mitraillent autant qu’ils le peuvent.
Je retrouve Dussel en repartant à la poste et à l’entrée du marché, nous entendons des cris provenant de décombres ; nous nous dirigeons en direction des cris et au moment où nous arrivons un pan nous dégringole sur les talons. Sans outils nous ne pouvons dégager ces pauvres gens et donnons la consigne à la défense passive. Nous continuons notre travail maintenant plus calmement les avions étant partis il n’y a plus de mitraillage. Arrivés près de notre centre postal nous retrouvons un monsieur que nous connaissons, un juif commerçant qui a les deux jambes arrachées et que nous amenons très rapidement à l’hôpital ; nous apprendrons plus tard qu’il s’en était sorti. Au retour, nous trouvons une pauvre femme Tunisienne avec son enfant en sang dans les bras que je prends dans mes bras tout en lui demandant de me suivre à l’hôpital. Le bilan de ce bombardement est de 310 morts sans compter ceux qui sont encore sous les décombres, quant aux blessés ils seront comptabilisés plus tard mais sont très nombreux.
Le 21 nous accueillons une quinzaine de prisonniers Italiens que nous faisons garder par deux Tunisiens. Jusqu’au 24 novembre nous sommes tranquilles hormis un Dornier 17 (bombardier) qui lâche ses bombes sans faire trop de dégâts car il avait été gêné par la D.C.A.
Le 26 par contre nous avons eu un peu peur et les arabes qui étaient près de nous priaient leur dieu la tête contre la terre car un nouveau Dornier déversait à nouveau son chargement de bombes et encadrait notre PC. La prison toute proche est très touchée mais nous n’en sommes que pour la peur. Devant ces frayeurs renouvelées nous avons décidé de faire provision d’alcools. Il faut essayer de garder le moral, d’autant plus que le 24 c’est la Ste Barbe patronne des artilleurs.
Il est vrai que nous sommes devenus des artilleurs, avons coiffé la chéchia et revêtu la ceinture de flanelle rouge que nous mettons à deux car elle mesure 2 mètres et il est quasiment impossible de nous entourer seul de façon correcte. Le 6 décembre lors d’un bombardement en règle, mon camarade Dussel avec qui j’étais parti de Tunis a un coup de cafard et dans la nuit je dois user de toutes mes forces pour le persuader de renoncer à aller se livrer aux Allemands. En effet ceux-ci, lorsque nous sommes en première ligne, usent de tous les subterfuges pour saper le moral, notamment en utilisant des hauts parleurs invitant les français à se rendre pour éviter que leurs familles soient déportées. Enfin avec l’alcool nous arrivons à surmonter le cafard qui nous prend à peu près tous, mais heureusement pas tous en même temps. Tous les jours pratiquement nous subissons des bombardements car l’aviation allemande n’est pas encore assez affaiblie par les alliés. Le 19 décembre c’est à nouveau un bombardement avec les Messerschmitt 109 qui fait de gros dégâts. Les écoles, la gare, les silos à grains sont détruits. Le 20 il s’agit de 25 bombardiers et 8 chasseurs qui s’acharnent dans notre environnement. Par la suite les choses vont se calmer, il faut dire que le temps nous protège, il pleut, il neige le plafond est très bas.
Peut-être que nos ennemis sont-ils croyants car ils nous laissent arriver à Noël sans trop de casse. Je pourrais faire une description précise des nombreux bombardements mais c’est devenu maintenant une habitude. On ne compte plus les dégâts en hommes et en matériel. A Noël pas de messe de minuit pas plus le jour de Noël, l’Aumonier ne pouvant pas être partout à la fois.
À partir du mois de janvier nous effectuons beaucoup de mouvements, des séjours en première ligne pour les renseignements de l’arrière afin de prévenir des mouvements aériens constatés. Puis ce sont les passages en batterie afin de faire un roulement ; le PC n’étant qu’à 15 kilomètres des lignes, ce qui fait que nos déplacements sont très rapides et nous effectuons de cette manière des rotations tous les quatre ou cinq jours. En ce qui concerne la nourriture nous ne sommes pas gâtés, nous avons notamment du pain en forme de boules portant la date de fabrication qui souvent a plus d’un mois, expliquant que l’intérieur est souvent moisi.
Il m’est arrivé depuis le mois de novembre de faire le cuisinier en intérim avec un arabe qui m’a appris à faire le couscous. J’essaie d’être à la hauteur de ma tâche mais ce n’est pas une réussite tous les jours. Et ce fut notamment le cas du jour de la visite d’inspection du colonel qui venait nous apprendre notre inscription à la croix de guerre. L’inscription à la croix de guerre était pour mon camarade Dussel et pour moi en raison de notre comportement pendant les grands bombardements mais aussi pour l’ensemble du relai de transmission de Béja qui a vécu une période très rude.
Le mois de janvier est un mois très difficile car de très durs combats se déroulent mais nous avons la chance du soutien des forces anglaises et surtout américaines. Le plus important soutien vient de l’aviation américaine avec les bombardements de leurs forteresses volantes B.17 qui sont efficaces et également très destructrices. Cependant les allemands arrivent à effectuer des sorties avec leurs Stukas et leurs Folk Wulf.
Le 2 février je n’ai pas eu le loisir de fêter mon anniversaire car les allemands répondant aux bombardements américains nous ont arrosé de plus belle. Le 28 ce sont les anglais qui sont touchés, ils ont 22 morts dont le Tommy qui assurait la circulation des convois, qui a été décapité. Parmi les locaux il y a aussi de nombreux tués et blessés et on trouve de la chair éparpillée un peu partout. Ce jour-là je ne suis pas allé à la messe étant occupé au central, une fois de plus la chance m’a souri, car un camarade qui y était allé a été tué. Ce n’était pas mon jour, j’avais la, baraka ! Après cette lourde attaque aérienne nous devons évacuer notre installation. Ralliement de toutes nos affectations car nous l’avons échappé belle, tout étant détruit chez nous, il n’y a plus de matériel de communication. Nous nous transportons dans une grande maison appelée « château Joly ». Cette demeure un peu isolée et dans les arbres sera peut-être un peu moins repérable. Cependant malgré cet acharnement de nos ennemis et les incendies que s’efforcent d’éteindre les pompiers anglais le moral n’est pas trop atteint. Au sud les choses vont mieux qu’au nord, nous apprenons la chute de Sfax, Sousse et Gabes.
En ce qui nous concerne, nous passons plus de temps en première ligne, ce sont beaucoup de combats de chars d’assaut et d’artillerie auxquels nous devons participer avec nos canons de 75 transformés en antichars. Les journées sont très longues ainsi que les nuits et le temps est affreux, les canons s’embourbent dans les oueds que les pluies diluviennes font déborder. Nous ne séchons pas, le ravitaillement est de plus en plus irrégulier, nous passons quelques fois plus de 48 heures sans recevoir notre nourriture, ni notre tabac pas plus que le vin, à cause des attaques répétées. Au fur et à mesure où nous avançons nous sommes de plus en plus éloignés de notre centre de ravitaillement. De plus nous avons une nouvelle inquiétude avec l’infiltration de nos lignes par les arabes qui accompagnent les patrouilles allemandes, connaissant beaucoup mieux le pays. Aussi le lieutenant, chef de notre poste qui avait été nettoyeur de tranchée en 14/18 n’hésite pas à liquider ces éléments qui sous prétexte de nous vendre des galettes viennent repérer nos installations. Leur à sort est vite décidé ; après une petite interrogation un coup de pistolet suffit. Il en est de même lorsque des arabes pilleurs vont dévaliser des maisons bombardées, et c’est ainsi que je me suis retrouvé dans un peloton d’exécution sans savoir ce dont il s’agissait ou ce qui s’était passé. Nous continuons à avancer ; à Medjez-el-Bab de gros combats se déroulent, beaucoup de pertes, cependant nous avons l’heureuse présence des forteresses volantes américaines qui font le rouleau compresseur en déversant des tonnes de bombes. Par exemple, à Mateur les américains ont lancé l’équivalent d’une bombe au mètre carré, et c’est ainsi que les G.I. ont pu entrer dans la ville presque l’arme à la bretelle.
Ce sera cela jusqu’à la libération de Carthage et de Tunis où nous retrouverons les troupes de Leclerc qui sont remontées de Libye franchissant la ligne Mareth. A Tunis nous retrouvons d’anciens militaires français prisonniers des Allemands lors de leur arrivée en Novembre. Les Allemands connaissent maintenant la défaite et c’est par camions entiers souvent conduits par eux-mêmes que ces prisonniers sont envoyés vers l’Algérie.
Au cours de cette guerre j’ai souvent eu l’occasion de penser lors de périodes plus calmes à ma famille, à maman que je savais seule et dont je n’avais aucune nouvelle pas plus qu’elle ne devait en avoir de moi. Il m’est arrivé très souvent avec nostalgie de penser à cette année 1941 au cours de laquelle j’ai rencontré au cours de pièces de théâtre ou d’autres spectacles celle qui deviendra mon épouse. C’étaient des moments heureux et c’étaient des nuits au cours desquelles il faisait mieux vivre que le jour.
Enfin le cauchemar est terminé, en attendant d’autres occasions qui ne manqueront pas. C’est le défilé de la victoire et nous avons droit à 48 heures de détente. Ce jour-là l’alcool a coulé à flot, je vois encore le lieutenant Thiesselin, surnommé « Papillon » car il était juif alsacien, l’adjudant Meunier, le maréchal des logis Martel, au même titre que nous dans un état d’ébriété avancée. Comparés aux Américains nous étions des sages car la Military police les ramassait dans les caniveaux, ivre morts après avoir fait des cartons dans les cafés.
Notre séjour à Tunis ne fût pas de longue durée, et nous allons être dirigés vers le 411ème régiment d’artillerie en Algérie. C’est ainsi que nous nous retrouvons à Tipaza près d’El Afroun où nous nous installons. Là nous espérons avoir quelques jours de tranquillité, mais la nourriture qui nous est servie, presque tous les jours constituée de sardines bouillies servies à la louche, est celle qu’on donnait aux les porcs. Heureusement que nous avons la possibilité de faire quelques sorties en ville et de nous rendre dans des gargotes où nous pouvons déguster côtelettes de mouton ou brochettes, dans des assiettes un peu grasses qui malgré tout n’altèrent pas le goût.